L'article que nous publions ci-dessous a été écrit bien avant les récents developpements en Pologne, marqués par la grève des ouvriers de Lodz, linterdiction de « Po Prostu » et les manifestations des eludiants qui l'ont suivie. Tel qu'il est il éclaire cependant ces développements.
Dans le cadre d'une situation économique qui ne s'améliore que très lentement, aussi bien sur le plan du pouvoir d'achat des masses que de geuse conditions de logement, g male se oleta misen dévidence par la leurs conditions de logement, le malaise ouvrier mis en évidence par la
Seule la remise aux ouvriers du contrôle effectif et de la gestion de léconomie et de l'Etat pourrait leur faire admettre les conditions actuelles de vie et susciter en eux un nouvel élan.
Celle remise devrait s'incarner dans la reconstruction — de la base au sommet — d'un Etat soviétique démocratique. C'est à cela que tendait confusément le mouvement de création des Conseils ouvriers, surgi de la base. La direction centriste bureaucratique de Gomulka s'est efforcée de circonscrire ce mouvement dans de strictes limites qui font peu à peu des Conseils ouvriers de nouveaux organismes bureaucratiques à côté de ceux des syndicats et du Parti dans les usines. Mais, de cette façon, la direction gomulkiste se prive de l'appui créateur des masses et replonge celles-ci sinon dans une hostilité ouverte du moins dans une indifférence routinière par rapport au régime.
La désaffection des étudiants à l'égard de la direction n'est pas moins profonde. L'interdiction de « Po Prostu » pour avoir, selon les termes mêmes de « Tribuna Ludu » défendu l'idée de la remise de tout le pouvoir aux Conseils ouvriers; les excès commis par la milice fidele au gouvernement (a laquelle les ouvriers de Zeran et d'autres usines de Varsovie ont refusé de se joindre) et les exclusions de rédacteurs de « Po Prostu » ne feront qu'accentuer le divorce entre Gomulka, virant de plus en plus vers le neo-conformisme style « titiste » et la gauche ouvrière et estudiantine. La faiblesse de cette gauche consiste cependant toujours dans le manque d'une direction marxiste révolutionnaire.
Combler cette lacune est la tâche à laquelle les éléments marxistes révolutionnaires du pays doivent maintenant s'atteler sans tarder.
Une révolution ne surgit pas parce que sous l'ancien régime politique ou social «tout allait mal »; dans ce cas il y aurait stagnation, pourrissement, désintégration, ne laissant aux forces nouvelles aucune possibilité de développement. Une révolution surgit lorsque, dans les conditions anciennes, il y a eu un réel progrès dans différents terrains essentiels — un progrès qui se trouve freiné par l'ancien cadre organisationnel, de sorte qu'un 22
« Quatrième Internationale. » nouveau bond en avant ne peut se produire qu'en bouleversant ce cadre. Bien entendu, il faut que la stagnation de l'ancien régime se révèle pratiquement d'une manière tellement évidente que l'ancien groupe dirigeant commence commence .à sentir lui-même son inutilité objective, ce qui le mène à une corruption plus grande et à une désintégration. Il est certain que, pendant la période de freinage et de stagnation, des parties d'autres
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E couches de la population peuvent être atteintes par cette désintégration et se trouver démoralisées.
L'Octobre polonais a été un authentique mouvement révolutionnaire pendant lequel de jeunes forces, crées par l'ancien régime se révoltèrent contre lui. Ces jeunes forces étaient constituées d'une part par l'avant-garde de la classe ouvrière qui se trouve surtout dans les entreprises avant-gastre le de dinette entreprises de l'industrie lourde, d'autre part par l'avant-garde de la intellectuelle, avant tout les étudiants.
Le plan sexennal qui commença en 1949 a changé fondamentalement la structure économique polonaise — et même, dans une certaine mesure, il l'a trop changée. En effet, le plan mit en évidence les inepties staliniennes typiques qui avaient eu leur effet négatif en U.R.S.S. même, mais dont l'imitation à l'échelle et dans les conditions des dilférentes économies des « démocraties populaires » devait engendrer beaucoup plus vite des situations impossibles. Il y eut en premier lieu la manie de construire dans chaque petit pays une économie « complète », imitation ridicule de la politique néfaste de Staline tendant à la construction du socialisme « dans un seul pays ». La division internationale sociatiste our du travail, même dans le cercle plus restreint du « camp socialiste », fut réduite à son minimum, sans que pour aucun des pays des « démocraties populaires » l'autarcie ne devienne possible. Pour des raisons politiques relevant de la direction bureaucratique du Kremlin, une fédération économique des pays de l'Europe orientale fut évitée, et les principales relations économiques furent celles qui existèrent entre chaque « démocratie populaire » prise séparément et I'U.R.S.S.
Ensuite, évidemment en relation avec la manie précédemment citée, il y eut la tendance à commencer la construction de l'économie à partir d'une page blanche, sans tenir compte de l'économie déjà existante, et ce fut bien entendu l'industrie lourde qui bénéficia d'une priorité absolue. On construisit ainsi en Pologne une grande industrie sidérurgique bien que le pays ne contienne presque pas de minerais de fer. La production d'acier s'élevait avant la guerre a 1.450.000 tonnes environ; aujourd'hui elle est de quelque 5 millions de tonnes, et à la fin du nouveau plan quinquennal ce total devra s'élever à 7 millions.
Evidemment une bonne industrie lourde est à la base de l'industrie légère — on trouvera cela dans les premiers paragraphes de chaque manuel scolaire; mais faut douter de la sagesse de cet axiome si son interprétation revient à obliger chaque pays a forcer le developpement d'une industrie national d'acier. pement d'une industrie nationale d'acier. truire le stalinisme polonais et qui mena à la priorité absolue de la construction d'une industrie lourde a naturellement laissé subsister la dépendance de la Pologne vis-à-vis de son commerce exté-
Elles ont pu agir comme dirigeants de l'immense majorité de la population polonaise parce que la banqueroute de la direction stalinienne s'était avérée clairement à tous. Pour comprendre la révolution politique polonaise et ses perspectives, il faut savoir évaluer les deux grands résultats positifs de l'après-guerre: l'industrialisation et la réforme de l'enseignement. Il faut en même temps étudier la mauvaise gestion de l'Etat et de l'économie pour mieux comprendre le sens du mouvement révolutionnaire. rieur. Les deux tiers environ du minerai de fer dont la Pologne a besoin viennent de I'U.R.S.S. (trois millions de tonnes environ en 1956, plus encore pour l'année cours); le reste provient de l'Inde, de la Chine, de Suède. Quoi qu'il en soit, une industrie sidérurgique de grande envergure a été réalisée, entre autre par création d'une ville métallurgique entièrement nouvelle, Nowa Huta (environ 80.000 habitants) près de l'ancienne Cracovie, où l'on trouve environ 17.000 ouvriers métallurgistes et autres.
Beaucoup de Polonais reconnaissent maintenant qu'il eût été préférable de se concentrer plutôt sur la construction de l'industrie chimique puisque le charbon constitue la richesse nationale de
Pologne (1). Les produits cette industrie chimique pourraient s'échanger contre des produits acier. De toute façon, on indique officiellement que l'industrie chimique elle aussi a triplé depuis 1949, mais elle souffre du même manque d'harmonie que l'industrie sidérurgique: c'est un fondement sans bâtiment. L'industrie lourde produit trop de matériaux semi-finis, et de grands investissements seront nécessaires pour parvenir à une production suffisante de produits finis sur cette base. Des laminoirs « a froid » pour lames (acier noble) sont en construction. On espère terminer la construction d'un laminoir de cette sorte à Nowa Huta en 1958 et à Varsovie vers la fin de 1959. Dans l'industrie chimique, production de plastique, de rayonne, d'engrais doit être développée.
La base de l'économie nationale polonaise est la production de charbon. Dès avant la guerre la production des mines polonaises s'élevait à 38 millions de tonnes par an: en 1947 elle atteignait 75 millions de tonnes, progrès étant dû evidemment à l'annexion des régions minières allemandes. L'exploitation minière fut ensuite considérablement développée dans le cadre du plan sexennal. La production en 1956 était de 95 millions de tonnes, ce qui était trop peu, le plan ayant posé comme but 100 millions de tonnes. Le nouveau plan pour cette annee se limite à une production de 93 millions de tonnes.
(1) La découverte de gisements de soufre riches et exploitables sur le cours supérieur de la Vistulé renforce encore ce point de vue.
L'INDUSTRIALISATION : CONQUETES ET ASPECTS NEGATIFS
L'INDUSTRIALISATION : CONQUETES ET ASPECTS NEGATIFS
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Cette tendance à la baisse est la conséquence de la sur-exploitation pratiquée pendant des années aux dépens des installations et des cuvriers. Tandis que chaque année les normes du plan se trouvaient automatiquement élevées, l'industrie minière manquait de nouvelles installations et on se basait presque exclusivement sur un effort physique plus grand aes mineurs (surtravail, travail du dimanche trois fois par mois, etc) — ce qui ne pouvait avoir pour résultat que la «fuite » des ouvriers par des maladies, etc.
