Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

La revue › numéro spécial

Rapport présenté par le camarade Michel Pablo (Perspectives économiques et politiques internationales)

Michel Pablo · Quatrième Internationale, numéro spécial · décembre 1957 · p. 27-38 · 8 390 mots

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Le rapport sur le document présenté par le Secrétariat International à la discussion préparatoire au 5° Congrès Mondial, qui porte le titre « Pers pectives économiques et politiques internationales», ne se propose pas de reprendre toutes les idées contenues dans le texte, mais celles d'entre elles qu'il est nécessaire de développer davantage.

Il sera suivi d'une partie qui examinera plus en détail la situation économique et la politique actuelles. Je prendrai à la fin l'ensemble de la question lans ses perspectives

Tout d'abord. Texpliquerai quelles sont les raisons qui nous ont amene à présenter ce document à la discussion pour le Congrès Mondial. C'était essentiellement pour deux raisons: pour comprendre mieux ce qui s'est passé dans l'évolution de l'économie depuis la deuxième guerre mondiale jusqu'a aujourd'hui et nous rendre ainsi capables de discerner certaines tendances générales à long terme de l'économie mondiale qui, incontestablement, influencent, à leur tour, les perspectives politiques internationales; pour répondre à une série de questions qui ont été soulevées dans le mouvement ouvrier international, y compris dans nos propres rangs, par la « prospérité » actuelle que connait depuis un certain temps déjà le monde capitaliste.

Je dirai aussi quelques mots sur la nécessité, et en même temps la diffid'une analvse économique approfondie au cours de laquelle il possible, il est même parfois inévitable. de commettre des erreurs avec des implications politiques tout a fait evidentes.

Les difficultés d'une analyse économique approfondie tiennent au fait de la complexité du sujet, qui est déterminé par une multitude de facteurs en interaction constante et à l'interaction constante également du politique et de l'économique; de l'insuffisance enfin de la documentation économique, aussi bien du monde capitaliste que du monde soviétique.

L'insuffisance de la documentation économique capitaliste est très explicable. Ce qui est beaucoup plus étonnant, c'est qu'après 40 ans de la Révolution russe, la science économique sociétique ne soit pas arrivée à être capable de suppléer à cette lacune — ce qui est explicable par la constatation que la science économique soviétique est devenue la servante de la politique opportuniste de la bureaucratie soviétique.

C'est ainsi par exemple que le camarade Varga est devenu un spécialiste de la prévision, soit des crises, soit des accalmies, selon ce qu'était à chaque moment l'intérêt de la politique de la bureaueratie soviétique. A la statist, les moment l'intérêt de la politique de la bureaucratie soviétique. A la statistique on fait dire ce qu'on veut; il suffit de choisir, d'une certaine manière, chiffres, et de les interpréter d'une certaine manière. On ne peut pas naturellement demander à notre mouvement, aux moyens très limités, de suppléer à la carence dans ce domaine. Nous sommes obligés de puiser notre mentation économique dans ce qui existe dans la documentation économique, de source capitaliste, soit de source soviétique. Pourtant ce travail d'une analvse économique approfondie est absolument nécessaire, non seulement pour les perspectives politiques générales et internationales, mais également pour le travail de chaque organisation ouvrière au jour le jour. Par exemple, il n'est pas possible de fixer une tactique syndicale juste pour une organisation révolutionnaire sans qu'il y ait une connaissance assez approfondie de lévolution de la conjoncture économique qui, ses changements, determine aussi bien tel ou tel caractere des luttes que leurs chances de succès ou d'échec.

Dans la pretace du document, nous avons tache d'expliquer toutes ces raisons qui nous ont amenés a le rédiger, et nous avons admis, d'une manière Franche, qu'en ce qui concerne les previsions économiques nous nous sommes trompes, plus spécialement dans le document du 4e Congrès. Mondial qui effectivement n'avait pas prévu le retournement étonnant, inattendu, de la conjoncture economique le « boom» qui depuis cette date a pris lampleur la plus grande dans le monde capitaliste -- aux Etats-Unis et aussi en burope occidentale. Nous étions naturellement, dans le document du 4° Congres, assez réservés en ce qui concerne l'évolution de l'économie vers une crise. Nous n'avions pas dit que la crise économique était inévitable. Nous avons été beaucoup plus réservés dans ce domaine que n'importe quel autre courant du monde ouvrier; mais incontestablement, nous n'avions pas prévu un retournement aussi spectaculaire de la conjoncture vers un boom. C'est déjà depuis environ quatre ans que l'économie de l'Europe occidentale connaît ce que l'on peut appeler un boom industriel classique; et c'est depuis trois ans environ que l'économie des Etats-Unis connaît également un tel cycle économique.

C'est pour cette raison que nous avons accordé une importance particulière dans ce texte à l'explication des raisons qui ont provoqué ce retournement de la conjoncture, aussi bien aux Etats-Unis qu'en Europe, à l'encontre de ceux qui, dans Peuphorie economique actuelle, ments structurels du capitalisme qui soi-disant élimineraient à lavenir possibilité de crises de type classique et qui, de ce fait, y voient un démenti aux idées fondamentales du marxisme dans ce domaine. Nous, nous avons tâché d'établir la fragilité extrême de ce retournement de la conjoncture et de dégager l'inévitabilité aussi bien de nouvelles récessions que de véritables crises économiques, Je me rétere, par exemple, aux idees du théoricien Labour Party, Strachey, qui, dans son livre recent «Contemporary Capitalism » étudiant le capitalisme contemporain, renie les idées avait préconisées pendant la période de la crise de 1929-1933,e lui-même

