Dans la phase actuelle de décadence, le capitalisme est de moins en moins capable de maintenir son équilibre économique sur les bases qui ont caractérisé les périodes précédentes. Pour assurer ultérieurement sa survie, il doit recourir à la participation toujours plus importante de l'Etat dans la vie économique.
Cette participation - qui, d'une manière générale, est une manifestation de la crise du système qui prend des formes différentes selon les pays — représente d'une part une adaptation à des conditions nouvelles (aussi bien économiques que politiques) et, d'autre part, une tentative d'appropriation partielle d'éléments determinés inscrits dans les tendances objectives du développement historique et qui deviendront des parties constitutives d'une structure sociale collectiviste (éléments de « réglementation », d'« utilité publique », indépendamment d'un stricte point de vue de rendement économique, etc.).
Les manifestations les plus avancées de ces tendances « étatisantes » du capitalisme sont les nationalisations ou étatisations d'industries déterminées ou de secteurs économiques déterminés. L'expérience nous a montré différents types de nationalisations (depuis celui des chemins de fer italiens à celui des usines Renault en France, de celles d'Angleterre à celles instaurées dans certains pays coloniaux). En gros, il est possible de distinguer les caractéristiques suivantes:
1º nationalisations dont le but est de sauver des industries déficitaires au moyen d'une « socialisation des pertes»; nationalisations dont le but est de garantir des services essentiels (transports, télécommunications, etc.);
3o nationalisations dont le but est d'assurer le developpement de secteurs essentiels (par exemple: les sources d'energie) lorsque l'initiative privée est inexistante ou insuffisante, ou aléatoire, ou ne peut, de toutes façons, être laissée seule arbitre de décisions capitales pour la vie même de l'Etat industries atomiques, nucléaires, etc.):
4o nationalisations effectuées dans des circonstances exceptionnelles, sous l'impulsion de facteurs politiques et sociaux particuliers (mouvements révolutionnaires, pression des masses, etc.).
L'expérience a prouvé que ce sont surtout les nationalisations des types 1 et 4
QUA qui peuvent être liquidées dans la mesure où les facteurs qui les ont déterminées disparaissent (par exemple: certaines « dénationalisations » anglaises). Ceci peut se produire aussi pour les nationalisations
Cette possibilité de « revenir en arrière » confirme, d'un autre point de vue. ce qui est deja clair sur le plan général. à savoir que les nationalisations effectuées de la manière et dans les formes que nous venons de voir, dans le cadre de la structure politico-sociale capitaliste, ne battent pas en briche cette structure. Au contraire, elles s'y insèrent pour le plus grand bénéfice de l'ensemble de la classe dominante qui continue à détenir le contrôle de l'Etat. Leur but est de garantir le maintien, ou de permettre le retour, de l'équilibre général du système et ceci malgré les conflits et les frictions qui peuvent étre déterminés par la conjoncture.
En outre, dans certains cas détermines grace, par exemple, a certaines formes d'indemnisations ou à certaines formes d'obligations — des personnes privées peuvent recevoir - bien qu'indirectement une partie de la plus-value de l'entreprise nationalisée (exemple: le cas de certaines formes d'indemnisation, par des bons avec taux d'intérét, adoptées en GrandeBretagne).
Il ne faut pas oublier, enfin, que la possibilité d'une extension progressive des nationalisations en régime capitaliste, extension qui irait jusqu'à créer les conditions pour un capitalisme d'Etat généralisé, n'existe que comme hypothèse inéorique. Pratiquement, un développement de ce genre est empêché par toute une série de facteurs, non seulement économiques, mais aussi politiques et socIaux. Les evenements de ces dix dernières années confirment les limites effectives des expériences de nationalisations.
En réalité, seule la conquête du pouvoir politique par le prolétariat pourra assurer une generalisation des nationalisations et garantir à ces mesures un véritable contenu révolutionnaire.
