La situation internationale est arrivee brusquement à un nouveau tournant. Tandis que euphorie économique qui régnait depuis quelques années déjà dans le monde capitaliste commence à virer vers la récession, les rapports Est-Ouest se sont de nouveau brusquement aggravés à la suite des progrès de la révolution coloniale dans le Moyen-Orient succès techniques sensationnels remportés par Téconomie soviétique dans le domaine des engins balistiques intercontinentaux et même planétaires.
Le ton des déclarations soviétiques et des ripostes américaines donne toute la mesure de cette aggravation.
Il se confirme maintenant que le « boom » de l'économie capitaliste, qui dure en Europe occidentale depuis 1953 et aux Etats-Unis depuis 1954, non seulement s'essouffle généralement mais que, dans certains pays, il a déjà cédé la place à la récession.
Le taux d'expansion de lactivité économique est en diminution constante lemon 9 %. En Andere, a production iistrete pine depuis 1060. depuis 1955, sauf pour de rares exceptions. Aux Etats-Unis en particulier, laux est depuis deux ans deja interieur a 3 % et cette année, il dépassera diffi En Allemagne même, l'expansion, tout en se poursuivant encore, voit son rythme considérablement ralenti.
Mais, chose encore plus grave, la poursuite même du « boom » a fait naitre des contradictions et des déséquilibres qui conduisent inévitablement et rapidement vers la récession générale.
Les excédents de la balance commerciale des pays comme les Etats-Unis et l'Allemagne sont allés de pair - en partie précisément à cause de ces excédents — avec le déficit aggravé de la plupart des pays capitalistes en dollars et en marks. La répercussion de cette situation sur les finances et la monnaie de ces pays a été illustrée dernièrement par la dévaluation de la monnaie française et la crise de devises qui sévit dans plusieurs pays, en commençant par l'Angleterre, le Japon, lInde, Indonésie. .
La menace d'une dévaluation plus grande des monnaies est maintenant réelle. Les mesures prises par les différents gouvernements capitalistes afin de faire face à ce danger et de stopper les nouveaux progrès de l'inflation (coup •de frein brusque au crédit et aux importations), risquent d'accentuer le déclin de l'activité économique, de précipiter et d'amplifier la récession.
D'autre part, la tentative de l'Etat capitaliste et du patronat de faire face à la conioncture en abaissant le niveau de vie acquis par les masses lors de la période de plein emploi et de hauts salaires, ne peut que provoquer une resistance acharnée des ouvriers, qui limitera les marges dont le capitalisme dispose pour circonscrire le recul économique dans le cadre d'une simple récession et éviter que celle-ci ne dégénère en crise véritable.
Reste naturellement le moyen de faire face à cette menace par une nouvelle et ample expansion des dépenses militaires. Mais cette possibilité n'existe en réalité que pour le capitalisme des Etats-Unis, et en particulier pour le capitalisme allemand. Et même, dans ces deux cas, ces dépenses possibles ne peuvent aller actuellement sans attiser davantage le processus d'inflation en cours qui, à une étape ultérieure prochaine, déclencherait le recul de la conjoncture dans des conditions encore pires.
Les répercussions du changement de la conjoncture pour les pays colomaux et dependants ne manqueront pas d'aggraver instabilite politique et sociale dans laquelle la plupart de ces pays se débattent toujours. La chute des prix des matières premières, et les restrictions aux importations appliquées actuellement par toute une série de pays capitalistes aggraveront les difficultés économiques de pays tels que ceux de lAmérique latine ou du Sud-Ouest asiatique.
Les perspectives économiques du capitalisme s'assombrissent à un moment où les succès scientifiques et techniques de l'U.R.S.S. s'accentuent, prouvant la supériorité de l'industrie d'avant-garde construite par le premier Etat ouvrier. Certes, ces succès sont encore inégaux, la gestion bureaucratique de l'économie de l'U.R.S.S. et des autres Etats ouvriers étant le principal responsable du déséquilibre qui existe entre les différentes branches de l'économie, et du niveau de vie des masses incontestablement encore très bas. Il est vrai également que la réorganisation de l'économie soviétique n'ira pas sans créer pour une période un certain chaos administratif, avec des incidences certaines sur le taux d'accroissement de la production.