Get fournit, en réalité, la base théorique au programme récemment élaboré par la direction du Labour Party pour être discuté au Congrès du Labour Party qui s'ouvre a Brighton dans quelques jours, ou laccent n'est plus mis sur la nécessité de changements profonds, radicaux, structurels, capitalisme à un véritable changement de régime, mais sur les idées suivantes: les marchés et les prix sont contrôlés actuellement par ce qu'il appelle l'apparition des oligopoles, des monopoles géants; l'importance doit être donnée aux facteurs politiques, plus spécialement à la démocratie politique qui permet à la classe ouvrière de diriger, de manière évolutive, l'évolution du capitalisme vers une société socialiste. Ce terme de société socialiste en réalité n'existe même pas dans l'ouvrage de Strachey qui vient de paraitre. Il le remplace expression plus vague: « vers une société de plus grande justice et d'égalité » Il est, de toute manière, incontestable que cette prospérité capitaliste aux Etals-Unis ef en Europe occidentale a beaucoup troublé les esprits, et pas seulement dans les organisations social-démocrates de masse. (Je dois ajouter que ce qui se passe actuellement en Angleterre avec la direction du Labour Party, nous le rencontrons également sous similaire dans des idées qui germent et dans des projets tout a fait concrets, des milieux dirigeants de la social-démocratie allemande et de la social-démocratie autrichienne prêts à abandonner plus ou moins le programme marxiste et à s'installer dans le régime de la société de l'entreprise libre). Il y a eu et il y a encore un malaise général dans lensemble du mouvement ouvrier europeen. Naturellement, la réalité du monde actuel est vue d'une maniere fondamentalement différente par les militants ouvriers et révolutionnaires des pays coloniaux et dépendants qui vivent dans une réalité économique tout Ceux qui ont à faire avec la réalité actuelle des Etats-Unis ou de l'Europe occidentale sont néanmoins obligés de poser la question de savoir si l'on ne se trouve pas devant une nouvelle stabilisation prolongée du capitalisme et de s'interroger sur les perspectives de cette éventuelle situation. Je dis que pour ces raisons nous sommes en quelque sorte obligés de donner une réponse à ces questions dans le texte que nous présentons actuellement au Congrès en scrutant, aussi profondement que nous pouvons le faire, les fondements de la prospérité américaine ainsi que les raisons du boom actuel en Europe occidentale, afin de préciser leurs limites, leurs perspectives.

En ce qui concerne plus spécialement l'économie américaine, nous avons voulu illustrer par une série de considérations et de chiffres quelle est la essentielle avant permis, en réalité, jusqu'a maintenant à l'économie américaine de ne pas connaitre une véritable crise, mais de simples sions qui, chaque fois, ont pu être surmontées. Et nous pensons avoir pu démontrer que ce n'est pas la santé intrinsèque de l'économie américaine qui explique le miracle « américain », mais les extraordinaires proportions prises par l'aide que l'Etat capitaliste accorde à cette économie. Nul doute que, sans cette aide de la part de l'Etat capitaliste, les forces économiques propres de 28 ce pays ne seraient jamais suffisantes pour éviter que les récessions ne se transforment en crises aussi profondes et catastrophiques que les crises que le capitalisme américain a connues dans le passé ef plus particulièrement pendant la période de 1929-1939.

Ice qui concerne plus spécialement le boom récent de l'économie américaine qui est incontestablement, je • l'ai deja dit, boom industriel classique, survenu après la récession qu'a traversée l'économie américaine dans la période 1953-1954, nous l'expliquons par l'ampleur prise depuis cette date par les investissements industriels, par l'amplification aussi extraordinaire du crédit à la consommation. C'est-à-dire que, malgré Taide deja monstrueusement importante de l'Etat capitaliste à l'économie américaine, chaque fois que cette économie commence à s'essoufler et à entrer dans ce qu'on a appelé une récession, il faut des moyens supplémentaires importants pour que la récession soit surmontée. Le boom commencé depuis 1954 aux EtatsUnis s'est amorcé avant tout sur la base d'une extension considérable des investissement industriels et du crédit à la consommation. Quant au boom des économies capitalistes de l'Europe Occidentale, c'est également pour beaucoup un boom dû à l'amplification des investissements industriels, production des biens d'équipement et aussi à la production des moyens de consommation durables qui, pour toute une période, ont trouvé un marché élargi aussi bien intérieur qu'extérieur.

Un point important du texte c'est qu'il reconnait qu'effectivement, l'époque actuelle, l'intervention de l'Etat capitaliste dans les pays capitalistes hautement développés peut, dans certaines conditions, produire l'effet suivant: Péconomie ne connaît pas une véritable crise mais tout simplement une récession - la différence essentielle entre la crise économique et la récession s'établissant de la manière suivante: la crise économique, c'est un changement brusque et rapide de l'essor vers le point le plus bas du cycle économique. Elle ne se développe pas d'une manière accumulative mais elle atteint très rapidement le point le plus bas de la conjoncture. Bien sûr, après, par l'action des facteurs nouveaux, celle-ci reprend un mouvement de nouvel essor ; tandis que les reculs que léconomie capitaliste américaine a connus depuis la guerre ont eu un caractère qui, effectivement, les distingue d'une crise de type classique. A quoi attribuer ce phénomène ?

expliqué dans le texte par la constatation qu'effectiyement, quand les conditions économiques ne sont pas complètement mûres pour une véritable crise, Etat capitaliste aux mains des grands monopoles qui, sur la base d'une expérience maintenant acquise de la marche de l'économie capitaliste, suit avec une sensibilité extraordinaire le développement de la conjoncture, peut intervenir avec toute une série de mesures et provoquer un tel résultat. Ces mesures sont par exemple l'importance et l'élasticité très grandes du budget, permettant, dans des cas pareils, une amplification immédiate des dépenses budgétaires; la politique fiscale dans un sens encourageant de nouveaux investissements; le maniement du crédit dans le sens d'une réoularisation de l'expansion et d'une limitation du danger d'un krach financier de spéculation, etc. et effectivement, jusqu'a antictlirement étendue dans le cas des Exats-Ous Cette politique interventionniste de l'Etat capitaliste, nous l'avons s'appliquer de manière maintenant, elle a produit des résultats certains. Le texte, tout en constatant ces taits, spécifie également les raisons pour lesquelles ces mesures sont absolument incapables d'eviter lapprofondisse ment des récessions et leur transformation en définitive en de véritables crises économiques. Nous réfutons l'argument selon lequel le capitalisme évoluerait soi-disant vers une situation de fait où il ne connaîtrait plus de crises économiques, mais de simples récessions. Au contraire toute l'analyse du texte vise à démontrer qu'en réalité l'essor en profondeur de l'économie capitaliste tend vers une situation dans laquelle les récessions seront plus fréquentes, plus amples et plus profondes et, de ce fait, il arrivera moment où, pratiquement, il n'y aura pas de distinction entre une récession très profonde et une véritable crise économique

Le chapitre du texte qui examine quelles seront les conséquences pour le capitalisme de l'introduction inévitable, de Tautomation et de l'energie atomique dégage la des nouvelles forces productives et pratiques, conclusion que cette révolution technologique en cours dans laquelle le capitalisme est obligé de s'engager ne peut agir que dans le sens d'une aggravation des crises économiques. Je ne m'étendrai pas dans ce rapport sur les raisons analysées par le toxte qui justifient cette conclusion. En tout cas, la perspective la plus immédiate, que le texte dégage de lévolution actuelle de léconomie capitaliste, c'est que le « boom » s'essouftle deja et que nous nous acheminons vers une nouvelle récession.