Si la production a augmenté pendant toute une période, en grande partie grâce à cette exploitation excessive, il n'en reste pas moins vrai que l'économie nationale n'en a pas assez profité. Le produit du travail du mineur, le charbon, ne fut pas moins gaspillé que la force musculaire des ouvriers. La consommation nationale de charbon fut toujours plus grande que prévue. Les mines sont déficitaires à cause des prix extrêmement bas du charbon, aussi bien pour l'usage industriel et l'énergie électrique que pour l'usage domestique, si bien que les mines par leur marge déficitaire, l'Etat) subventionnent les autres industries. Tout cela était cause de gaspillages.
Un trait caractéristique de la planification stalinienne était la négation des anciennes forces productives. Par exemple, on construisit six nouvelles usines de coton modernes, mais on refusa de rééquiper les usines existantes qui produisent encore.
Une autre «loi» de la planification stalinienne était que plus on s'approche du consommateur, plus mauvaise est la production. Lorsqu'il y avait des difficulés à atteindre les obiectiis du plan - et ces difficultés s'accumulaient de plus er plus — on les faisait supporter par l'industrie légère et l'agriculture qui recevaient pas les moyens nécessaires, et ce pour « sauver » le plan de l'industrie lourde. A la campagne il n'y avait pas de clous, pas de chaux, rien pour entretenir les bâtiments. Ce qui fut construit par un effort considérable fut perdu d'autre part par la négligence de l'appareil productif existant.
Le taux d'investissement était très élevé. Pendant le plan sexennal investit jusqu'à 28% du revenu national. Le professeur Lange a déclaré récemment au Parlement aue ce taux était de 23,3% pour 1955, de 20,5% pour 1956, et qu'il serait de 18,7% pour 1957. On exagéra tellement qu'on dut très vite constater qu'au moins une des normes du plan n'était pas atteinte : la consommation des produits industriels réservés aux ménages était toujours inférieure à ce qui avait été prévu dans le plan, par tête d'habitant.
Cette tête d'habitant polonais ne consiste pas seulement en une bouche mais aussi en un cerveau, siège de la volonté morale, et ce fait, trop négligé par les bureaucrates et les calculateurs, eut une influence négative sur la volonté de travailler, malgré les lois draconiennes sur la discipline socialiste du travail. 24
Tandis que diminuait la volonté de produire des travailleurs, la couche parasitaire vivant sur la marche de la production ne cessait de croitre. Cette excroissance de l'appareil d'administration et de contrôle et la grande centralisation eurent pour résultat un gaspillage encore plus grand des forces productives. Chaque ministère industriel tendait se scinder : on comptait par exemple trois ministères pour le bâtiment — celui des bâtiments industriels, celui des logements et enfin celui des matériaux de construction; après Octobre on les a à nouveau combinés. Chaque ministère est subdivisé en une série d'agences spéciales (Centralne Zarzandy) pour les différentes parties des tâches; et chaque agence - comme chaque ministère -s'occupait avant tout d'atteindre ses propres normes, sans compter avec les besoins des autres branches. Un dogme absolu du Bureau de la planification nationale était que chaque unité productive devait produire plus que l'année précédente. Les plans furent fixés quantites (unites physiques). on tacha de stimuler la volonté productive par des primes pour ceux qui arrivaient à atteindre les buts et même les dépasser. Dans ce système (d'autant plus qu'on connaissait les risques encourus si on ne savait pas remplir le plan), chaque moyen était atteindre les chiffres demandés, d'où la tendance à se « spécialiser » sur le travail grossier et à pas fabriquer des produits de précision ou de qualité. Même dans l'industrie de consommation, il y eut un plan rigide dressé par l'Agence Centrale du ministère en question qui fixa le nombre de bonbons roses, carrés, etc.... même si les consommateurs les détestent et n'en achetent point. Comme si le socialisme ne devait pas éliminer le gaspillage de la production anarchique du capitalisme! On supplanta les contacts avec les marchés par les papiers émanant des bureaux.
La désorganisation croissante causée par la gestion bureaucratique de l'économie, qui était en même temps très centralisée et scindée verticalement à l'extrême, avait des effets visibles pour chaque ouvrier dans son usine. Le rythme de la production était interrompu. Au commencement du mois on ne travaillait guère parce qu'on manquait de certaines choses nécessaires qui n'étaient pas livrées à temps, ou qui étaient livrées en quantité ou en qualité insuffisantes, par une autre usine ressortissant a un autre ministère ou à une autre Agence centrale. L'administration de l'usine commençait la quête pour obtenir les matériaux nécessaires. Dans la seconde moitié du mois, comme on voulait remplir les quotas mensuels, la production redémarrait. Les heures supplémentaires devenaient normales, on ne soignait plus les machines, des fonctionnaires allaient trouver les ouvriers dans leurs maisons pour les amener aux travaux du dimanche. Quand de telles difficultés se produisirent aussi dans l'industrie lourde, le régime bureaucratique s'était rendu impossible, et ce fait s'ancra fermement
Q UAT RIEME dans l'esprit des ouvriers et des dirigeants de l'usine.
Le contrôle administratif et policier se renforçait dans la mesure où • les difficultés se multipliaient. Le parti et les syndicats firent tout pour renforcer l'exploitation excessive de la force du travail. Le Bureau central de planification ne planifiait pas seulement, mais controlait aussi la réalisation de ses plans. Chaque appareil avait tendance se doubler d'un appareil de contrôle, et
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Il y avait enfin le problème assez simple de l'incompétence de beaucoup de gérants d'entreprises. Il est certain qu'un problème semblable se pose dans une certaine mesure après chaque révolution sociale. Il faut parfois remplacer des anciens cadres qui ont servi le régime précédent par des hommes nouveaux qui sont peut-être inférieurs en ce qui concerne leurs connaissances, mais qui, soutenus par les masses révolutionnaires qu'ils mobilisent, sauront dans la plupart des cas inspirer et diriger une nouvelle société. Plus l'enthousiasme et le contrôle démocratique du peuple travailleur seront grands et plus il sera facile, non seule ment de s'emparer de l'ancien appareil productif, mais aussi d'utiliser les anciens cadres et de se servir de leurs connaissances techniques. En Pologne il en fut ainsi dans une certaine mesure en 1944 et 1945, quoique dès le commencement de la transformation sociale de la Pologne le fait de «l'importation » des vices bureaucratiques du stalinisme pesa lourdement. Mais les cadres de 19441945, voulaient servir parce que la Pologne était reconstituée en Etat indépendant et qu'il y avait la transformation sociale, furent eux-mêmes chassés.
Le remplacement de ces cadres - dont se défiait la bureaucratie stalinienne -par de nouveaux commença sur une grande échelle dès le commencement du plan sexennal, donc dès 1949. Ces nouveaux cadres, qui manquaient parfois de capacité, servaient d'autant mieux les maitres qui les avaient fabriqués. Dans le cas de la Pologne, il ne s'agit done pas d'un problème initial à résoudre au cours des années, fut au contraire une question qui s'exacerba dans la mesure où la faillite de la planification et de la gestion bureaucratiques se faisait sentir davantage, et dans la mesure où se multipliaient les appareils de contrôle.
Nous avons vu que l'appareil bureaucratique se heurta à sa création favorite, la grande industrie, et au prolétariat concentré travaillant dans celle-ci; la même façon, l'incompétence de beaucoup de fonctionnaires aviva le choc entre le stalinisme et la jeune intelligentzia. La réforme de l'enseignement en Pologne, comme dans d'autres pays du bloc soviétique, est un des acquis fondamentaux de l'aprés-guerre. Il s'agit de la possibilité donnée aux fils et aux filles cette tendance se renforçait dans la mesure où le contrôle direct des producteurs et des consommateurs était plus éloigné.
Ajoutons à tout cela que la production d'armements, surtout à partir de 1951, exigea une très grande partie des forces productives, les détournant ainsi de la construction de l'économie. Les mises de fonds dans l'industrie guerre ont atteint en cinq ans — de 1951 à 1955 — 10,4 milliards de zlotys, soit environ 11% des mises de fonds d'investissements dans l'industrie. L'ENSEIGNEMENT des ouvriers manuels et des paysans pauvres de continuer leurs études aux frais de l'Etat lorsqu'ils font preuve de capacités. Avant la guerre, la Pologne comptait environ 30.000 étudiants; il y en a maintenant 150.000 répartis dans un assez grand nombre d'universités et d'institutions anciennes ou nouvelles. Tandis qu'avant la guerre les études étaient le privilège des classes possédantes ou des classes moyennes, aujourd'hui on peut dire qu'entre 75 et 80% des étudiants sortent des milieux d'ouvriers manuels. Les écoles moyennes (enseignement secondaire) auront cette année quelque 70.000 élèves.