Mais deux faits restent cependant acquis et déterminent les perspectives de l'avenir : ce taux, vu la diminution parallèle du taux d'accroissement de la production capitaliste, qui semble avoir épuisé les stimulants reçus par les besoins que la guerre avait créés et par les dépenses militaires extraordinaires des dernières années, se maintiendra au moins au double du taux capitaliste. Grâce aux moyens puissants de l'économie étatisée et planifiée, l'U.R.S.S. a pu créer une industrie d'avant-garde qui digérera facilement, sans inconvénients sociaux, la révolution technologique en cours, en matière d'automation et d'energie atomique, la mettant ansı de loin à la pointe du progres scientifique et technique.
Ces deux faits combinés impliqueront dans les années à venir la suprématie économique grandissante des Etats ouvriers sur le capitalisme. Les succès remportés par l'U.R.S.S. dans le domaine des fusées téléguidées et du satellite planétaire, résultat et preuve d'un progrès scientifique et technique plus général de toute une série de branches industrielles, ont sonné à jamais le glas du mythe d'une Russie soi-disant encore considérablement arriérée, ou de la supériorité soi-disant incontestable des Etats-Unis dans tous les domaines.
La décade qui s'ouvre devant nous verrait ainsi, en cas d'une éventuelle « coexistence pacifique » de la victoire, y compris de la Victoire économique, du socialisme sur le s approcher singulierement le moment capitalisme.
En même temps, avec l'aggravation de la situation économique du capitalisme survient actuellement une nouvelle et brusque aggravation des rapports Est-Ouest. Deux faits ont contribué à ce tournant : les conditions de l'échec de la « doctrine Eisenhower » au Moyen-Orient et les conditions de l'échec des négociations sur le désarmement.
Dans la lutte pour le contrôle du Moyen-Orient, les Etats-Unis avaient marqué un point avec l'appui provoquant donné au coup d'Etat en Jordanie. 12
Mais, peu après, I'U.R.S.S. ripostait en concluant un accord économique et nilitaire avec la Syrie. Ce pays obtient de FU.R.S.S. le prêt à long terme qu'i vait des années durant sollicité sans succès de la Banque de Reconstruction prêt nécessaire au développement économique de la Syrie, et ceci au taux le plus bas. L/U.R.S.S. s'est engagée d'autre part à acheter une grande partie de la production agricole du pays. Nous avons là un exemple de ce que pourrait être dans l'avenir la concurrence des Etats ouvriers rapport aux pays coloniaux et dépendants, et de l'infériorité dans laquelle se a impérialisme par trouverait, par sa structure même, l'impérialisme dans ce domaine.
Des promesses formelles ont été d'autre part faites à la Syrie par le
Kremlin de la protéger contre toute attaque que l'impérialisme et ses alliés tenteraient contre elle.
Du coup, la situation a de nouveau évolué rapidement dans le Moyenralliement de tous les Etats arabes sur la politique nasseriste de solidarité avec la Syrie. Dans cette region, à l'heure actuelle, il ne reste en réalité aux Etats-Unis que lappui de la Turquie et d'israël qui, incontestablement poussés par Washington, ont sérieusement envisagé d'intervenir en Syrie.
Depuis la guerre, Jamais le langage diplomatique aussi bien du Kremlin que de Washington n'est devenu si directement menacant, sans ambages, . qu'a propos de la nouvelle crise qui sévit actuellement au Moyen-Orient. Les raisons qui expliquent les audaces récentes du Kremlin peuvent être bonnes et mauvaises, résultant à la fois de la supériorité acquise en armes balistiques et de la situation non stabilisée pour l'équipe Khrouchtchev à l'intérieur de TU.R.S.S.
Il est évident que P'U.R.S.S. possède actuellement des armes atomiques capables d'atteindre de son territoire n'importe quel objectit dans le monde
Elle a de ce fait une avance considérable sur les Etats-Unis, qu'elle s'efforcera de monnayer sur le plan diplomatique aussi longtemps que durera cette avance.
Lancés derrière l'objectif de créer des armes de plus en plus puissantes, des armements qui, par sa dynamique, rend illusoire tout accord durable dans ce domaine. Les négociations sur le désarmement l'ont clairement démontré.