C'est là une perspective précise, aussi précise que possible à l'étape actuelle. Je reviendrai sur cette question dans la deuxième partie de mon rapport.

Un autre point important du texte, est celui qui s'occupe plus spécialement de l'économie des pays coloniaux et dépendants. Le texte comporte une série de considérations qui nous paraissent importantes, surtout par le fait que, sur la base de ces considérations, certaines perspectives politiques révolutionnaires se dégagent assez clairement. Nous ne contestons pas le trait à peu près général depuis la deuxième guerre mondiale d'accentuation du processus d'industrialisation de la plupart de ces pays; mais, en même temps, nous insistons sur l'idée suivante: le décalage entre ces pays et les pays métropolitains non seulement ne devient pas plus petit, mais il s'amplifie. Ce décalage provient aussi bien du fait d'un changement dans la structure des échanges entre ces pays et les pays développés, que d'un autre fait, en liaison avec le premier, celui des difficultés grandissantes pour ces pays de proceder à une industrialisation en grand par des méthodes capitalistes

Les changements dans la structure des échanges qui sont un tait marquant de la nouvelle physionomie du commerce mondial après la deuxième guerre mondiale, sont dus à deux raisons: au fait que les pays capitalistes avancés ont développé la production d'une série de matières premières naturelles qui provenaient avant la deuxième guerre mondiale des pays coloniaux dépendants, et à l'extension prise dans ces pays des matières premières artificielles. Cela est dû également au fait que les pays coloniaux et dépendants dans la mesure où ils se sont engagés eux-mêmes dans une certaine industrialisation gardent pour leurs propres besoins d'industrialisation des quantités de matières premières exportables. Dans ces conditions le taux de formation de capital nouveau dans les pays coloniaux et dépendants diminue relativement et, par leurs propres ressources exploitées de manière capitaliste, ces pays sont absolument incapables de trouver la masse de capitaux nécessaires pour une industrialisation en grand.

Prenons, par exemple, le cas de l'inde. Afin de financer l'industrialisation, P'Inde en réalité recourt à la source principale des prêts étrangers. Ainsi le deuxième plan sexennal a besoin au moins d'une aide étrangère d'un montant de 2 milliards et demi de dollars, soit un milliard et demi de dollars de plus qu'il n'avait été calculé au début à cause de l'inflation intervenue entre la tait nécessaine tartie ne tran inflation due en partie au fait que l'autre source de financement du

Il est absolument clair que, si l'Inde ne trouve pas 2,5 milliards de dollars, elle sera obligée de réviser tous les objectifs du plan, ce qui risque provoquer une véritable désorganisation de l'économie. Ce qui explique le nouveau tournant pris par la politique de Nehru en quête désespérée d'un prêt étranger.

Un trait du capitalisme contemporain, de limpérialisme contemporain, est que, malgré l'accumulation extraordinaire de capilal qui existe dans les principaux pays industriels, l'exportation de capitaux ne va pas du tout selon le rvthme des besoins du développement des pays sous-développés, le capital trouvant un placement beaucoup plus profitable en ce qui concerne tout d'abord les Etats-Unis dans le marché des Etats-Unis eux-mêmes, dans les prêts à l'Etat capitaliste américain, dans certains autres pays qui ne peuvent être considérés exactement comme les pays les moins favorisés des pays coloniaux et dépendants, par exemple au Canada. Une proportion minime en réalité va au développement économique des pays sous-développés, étant donné que pour toute une période, les capitaux doivent être placés, disons, à fonds perdus. Par exemple on évalue actuellement que. depuis la dernière guerre mondiale, l'impérialisme américain a exporté, sur le plan des capitaux privés, à peu près 30 milliards de dollars; l'Amérique latine qui est la région économique principale pour l'impérialisme américain en tant que dépôt d'une série de matières premières décisives pour l'essor de léconomie capitaliste américaine et aussi en tant que marché pour l'exportation de ses produits industriels n'a reçu que 7 milliards ; et d'ailleurs la plus grande partie de cette aide économique a été donnée à l'Amérique latine pas tellement pour favoriser un développement industriel harmonieux de ces pays qui aurait contribué à les libérer de la tutelle économique de l'impérialisme américain, mais a surtout été versée à des entreprises d'extraction de matières premières.

Le problème de l'industrialisation des pays coloniaux et dépendants est incontestablement lié à la question de leur transformation sociale. Il est très intéressant de constater que cela est non seulement notre conclusion à nous, marxistes révolutionnaires, mais aussi celle des observateurs américains eux-mêmes. Je me réfère à deux études parues récemment aux Etats-Unis sur cette question. Au livre tout d'abord de deux professeurs de Pinstitut technologique du Massachusetts, Max Millikan et W. Rostow intitulé « Proposition pour une politique extérieure », dans lequel ces deux messieurs reconnaissent la faillite de l'impérialisme américain à acquérir et consolider des alliés durables dans les pays coloniaux et dépendants, à acquérir la sympathie des masses, à gagner la jeunesse. Ils attribuent cela aux mauvais usages de l'aide économique extérieure de l'impérialisme américain, au fait que la plus grande partie a été dépensée pour des buts militaires, et une partie infime pour des buts économiques productifs. Mais quand ils avancent leurs Pinaes se structurelle de Pimperdesme américain de procéder par surs solutions, la timidité de celles-ci, leur mesquinerie, reflètent toute aide à un véritable développement des pays coloniaux et dépendants. Leurs propositions s'adressant a ceux qui dirigent la politique étrangère des EtatsUnis, avancent le chiffre tout à fait ridicule de 2 à 3 milliards de dollars par an, nécessaires d'après eux à promouvoir une politique d'aide aux pays coloniaux et dépendants, tout en précisant que, bien sûr, cette aide de deux à trois milliards par an doit être accordée dans des conditions qui garantissent la sympathie politique de ces pays envers les Etats-Unis, que cette aide doit etre placée naturellement dans des entreprises qui ne doivent concurrencer ni l'industrie américaine, ni la production agricole des Etats-Unis.

Tout autre est par contre le livre d'un autre professeur, P. Baran, amé ricain lui aussi, intitule: « The Political Economy of Growth ». Ce qui intéressant dans cette étude, c'est sa conclusion: pour les pays coloniaux et dépendants, la seule possibilité d'arriver à une industrialisation en grand, c'est de procéder à des changements de structure, avec un système d'économie étatisée et planifiée.

