Quoique discrètement encore, la Chine S'est engagée dans un tournant de la plus grande importance. Empiriquement, mais avec constance. la direction chinoise s'efforce d'améliorer son « style » de travail et d'éviter la bureaucratisation avancée du régime produite en U.R.S.S. sous le règne de Staline. C'est là sa manière de tirer les enseignements de la « déstalinisation » et de l'expérience des événements de Pologne et de Hongrie.
En combinant un paternalisme moralisateur à la Confucius, très adapté aux •traditions et à la mentalité chinoises, à l'adresse de toutes les couches sociales qu'elle considère d'ores et déjà gagnées a la cause du socialisme, avec une rigueur de fait que personne en Chine ne saurait mettre en doute, la direction chinoise prêche maintenant l'évangile de la « persuasion » par « l'éducation ». Elle espère par ces moyens. entre autre pouvoir. vaincre le fléau montant du « bureaucratisme » et même de la « bureaucratie ».
C'est ce qui se dégage clairement de la récente session annuelle du Comité National de la Conférence consultative politique du Peuple Chinois qui a eu lieu du 5 au 20 mars dernier à Pékin. Cette session a surtout été dominée par l'important rapport de Mao Tse Tung sur la manière d'aborder correctement les « contradictions dans les rangs du peuple ». rapport resté inédit jusqu'à ce jour, à l'exemple du rapport de Khrouchtchev sur Staline (1).
Et cependant une furieuse campagne, dans le style chinois habituel, qui commence lentement pour s'accélérer ensuite à une allure d'ouragan, ébranle actuellement la Chine sur le thème de la « rectification du style de travail » du P.C chinois, campagne basée sur ce rapport de Mao. Outre les raisons internationales propres à l'expérience du stalinisme en U.R.S.S. et dans les « Démocraties populaires », qui ont incité la direction chinoise à accorder une attention accrue aux dangers du « bureaucratisme » et de la « bureaucratie », la situation en Chine même a naturellement beaucoup joué.
Formellement, à la suite de la campagne déclenchée l'année passée par Mao lui-même. la presque totalité de l'agriculture. de l'industrie privée et de l'artisanat s'est « socialisée » sous forme de coopératives ou d'entreprises mixtes avec la participation et le contrôle décisif de l'Etat. Mais, naturellement. cette opération administrative correspondait peu aux possibilités techniques et matérielles du pays. Elle n'a pas manqué de provoquer un zèle bureaucratique excessif de la part des membres du P.C. chinois et de l'appareil étatique chargés d'exécuter la « sociaIsation », avec comme contre-partie inévitable des réactions hostiles de la part aussi bien des paysans, des artisans, que des capitalistes. D'autre part, l'effort productif demandé aux ouvriers n'était contrebalancé ni par une hausse correspondante adéquate des salaires, ni par l'amélioration des conditions plutôt pénibles de leur habitat.
En somme les progrès économiques très importants réalisés ces dernières années en Chine sont allés de pair avec une prolifération de l'appareil bureaucratique et avec une tension sociale accrue. Le « sage » Mao Tse Tung. principal responsable du véritable rush à la « socialisation » de l'année dernière, est passé maitre dans l'art de brusques renversements de vapeur. C'est lui-meme qui cette année a pris l'initiative d'enseigner la « tolérance » envers le peuple et la nécessité d'accorder plus d'attention à ses besoins et problèmes.
(1) La session, quoique dominée surtout. comme nous le verrons, par la question de la « rectification », fut à plusieurs points de vue intéressante. Elle a par exemple débattu à fond la question de la légalisation de l'avortement et du « birth control» afin d'enrayer l'augmentation extraordinaire de la population (15 millions par an) et de soulager les femmes du fardeau d'une maternité trop souvent non désirée. Elle a décidé de considérer l'avortement comme une affaire personnelle, non punissable par la loi, et d'accorder au contraire toute aide médicale possible pour que l'avortement se fasse dans les meilleures conditions possibles. Elle a d'autre part décidé une vaste campagne appuyée sur une organisation adéquate pour la propagation des moyens anticonceptionnels de « birth control ».