Il est vrai que le niveau de l'instruction universitaire a été assez bas à cause de « l'industrialisation » des études (tant d'étudiants à produire pendant tel trimestre...) et de l'atmosphère idéologique néfaste; tout cela d'ailleurs s'est beaucoup amélioré depuis 1955. Malgré ses faiblesses, la réforme de l'enseignement commence à porter de très bons fruits. d'une qualité d'autant meilleure que les étudiants ne perdent pas le contact avec leur milieu d'origine pendant les études. Ils ne forment pas une couche privilégiée ou même corrompue; leur subsistance est garantie par un système de services sociaux et par des allocations peu élevées de 300 à 600 zlotys par mois. En ce moment, douze années environ après la guerre. une nouvelle génération jeunes, provenant des milieux sociaux plébéiens et prolétariens, a parcouru la plus grande partie de la route de l'enseignement secondaire et universitaire et demande des emplois. Ces emplois sont rares pour beaucoup d'entre eux, non pas parce que le pays n'a pas besoin de leurs connaissances, mais parce que les places auxquelles ils auraient droit sont occupées par un beaucoup trop grand nombre de gens ayant des connaissances et des capacités beaucoup trop petites. La même bureaucratie parasitaire bloque la route aux jeunes intellectuels et empêche les industries les plus modernes de fonctionner d'une manière rentable. Le problème de l'efficacité, de la lutte contre la bureaucratie, et done de la lutte pour la gestion démocratique, a la même signification pour l'ouvrier que pour le jeune intellectuel. Ils sont des alliés naturels dans la lutte contre le stalinisme.
Il va de soi que les étudiants, qui ont pu s'instruire, grâce à la liquidation du
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E capitalisme, aussi bien que les ouvriers des nouvelles industries n'ont pas de tendances contre-révolutionnaires. Ils ne peuvent pas aspirer au retour du capitalisme. Ils œuvrent, en tant que créa-
Tout cela est suffisant pour avoir une impression des très grands acquis du développement de l'après-guerre et du heurt inévitable des résultats positifs avec l'appareil politique et administratif. La justification historique du régime de dictature du prolétariat (même s'il est déformé d'une manière monstrueuse sous sa forme stalinienne) est qu'il a su créer les forces qui sauront réparer les déformations dans un sens socialiste, et que dans ce cas ces forces ont été en état de diriger toute la population.
Néanmoins il ne faut pas sous-estimer les effets négatifs qu'a eus la dictature stalinienne. Il y a une haine très forte, très grande, contre tout ce qui est russe parmi les larges masses populaires; l'autorité de l'Eglise catholique est extrêmement grande - surtout dans les mêmes couches petites bourgeoises, avant tout à la campagne; il y a de très grandes illusions dans l'Occident capitaliste, tandis que surtout en dehors des grandes industries et des universites on pouvait constater une certaine demoralsation et désintégration sociale. Pour ces raisons encore, c'est un fait extrêmement heureux que de jeunes cadres communistes aient pris entre leurs mains la direction du mouvement antibureaucratique d'Octobre, évitant de cette manière l'explosion de haine des masses petites bourgeoises et régénérant la confiance dans le communisme, tout en confirmant l'hégémonie de la classe ouvrière.
A côté des ouvriers de la grande industrie on trouve une couche nombreuse, mais éparpillée, d'ouvriers remplis de préjugés petits bourgeois. Le stalinisme les a exaspérés. Nombreux sont ceux aux-
La politique agraire de la direction stalinienne a eu, elle aussi, de graves conséquences. Tout le monde sait qu'une grande entreprise, outillée avec de grands movens techniques, peut être plus producmoyens tennes, peut et prus produ tive qu'une masse de petites entreprises avec un outillage plus primitif. Il est vrai aussi que, quelque 4 ou 5 récoltes après une réforme agraire qui crée des relations égalitaires à la campagne, une nouvelle différenciation sociale prend des formes claires et qu'on voit naitre alors couche de koulaks. Mais pratiqueune ment, comme l'avouent aujourd'hui les autorités polonaises elles-mêmes, il s'est avéré malheureusement, que la petite exploitation agricole a été plus productive que le secteur étatique ou coopératif, malgré les difficultés rencontrées par les entreprises privées. Et même si on a pu éviter la naissance d'une couche de koulaks qui pouvait être socialement dangereuse pour l'Etat ouvrier, surtout si tions d'une société nouvelle, à libérer cette propriété d'un cancer qui risque de la tuer. Ce sont eux les forces vivantes du prolétariat révolutionnaire, aspirant vers la démocratie socialiste. quels il fut rendu impossible de continuer leur petite exploitation située quelque part en province par toutes sortes de pressions administratives (impôts, tarifs différentiels pour l'électricité, mesures politiques ou policières). Beaucoup d'entre eux ont liquide leur exploitation et se sont réfugiés dans les grandes villes, surtout a Varsovie, où il leur fallait trouver des moyens d'existence et un logement dans des circonstances très difficiles. La plus grande partie d'entre eux ne pouvait pas s'assimiler au nouveau milieu industriel et forment une sorte de sous-prolétariat qui pourrait dans certaines circonstances être dangereux. Beaucoup parmi eux, avaient été, avant la guerre, plus ou moins sous l'influence des traditions socialistes ou communistes; mais aigris, ils ont perdu tout idéalisme et leur mentalité ressemble fort à celle de « l'Opéra de Quat-Sous » : il faut se sauver par tous les moyens, « wir waren lieber, gut als roh, doch die Verhaeltnisse, sie sind nicht so...!! ». C'est dans ce milieu qu'on trouve des gens qui font du marché noir et qui, se considérant comme ayant été lésés, ne sont pas toujours honnêtes. Il faut reconnaître - et les économistes le savent bien - que ce processus de démoralisation avait atteint la classe ouvrière. En face du chaos croissant provoqué par la bureaucratie et qui les privait souvent des primes de production, des ouvriers n'avaient pas peur de prendre ce dont ils avaient besoin dans l'usine même. Il est évident que la révolution d'Octobre a plus fait pour réparer cet état de choses que les plus draconiennes des lois staliniennes. elle trouvait milieux des stalinienne a de toute la l'Etat. Il y a un écho dans d'importants villes, la politique agraire réussi à entrainer la haine population agricole contre évidemment des différences locales. Dans les territoires occidentaux (anciennement allemands), des familles paysannes polonaises furent établies sur des terres pour elles entièrement nouvelles, et dans la Pologne centrale la répartition de l'ancienne grande propriété nobiliaire a créé une « bonne volonté» parmi les paysans, ou tout au moins des relations de dépendance envers l'Etat ouvrier par peur d'une intervention occidentale ou d'un retour des « ci-devant ». Dans ces territoires, la collectivisation a été la plus facile à effectuer et 1l semble que, surtout vers l'Ouest, il existe des entreprises collectives qui ont survécu aux tempêtes de la décollectivisation en octobre et novembre.
Malgré la collectivisation, la masse des
LES AUTRES COUCHES POPULAIRES
L'AGRICULTURE
LES AUTRES COUCHES POPULAIRES
L'AGRICULTURE
Q UA TRIE ME gens travaillant sur des petites exploitations agraires est restée très grande. Selon les statistiques officielles, la Pologne comptait, en 1954, 2.874.800 entreprises agricoles privées, dont 60% comprenaient au maximum cing hectares Un peu plus de 30% des familles paysannes n'avalent que 10 à 15 hectares à travailler; près de 10% possédaient ou travaillaient des fermes de 15 à 20 hectares. Les chiffres officiels indiquent que 10% des terres arables étaient réparties entre environ 10.000 coopératives de production; les entreprises agricoles d'Etat comprenaient environ 12% des terres arables.
Les mesures prises contre les koulaks eurent pour résultat que les paysans se gardaient bien de devenir des koulaks, qu'ils préféraient avoir une petite entreprise plutôt qu'une grande. Le manque de produits fabriqués pour le maintien des constructions, etc., a fait baisser le rendement, et il y avait et il y a encore une grande résistance aux livraisons obligatoires à l'Etat à des prix reduits. Mais peut-être est-ce surtout la menace de la collectivisation qui a agi défavorablement sur la productivité des paysans prives.
Tout cela a eu des conséquences curieuses. Les paysans revenaient à une production qui était en grande partie destinée à leur propre consommation, et les économistes pensent que la consommation paysanne des produits agricoles est en général plus grande qu'elle ne l'était avant la guerre. Les paysans ont parfois refusé de vendre plus que la livraison ne les y obligeait, malgré l'existence du marché libre pour les excédents de production, parce que l'argent, par suite du manque de produits industriels pour les villages, n'avait pas grande valeur pour eux. Il semble que de grandes sommes d'argent (on parle même de 6 à 7 milliards de zlotys) sont entassés chez les paysans; cet argent est maintenant remis en circulation et peut avoir une mauvaise influence, augmentant les dangers d'inflation. Il y eut une campagne systématique pour quitter les campagnes, surtout chez les jeunes, stimulée d'ailleurs par la réforme de l'enseignement. Il semble que, dans certaines régions, on manquait de main-d'œuvre pour l'agriculture. De toute façon les fermes d'Etat peuvent utiliser plus de bras.