Les difficultés dans lesquelles se trouve l'impérialisme actuellement pour répondre aux besoins des pays coloniaux et semi-coloniaux sont d'autant plus graves qu'elles coïncident avec une nouvelle phase du développement des Etats ouvriers, de l'U.R.S.S. en particulier, qui a commencé à le concurrencer dans ce domaine.

Ce qui se passe actuellement dans le Moyen-Orient est particulièrement démonstratif de ce trait nouveau, avec des implications politiques tout à fait évidentes. Prenons par exemple la Syrie, à laquelle T'U.R.S.S. vient d'accorder le montant d'un prêt, sollicité depuis des années par la Syrie la Banque de Reconstruction et dans des conditions largement adaptées aux réelles nécessités de ce pays: prêt important à long terme, à très bas intérêt, achat des surplus agricoles de Syrie.

L'infériorité dans laquelle se place l'impérialisme, dans la course pour la conquête des pays coloniaux et dépendants, provient de sa nature même; ce que l'impérialisme est incapable de faire, c'est d'accorder des prêts à long terme, à un intérêt très bas pour des projets de développement économique qui sont voulus, non par lui et ses experis mais par le pays intéressé lui-même. c'est d'exporter de Péquipement industriel des techniciens dore, disems, indusente des ayes edanes des bras heande fie come, les développement industriel du Etats ouvriers, grâce à leur propre structure, se trouvent placés dans des conditions infiniment plus favorables, et peuvent effectivement gagner la partie. C'est une autre question de savoir c'est-i-dire quelle est l'ampleur Peut aller dans ce jeu l'Union ce jeu l'Union soviétique, des réserves en capitaux matériel dont elle peut disposer dans ce domaine.

Si nous réfléchissons sur la lutte qui se livre actuellement au MoyenOrient, et sur les chances de l'un et de l'autre dans cette course, sur les conséquences de cette course, des conséquences politiques, révolutionnaires, nous devons comprendre que, par le seul fait que dans ces pays, il y incrustation très solide des trusts pétroliers américains, de impérialisme en général, il y a là un obstacle supplémentaire pour l'impérialisme à favoriser une vraie industrialisation de ces pays. Car, aussi bien du point de vue économique que du point de vue politique, une telle industrialisation mettrait en danger le monopole du pétrole. Ce qui était vraiment idéal pour l'impérialisme dans ces pays, c'était leur aspect féodal actuel, avec des nomades se nourrissant de dattes dans un décor biblique.

deviennent des pays industriels modernes, du point de vue economique et du Il est évident qu'a partir du moment où ces point de vue politique la première idée des masses sera de mettre la main sur cette richesse doit servir au propre développement de leur pays, et de mettre ainsi en danger de mort les région. Ces considérations ouvrent par conséquent la perspective d'une crise longue. explosive, dans le Moyen-Orient, région qui aura de plus en plus tendance à échapper au contrôle de l'impérialisme. Et il s'agit, bien sûr, l'impérialisme acceptera que cette région économiquement et stratégiquement clé puisse effectivement lui échapper.

Avant de finir sur ce chapitre, je voudrais examiner un paragraphe du texte concernant les conséquences de la perte des colonies pour les pays métropolitains.

En réalité, cette perte n'est effective pour ces pays que quand les pays coloniaux et dépendants sont libérés sous un régime social prolétarien, structurellement au circuit capitaliste. Sinon cette perte, surtout dans l'immédiat, n'est pas tellement catastrophique. L'impérialisme continue à avoir des séquelles économiques importantes dans ces pays. D'autre part la libération, sous cette forme, provoque incontestablement pour une période une accélération du processus d'industrialisation, élargit pour une période le marché des pays industriels pour les biens d'équipement et autres produits industriels. Avec cette forme de libération des colonies sous un régime de bourgeoisie nationale, la perte de ces pays ne devient effective pour l'impérialisme que dans une perspective plus longue, où le développement de la bourgeoisie indigène accaparerait pour elle-même et le marché des matières premières et le marché des produits industriels et le marché des capitaux.

Je ne veux pas dire cependant que la perte des colonies dans l'immédiat ne porte pas des coups importanis à l'économie des pays metropolitains. On peut prendre l'exemple de la France. Actuellement l'Union Française procure à la France les avantages suivants: un pourcentage d'environ 2% de lagriulture francaise travaille pour l'Union francaise, un pourcentage qui es l'un peu moins de 7% de l'industrie travaille pour l'Union francaise. ut pourcentage qui se situe aux environs de 50% et plus de laviation et la marine marchandes de la France travaille pour l'Union française. Mais surtout grâce à la zone franc, la France économise par an environ 500 millions de dollars de devises par l'achat de toute une série de produits qu'autrement elle serait obligée d'acheter en devises fortes ailleurs. Il est évident que la dislocation de l'Union française porterait immédiatement un coup très important a leconomie francaise.

En ce qui concerne l'économie des Etats ouvriers, le texte comporte une série de considérations qui ont leur importance. Nous avons insisté particulièrement sur deux points. Lun qui precise que economie sovietique est entrée dans une nouvelle phase, disons celle de sa rationalisation qui doit tenir compte du coût de la main-d'œuvre, des matieres premieres, du prix de revient, considérations à propos desquelles s'est posée toute une série de problèmes à résoudre. La bureaucratie soviétique s'efforce de les résoudre, surtout depuis la mort de Staline, par ses méthodes. Mais les nouvelles réalités et nécessités économiques comportent toute une série d'implications politiques; elles exigent plus impérativement que Jamais la participation démocratique des masses à la gestion de la production et à la vie politique lu pays. C'est là un des facteurs qui pousse à la révolution politique actuelle

Men gestation en U.R.S.S., mais qui, d'autre part, ouvre une ere de nouveaux progrès rapides de l'économie soviétique.

Il est incontestable que PU.R.S.S., en particulier, a digéré d'une manière beaucoup plus rapide que les pays capitalistes avancés la nouvelle révolution technologique de l'automation et de l'énergie atomique et que, dans ce domaine, U.R.S.s a déja accompli des progres tout a tait importants, etonnants même. Des spécialistes anglais qui ont visité récemment l'U.R.S.S. ont étonnes, par exemple, des progrès de l'automation dans l'industrie des machines-outils. Ils ont avoué que, dans ce secteur tout à fait fondamental pour le développement industriel, la Russie a une avance absolument sensationnelle par rapport a letat actuel de la meme industrie en Angleterre. Incontestablement, on peut aussi attribuer déjà à l'existence d'une industrie d'avant-garde en les toutes dernières performances, implications politiques tout a fait évidentes et très importantes, de la fusée intercontinentale.