Q
VATRIEME
Après l'hypertension suscitée durant le premier plan quinquennal, un intermède pour reprendre le souffle est nécessaire. D'autant plus que les objectifs du plan ont déjà été atteints et dépassés en 1956, c'est-à-dire un an déjà avant sa fin.
1957 doit être l'année de la détente dans tous les domaines, des rajustements nécessaires avant de s'engager, en 1958, dans le deuxième plan quinquennal.
Mais on peut discerner dans la campagne de « rectification » des préoccupa-
La production industrielle de la Chine a marqué de très importants progrès en 1956, atteignant et dépassant les objectifs du plan fixés pour sa fin en 1957. Ceci
Production industrielle de base
Valeur brute (milliards de yuan)
Electricité (milliards de Kwh.)
Charbon (millions de tonnes)
Pétrole brut (milliers de tonnes)
Fonte (milliers de tonnes)
Acier brut (milliers de tonnes)
Acier laminé (milliers de tonnes)
Ciment (milliers de tonnes) ...
Production des Industries legeres
Papier (milliers de tonnes)
Suere (milliers de tonnes)
Filés de coton (millions de balles)
Vêtements de coton (millions de balles)
C garettes (millions de boites)
Huile de table végét. (millions de tonnes)
Conserves (milliers de tonnes)
Sel (milliers de tonnes)
Par contre la production agricole et l'élevage n'ont pas suivi le même rythme. Si la production de céréales a augmente de 11 millions de tonnes en 1956 par rapport à 1955, la production de coton a connu une diminution de 50.000 tonnes. L'effectif porcin est tombé de 101 millions de têtes en 1954 à 87 millions en juin 1955 et à 84 millions vers le milieu de 1956. Il n'a commencé à se relever que pendant le semestre suivant en vue d'atteindre cette année le chiffre extraordinairement élevé de 120 millions de têtes.
Cependant la demande publique et privée a augmenté beaucoup plus rapidement que l'accroissement. de la production en général. D'où une pénurie en plusieurs produits de base. tel que charbon et autres matières premières, acier, ciment, bois. D'où également un manque d'énergie électrique. 14 tions à plus long terme - et pas seulement conjoncturelles — des dirigeants chinois. Le problème de la bureaucratisation du régime les préoccupe sérieusement et sincèrement. Ils pensent pouvoir l'affronter en combinant le monopole de leur parti, en tant que direction politique exclusive de la classe ouvrière et même de toute la nation, avec un certain relachement du contrôle bureaucratique sur l'économie et la vie idéologique et culturelle. En même temps ils préconisent une fusion plus intime de leur parti et des masses. se dégage clairement des deux tableaux suivants concernant les industries de base et les industries légères :
1955 44,8 12,3 93,6 996
3,63
2,85
2,50
4,5 1955 589 410
4.0. 103
3,54
1,16
7,5
1956
55,8
15,3
105,1
1.176
4,63
4,35
3,60
6,40
1956
5,1
3,81
1.2
5,0
% 1957 d'accrois- Objeetifs sement du Plan
24,6 53,6
25,0 15,9
12,3 113,0
21,7 2.012
27,6 4,67
52,5 4,12
44,0 3,05
42,2 6,00 Change- 1957 ment Plan en % + 23.5 655 + 21,2 686 + 27,5 5,0 + 62,0 164 + 7,5 4,7 + 3,4 + 57,0
33.3 7,6
Parlan accroissement de la decet demande, à la session annuelle du C.N.C. C.P.C. que nous avons mentionnée, ChenYun, vice-Premier ministre, la attribué aux trois raisons suivantes :
a) l'accroissement extrêmement grand des investissements de base qui ont évolué depuis 1953 de la manière suivante : 6.500 millions de yuan en 1953; 7.500 millions en 1954; 8.600 millions en 1955; 14.000 millions en 1956; b) les augmentations de salaires en 1956 et les salaires accordés à 2,5 millions de nouveaux ouvriers, la somme globale passant de 8.300 millions de yuan en 1955 à 10.700 millions en 1956 ; c) l'augmentation des prêts agricoles qui se sont élevés à 3.000 millions de yuan en 1956.