Le vent d'Octobre a été trop fort pour la plupart des coopératives. On ne connait pas encore le bilan final, mais on estime qu'entre 70 et 80% des coopératives agricoles ont été dissoutes. Le sort des machines et des stations de tracteurs n'est pas très clair; il semble que ces machines ont parfois été vendues à très bas prix, mais aussi que des stations d'Etat ont été données aux communes à la campagne.
La résistance aux livraisons obligatoires à l'Etat à des prix réduits augmente, aussi parce que depuis peu de temps toutes sortes de produits industriels sont à nouveau livrées à la campagne qui sait donc maintenant comment utiliser son argent. On a supprimé la livraison obli-
E NATIONAL E gatoire du lait, mais pas encore celle des autres produits. Il est difficile pour l'Etat de prendre cette décision parce que, dans ce cas, les prix des aliments augmenteraient dans les villes et provoqueraient une nouvelle distribution du revenu national en faveur des la livraison obligatoire du blé englobe Paysans. environ 30% de la récolte qui est fixée en fonction du nombre d'hectares.
Le cours nouveau de la politique agraire apres Octobre a encouragé l'initiative des paysans. Ils veulent à nouveau louer plus de terres et acheter du bétail. Les prix des produits agricoles sur le marché libre ont, pour la première fois depuis longtemps, une tendance à la baisse.
Quelle est l'attitude des paysans envers le régime actuel ? C'est une contre-vérité historique de dire que les petits paysans prives sont en principe des contre-révolutionnaires. Dans certaines circonstances historiques, même la paysannerie pauvre peut être entrainée, par l'intermédiaire d'institutions politiques ou religieuses sous la dénomination de la réaction des villes, à être un instrument de la grande bourgeoisie; mais ses intérêts sont autres. Dans l'histoire même de la Pologne, l'organisation de la jeunesse paysanne, une partie de celle-ci, organisée sous le nom de « Wici » (signal de feu) a parfois laissé entendre des points de vue radicaux, malgré une idéologie foncièrement réactionnaire; au temps du régime Pilsudsky, 1l y eut parfois une collaboration entre les jeunesses communiste, socialiste et agraire. Maintenant que la Pologne ne connait plus de grande bourTuttiser ses propres par nor maîtresse geoisie puissante pouvant se rendre aucune raison pour considérer a priori la masse des paysans comme l'instrument des contre-révolutionnaires. On ne peut pas supposer qu'ils veuillent restaurer l'ancien régime, même si la politique des staliniens a engendré une grande méfiance à l'égard de l'Etat ouvrier. Cependant, sous l'effet du stalinisme, l'Eglise catholique a renforcé son autorité, d'autre part certains aspects du stalinisme ont ou bien renforcé ou revivifié des tendances antisémites. Mais ce n'est pas par hasard que le clergé catholique a adopté une position très nuancée envers la direction Gomulka, prudence qui est d'ailleurs réciproque. Car si la haine des paysans contre les apparetchiks (fonctionnaires) locaux peut être très profonde, leur vénération pour le nom de Gomulka n'est pas moindre, celui-ci leur paraissant un véritable « deus ex machina » ou un Messie. Des explosions peuvent avoir lieu contre des fonctionnaires locaux, exaspérées encore par l'athéisme des cadres communistes, mais elles ne constituent pas en ce moment dans l'esprit des paysans une révolte contre Gomulka, mais plutôt une révolte contre ceux qui ont fait incarcérer Gomulka et le cardinal Wyszynski.
Il est clair que cette situation ambiguë ne peut pas se prolonger éternellement. C'est pourquoi le gouvernement polonais peut étre amené plus vite que les écono-
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INTERNATIONALE mistes ne le souhaitent, à liquider ou à amoindrir les autres •livraisons obligatoires que le lait, ou du moins à augmenter le prix payé par l'Etat pour ces marchandises. Cela pourrait alors avoir des conséquences graves pour le niveau
Il faut s'étendre un peu plus sur l'influence de l'Eglise catholique en Pologne. Il est indéniable que la hiérarchie catholique représente une grande force organisée qui, par ses liaisons avec le Vatican, est en contact avec la réaction mondiale. Mais le clergé ne peut pas être identifié avec la contre-révolution qui ne représente pas un danger intérieur dans la Pologne actuelle. La Pologne a montré dans les conditions défavorables qu'a créées le stalin sme, qu'il est possible de trouver un modus vivendi entre le clergé et l'Etat ouvrier, si la grande bourgeoisie et la féodalité sont réellement à tout jamais liquidées. Une véritable direction révolutionnaire aurait pu obtenir un semblable résultat avec beaucoup moins de sacrifices. Mais la direction stalinienne a d'une part prive les campagnes des produits dont elles avaient besoin, créant ainsi une grande animosité contre l'Etat, et, d'autre part, essayé en même temps de se procurer à bon marché la servilité des paysans en utilisant lappareil de leglise à ses propres fins bureaucratique a pu Or, ce qu'une force d'Etat féodale et faire avec par exemple les églises d'Etat luthériennes de la Prusse, ou orthodoxes de la Russie, elle na pas pu le réussir avec le clergé catholique de la Pologne, malgré la parade des « prêtres partisans de la paix ». La cause réside en partie dans le caractère international de l'Eglise catholique qui a son centre dans le monde capitaliste, et d'autre part on peut expliquer cela par le fait que la domination russe a prolonge le rôle « national» de cette Eglise. A l'exception de irlande, il n'y a pas de pays où le clergé catholique a joué un aussi grand rôle dans lutte pour l'indépendance nationale qu'en Pologne, et cela parce que cette lutte était aussi dirigée contre les Eglises d'Etat des oppresseurs. (Eglise anglicane, Eglise orthodoxe). Enfin, dès la fin de la deuxième guerre mondiale, le poids spécifique du catholicisme a pu augmenter parce que le pays a perdu presque tous ses citoyens orthodoxes, qui sont devenus des citoyens sovietigues, ses citoyens luthériens, qui ont été expulses en grande partie vers l'Allemagne, tandis que les Juifs avaient ete pour la plupart exterminés pendant la barbarie nazie, si bien que jamais dans son nistoire la Pologne n'a été aussi homogène du point de vue religieux.
Gomulka a dû faire sans doute de grandes concessions à l'Eglise, surtout en ce qui concerne l'enseignement de la religion dans les écoles. En effet, les staliniens, voulant utiliser l'Eglise pour leurs propres buts, n'ont pas instauré cette réforme de la révolution bourgeoise classique, à savoir la séparation de l'Eglise et de l'Etat. Il est impossible de de vie des ouvriers urbains, et c'est entre autres une des raisons pour laquelle le gouvernement polonais cherche à obtenir des crédits étrangers pour l'importation à brève échéance de produits agricoles. de le faire maintenant. En ce moment, il est extrêmement difficile pour des parents athées de retirer leurs enfants de l'école aux heures où le prêtre payé par l'Etat, donne ses cours de religion. En dehors des grands centres urbains, et même dans ceux-ci, il règne un climat de terreur qui, dans le cas d'une attitude courageuse des parents athées sur cette question, met les enfants dans une situation très difficile. Dans les rangs du Parti Ouvrier Unifié sévit un grand mécontentement à cet égard, qui semble d'aileurs être plus grand chez les anciens socialistes que parmi ceux qui ont été éduqués par le stalinisme. On dit dans ces cercles que Gomulka n'aurait pas voulu faire ces concessions, mais y a consenti parce que le cardinat l'aurait menacé d'une pétition monstre qui aurait débordé le cadre de l'enseignement proprement dit.
Ainsi le Parti ouvrier a dû faire un grand pas en arrière, le clergé donnant en échange son soutien politique au régime Gomulka, soutien qu'il pouvait difficilement refuser étant donné la vénération des paysans pour la personne de Gomulka. Une solution durable doit être recherchée dans le domaine de la politique économique envers la paysannerie et les couches petites bourgeoises en général, en faisant diminuer graduellement les possibilités du clergé à se livrer à une activité politique plutôt que dans un heurt entre l'Etat et l'Eglise. L'Etat ouvrier est aidé dans tout cela par la réforme de l'enseignement.
Il semble possible d'améliorer beaucoup la situation, même a brève echeance. La vague de décollectivisation est passee, et nombreux sont les paysans qui recommencent d'une manière ou d'une autre une collaboration coopérative sans contrainte avec les statuts les plus varies. doit être possible de donner une direction et un développement plus grand à cette tendance, condition de fournir les moyens d'investissement nécessaires à des prix raisonnables. Déjà depuis 1954 des améliorations dans ce domaine se sont produites. On indique maintenant qu'on livre trois fois plus de machines agricoles qu'en 1953 et qu'on se spécialis e à l'heure actuelle surtout dans la livraison des petites machines agricoles, les autres n'étant nécessaires que pour les grandes exploitations.