II
Les expériences italiennes de l'I.R.I. et de IE.N.I. (1) entrent dans la tendance « interventionniste » de l'Etat dans cette phase du développement capitaliste. Il est a peine besoin de rappeler que, si d'une facon générale, « intervention de l'Etat»
« nationalisation » sont des notions bien différentes, dans ce cas particulier Lest plus qu'évident que nous ne nous
DIFFERENCE ENTR
Il ne faut cependant oublier en aucun cas un élément fondamental: le fait que le capital privé participe encore, dans une mesure qui n'est absolument pas négligeable (qui est même prépondérante pOUT certains secteurs), aux entreprises de II.R.I. et que, par conséquent, il tire déjà des bénéfices de la nouvelle situation de «rentabilité » qui s'est créée pour ces du troisième type, lorsque l'intervention de l'Etat a créé des conditions plus favorables pour l'initiative privée (exempie: certains secteurs de l'industrie atomique américaine). trouvons pas en face de nationalisations ou d'étatisations. LI.R.I. - avec tout ce qu'il comporte et tout ce qui en dépend - est ne incontestablement pour taire face à une exigence de « socialisation du déficit ». Il est vrai que, maintenant, la situation est totalement transformée et qu'une grande majorité des entreprises de II.R.I. a une situation économique rentable. Son maintien doit donc étre expliqué par d'autres raisons qui relèvent plus particulièrement des catégories 3 et 4 dont nous avons parlé à propos des nationalisations.
Il est vrai que, surtout avant la guerre I'I.R.I. a procédé à des modifications qui n'étaient, en fait, que de véritables retours à la gestion privée (exemple: certaines industries textiles). Mais cette tendance ne s'est pas généralisée et ne se généralisera vraisemblablement pas dans un avenir prochain et ce pour toute une série de raisons:
a) inexistence de groupes privés en mesure de trouver les imposantes ressources nécessaires pour acheter éventuellement des paquets d'actions des plus importantes entreprises de l'I.R.I. qui sont actuellement rentables; b) exigence, vivement ressentie par certaines tendances de la bourgeoisie, d'un contrôle d'Etat sur certains secteurs économiques importants pour tenter d'éviter ou de réduire de possibles déséquilibres graves sur tous les plans (changements de conjoncture, etc.); c) existence de l'appareil économique d'Etat, désormais cristallisé, qui tend à agir suivant une logique interne propre et n'est pas disposé à approuver sa liquidation ou une diminution de ses prérogatives; d) existence de conditions politiques qui n'engagent pas la classe politique dirigeante à prendre la responsabilité d'une opération qui favoriserait, de toute évidence, le grand capital.
(1) I.R.I. : Institut de Reconstruction Industrielle - s'étendant sur les transports maritimes, des industries sidérurgiques, électromécaniques, chimiques, eta - E.N.I.: Office National des Hydrocarbures. Ce sont. l'une et l'autre, des sociétés de financement, non des entreprises productives. E L'IRI. ET L'E.N.I. entreprises (perception des dividendes. conversion d'obligations en actions, pour ne pas parler des camouflages constitués par les sociétés « en chaine», etc.). En réalité, les entreprises à participation de l'Etat se trouvent étre en liaison étroite et multiple avec le capital privé, même monosoleur (et. en certains cas, meme avec le capital étranger). Une « idéalisa-
LES BUTS DES NATIONALISATIONS
LES BUTS DES NATIONALISATIONS
B tion » de I'I.R.I, dans l'estimation de son caractère de classe, serait donc tout à fait injustifiée. L'IR.I. reste un insirument économique et politique du capitalisme italien dont il a pour tache de satisfaire un certain nombre d'exigences.
La situation de l'E.N.I. présente des caractéristiques différentes: 1° parce que l'E.N.I. -- qui est d'ailleurs né beaucoup plus récemment — n'a pas eu son origine dans une exigence de « socialisation des deheits». mais dans celle d'assurer le developpement de la recherche et de la product on des sources d energie; 4o parce que la participation privée est limitée à quelques entreprises seulement de ce groupe il s'agit aussi de participation étrangère). Mais, malgré cela, le maintien et le développement de 1E.N.I. peuvent être expliqués par des raisons analogues à celles indiquées pour l'IR.I. :
a) nécessité d'assurer des sources d'énergie dont le pays est encore déficitaire et sur une base difficilement réalisable bour l'industrie privée (à moins de vouloir se placer entre les mains d'un cartel international, avec les conséquences politiques
- et même étroitement économiques —
CONDITIONS
Nous trouvons, d'une part, les partisans les plus agressifs de l'entreprise privée et des monopoles, qui tendent ressentir plus fortement les intérêts et les exigences de secteurs particuliers, qui voudraient que les conditioas économiquement favorables de I'I.R.I. et de l'E.N.I. se traduisent par des avantages plus directs pour les capitalistes privés, qui craignent les conséquences négatives — pour le front capitaliste bourgeois dans son ensemble - d'une séparation comme celle qui s'est opérée avec ce que l'on a appelé le « décrochage ». D'autre part, il existe une tendance qui voudrait. introduire aussi dans l'économie italienne des éléments de planification et qui voit dans le secteur public un instrument tout indiqué pour le faire, qui considère les choses davantage du point de vue des exigences politiques que de celles étroitement écono miques, qui sent. la nécessité der concessions déterminées à certains secteurs de . la petite bourgeoisie, et même du peuple.. encore influencés par les partis conservateurs; qui est plus exposée aux pressions des appareils politiques et économiques de 1 Etat.