Les dépenses de l'année ayant dépassé le revenu net de 1956, il s'ensuivrait, se-
LES RAISONS ECONOMIQUES DU TOURNANT
LES RAISONS ECONOMIQUES DU TOURNANT
E
VATRIE ME
Q lon le ministre, des restrictions inévitables pour l'année en cours. Ces restrictions porteraient sur les constructions d'usines et d'habitats non absolument indispensables. ainsi que sur la consommation. Le ministre a donné à ce propos un avertissement que les besoins de la population en viande de porc et en huile cette annee ne seront pas « complètement » satisfaits. même en réduisant l'exportation de ces produits.
Cette contradiction entre la production et la demande est naturellement une « crise de croissance » de l'économie chinoise. Il n'en reste pas moins qu'elle soulève actuellement beaucoup de problèmes à la direction, et non moins de mecontentement parmi les masses.
La consigne de la direction de pratiquer des économies et de s'en tenir à l'austérité n'est pas un remède.
LES REACTIONS
C'est durant la conférence du Conseil suprême de l'Etat qui s'est tenue du 27 février au ler mars dernier que Mao Tse Tung a prononcé son rapport désormais capital sur la manière d'aborder les « contradictions dans les rangs du peuple ». Ce rapport fut ensuite discuté à la session des 5-20 mars du Comité National de la Conférence politique consultative du peuple chinois.
On ne connait pas encore le texte précis de ce rapport, avons-nous noté. Peut-étre à cause du caractère explosif, à l'exemple du rapport Khrouchtchev sur Staline, de plusieurs de ses passages relatifs à l'expérience stalinienne ailleurs et à la réelle situation en Chine. De toutes manières ses thèmes essentiels ont été depuis largement vulgarisés dans toute une série d'articles parus dans la presse chinoise et d'interventions des différents dirigeants du pays. Nous pouvons les résumer ainsi:
Les contradictions sont la force motrice du développement et du progrès de toutes les choses. Les contradictions propres à une société de classes se terminent avec le renversement des classes réactionnaires et l'établissement de nouveaux rapports de production. Mais alors de nouvelles contradictions surgissent. et la lutte reprend dans le nouveau système social. A la suite des transformations fondamentales survenues en Chine en 1956 par la transformation socialiste de l'agriculture, de l'artisanat et de l'industrie capitaliste. l'histoire de la lutte des classes fondamentales a pris fin. Cependant au cours du développement de la société socialiste en Chine ou ailleurs, des incompatibilités ou des contradictions peuvent toujours surgir entre les forces de production et les rapports de production, entre les superstructures et la base économique, et dans les différentes interliaisons entre le système économique et politique. Des contradictions également d'une forme ou d'une autre peuvent surgir parmi les masses elles-mêmes. entre éléments avancés et
L'abstentionnisme ouvrier est fréquent et élevé dans les usines, des grèves partielles y éclatent même parfois, tandis que les paysans se plaignent des impositions de l'Etat et du bureaucratisme dans la gestion de leurs coopératives.
Malgré la « suppression des classes » et des « antagonismes sociaux fondamentaux ». les « contradictions dans les rangs du peuple » sont manifestes. Le conformisme et le bureaucratisme dans les arts et les sciences d'autre part, n'ont pas manqué d'aliéner au parti une bonne partie de l'intelligentzia. La aussi il fallait apporter vite un remède au risque de provoquer autrement une jonction à la polonaise et à la hongroise du mécontement commun des intellectuels et des ouvriers contre le régime. DE LA DIRECTION éléments arriérés. entre telle et telle partie du peuple, et enfin entre les masses et leurs dirigeants.