En une année on a augmenté les livraisons de bois pour les campagnes jusqu'à
271%, le ciment de 73%, etc. On encourage aussi la production artisanale en heureusement, Detite entreprise: maldonnant des crédits à ceux qui veulent commencer une entreprise; heureusement. semble que certains d'entre « would be» artisans utilisent plutôt ces fonds pour le commerce, c'est-à-dire le marché noir et la spéculation, que pour la production.
L'EGLISE CATHOLIQUE
L'EGLISE CATHOLIQUE
LE DANGER
Le chaos économique résultant de l'échec de la politique stalinienne constitue une nypothèque qui pèse lourdement sur le nouveau régime. Mais il est nécessaire d'étudier de près le caractère des difficultes economiques. La Pologne n'est pas un pays économiquement sous-développé comme l'étaient ['U.R.S.S. après 1917 ou la Yougoslavie, à l'heure actuelle. Les forces productives et le niveau culturel de la population sont bien developpés
- quoique de maniere inegale. Exception raite du cas d'un boycottage économique ou d'une guerre, on peut supposer que l'économie polonaise est suffisamment développée pour pouvoir surmonter à un rythme rapide l'héritage du stalinisme - à condition d'un changement radical du système de planification. C'est avant tout une question politique et organisationnelle, et beaucoup moins une question de développement insuffisant des forces productaee le développement de quoiqu'il soit évidemment vrai que celles-ci reste une tâche centrale. Mais cette tâche ne peut être remplie que par une réorganisation et une démocratisation radicales. En d'autres termes, - la continuation du mouvement anti-bureaucratique, le développement du mouvement des Conseils ouvriers d'une manière révolutionnaire jusqu'à ce qu'ils deviennent la force dirigeante du pays, politiquement et économiquement, tout cela constitue la condition pour surmonter les difficultés économiques.
Quelles sont ces difficultés ? La direction actuelle du parti et du gouvernement, et les têtes économiques les plus importantes du pays ne connaissent pas de fatigue quand il s'agit d'expliquer qu'une nouvelle augmentation du pouvoir d'achat ne sera possible qu'après une augmentation de la production par le plan quinquennal. Sinon, toute hausse de salaires signifierait l'inflation. Il aut s'étendre un peu sur le danger d'inflation. Y a-t-il déja inflation ?
Le manque de matériaux statistiques ne permet pas de donner facilement une reponse precise à cette question. L'impression générale est que les prix des aliments n'ont pas augmenté les derniers temps ; qu'au contraire, les prix des produits industriels de grande consommation ont augmenté peut-être d'environ 10% depuis octobre 1956. Le plan économique vise à éviter l'inflation, mais les deux points faibles sont, selon l'avis des économistes polonais, la poussée des ouvriers
E RNATIONALE D'INFLATION pour augmenter leurs salaires, et la balance commerciale défavorable. Commençons par ce dernier point.
La balance commerciale, positive l'année dernière pour un montant d'environ b0 millions de dollars, sera négative en 1957 ; le déficit sera peut-être de 220 millons de dollars. La cause réside entre autre dans la chute vertigineuse de l'exportation de charbon. (L'année dernière encore, environ 19,5 millions de tonnes; cette année, environ 13 millions).
La balance des paiements donne un tableau plus favorable : la Pologne gagne 80 millions de dollars ou plus pour des services rendus au transit commercial entre - U.R.S.S. et la D.D.R. Des crédits provenant des pays de l'Occident et de l'Orient peuvent aider à combler le trou.
Mais il ne s'agit pas seulement du montant des crédits obtenus de l'étranger; 11 s'agit aussi des conditions. Pour ériter une hausse des prix des aliments. il faut importer du blé et d'autres marchandises de consommation courante. L'U.R.S.S. livrera 1.400.000 tonnes de blé à crédit, mais on n'en recevra pas la totallté avant la prochaine récolte. Des crédits américains seront utilisés en grande partie pour obtenir un peu du surplus agraire des Etats-Unis, mais la quantité est insuffisante. Pour réduire le décalage entre paysannerie et l'Etat, il faudra liquider les livraisons obligatoires à bas prix, ou au moins les amoindrir et élever les prix payés aux paysans.
L'autre source du dange d'inflation -- Gomulka et les autres dirigeants le disent toujours — c'est la poussée des ouvriers pour obtenir une hausse des salaires. Il est dificile de se former une opinion sur la hausse les salaires de l'an dernier. Officiellement on parle d'une moyenne d'environ 25%, mais certains économistes l'évaluent à environ 15 %. Il y a une grande différenciation dans cette hausse, selon les branches. Les salaires des mineurs travaillant dans le fond ont été augmentés fortement (de quelque 42% ) et les ouvriers mineurs qualifiés peuvent gagner plus de 3.000 zl. par mois. En général le manque d'ouvriers mineurs est ma ntenant s irmonte et la production noulllere semble augmenter à • nouveau. La plupart des ruvriers gagnent, après la hausse des salaires, entre 1.200 1.500 zl. par mois. Les ouvriers du textile peut-être moins, mais il y a une différenciation assez importante de salaires selon les lieux de travail.
LE NIVEAU DE VIE, LE LOGEMENT, LE CHOMAGE
Il est très clair que le standard de vie de la grande masse de la population est très bas. Les ouvriers ont-ils un niveau de vie plus bas qu'avant la guerre ? L'absence d'un index du coût de la vie (le Plan fixant les normes, de sorte que la statistique devenait « superflue »...) rend difficile une réponse à cette question. Peut-être n'est-on pas trop éloigné de la vérité quand on dit qu'en moyenne le niveau de vie de la classe ouvrière est maintenant égal à celui d'avant la guerre Mais avant la guerre 1l y avait un grand chômage; les ouvriers occupés gagnaient davantage dans différentes branches.
Avec un salaire d'un peu plus de 1.200 zlotys l'ouvrier ne peut vivre que très modestement. Il faut cependant tenir
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•compte du fait que les loyers ne sont que symboliques, que le charbon a usage domestique est très bon marché, et que les articles de consommation courante sont vendus à des prix normaux ou même bas par comparaison avec les pays occidentaux. Ceci est vrai pour les pommes de terre, les choux, le pain, la viande, les cigarettes, les transports publics. Ensuite, il faut savoir que la Pologne connait dans différents domaines de bons services sociaux, tandis qu'il est normal que les femmes mariées, elles aussi, travaillent dans l'industrie ou ailleurs, ce qul peut donc doubler le salaire ménage. Malgré tout cela, les familles ouvrières vivent en général sur une base minimum, au dessus de laquelle on ne peut pas s'élever. Pour pouvoir acheter des appareils techniques, des habits d'une qualite un peu meilleure et, en général, pour se procurer des produits de qualite ou d'un luxe modeste, il faut avoir un salaire qui est beaucoup plus élevé que la moyenne. Le système des prix est tel que les produits nécessaires à la subsistance minimum peuvent être payés avec un bas salaire, mais que tout ce qui est d'une meilleure qualité ou un peu luxueux est très cher, et pour un ouvrier est très difficilement payable.
Cela explique pour beaucoup l'amertume qu'on trouve parmi les ouvriers et la poussée à des hausses de salaires très fortes. Après 12 années de « construction du socialisme», il est presque impossible de s'élever au dessus d'un niveau de vie minimum.
Une autre cause d'amertume est crise du logement pour les ouvriers. L'activité dans le bâtiment est très grande. Le nouveau plan vise à construire Jusqu'à 1960 1.200.000 chambres nouvelles. À Varsovie, détruite par la guerre et les révoltes, la moyenne est d'une chambre pour deux personnes. Mais c'est moyenne, et la situation dans beaucoup de cas est bien pire. C'est peut-être dans le domaine du logement que la distance entre le bureaucrate et l'ouvrier est la plus grande. Dans une ville comme Stettin, la situation est meilleure : 1,6 personnes par chambre en moyenne. Dans les campagnes la situation est évidemment assez bonne, quoique beaucoup de maisons paysannes se trouvent dans un état misérable. si on realise le pian de construction de logements, on aura juste stabilisé la situation... Par l'accroissement de la population et à cause du
L'expérience d'Octobre, de la grande mobilisation politique de la classe ouvrière, surtout dans l'industrie lourde, a prouvé que les ouvriers sont capables de très grandes et fructueuses initiatives.
Cela a laissé dans la conscience ouvrière une empreinte qui ne s'effacera plus. La mobilisation ouvrière a laissé en outre le mouvement des Conseils ouvriers qui reste très vivant et qui constitue une véritable école d'organisation et d'action collective pour la classe ouvrière, même si la bureaucratie tâche d'en falsifier le sens remplacement urgent d'habitations très mauvaises, les maisons nouvellement construites serviront à maintenir la situation... En outre, on a mal entretenu les logements nouveaux, même de construction récente; les réparations nécessaires demanderont aussi un grand effort.