Dans l'histoire des négociations de ce genre, elles furent les plus extraordinaires, entrecoupées constamment par des annonces d'expériences atomiques des uns et des autres, pour déboucher en délinitive sur la fusée téléguidée intercontinentale et le satellite planétaire.
Ces performances sensationnelles de P'U.R.S.S., qui changent le rapport strictement militaire considérablement en sa sa faveur, ne feront j'attiser à leur tour de fébriles recherches aux Etats-Unis pour combler le lécalage actuel mortellement dangereux par rapport à l'U.R.S.S risque detre la course derrière un objectif illusoire s'éloignant sans cesse. Les limites de cette course ne sont pas celles de la technique mais des finances et des réactions des masses. Aux Etats-Unis même, il est peu probable que le budget militaire puisse s'enfler de nouveau très considérablement sans provoquer une inflation incontrôlable. Quant à l'U.R.S.S., si ses succès attisent la fierté nationale des masses soviétiques en renforcant leur attachement au régime social, ils ne suffisent pas pour effacer leurs difficultés matérielles.
Khrouchtchev ne peut espérer aucune stabilisation durable de son pouvoir sans réussir à élever de manière substantielle le niveau de vie des masses et sans relâcher non moins considérablement le contrôle bureaucratique sur elles. Les masses soviétiques sont portées irrésistiblement vers plus de bien-être matériel et plus de libertés. C'est cette poussée de fond qui est à la base de la crise permanente dans les sommets de la bureaucratie, et qui la fait rebondir de temps à autre.
La lutte pour le pouvoir en U.R.S.S. est loin d'avoir abouti à une solution durable quelconque ; elle se poursuit et prépare inexorablement de nouvelles « surprises » dans un avenir relativement proche.
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Quelles conclusions tirer de ce nouveau tournant de la situation internationale ?
Celles énoncées par le 5° Congrès Mondial de la IV° Internationale qui vient d'achever ses travaux : de nouvelles perspectives revolutionnaires souvrent actuellement, y compris pour le prolétariat des pays capitalistes métropolitains.
Il faut saisir les difficultés économiques et politiques du capitalisme — y compris aux Etats-Unis qui connaissent actuellement la crise de confiance en leur puissance la plus grave de leur histoire — pour pousser partout la lutte en avant, sans considérations pour les « risques de guerre» que l'avance de la Révolution peut comporter. Car, qu'on le veuille ou non, de toute manière la situation né peut se stabiliser sur le statu quo, et on ne peut non plus empêcher que le rapport de forces global n'évolue davantage au détriment de l'impérialisme.
D'autre part, le seul moyen d'accentuer la démoralisation de l'impérialisme et, le cas échéant, de le désarmer plus rapidement et facilement, c'est de propulser partout une lutte révolutionnaire victorieuse.
La situation du capitalisme est de nouveau en train de se détériorer non seulement globalement par rapport aux progres de la révolution coloniale et des Etats ouvriers, mais également séparément dans des pays tels que lAngleterre, la France, l'Inde, l'Indonésie, l'Argentine, la Bolivie.
Dans le cas où la récession se généralisera, il faut s'attendre à d'importants capitalisme, déboucheront rapidement sur de grandes perspectives révolucombats de classe partout qul, dans les conditions générales actuelles tionnaires.
L'avant-garde marxiste révolutionnaire doit être consciente de ces possibilités nouvelles et s'y préparer adéquatement. Intégrée comme elle lest deja dans le réel mouvement de la classe, elle peut rapidement devenir la direction de fait de grands courants dans les organisations de masse où elle agit.
C'est d'ailleurs du rôle qu'elle jouera dans ce sens que dépendra, au moins en partie, lissue victorieuse des grands combats de classe en perspective, aussi bien dans les pays coloniaux et dépendants que dans les métropoles.
Il n'y a jamais eu un ensemble de conditions objectives si favorables
'actuellement pour célébrer dans le plus grand éclat et le plus grand opti misme revolutionnaire le 40° anniversaire de la Grande Révolution d'Octobre qui a ouvert l'ère du socialisme sur cette terre.