La situation politique créée par les
Si la première de ces positions ne trouve actuellement que quelques rares et pauvres défenseurs, la seconde, par contre, caractérise fort bien la politique du Parti Communiste Italien. Cette politique (résumée, par ex mole, dans une proposition de progra nme électoral: « Renforcer et démocratiser le secteur des entreprises d'Etat. des entreprises et des societes publiques en tant qu instruments de direction de l'économie dans l'intérêt de la collectivité»), cette politique, donc. est théoriquement abstraite et pratiqueque l'on peut facilement prévoir):
b) existence de tendances de la bourgeoisie qui estime nécessaire un secteur contrôlé et garanti par l'Etat:
c) existence de conditions politiques qui rendraient dangereux, ou de toutes façons désavantageux, pour la classe dominante le fait d'avantager trop ouvertement le capital prive et, en particulier, le cartel international.
En outre, le facteur «inertie » de l'appareil d'Etat est aussi valable pour TE.N.I., cet appareil agit maintenant en fonction de ses propres intérêts et suivant une logique propre.
La situation actuelle, caractérisée, d'une part, par l'opération « décrochage » et. d'autre part, par les attaques véhémentes contre TI.R.I. et lE.N.I. conduites par la Confindustria (2) et ses avocats ou défenseurs, est la conséquence d'une différenciation qui s'est dessinée déjà depuis plusieurs années à l'intérieur de la bourgeoisie italienne.
(2) Confédération syndicale du patronat italien. POLITIQUES élections du 7 juin, les difficultés de ces cing dernières années, l'approche de nouvelles élections d'une part, la menace concrète d'une extension du rayon d'action des entreprises publiques jusqu'à des secteurs dans lesquels le capital privé dominait encore (exemple: l'entreprise E.N.I. de Ravenne) d'autre part; voilà tous les facteurs qui ont provoqué et augmenté la tension actuelle dont les développements ne manqueront pas d'influer de façon décisive aussi ben sur l'évolution de la situation économique nationale et internationale que sur les conditions politiques à venir prochainement.
III
En examinant les problèmes posés par Texistence de I'I.R.I. et de TE.N.I., le mouvement ouvrier doit éviter deux positions également, fausses. D'un côté, il doit repoussen la position de caractère sectaire qui consiste à proclamer l'indiffé rence, du prolétariat pour ce qui concerne ce genre de problèmes.
D'un autre côté, il doit éviter la position qui, en dernière analyse, se traduirait par le soutien d'une tendance de la bourgeoisie contre une autre. ment opportuniste. Théoriquement abstraite, car elle part de cette hypothèse qu'il est possible d'influer qualitativement sur l'orientation économique et politique en renforçant le secteur d'Etat et ceci indépendamment de la prise du pouvoir par le prolétariat (dans les conditions actuelles, tout renforcement éventuel ne pourrait, en dernière analyse, que se traduire par un bénéfice pour les classes qui détiennent le pouvoir).
Pratiquement opportuniste, car elle se manifeste concrètement par un appui à
LA POSITION DU MOUVEMENT OUVRIER
LA POSITION DU MOUVEMENT OUVRIER certaines tendances de la bourgeoisie et engendre des illusions parmi les masses.
La politique du P.S.I. se situe, dans son ensemble, sur le même plan. On trouve bien dans son document sur les participations le mot d'ordre - correct en soi - du contrôle ouvrier, mais il est introduit «à froid », en dehors de toute logique générale, dans un contexte d'inspiration réformiste.
Le mouvement ouvrier peut définir une position correcte en partant de deux points de vue. Premier point: le mouvement doit favoriser les solutions qui peuvent représenter un facteur objectivement progressif, et dans certains cas une solution objectivement favorable pour une future édification socialiste, ou pour aider - en quelque sorte — le développement du mouvement des masses. Second point: le mouvement ouvrier ne doit jamais perdre de vue, les interets concrets de classe du proletariat qui ne peuvent etre identifiés avec ceux — politiques ou économiques — d'une aile de la bourgeoisie, même si c'est la plus avancée.