Plus que misérable est la situation des ouvriers qui habitent les soi-disant « hôtels ouvriers ». On les trouve aux lieux où l'on édifie de nouvelles industries (Nowa Huta, les régions minières, etc.). Pendant des années, ces ouvriers vivent parfois à 5 personnes dans une chambre, les hommes dans d'autres bâtiments que les femmes, de sorte que les couples sont séparés. La situation morale et culturelle dans ces endroits est terrible; des ouvriers y viennent quand même attirés par les salaires élevés payés en ces endroits, ce qul leur donne la possibilite d'échapper à une autre misere matérielle.
Enfin, dans les derniers temps, le chomage est devenu une chose assez importante. Depuis Octobre, beaucoup de personnel superflu, surtout administratif. a été licencié. Nombreux aussi sont ceux qui, venus des campagnes ou des postes dans l'administration, choment parce qu'ils manquent de qualifications techniques. Les données officielles indiquent que dans le premier semestre de 1956 il y avait 38.000 chomeurs (0,6% des travailleurs) tandis qu'au 1* mars 1957 on enregistrait 62.000 chômeurs. Mais le chiffre est en réalité beaucoup plus élevé. et l'enregistrement est très défectueux. étant donné que la Pologne ne connaît pas d'allocations pour les chômeurs....
Le chômage d'ailleurs a une intensité différente avec les différentes régions; dans certaines régions on a besoin de bras, mais on n'a pas de logements pour héberger des ouvriers qui pourraient venir d'ailleurs. C'est aussi comme indiqué ci-dessus, une question de qualification technique : à Lodz par exemple on manque de tisserands dans l'industrie textile, mais en même temps il y a dans cette ville 1.500 chômeurs. L'Etat dépensera cette année 300 millions de zlotys pour créer du travail dans les régions où le chômage est le plus grand. On a un plan pour créer cette année 200.000 postes dans l'industrie, 60.000 dans l'artisanat. Le plus grand problème cependant reste de transformer des employés superflus en ouvriers qualifiés. et de limiter leur importance à des questions relatives à la gestion économique et sociale de l'usine. Nous en parlerons plus loin en détail.
La mobilisation d'Octobre apparait d'autant plus formidable, compte tenu des facteurs de démoralisation introduits par le stalinisme pendant des années. Des ouvriers courageux et expérimentés dans la lutte furent liquidés physiquement; de nouveaux cadres montants furent parfois corrompus par leur intégration dans l'appareil du parti, des syndicats, de
LA CONSCIENCE OUVRIERE
LA CONSCIENCE OUVRIERE
Q UAT RIE ME 1 Etat. Tout en servant des organisations ouvrières et lEtat ouvrier, is pouvalent être séparés de la classe et absorbés dans la bureaucratie. Il y avait la situation caractéristique de toute bureaucratie croissante sur un corps ouvrier : la désorientation de la classe ouvrière ne voulant pas lutter contre ses propres organisation, mais qui était en meme temps en train de perdre tout contrôle sur ces mêmes organisations. En réalité, par ce processus de bureaucratisation et par la terreur, il ne restait aucune organisation de delense des ouvriers, et la possibilite manquait aux jeunes de se former à l'école d'organisation, d'action et d'idéologie que doivent constituer les organisations ouvrières (syndicales et politiques).
Pendant des années, la possibilité manquait pour lutter collectivement par exemple pour une hausse de salaires, ce qui amenait les travailleurs à se récompenser par l'action individuelle, par le vol dans lentreprise. Ces vols d'ailleurs étaient tellement « normaux » et presque érigés en système que cela prenait même dans une certaine mesure la forme d'une action organisée... D'autre part, les conditions de vie dégradantes en de qui concerne le niveau de vie, le logement, la vie familiale, amenaient un abus très grand des boissons alcooliques, une ivrognerie qui elle-même devenait un facteur de démoralisation.
Ainsi, l'hypothèque du stalinisme était
Par contre, l'action politique de la classe ouvrière apres le recul du mouvement au lendemain d'Octobre est beaucoup moins grande. Le Parti Ouvrier Unifié de la Pologne n'est toujours pas le parti qui lutte pour les intérêts ouvriers contre la bureaucratie; la « gauche » y est nettement minoritaire et la bureaucratie contrôle toujours l'appareil. Même l'organisation de la jeunesse, le Z. M. S. est de nouveau largement contrôlée par les cadres de l'ancien Z. M. P. qui fut à juste titre liquidé en octobre, et les groupes les plus progressifs, les plus révolutionnaires, de la jeunesse étudiante de Varsovie et de Cracovie boycottent en réalité le Z. M. S. Il faut dire d'ailleurs que la situation dans le Z. M. S. n'est pas partout la même et qu'il y a aussi certains centres locaux du Z. M.S. où les jeunes forces qui ont fait Octobre dirigent cette organisation. Les syndicats, malgré le licenciement des hommes les plus haïs, restent en grande mesure des appareils bureaucratiques. Ainsi la classe ouvrière se trouve encore largement sans organisation propre, et la masse ouvrière et estudiantine est plus à gauche que l'appareil du parti, et beaucoup de forces révolutionnaires sont en dehors du parti et de l'organisation de la jeunesse.
On pourrait distinguer à l'intérieur du parti quatre tendances ou groupes :
1. Les gens dits de « Natolin », les véritables agents de Moscou, qui sont
TER NATIONAL lourde également sur la classe ouvrière. Dans un élan magnifique, la classe ouvrière s'est placée au-dessus de tout cela et s'est attaquée à la source de cette dégradation, la bureaucratie stalinienne. Les résultats dans la vie quotidienne sont très grands. Le résultat peut-être le plus grand, c'est que, sur la base de la conscience acquise dans l'action, l'avantgarde de la classe s'est à nouveau formée et a commencé à étudier la place de l'Octobre polonais dans le mouvement révolutionnaire mondial, et surtout à élaborer un nouveau programme de luttes anti-bureaucratiques.
Après la grande action d'Octobre, c'est donc la réorientation idéologique, programmatique, de l'avant-garde qui est à l'ordre du jour et qui doit nous occuper. Entre temps le gros de la classe formule surtout des revendications économiques. Nous pouvons les énumérer comme suit:
a) hausse des salaires et des allocations familiales ; b) meilleures conditions de logement, liquidation des « hôtels ouvriers » ; c) contre les licenciements; d) contre les différences inouies dans les salaires payés pour le même genre de travail, et en général pour la réorganisation du système des salaires dans un sens beaucoup plus égalitaire, contre les privilèges de la bureaucratie parasitaire. peu nombreux et démoralisés et qui, après l'échec de leur offensive au ge Plenum et après l'élimination de Molotov en U.R. S.S., n'ont pas pu améliorer leur position.
2. Les « conservateurs » par conviction, qu'on trouve beaucoup dans les hautes sphères de l'appareil du parti, de l'économie et de l'Etat. C'est la véritable caste ossifiée et bien convaincue que c'est son droit de commander, de contrôler et de profiter. S'ils ont beaucoup reculé en Octobre, ils sont toujours en train de saboter la démocratisation et l'épanouissement du mouvement des Conseils ouvriers.
3. Le centre gomulkiste qui gouverne actuellement.
4. La gauche.
Toute la situation politique en Pologne est maintenant incertaine et est quand même pour ainsi dire gelée dans cette incertitude. L'Octobre polonais a abouti à un compromis multiple : entre la Pologne et la bureaucratie russe; entre l'apparel du parti polonais et la classe ouvrière et ses Conseils; entre l'Etat et les paysans; entre l'Etat et l'Eglise, et enfin dans le parti même entre différentes tendances. Sur la base de ce compromis multiple, il y a une certaine stabilisation de la situation, dans laquelle la tragédie hongroise part, elle a aiguisé le sentiment antistalinien et anti-russe, et d'autre part elle a cons-
POLITIQUE ACTUELLE
POLITIQUE ACTUELLE
QUATRIEME 1. N titué un avertissement à ne pas mettre en danger le compromis d'Octobre.