Sur ce dernier genre de contradictions, l'éditorial du Quotidien du Peuple Pékin du 13 avril 1957 s'exprime aínsi :
Sur cette dernière question - sur les différends qui opposent le peuple et ses dirigeants. — l'éditorial affirme que l'essence d'un grand nombre des contradictions qui existent dans la société socialiste s'expriment souvent à travers des contradictions entre le peuple et les dirigeants. Celles-ei résultent des positions différentes occupées par le peuple et la direction dans l'Etat. Il souligne que la masse du peuple participe de façon directe au travail productif mais qu'en général il lui est difficile d'exercer directement le pouvoir gouvernemental. Par conséquent, elle est plutôt portée à examiner les questions d'une manière partielle et à attacher surtout de l'importance aux intérêts immédiats et fragmentaires. il lui est difficile de comprendre une situation dans son ensemble et par dessus tout et avant tout les immenses difficultés de la construction socialiste. Les dirigeants, eux, exercent directement le pouvoir gouvernemental et par conséquent ils peuvent apercevoir les intérêts collectifs et à long terme mais négliger facilement la situation spécifique et les besoins immédiats du peuple.
En tout cas - souligne l'éditorial - les contzadictions entre les masses et la direction ainsi que d'autres contradictions qui existent au sein du peuple même sont de celles qui surgissent à partir d'une base commune d'intérêts fondamentaux et ne sont pas d'une nature antagoniste. Elles sont complètement différentes des contradictions qui existent entre l'ennemi de classe et nous, qui, elles, sont des contradictions antagonistes provenant du choe d'intérêts fondamentaux différents. Les méthodes à employer face aux contradictions au sein du peuple même doivent
Q
UATRIEME etre différentes en principe de celles employées contre les contradictions entre l'ennemi de classe et nous. La façon correcte de procéder avec de telles contradictions doit provenir d'un désir de parvenir a l'unité, à travers des critiques ou une lutte, pour réaliser ainsi une nouvelle unité comportant de nouvelles contradictions.
L'éditorial souligne que dans les conditions présentes les contradictions entre les masses et la direction résultent surtout des methodes bureaucratiques de travail de celle-cl. Pour surmonter ce bureaucratisme, toutes les coopératives de production agricoles, les coopératives artisanales, les entreprises de l'Etai, les entreprises mixtes etatiques et privees, les organisations gouvernementales et les écoles devraient très activement intensifier et étendre la vie democratique dans leurs rangs, perfectionner divers systèmes de démocratie et donner libre jeu à un style de travail hautement démocratique.
L'éditorial continue : Ce qui est également necessaire pour surmonter les contradictions entre le peuple et la direction, c'est le renforcement continuel du travail idéologique et politique parmi les masses de façon à élever le niveau de leur comprehension politique.
L'editorial préconise que les comites du Parti communiste, a tous les échelons et, en particulier, les premiers secrétaires des comités du parti assument la charge du travail de l'éducation politique et idéologique des masses.
Face à ces contradictions, il y a deux attitudes possibles, écrivait das un éditorial le même journal en date du 2 mai 1357 :
L'une est cette attitude aveugle, ignorante et absolue à adopter un point de vue unilateral soulignant l'unité et l'unanimité au sein de la société socialiste ainsi que l'autorité et l'infaillibilité de la direction. Elle nie en même temps ou ignore les contradictions dans les rangs du peuple, qui objectivement existent, ainsi que les erreurs et les insuffisances de la direstion.
L'autre est une attitude sage, empreinte d'esprit d'analyse et d'autocritique. Elle consiste à vouloir rechercher l'unité et
LES BUTS DE
Plusieurs articles et interventions des dirigeants ont mieux éclairé les raisons qui ont poussé la direction chinoise à entreprendre la campagne de « rectification » et les buts poursuivis à travers elle. Parlant de la fraternité, de l'unité qui a existé autrefois, lors de la réforme agraire, entre le parti et les paysans, l'éditorial du Quotidien du Peuple du 3 mai 1957 ajouteajoute : 16 l'unanimité tout en admettant les contradictions qui existent dans les rangs du peuple dans la société socialiste. Tout en saluant les réalisations de la direction et en admettant la nécessité du centralisme dans certaines limites, elle affirme également l'existence d'erreurs et de lacunes dans le travail de la direction et la nécessité de l'extension de la démocratie, de la critique, et de l'autocritique dans la société socialiste.