Ceci signifie que le mouvement ouvrier ne doit pas d'une part avoir peur d'approuver et de soutenir des mesures proposées (pour des motifs différents) par certaines tendances « étatisantes » de la bourgeoisie, mais il doit, par contre, d'autre part se préoccuper constamment d'y introduire un élément de classe. Sur la base de ces critères, il faudra à chaque fois déterminer les prises de position valables pour chaque cas particulier.
Les grandes lignes d'un programme prolétarien devraient donc être les suivantes: • 1º Extension et approfondissement du secteur d'Etat, grâce à deux mesures parallèles: a) nationalisation intégrale des entreprises I.R.I.; b) nationalisation intégrale de l'E.N.I. et de l'industrie du pétrole.
Les revendications des conseils devront constamment contenir des éléments capables de favoriser la lutte de classe et d'accélérer la prise de conscience des masses elles-mêmes en ce qui concerne la nécessité d'un renversement des rapports de classes fondamentaux pour obtenir un réel progrès et un véritable équilibre productif. Il faudra, au contraire, combattre les tendances à vouloir rédiger des programmes techniques qui, malgré leur apparence concrète, ne peuvent être que des exercices utopiques abstraits destinés à ne jamais être réalisés ou à avoir un simple rôle de propagande.
30 Renforcement et développement cohérent du « décrochage ».
Considérant que ce que l'on a appelé le «décrochage» peut apporter des éléments d'affaiblissement pour le front patronal, les syndicats ouvriers devront lutter pour que ce «décrochage» soit complet et définitif (et non pas limite aux formes actuelles absolument insuflisantes - les entreprises d'Etat ne sont pas sorties, en fait, des organisations écono-
D'une façon générale, il faudra insister pour que ces nationalisations soient effectuées sans indemnisation, Etat prenant pour lui les paquets d'actions qui sont encore détenues par les « privés ». A la nécessité de la nationalisation intégrale de l'E.N.I., il faudra rattacher la nécessité plus générale de la nationalisation de toutes les sources d'énergie en commençant par les industries électriques (et pour tous les secteurs, aussi bien production que distribution).
En ce qui concerne la structure économique des entreprises d'Etat, il faudra tendre vers le regroupement par secteurs économico-productifs, créant de véritables sociétés de gestion et non seulement des sociétés de financement.
2o Contrôle ouvrier dans les entreprises de II.R.I. et de I'E.N.I., qu'elles soient ou non nationalisées.
Le contrôle ouvrier doit signifier l'élection, de la part des ouvriers et employés de chaque entreprise, d'un conseil composé intégralement par des ouvriers et des techniciens liés aux ouvriers, a l'exclusion de tout organisme mixte du genre des défunts Conseils de Gestion. Ces conseils devront avoir deux types de tâches: a) la défense des intérêts des ouvriers de l'entreprise (conditions de travail, organisa tion de services divers, etc.); b) lélaboration et la défense de plans et projets de production tracés du point de vue des exigences objectives de l'évolution de la production. Etant donné que les exigences de l'évolution de la production se trouvent toujours plus en opposition avec les intérêts de classe du capitalisme, mieux les conseils ouvriers sauront comprendre les véritables exigences objectives et mieux ils pourront élaborer des plans s'opposant aux exigences des classes dominantes et s'harmonisant avec les intérêts du prolétariat. miques professionnelles) et pour que l'unité syndicale entre les entreprises privées et les entreprises publiques ne soit pas reconstituée.
Sur le plan des revendications, les syndicats devront lutter pour que, dans les entreprises publiques, soient créées des conditions plus favorables pour le mouvement ouvrier, en exigeant aussi bien l'abolition de toute discrimination que l'application intégrale de la législation du travail, nationale et internationale.
Sur toutes les questions, aussi bien pour les salaires que pour l'organisation (échelle mobile, horaires de travail, rétribu, tions, primes, ete.), il faudra faire en sorte que par les entreprises d'Etat soient ouvertes les premières brèches dans le front patronal, favorisant ainsi une généralisation successive des conquêtes réalisées dans ce secteur. Aux dangers inhérents aux contrats signés qui s'établiront nécessairement entre les entreprises publiques et privées, il faudra opposer la revendication unitaire d'un salaire minimum national garantı.