L'idée sur laquelle insiste le texte, c'est que, dans la décade dans laquelle nous entrons, ces progrès de l'économie des Etats ouvriers vont les rapprocher de plus en plus de l'économie des pays capitalistes, mêmes les plus developpés, qu'ils vont rapprocher le test décisif entre les deux systèmes, compris sur le plan économique. Nous ne disons pas que cela arrivera, bien sûr, dans les premières années de la décade. Ça se passera, si rien d'autre n'intervient, sur la base du rythme actuel de l'évolution, plutôt vers la tin la décade. Le texte cite une série d'extrapolations qui ont ete raites sur la base des données actuelles, des rythmes actuels, pas par des marxistes, pas par des pro-soviétiques, mais par des spécialistes bourgeois.

J'entame maintenant la deuxième partie de mon rapport. En ce qui concerne plus spécialement la situation économique et politique actuelle et ses perspectives, je viens de dire que sur le plan economique nous assistons effectivement, depuis un certain temps deja, a ressoulllement

« boom », aussi bien aux Etats-Unis qu'en Europe occidentale. Je veux pas dire que nous assistons deja à une véritable récession, je veux dire simplement que le taux de l'expansion qui, en général, continue est plus limité que dans les années passées, plus limité qu'en 1956, 1956 ayant été marqué par un taux d'expansion deja moins élevé que 1955, année culminante du «boom » comme il apparait maintenant.

Le ralentissement de l'activité économique, maintenant généralement constaté par tous les observateurs bourgeois, est déjà plus important aux Etats-Unis qu'en Europe même, et en Europe plus important dans les pays scandinaves (à l'exception de la Norvège) en partie en Angleterre dans des pays comme l'Allemagne, la France, l'Italie, la Belgique, la Hollande l'Autriche.

Be me servirais dun certain nombre de documents pour montrer quell st l'appréciation soit d'organismes capitalistes soit d'observateurs prive de l'évolution récente de la situation économique mondiale. Par exemple, le rapport économique des Nations Unies, qui a été communiqué en juillet, constate un taux d'accroissement de la production inférieur aux années précédentes, tout en remarquant que le taux d'expansion de la production indusirielle était, en 1956, inférieur à celui de 1955. En Europe occidentale, le taux d'expansion industrielle fut de 4 % en moyenne en 1956 contre 9 en 1955. Aux Etats-Unis, le taux d'augmentation de 3 % en 1956 équivaut au tiers de laugmentation de l'année 1955. La seule exception, pendant l'année 1956, a été celle du Japon dont la production industrielle s'est accrue davantage que dans l'année 1955. Nous disons que l'expansion économique s'est poursuivie en 1956 mais, dans nombre de pays d'Europe occidentale en Amérique du Nord, son rythme s'est ralenti par rapport à celui de 1955. On constate effectivement que ce ralentissement de lactivite est plus grand déjà aux Etats-Unis qu'en Europe.

Un bulletin plus récent de l'Institut allemand de la conjoncture constate que l'expansion économique du monde occidental s'est à nouveau ralentie dans le premier semestre de l'année courante. Ce qui est important, et confirmé par d'autres sources, c'est qu'il attribue ce ralentissement de l'expansion exactement à une diminution de l'ampleur de la cause qui a provoqué le « boom › : a

June diminution notable des investissements industriels. cette constatation a été reprise par le rapport plus recent qui a éte publié il y a deux semaines par les Nations Unies, qui enregistre ce ralentissement général de l'activité de l'économie du monde capitaliste et qu'il oppose aux résultats beaucoup plus favorables de la progression de l'activité des pays ouvriers et plus particulièrement de TU.R.S.S. Je crois que vous êtes tous au courant qu'en ce qui concerne plus spécialement la situation aux Etats-Unis, lopinion générale est que nous assistons au début d'une nouvelle récession. Incontestablement une des raisons de cette situalion nouvelle aux Etats-Unis c'est le fait que, faute du stimulant des nouveiles dépenses budgétaires et aussi d'une amplification plus grande du crédit a la consommation, restreint l'extrême pour faire face à Tinflation, l'autre levier de l'expansion qui a joué dans les dernières années - les investissements industriels — se trouve également, maintenant, fortement réduit. Ainsi, les mille plus grandes entreprises industrielles des Etats-Unis réduit de 29 % par rapport à l'année dernière les investissements prévus pour cette année et l'année prochaine. Quant au démarrage d'une des indus- tries-clés des Etats-Unis, l'industrie de l'automobile, qu'on espérait voir vers cette période, avec le lancement de nouveaux modèles d'automobiles pour 1958, il ne s'est pas produit encore ; les entreprises d'automobiles ayant un stock d'environ 800.000 autos de l'année 1957 non encore vendues.

Alors, je crois qu'il ne s'agit pas d'une perspective de récession à venir mais déjà d'un fait en ce qui concerne plus spécialement la situation aux Etats-Unis.

Si nous examinons maintenant le tableau de la situation économique en Europe, apercevons phénoménes analogues d'une ampleu jusqu'à maintenant moindre et qui diffère de pays i pays. L'Allemagne gardant incontestablement encore la place la plus avancée, suivie de pays comme la Norvège, l'Autriche, la Belgique, la Hollande, litalie, en partie même la France, sur le cas de laquelle ie reviendrais. A côté desquels nous trouvons des pays comme la Suède, le Danemark, en partie l'Angleterre, la Grèce, l'Espagne.