Après l'élati et les grands espoirs d'Octobre, il se produit un certain reflux, une certaine paralysie même des forces révolutionnaires; on a meme connu une offensive limitée des « natoliniens » et « conservateurs ». La base réelle des « conservateurs » est évidemment très restreinte. Ils s'appuyent sur la position politico-géographique très difficile de la Pologne, mais surtout sur la résistance de l'appareil gonflé du parti, des minisvères, ètc., à la démocratisation et à l'assainissement de la vie politique et économique. La masse des employés de ces appareils n'est certainement pas constituée par des staliniens; ce sont de petites gens qui vivent parfois aussi modestement ou même plus misérablement que les ouvriers et qui souffraient eux aussi de la terreur de la police politique et de toute l'atmosphère idéologique intolérable. Mais elles ont peur maintenant de devenir superflues et de perdre leur place, surtout si les Conseils ouvriers acquièrent des pouvoirs plus larges et remplacent les appareils existants. Parmi ces employés beaucoup ont obtenu leur poste plus ou moins important dans l'économie, l'Etat et le parti pendant les pires
Une bonne illustration de ce reflux (d'ailleurs très partiel et limité) est l'attitude officielle envers les Conseils ouvriers. Il existe en Pologne une forte tendance parmi les ouvriers avancés et les intellectuels gauchistes à élargir le rôle des Conseils ouvriers, à en faire les (véritables gérants non seulement de l'usine, mais de toute l'économie, en faisant élire des Conseils supérieurs par branches d'industrie, qui remplaceraient les « Agences centrales » des ministres économiques De ces Conseils supérieurs, en y ajou• tant des représentants de la paysannerie et des artisans, on pense à faire émaner une « Chambre des produceurs » ou on discuterait et élaborerait les plans économiques. Tout en proposant ce programme. la classe ouvrière a montre vouloir exercer le pouvoir économique, et par cela même une grande partie au moins du pouvoir politique. Dans les mois qui se sont écoulés entre octobre et les élections de janvier, des dirigeants importants ont parlé d'une manière sympathique de de ce programme; le professeur Oskar Lange, président du Conseil Economique près du Premier ministre, a admis cette possibilité comme une chose à étudier. Cyrankiewicz a tenu des propos semblables lors d'un meeting électoral à Nowa Huta. Mais maintenant cela a changé. L'opinion officielle reprise aussi par Gomulka lors de l'ouverture du 9º Plenum du c.c. du parti, est que les Conseils ouvriers doivent se limiter strictement aux questions économiqes et sociales de l'usine même, dans les limites fixees par la loi du 19 novembre 1956 et du décret N° 701, sans avoir la possibilité de former des Conseils supérieurs ou d'entrer dans 32
TERNATIONALE périodes staliniennes; il les avaient obte nus parfois par fidélité politique au sta linisme, donc par manque de qualifica tions morales, tout en manquant aussi de qualifications professionnelles. Et surtout, cette partie de la bureaucratie moyenne occupe les postes locaux dans lappareil du parti. La masse des employés-membres-du-parti est avant tout partisan de la situation stabilisée après Octobre, donc pour le statu quo, et s'aligne pour beaucoup de raisons derrière Gomulka, le nouveau maître de Tapparel, Sans vouloir retourner a la situation intolérable d'avant Octobre, ce courant centriste veut surtout qu'on laisse tranquille l'appareil de gestion bureaucratique.
La tendance « conservatrice » a tâché de profiter de cet état de chose, sans pour cela avoir une chance réelle de se rendre maître de l'appareil.
Ainsi, l'appareil qui montrait mille fissures en octobre, se ferme à nouveau et s'est consolidé dans une certaine mesure. De jeunes forces révolutionnaires qui, immédiatement après Octobre, avaient pénétré dans des directions locales ou régionales du parti, en sont éliminées et mises à l'arrière-plan. les questions de planification générale. Et parler de pouvoir politique pour les Conseil ouvriers, d'en vouloir faire les bases démocratiques de la dictature du prolétariat, ça constitue une action « anti parti »...
On est donc, pour le moment, loin de la situation d'Octobre et du lendemain d'Octobre. quand les ouvriers des pluş importantes usines Zeran et autres a Varsovie. Cegielsky à Poznan, Nowa Huta, etc.) déployaient une grande activite politique révolutionnaire et convoquaient des réunions régionales de conse ouvriers pour développer le pouvoir ouvrier. On peut ici rappeler la resolution de la conférence régionale des Conseil ouvriers tenue à Chrzanow le 1l février, qui fut publiee dans le numéro de mars 1957 de cette revue. Et quand on veut Illustrer le sabotage du mouvement pour le pouvoir ouvrier par les fonctionnaires au parti, il suffit de savoir que la Gazeta Krakowska publiait une nouvelle sur cette conférence tout en changeant le mot d'ordre « Tout le pouvoir aux Conseils ouvriers » en : « Tout le pouvoir dans les usines aux Conseils ouvriers »...
Mais, même avec les attributions actuel. les, avec tous les risques d'une certaine désillusion et d'un désintéressement des ouvriers pour les Conseils, avec tous les dangers aussi, par ces faits, d'une mainmise de l'appareil sur certains Conseils et d'une bureaucratisation, les Conseils ouvriers n'en constituent pas moins une réalisation énorme de la classe ouvrière polonaise. Dans l'usine même, dans les limites précitées, leurs pouvoirs sont très grands et très réels. Ils s'occupent de l'élaboration des plans
LES CONSEILS OUVRIERS
LES CONSEILS OUVRIERS annuels et trimestriels de l'usine dans le cadre du plan général, des changements importants dans l'organisation de l'établissement, de l'introduction du calcul commercial; dans certaines entreprises dites expérimentales du changement du système des normes et des salaires, de l'élaboration de nouveaux reglements de travail (maintenant que la loi sur la discipline du travail n'existe plus), etc. Les Conseils sont de cette taçon de véritables écoles de gestion ec d'organisation pour la classe ouvrière, et les seuls organes représentant large ment la classe contre la bureaucratie.
Dans leurs activités, ces Conseils St heurtent continuellement à l'administra tion ancienne, aux « Agences » des ministères, etc. Certains directeurs savent très bien manipuler une multitude d'anciennes lois et décrets pour freiner el savoter le trava l des Conseils. Parfois, les cliques qui gouvernent les instances locales du parti et des pouvoirs publics interviennent contre les décisions des Conseils Dans cette guérilla incessante, les
La gauche le constitue pas un courant homogène; elle n'est pas organisée et n'a pas de plate-forme politique proprement dite. Les frontières entre le centre, le centre-gauche et la gauche sont fluides. et il se peut que des personnes qui. dans une certain problème (comme la liberte culturelle, idéologique, de presse) sont très « gauchistes», ne le sont pas dans d'autres. C'est que, depuis 20 congrès du parti soviétique, et plus encore depuis les événements de Poznan. un bouillonnement d'idées a commencé qui se poursuit toujours. Avant Octobre on pouvait appeler « gauchistes » ou « libéraux » tous ceux qui luttaient dans la presse et dans le parti contre la terreur et la mauvaise gestion stalinienne, contre les phénomènes néfastes de la dictature bureaucratique. Mais une fois la libéralisation du régime conquise, de nouveaux problèmes se posent pour « gauche ». Le problème principal, c'est celui du fondement même de la dictature du prolétariat. On peut dire que véritablement gauchistes sont ceux qui luttent pour le pouvoir ouvrier, c'est-àdire pour faire que des organes des larges masses du prolétariat, comme les Conseils ouvriers, deviennent la base même du pouvoir politique, donnant à l'Etat une structure comparable à la structure soviétique initiale. Mais dans cette question les pensées ne sont pas encore claires, même pas parmi ceux qui ont des tendances gauchistes évidentes. J'ai déjà parlé du point de vue très répandu aujourd'hui qu'il faut que des Conseils ouvriers et des représentants d'autres groupes sociaux laborieux émane une sorte de « Chambre des producteurs » qui, par son existence même et ses attributions de planification économique, constituerait aussi un pouvoir politique. Mais beaucoup de communistes polonais n'ont
TERNATIONALE Conseils ouvriers deviennent des écoles aussi de la lutte anti-bureaucratique, et pendant leurs travaux ils trouvent beaucoup d'occasions à réflexion sur la nature de la bureaucratie, sur les véritables bases de la dictature du prolétariat, pour ar river à une conscience politique plus élevée.
Un phénomène des plus heureux dans ces conditions, c'est que des equipes révolutionnaires d'étudiants interviennent activement dans ces mêlées entre la bureaucratie et les ouvriers, pour aider ces derniers de leurs connaissances légales. Parce que, aans ces mélées, les lois d'après Octobre sont souvent avec les ouvriers, et telles sont aussi les décisions officielles du parti. La « gauche › trouve ici un terrain tout à fait excellent, aussi dans le sens qu'il est « légal-dansle-Parti», pour pousser les choses de l'avant, renouer les liens avec les grandes masses de la classe ouvrière, profiter erfin de la différence qu. existe dans les sphères plus élevées de l'appareil entre le centre et la droite conservatrice. pas encore poussé plus loin ces idées; ils pensent toujours dans le sens de la collaboration d'un tel organe avec les pouvoirs existants, sans comprendre qu'un tel organe devrait être le pouvoir même. Il y a dans tout cela un peu trop de respect pour le parlement (Sejm) et les formes de démocratie bourgeoise, et surtout une compréhension insuffisante du « rôle dirigeant du parti». C'est que le stalinisme lui-même a créé ce respect pour les formes bourgeoises, tout en érigeant ou en conservant des parlements fantoches, tandis que les organes de démocratie ouvrière étaient inexistants.