La première attitude est une attitude métaphysique alors que la seconde est une attitude dialectique. La première donne naissance à des tendances bureaucratiques, subjectivistes et sectaires au sein de la direction. Dans certaines conditions, elle peut même développer des tendances autocratiques et dietatoriales qui provoquent une certaine stagnation et rigidité dans le développement de la société socialiste. Quand tions dans les rangs du peuple deviennent evidentes, il arrive que efrayés au point de perdre toute sagesse, et de prendre de telles contradictions pour celles qui existent entre l'ennemi de classe et nous. On use alors contre le peuple de methodes applicables contre l'ennemi de classe créant ainsi le danger que les contraditions dans les rangs du peuple prennent un caractere antagoniste.
Adopter la deuxième attitude signifie que nous menions une lutte constante contre les tendances bureaucratiques, subjectivistes et sectaires de façon à assurer le développement constant, vigoureux et vivant de la société socialiste. Elle exige egalement que nous ayons constamment une attitude vigilante, objective et à longue portée, de sorte que nous puissions distinguer entre les contradictions dans les rangs du peuple et celles entre l'ennemi de classe et nous-mêmes. Que nous laissions le peuple exprimer librement ses vues divergentes et en discuter librement, facilitant ainsi la solution des contradictions dans les rangs du peuple à temps et de façon correcte, sans qu'elles se développent en contradictions antagonistes.
On remarquera combien ces propos tranchent de toute manière avec les conceptions conformistes e: pour tout dire classiquement Stalinieanes toujours en vigueur en U.R.S.S. et dans les « Démocraties populaires » contrôlées par le Kremlin. LA CAMPAGNE
« Cependant, dans les toute dernières années, quelques membres du parti sont devenus arrogants, infectés par les mauvais traits de l'ancienne société. Ceci les a isolés des masses et endommagé les relations intimes du parti avec les masses ».
La démocratisation des coopératives. après les excès du bureaucratisme dans
Q VATRIEM E ce domaine, fait l'objet d'une circulaire spéciale du Comité central du P.C., reproduite dans le Quotidien du Peuple du 19 mars 1957. On y insiste sur la nécessité pour la direction de consulter désormais les membres de la coopérative, de les associer à ses tâches, et de participer elle meme au travail productif.
En date du 24 avril. le ministre de l'Agriculture a décidé de réduire de 25 à 9 seulement les produits agricoles auxquels s'appliquent les quotas de l'Etat, afin « d'encourager une gestion plus indépendante des coopératives dans le cadre général du Plan ». D'autres mesures assouplissent le Plan dans la même direction et limitent les coopératives a des tion et limitent les coonératives à des dimensions exploitables.
Le même libéralisme gagne de nouveau les vestiges de l'entreprise libre. Le vicepremier ministre Chen Yun a même rendu un hommage inattendu aux usines privees clandestines qui fonctionnent sans licence gouvernementale, en déclarant qu'elles remplissaient une fonction doublement utle : en augmentant le volume et la variété des produits industriels et en utilisant des matières premières dédaignées par les établissements plus importants.
Lors de la deuxième Conférence de la Fédération pan-chinoise de l'Industrie et du Commerce. le même ministre a annonce que les intéréts fixes versés aux capitalistes participant aux entreprises d'économie mixte continueraient à leur être payés au moins jusqu'à la fin du second Plan quinquennal, peut-être même au-delà de cette période.
Dans le domaine ouvrier proprement dit. la libéralisation prend l'aspect d'un nouvel accent mis sur la « démocratisation des syndicats » qui doivent avant tout défendre les revendications ouvrières. et sur un début de gestion ouvrière des entreprises. Ainsi la presse chinoise a donné une grande place à la nouvelle de l'expérience entreprise dans cette direction par la Compagnie des tramways de Pekin.
Une Conférence fut démocratiquement organisée par tout le personnel avec pouvoir de superviser la gestion, d'établir les plans de production, des mesures techniques, de financement ; d'élire le directeur et ses assistants; d'investiguer et de décider en toute matière touchant les salaires, la sécurité sociale, etc., du personnel. Une commission administrative élue par la Conférence et à majorité ouvrière exercera les pouvoirs de la Conférence entre deux sessions de celle-ci.
Dans le domaine culturel le mot d'ordre qui prévaut maintenant est de « laisser les fleurs de toute sorte s'épanouir; laisser les différentes écoles de pensée rivaliser ». La Conférence de mars a même expressement voté le principe « d'encourager la compétition entre les différentes écoles d'art et de pensée afin de favoriser le développement de l'éducation, des sciences, des arts, de la littérature. En même temps le marxisme-léninisme doit largement se répandre ».