Sur le cas de l'Allemagne, je veux dire que, même là, le taux d'expansion de l'activité économique est en ralentissement depuis plus d'un an déjà. En Allemagne, cependant, une nouvelle ressource est apparue qui peut pour une période encore stimuler l'expansion économique: le réarmement du pays. Si une partie des dépenses pour le réarmement est dépensée à l'étranger, une grande partie reste consacrée à la production indigène. D'autre part,

One devons pas oublier que l'économie allemande s'est développée en ayant comme base principale de son essor ses exportations. En cas de récession générale du monde capitaliste, ce sera un des pays qui va soutirır le

Les poussées inflationnistes que nous avons notées aussi bien dans le document que nous présentons que dans une série d'autres documents de Cest le cas aussi bien aux Etats-Unis que le cas général en Europe. Sur le Internationale, l'inflation, menace de l'inflation se maintiennent. cas des Etats-Unis je vais insister un peu davantage. A mon avis, l'inflation en cours dans ce pays montre que l'économie américaine atteint un certain plafond au-delà duquel on ne pourra stimuler l'économie par une amplification nouvelle très importante des dépenses budgétaires sans risquer une inflation grave. Ce stimulant se trouve, maintenant, hautement limité aux Etats-Unis autour de cette question, les uns soutenant que le phénomène aux Etats-Unis par le danger de l'inflation. Il y a une grande discussion de l'inflation a sa cause dans le fait que la productivité des ouvriers ne vas pas parallèlement à l'élévation constante du coût de la main-d'œuvre obtenue grâce à la pression des syndicats; c'est là naturellement un moyen pour demander le blocage des salaires et, en même temps, renforcer une offensive du patronat contre la puissance des syndicats. Les syndicats répondent, par la bouche de Reuther, que s'il y a inflation c'est parce que les prix montent, ce qui est bien sûr une explication vide de tout sens, Reuther n'attaquant pas la racine du mal.

La raison plus profonde de l'inflation actuelle aux Etats-Unis est l'extraordinaire endettement aire endette 1149 bic et 1956, ls depenses gueres entates aux Etats-Unis étaient supérieures à un demi trillion de dollars, 533 milliards de dollars, 70 % de ces dépenses ayant servi à couvrir des buts militaires, c'est-à-dire soit pour des dépenses militaires soit pour le paiement de dettes militaires. C'est un chiffre qui étonne, mais pour ce qu'il signifie, il doit être comparé, parce qu'il reste abstrait dans l'imagination, avec ce que sont non les dépenses mais les budgets totaux des décades entières de toute une série de pavs européens. Je donne ce chiffre pou montrer quelle est l'ampleur de ces dépenses et pour expliquer le stimulant reçu pendant ces années par l'économie américaine, mais ceci, d'un autre côté, explique l'ampleur du phénomène de l'inflation et les dangers réels de l'inflation qui existent actuellement aux Etats-Unis. Pour la seule année fiscale qui finissait le 30 juin 1956, le total des dépenses gouvernementales de l'Etat fédéral et des Etats s'élevait à plus de 114 milliards de dollars. Ces sommes proviennent des taxes et des prêts. Actuellement, la dette publique des EtatsUnis est arrivée à dépasser le plafond de 275 milliards de dollars. somme placée au sommet d'une détte privée qui dépasse le trillion de dollars !

Ces chiffres montrent à la fois avec quelle ampleur a joué le stimulant inflationniste dans l'activité économique des Etats-Unis et le danger à partir d'un certain moment d'une telle « prospérité » économique. Ce qui explique également pour quelle raison, malgré le danger tout à fait réel de provoquer la récession, il y a eu des mesures strictes pour restreindre le processus inflationniste. Cette explication démontre que les ressources de l'impérialisme américain en tant que ressources sous la forme de dépenses étatiques qui 'amplifient indéfiniment ont des limites.

Les phénomènes inflationnistes ne sont pas seulement graves aux EtatsUnis mais aussi dans les pays européens. Ils ont provoqué déjà des résultats. Nous assistons depuis quelques semaines à un déséquilibre financier très grave de quelques pays européens, qui a provoqué une dévaluation de la monnaie française, qui a pesé d'une manière énorme sur la livre sterling (de sorte que les Travaillistes demandent la convocation des Communes discuter de la situation financière de l'Angleterre), qui a provoqué l'affaiblissement du florin hollandais et de la couronne danoise et qui réalité vers une dévaluation générale des monnaies européennes à part le cas plus spécial de l'Allemagne).

Best évident que cette situation constitue un goulot detranglement dans la poursuite de l'expansion économique de l'Europe, une série de pays européens manquant de devises pour soutenir leurs importations, une autre série de pays, comme l'Allemagne et la Belgique, subissant les contre-coups d'une telle situation sur le plan de leurs exportations. D'autre part, Finlation qui se développe actuellement en Europe porte à nouveau un coup très sérieux à l'épargne et à la poursuite d'un plan d'investissements.

Incontestablement, nous nous trouvons devant un tournant de la situation économique d'après guerre, à un tournant du « boom ». Nous ne sommes pas en mesure d'évaluer, des maintenant, toutes les conséquences de situation, ni l'ampleur du recul qui s'amorce, mais nous pouvons constater de manière très évidente qu'il s'agit effectivement d'un tournant, d'un recu à nouveau de la progression économique du monde capitaliste. Du reste, il était inévitable que le « boom » se développe dialectiquement créant, à travers et à cause «prospérité », situation d'un nouveau déséquilibre. Une des raisons qui a pesé dans le passé pour freiner l'activité économique de l'Europe occidentale, la question du déficit en dollars est réapparue; cachée pendant une période par l'aide économique de l'Amérique à l'Europe et par la meilleure balance commerciale des pays européens d'un côté avec les Etats-Unis et de l'autre côté avec les pays coloniaux et dépendants, elle est devenue de nouveau apparente.

Outre le fait que les échanges des pays métropolitains avec les pays coloniaux et dépendants ont évolué de la manière que jai explique dans la première partie du rapport, dans la mesure où l'Amérique tâche de faire face au danger de la récession par un effort incontestablement plus puissant que par le passé dans le domaine des exportations, dans la mesure où le « boom » de l'économie européenne devrait être soutenu par des importaaccrues dont une grande partie provient des Etats-Unis mêmes, déficit en dollars est réapparu. Cela montre qu'en réalité ce déficit en dollars est une caractéristique de la nouvelle structure du commerce mondial dans le monde capitaliste de l'après-guerre, c'est-à-dire que ce n'est pas une cause passagère mais une cause en réalité beaucoup plus structurelle.

Voici donc en quoi se résument les perspectives économiques immédiates en ce qui concerne le monde capitaliste.

Quelques seulement maintenant en ce qui concerne l'évolution parallèle de l'économie des Etats ouvriers. Le dernier rapport des Nations Unies constate que, malgré un certain • ralentissement de Fexpansion l'activité économique de ces pays par rapport aux années passées, leur avance par rapport aux pays capitalistes se maintient grâce à la diminution beaucoup plus grande intervenue entre temps dans l'activité des payroductalistes. A ce propos, d'après les chifires donnés par les Soviétiques, tion de cette année a augmenté plus qu'il n'était prévu, c'est-à-dire que le taux de 7 % a été dépassé pour se porter vers un taux de 10 %.