Il y a aussi chez beaucoup de gauchistes la tendance à ne lutter que pour des libertés civiles, démocratiques, l'individu, sans trop vouloir parler des questions du pouvoir. C'est une tendance qui apparait évidemment parmi les couches d'intellectuels et de techniciens matériellement et culturellement privilégiées. Or, personne ne peut contester l'importance des mots d'ordre démocratiques; il ne taut jamais oublier qu'un des buts centraux des révolutionnaires prolétariens, c'est de créer une situation dans laquelle les libertés civiles et démocratiques seront plus grandes et surtout plus réelles pour les plus grandes masses de la population. Mais ce n'est malheureusement pas exactement la préoccupation de certains publicistes gauchistes de la Pologne actuelle. Ils ne semblent pas tellement viser a une organisation etatique et économique par les organes de la masse ouvrière, mais plutôt à conserver et élargir les possibilités déjà acquises de publications pour une couche restreinte d'intellectuels. Autrement dit, la preoccupation principale de certains n'est pas l'organisation de l'Etat et de l'économie, mais la liberté individuelle dans le régime actuel, sans toucher aux fondements du régime.
LA GAUCHE
LA GAUCHE
Cette liberté d'expression pour les intellectuels dans la Pologne gomulkiste n'est certes pas absolue, mais elle est quand même réalisée dans une mesure assez large. Il existe la censure, qui est très attentive aux écrits qui peuvent trop irriter les autorités soviétiques ou qui mettent en danger le pouvoir bureaucratique polonais. Mais cette censure beaucoup plus sévère pour les quotidiens et les organes à tirage massif que pour les revues à tirage restreint. Sous la responsabilité du C. C. parait même une revue — « Zeszyty teorityezno polityyezne » — qui publie une quantité de traductions d'écrivains étrangers antistaliniens de gauche; c'est que la volonté de savoir et de comprendre est répandue dans toute l'intelligentzia et que les traductions sont moins irritantes que les écrits d'auteurs polonais. Cette liberté assez grande d'expression constitue un progrès énorme, même si certains auteurs qualifiés par l'appareil de « révisionnistes dangereux », comme Kolakowski et Edda Werfel, ne peuvent pas publier tout ce qu'ils veulent.
La tendance à se borner à réclamer des libertés individuelles, sans toucher à l'organisation du pouvoir, peut être expliquée aussi par la peur de certains intellectuels de provoquer un nouveau mouvement populaire massif et révolutionnaire, qui mènerait à un heurt entre l'appareil et les masses; on craint des conséquences «hongroises ». cette façon, certains, avec une conscience trouble d'ailleurs, laissent les masses prolétariennes sans organes. sans possibilités d'expression et particulièrement sans direction. Ils ont la conscience troublée parce qu'ils savent très bien qu'aucun mouvement de révolte n'implique autant de risques qu'un mouvement qui à son début ne connait ni direction ni programme clair; c'était ce qui manquait à Poznan, Budapest. . La résultante de ces craintes est qu'ils espèrent que des crédits étrangers, les développements dans la direction de l'U.R.S.S. même, et la pression des Chinois sur le Kremlin, serviront de substituts à l'action des masses polonaises, rendant possible une amélioration du niveau de vie et un élargissement graduel des libertés individuelles.
Dans tout cela joue aussi la conception du « rôle dirigeant du parti» dans le sens bureaucratique du mot. Les pays de « démocratie populaire » n'ont jamais connu la forme démocratique de la dictature du prolétariat; dans la théorie et en pratique, dictature du prolétariat était synonyme de dictature d'un appareil d'un parti monolithique. Cette vue, dans laquelle le parti est identifié à la classe toute entière, et le C.C. du parti remplace les membres en tant que pouvoir décisif, cette vue foncièrement bureau. cratique est toujours assez répandue; c'est aussi le point de vue officiel. Il semble que le parti polonais va s'aligner à son congrès. qui se tiendra probablement en décembre, derrière les théories de « despotisme éclairé » de Mao-TséTung, et cela a une signification plus grande que seulement un jeu tactique envers la bureaucratie russe. Si une par34
TERNATIONALE tie de ceux qui, dans la préparation d'Octobre, ont joué un rôle «libéralisant» parfois courageux, semblent partager ces vues, c'est aussi par manque de clarté programmatique et idéologique, incompréhension du fait que le parti n'est qu'une partie de la classe, qui dirigera la classe tout entière par la confiance, tout en convainquant la classe ses arguments qu'elle doit librement discuter et adopter ou non dans ses organes propres — les Conseils.
Une partie de la gauche, peut-être surtout ceux qui ont été formés dans les années assez « libérales » de 1944 à 1949. se contente plus ou moins de la situation actuelle ; ils sont aussi en grande partie séparés de la Classe ouvrière. Mais 1l existe une génération plus jeune de ceux qui sont dans les dernières années d'études aux universités et aux autres écoles supérieures, et qui, formés dans les années d'un stalinisme qui menait à l'absurde dans tous les domaines de la vie, ont une attitude fondamentalement révolutionnaire. Ils n'ont pas eu l'occasion d'atteindre une position matérielle privilégiée. d'être séparés des couches populaires d'où ils proviennent. C'est une jeunesse hardie, enflammée par un sens de justice très vif, qui partage les préoccupations des masses ouvrières et en général des masses laborieuses. Ces jeunes sont indignés de la misère physique dans laquelle vivent ces masses, ils partagent la haine de celles-ci contre une bureaucratie parasitaire et autoritaire; ils en comprennent les réactions morales de désespoir ; ils partagent leurs espoirs en libre. Ils ont compris que le sacrosaint une vie meilleure, humaine, digne et compromis d'Octobre n'est pas et peut pas être le dernier mot pour les classes travailleuses. Ils ont compris que la bureaucratie tâchera de réagir par la force physique brutale contre toute attaque à son pouvoir. Ils savent que les masses sont plus à gauche que l'appareil et qu'on aura besoin d'une nouvelle mobilisation de ces masses pour neutraliser et même conquérir même le parti, milice, l'armée, tout en chassant tous les « conservateurs ».
Cette jeunesse est à l'avant-garde pour une autre raison encore. Elle a été formée dans des conceptions généralement marxistes. Elle a lu et compris les œuvres de Marx et de Lénine qui. glorifiés par les combattants anti-bureaucratiques, qui ne staliniens, n'étaient pas moins partagent certes pas les vues staliniennes, ou même mao-istes ou gomulkistes. meilleurs d'entre eux sont à la recherche d'une explication marxiste de la naissance de la bureaucratie soviétique; ils découvrent les travaux des bolcheviks anti-staliniens et renouvellent les liens avec la lutte de l'Opposition de gauche.
Certes, ayant été isolés du mouvement révolutionnaire international, ils manquent de beaucoup de connaissances. Ils n'ont pas tous les éléments pour comprendre le processus révolutionnaire mondial des peuples coloniaux, du prolétariat métropolitain, et les liens entre ces luttes et la révolution politique montante dans le bloc oriental. Ils doivent mieux com-
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INTERNATIONALE prendre ce qu'est le processus de la révolution permanente. Mais ils étudient et ils comprendront.
Dans une certaine mesure, ils sont placés dans une situation privilégiée. Il était plus facile de chasser la bureaucratie de la vie universitaire que de l'administration étatique et économique en général. Pouvant lire et étudier et n'ayant pas encore la responsabilité de devoir entretenir une famille, ils peuvent agir plus librement et avec plus de compréhension que la masse des ouvriers. Mais ils ont compris que c'est l'action de cette masse qui sera décisive, et ils l'aident à se former et à lutter, par exemple dans les conflits entre Conseils ouvriers et administrations.
Ce sont eux aussi qui, à l'encontre de beaucoup d'intellectuels « gauchistes» un peu plus âgés, ne sont pas tellement impressionnés par l'argumentation économique, l'argument de l'inflation, contre les désirs économiques de la classe ouvrière. Ils comprennent qu'il y aurait beaucoup de possibilités d'améliorer le sort des masses si la gestion bureaucratique était remplacée par une gestion démocratique épargnant à la société tous les taux frais du bureaucratisme.
Dans la question des salaires, ils sont à côté des masses.
Certes, ils sont encore à la recherche d'un programme d'ensemble, d'une conception cohérente de la révolution mondiale et de la lutte en Pologne même.
La période prochaine sera pour la Pologne probablement, non une période de luttes politiques d'envergure des masses, mais de la préparation de ces actions, de la formation d'une conscience politique plus claire parmi les masses et leur avant-garde, de la formation de cette avant-garde même, à travers toute une série d'expériences partielles, à travers la généralisation et la théorisation des expériences d'Octobre, à travers le renouement des liens avec le mouvement révolutionnaire mondial. Cette jeunesse estudiantine et prolétarienne vit dans une époque où enfin le vent révolutionnaire souffle fortement; elle saura vaincre.
Juillet 1957.