Le degré de libéralisme dans ce domaine peut se juger par les quelques exemples suivants :
Un nouveau périodique appelé Compétition est depuis avril édité à Pékin par la Ligue démocratique de Chine. Il se propose d'ouvrir ses colonnes aux milieux académiques de Chine pour qu'ils expriment leurs opinions divergentes. Son but est de « promouvoir une libre atmosphère de discussion en matière économique, philosophique, littéraire, scientifique ».
Une discussion contradictoire a été présentée dans les colonnes du Quotidien du Peuple du 28 avril 1957 sur le développement du marxisme depuis la mort d'Engels en 1895 l'université professeur université,
, le professeur Chi Tao Ta, de de Nankal. répondant au
Lei Haï Tsung. de la même qui arguait qu'il n'y a pas eu d'enrichissement véritable du marxisme dans le domaine de l'histoire depuis Engels.
Une importante controverse a eu lieu dans le numéro de mars 1957 des Etudes Littéraires. Elle a tourné autour de la nouvelle publiée par un jeune écrivain, Wang Meng, intitulée « Le jeune nouveau venu dans l'organisation ». La nouvelle décrit la bureaucratie et la routine dans ie secteur d'organisation d'um Bureau du P.C. chinois à Pékin.
A la suite de cette nouvelle, 1.300 personnes ont écrit au périodique qui l'a publiée. Quelques-unes des critiques étaient défavorables à la nouvelle, en tant que non « typique », calomniatrice du parti, etc. Mais la plupart - en majorité des jeunes gens - avaient soutenu avec chaleur le point de vue critique de l'auteur et de son héros. Etudes Littéraires vient maintenant de soutenir également l'auteur en considérant qu'il a fourni un effort valable dans la lutte nécessaire contre la bureaucratie.
Le développement le plus récent de la campagne de « rectification » est la directive issue par le C.C. du P.C. chinois en date du 27 avril 1957. La directive s'efforce d'abord de relier la campagne actuelle à celle de 1942 qui fut basée sur le slogan « unité-critique-unité ». tout en soulignant la nature nouvelle des contradictions. Elle recommande ensuite la reprise de contact avec les masses en luttant contre toutes les manifestations du bureaucratisme, et invite dirigeants et membres du parti à consacrer une partie de leur temps à travailler manuellement parmi les ouvriers et les paysans. « Cette mesure doit graduellement devenir un système permanent ».
Plusieurs dirigeants ont déjà commencé à appliquer la directive en faisant du travail manuel dans les usines, les chantiers, les docks, les champs. C'est là, selon l'opinion de la direction chinoise, un des remedes les plus efficaces pour vaincre la sclérose bureaucratique du parti et de l'administration et pour se tenir « humblement » parmi les masses, en écoutant,
Q UATRIEMEIN apprenant d'elles, en les éduquant patiemment par la persuasion et l'exemple.
Le côté moralisateur et en définitive idéaliste de l'attitude de la direction chinoise est visible tout au long de cette campagne. Les contradictions sont expliquées comme de simples survivances idéologiques dont la racine économique et sociale a soi-disant cessé d'exister. La Chine est « socialisée » et tout n'est plus que pour réformer : la manière « ancienne » de penser. En « expliquant » on peut laire que les capitalistes cessent d'agir comme tels envers leurs ouvriers, et que les ouvriers collaborent harmonieusement avec eux. Le bureaucratisme même des dirigeants n'est au fond qu'une question d'éducation et
Il n'en reste pas moins que les ferments d'une démocratisation de la vie politique et culturelle en Chine se renforcent et que la direction chinoise, en prévision des difficultés économiques futures, doit en tenir compte. Ce qui explique les propos, remarquablement franes et audacieux - surtout par comparaison avec le néo-conformisme que le Kremlin s'efforce d'imposer en U.R.S.S. et ailleurs - tenus par Chou Yang. vice-directeur du Département de Propagande du P.C. chinois. dans sa conférence de presse du 7 mai 1957. Les voici :
Dans cette situation toute nouvelle de la construction du socialisme, le Parti communiste manquait d'expérience. L'industrialisation devait être réalisée, mais en même temps les besoins du peuple devaient aussi être satisfaits. Des contradictions ne pouvaient manquer de naitre entre le peuple et les dirigeants. En pareil cas, les membres du Parti communiste chinois, qui ont été formés et entrainés dans des conditions de lutte de classe.