Il est évident que nous devons être prêt à tirer toutes les conclusions sur le plan de l'activité de nos sections, de l'analyse de la conjoncture économispect dest évident atie le ce finemente lane conciue me fut en chomique. Il est évident que le changement de la conjoncture, ne fut-ce que par l'aspect d'une aggravation de l'inflation, d'une mage, et surtout d'une tentative du patronat de bloquer les salaires, moyen par lequel les différentes bourgeoisies en mauvaise posture tâcheront actuellement de redresser la situation, tout cela venant apres une période pendant laquelle les ouvriers, favorisés par le plein emploi, avaient pris l'habitude de considérer que leurs demandes pouvaient être très facilement satisfaites, dégage la perspective de luttes de grande ampleur. Cette conclu- sion est illustrée déjà par ce qui se passe plus specialement dans un pays comme l'Angleterre, placée entre la prospérité et le déclin.

En ce qui concerne la situation politique actuelle : en ce qui concerne la situation internationale, les rapports internationaux, en tant que rapports entre les Etats ouvriers et l'impérialisme, se cristallisent toujours dans deux questions : la situation au Moyen-Orient et la question du désarmement.

Voyons d'abord la deuxième question, celle du désarmement. Nous avons déjà dit dans le passé que tout compromis éventuel sur la question du desarmement à travers les discussions qui ont eu lieu ne porterait pas sur quelque chose d'essentiel et que devions pas etre dupes de ces discussions qui, en réalité, cachaient, et même ne cachaient pas du tout, une course rapide, plus effrénée que jamais, à l'armement atomique généralisé. nous trouvons maintenant devant l'échec patent des discussions sur le désarmement qui, en réalité, ont été clôturées par l'annonce spectaculaire de l'Union soviétique, de la fusée autoguidée intercontinentale. Dans l'histoire des discussions sur le désarmement, les discussions récentes étaient les plus extraordinaires, entrecoupées par les détonations explosions atomiques des uns et des autres. Il ne s'agit pas, en réalité, d'une discussion désarmement mais d'une épreuve de force au niveau de l'âge atomique et des fusées intercontinentales. Il est évident qu'à partir de laccomplissement d'un tel progres technique, l'adversaire n'a qu'un seul souci : combler le décalage qu'il constate actuellement entre lui et son adversaire et le dépasser en découvrant « l'arme absolue ». L'arme absolue dans le sens d'être capable ladversaire assurant une défense effective contre les fusées venant de l'ennemi. Nous avons eu la bombe A, la bombe H, nous avons la fusée intercontinentale, nous aurons la fusée anti-fusée. L'arme absolue une illusion, une idée mythique dans la mesure où il n'y a pas de limite au progrès technique. De toute manière, les discussions sur le désarmement se sont clôturées par la découverte d'une arme encore plus puissante et qui, incontestablement, entre les mains des Etats ouvriers ef de l'U.R.S.S. actuellement, pèsera d'une manière extraordinairement puissante sur la formation de la conjoncture politique immédiate. Nous le voyons d'une manière assez claire déjà quand nous abordons la situation dans le Moyen-Orient.

Il est évident que ce qui a fait sortir la situation internationale de l'apparence d'un apaisement c'était, d'un côté, les événements dans le glacis soviétique et, de l'autre côté, les événements dans le Moyen-Orient en octobrenovembre 1956. On s'est enfoncé peu à peu à partir de cette période dans une nouvelle phase de guerre froide en réalité plus aigue que par le passé, puisque nous n'avions jamais vu, depuis la deuxième guerre mondiale, la bureaucratie soviétique prendre Pattitude qu'elle a prise pendant la guerre de Suez en lancant de véritables ultimatums ; ni le Kremlin avoir une attitude aussi ferme sur la question de l'Allemagne, disant maintenant de manière très catégorique qu'il n'est pas question de réunifier l'Allemagne autrement que par une discussion entre les deux Etats allemands eux-mêmes et en lançant Pidée d'une Fédération des deux Etats allemands socialement différents. Nous n'avions jamais vu le Kremlin agir de la manière dont il agit dans l'affaire de la Svrie, en indiquant sans ambages au gouvernement turc que s'il lance une attaque contre la Syrie la Russie interviendra et que la guerre commencée de telle manière au Moyen-Orient ne sera pas une guerre limitée ; faire suivre les mouvements de la flotte atomique des Etats-Unis dans la Méditerranée par des mouvements de ses propres navires de guerre; les généraux et les amiraux soviétiques devenir si prolixes et écrire si ouvertement dans les journaux qu'ils vont défendre, par leurs armées et leurs bateaux de guerre, la Syrie attaquée.

Après la crise de Suez, nous avons assisté à la crise jordanienne et à la manière dont impérialisme américain concevait la doctrine Eisenhower, c'est-à-dire dans le sens d'une véritable épreuve de force au Moyen-Orient. Nous étions un peu étonnés, nous l'avons même dit, quand la flotte atomique des Etats-Unis se dirigeait vers les côtes syriennes, de la faiblesse de la réaction du Kremlin à ce moment-là. Maintenant les raisons sont évidentes, cette faiblesse résidait dans le fait qu'en Russie, à l'époque, se déroulait la lutte entre deux clans dans la direction de la bureaucratie soviétique. Mais une caractéristique constante de la politique du Kremlin dans les dernières années est qu'il n'est pas disposé à reculer, particulièrement dans le MoyenOrient, une région effectivement centrale et dans laquelle est concentré actuellement l'antagonisme entre les deux bloes d'Etats. Le Kremlin a pris 36 sa revanche sur le coup jordanien par le coup syrien, et de ce fait lépreuve de force dans le Moyen-Orient a été portée à un paroxysme.

Je ne peux pas esquisser des perspectives concrètes en ce qui concerne l'évolution dans cette région. On peut dire seulement que c'est une nouvelle illustration du caractère explosif de la période dans laquelle nous vivons. Dans cette épreuve de force entre les uns et les autres, chacun prend les risques maximum, c'est-à-dire des risques qui l'amènent jusqu'au « bord de l'abime ». On peut admirer lagilité de ces acrobates quabime sans s'y admirer l'agilité jusqu'à maintenant, ont montré la capacité d'arriver jusqu'au bord de jeter. Elle ne rassure pas, évidemment, sur le caractère dominant, très explosif de la situation. Je suis absolument d'accord avec l'opinion du camarade Boulganine et l'opinion de M. Bevan qu'une guerre commencée au MoyenOrient sera très difficilement circonscrite dans le Moyen-Orient et que la situation — comme Khrouchtchev la dit à Bevan — est effectivement de nouveau assez tendue, extraordinairement tendue, qu'il faut la comprendre et la suivre en tant que telle.