pouvaient commettre l'erreur d'utiliser de mauvaises méthodes pour résoudre les problèmes qui surgissaient parmi les mas-
La libre discussion pourrait tout clarifier s'il était question de points de vue divergents. Et s'il s'agissait de grèves. de manifestations et autres actions similaires. d'ailleurs rares en Chine. on pouvait les considérer comme la manière par laquelle le peuple réagirait contre la bureaucratie.
Aucune solution de force ne saurait être permise face à de telles actions du peuple.
Le peuple chinois a le droit de manifester et de se mettre en grève, tout comme il a droit à la liberté de parole et de réunion. Aucun dirigeant de grève ne devrait être sanctionné.
Au cours de pareils incidents, il se peut qu'il y ait quelques contre-révolutionnaires, mais en Chine, ils ne pouvaient être que peu nombreux. La question principale c'était de donner satisfaction aux revendications raisonnables du peuple de façon correcte et de terrasser la bureaucratie.
Chou Yang se reférait à l'explication théorique de Mao Tse Toung des deux
TERNATIONALE types de contradictions : celles entre le peuple et ses ennemis d'une part, et celles au sein du peuple d'autre part. Et sur Pimportance d'apprendre à les distinguer et à les résoudre de manière correcte.
Chou Yang a dit que la Chine était encore pauvre malgré les rapides progrès qui ont été faits et que c'était encore un problème de donner à chacun une vie décente. La question était de partager équitablement le revenu national sans grandes inégalites. Sans être égalitaristes. nous devons a dit Chou Yang. veiller à ce que les différences ne soient pas trop criantes.
Répondant à une question sur la cam pagne en cours au sein du Parti communiste chinois en vue d'ameliorer son style de travail, Chou Yang a dit que le mot d'ordre « contre le subjectivisme. le sectatarisme et le bureaucratisme » était tout à fait adapté à la vraie sifuation en Chine aujourd'hui. Un des résultats du subjectivisme était que beaucoup de gens se montraient incapables d'apprendre des expériences des autres. Ils apprennent de facon mécanique sans prendre en sonsideration les réalités de la situation chinoise. de sorte que de bonnes expériences en Union Soviétique et ailleurs transposées de façon mécanique donnent de mauvais résultats en Chine. Le sectarisme ne tient pas compte des intorêts de la majorité de 600 millions de Chinois. Quelques jeunes communistes sous-estiment la valeur d'intellectuels et de savants hautement qualifiés qui proviennent de l'ancienne société. La bureaucratie était en Chine la chose la plus dangereuse affectant directement les relations entre le peuple et la direction. Dans la plupart des cas les bureaucrates étaient « de l'espèce du bureaucrate qui travaille dur ». Mais ils ne s'in éressaient que trop peu à résoudre les problèmes du peuple. En quelques cas. ils se contentaient de donner des ordres.
En raison de la nécessité de mener une politique d'efforts prolenges dans le domaine des arts et des seiences, d'une part.
de coexistence à long terme de toutes les parties d'autre part. on doit creer un certain milieu adéquat. Les membres du
Parti communiste doivent se dépouiller de l'esprit bureaucratique et du subjectivisme.
Pour cela il faut remodeler l'idéologie.
en commençant par les dirigeants
Parti. Cela rendra les membres du Parti capables de mieux servir le peuple et de mieux comprendre le véritable développement du monde actuel.
Les relations entre les dirigeants et le peuple seront améliorées avec un personnel dirigeant faisant du travail manue!
avec les ouvriers et les paysans. Cela doit être développé en un système. Mais il y aura encore quelques essais sur la façon de combiner le travail intellectuel et manuel de la manière la plus fructueuse ».
Mai 1957.