Je voudrais parler, d'une manière un peu plus détaillée, de la situation particulière dans certains pays du monde mais le temps me manque, malheureusement. Il faudra, de toute manière, dans la discussion ou dans celle sur l'activité de l'Internationale, insister particulièrement sur la situation de certains pays qui paraissent les plus intéressants du point de vue des perspectives revolutionnaires. En Europe, la situation de l'Angleterre, de la France et de l'Espagne ; en Extrême-Orient, la situation en Inde et en Indonésie; en Amérique latine, la situation en Argentine, au Chili, en Bolivie et Colombie.

Avant de terminer, je veux clarifier un peu ce qui est dit à la du texte : que les perspectives économiques et politiques envisagées n'auront un sens que si la décade qui vient est une décade dans laquelle il n'y aura pas une perturbation majeure des tendances actuelles économiques et politiques. Naturellement, il s'agit là plutôt d'une abstraction théorique, car le caractère fondamental de la période que nous avons vécue depuis la dernière guerre, plus spécialement depuis le debut de la guerre de Corée, n'a pas changé, puisque du point de vue des forces profondes qui expliquent caractère celles-ci accentuent leur avance antagoniste. Il s'agit d'une période sujette à des changements brusques, à des situations hautement explosives; mettant à l'ordre jour la question d'une lutte décisive entre les deux camps sociaux. C'est dans le cadre de telles considérations que nous devons placer la question des perspectives de guerre. Nous avons appris dans notre mouvement, disons à partir du 3° Congrès Mondial, quand nous parlons de la guerre, à comprendre qu'il s'agit de la résistance, que nous croyons toujours inévitable, de l'impérialisme à l'avance de la révolution mondiale. Le marxiste révolutionnaire constate que toute avance importante de la révolution mondiale ne se fait actuellement qu'à travers une lutte armée avec impérialisme. Ce monde est toujours un monde de lutte, d'une lutte plus aiguë, plus farouche, d'une lutte en réalité à mort. Quand nous parlons des dangers de guerre nous parlons, en réalité, de « dangers » dans un sens différent de celui d'avant la 2º guerre mondiale, où la guerre n'était envisagée que comme l'aboutissement d'une situation créée par l'écrasement préalable du prolétariat. La guerre alors signifiait une défaite du prolétariat.

contraire, maintenant, à la guerre non à cause de l'affaiblissement, ou de l'écrasement du prolétariat, mais à cause de sa force et de l'avance de la Révolution. Naturellement, la lutte armée, avec les armes actuelles, est une éventualité monstrueuse, et il n'y a aucun être normalement constitué, qui ne soit ni sadique ni fou, pour souhaiter ou vouloir faire surgir le triomphe de la révolution mondiale du champignon atomique. Mais ce que nous désirons est une chose, la réalité en est une autre.

La réalité, depuis la deuxième guerre mondiale, a été marquée par la lutte entre la révolution et l'impérialisme qui a pris partout un aspect de lutte armée. Nous étions les premiers dans le mouvement ouvrier international à constater, des 1950, à une date où lopinion générale était que l'impérialisme américain demeurait tout-puissant, qu'en réalité les rapports de force à l'échelle internationale, que le rapport global était change en faveur de la révolution. Depuis, les faits nous ont donné raison. Cette idée est devenue assez commune pour qu'il v ait des gens qui passent tout à fait a l'autre extrémité. crovant que l'impérialisme n'est plus capable de résister a l'avance de la révolution. Nous ne pouvons pas nous exprimer devant le mouvement ouvrier en tant qu'individus qui font un pari. Si nous sommes responsables devant les masses ouvrières, nous ne pouvons pas leur dire que le rapport devant les masses ouvrières, nous ne pouvons pas leur dire que le rappora des forces a changé tellement que l'avance de la révolution mondiale se en réalité désormais grâce au recul pacifique de l'impérialisme mondial. Nous voyons, au contraire, qu'à chaque détérioration grave du rapport de force au détriment de l'impérialisme, qu'à chaque avance révolution mondiale dans le monde, la question de la résistance, y compris de la résistance armée, de l'impérialisme à cette avance se pose toujours. Il est certain que, dans un tel cas, vu l'existence des armes atomiques, la lutte peut être assez dangereuse pour l'avenir de l'humanité. Mais, d'autre art, de plus en plus, se créent des conditions qui permettront un désarmement rapide de l'impérialisme quand il esquissera ses tentatives de résister par la force à l'avance de la révolution.

La meilleure maniere, la meilleure façon de répondre a tous ces problemes, pour nous, c'est de provoquer les conditions dans lesquelles la résistance de l'impérialisme sera au maximum affaiblie par la poursuite d'une lutte révolutionnaire efficace partout. Nous n'avons jamais considéré que le « danger de guerre » constitue une sorte de processus continu et rectiligne qui croit tous les jours. Il faut, au contraire, comprendre la situation comme je l'ai expliqué, une situation qui est sujette toujours à des changements brusques ; qui, au moment du changement brusque, quand certaines conditions sont réunies, devient explosive et pose la question de la guerre, quitte à assister ensuite à une certaine pause qui dure une certaine période. Nous devons, d'autre part, bien sûr, tenir compte dans nos analyses des perspectives tout à fait immédiates, et déterminer si nous sommes dans la situation critique et explosive ou si nous sommes entrés à nouveau pour une période dans une phase de pause.

tout à fait juste de tenir compte d'une série de facteurs qui ont, jusqu'à maintenant, limité, freiné, disons, un élan irrésistible de la part des uns et des autres vers le choc décisif.

Ce qui a joué un certain rôle de frein fut effectivement l'amélioration de la situation économique du capitalisme depuis quelques années déjà, le conservatisme de la direction stalinienne qui a peur du rôle des masses, la peur également d'une guerre atomique dans l'un et l'autre camp.

Mais Tun ou l'autre de ces freins est relatif par rapport aux causes plus profondes qui opposent les deux camps et les poussent vers une lutte décisive.

C'est seulement cela qui explique pourquoi, malgré l'existence des freins, la période est constamment entrecoupée par des crises qui amènent à situations hautement explosives, posant effectivement à lordre du jour la question d'une lutte décisive.

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