Nous ne savions pas, prétendent les dirigeants des Partis communistes.
Ce n'est pas une excuse, car Ils devalent savoir : ils n'avalent pas le droit de ne pas savoir ce qui était connu depuis tant d'années.
Mais les grands chefs staliniens savalent. Nous n'en donnerons qu'un exemple.
En 1924, lorsque commença la crise dans le Parti bolchevik et dans l'Internationale communiste, Thorez était secrétaire de la Fédération du Pas-de-Calais et membre du Comité directeur du P.C. (le Comité central de l'époque).
Il se prononça alors pour les positions défendues par Trotsky dans sa brochure « Cours nouveau », mentionnée dans les pages du présent numéro.
Cette brochure fut publiée à l'époque en France par Boris Souvarine qui venait d'être exclu pour un an du P.C. sous un prétexte formel.
Voici la copie d'une lettre envoyée par Thorez à Boris Souvarine. Cette lettre et plusieurs autres de même point de vue ont été publiées par Souvarine il y a plus de 20 ans et furent reproduites en diverses occasions.
On remarquera le post-scriptum : c'est un conseil pour du travail fractionnel que demandait Thorez.
L'année suivante, il se mettait dans le sillage stalinien et commençait sa carrière nationale de « Fils du peuple ».
Evidemment ces lettres n'ont jamais trouvé place dans une quelconque des éditions revues et corrigées de son autobiographie.
Béthune, le 15 avril 1924
Mon cher camarade,
Tu voudras bien te servir de ma modeste souscription pour l'édition de la brochure de Trotsky. Je profite pour t'assurer à nouveau de ma complète solidarité tant en ce qui concerne la situation du Parti Communiste Français que dans ce qui intéresse « la crise » internationale.
Fraternellement, THOREZ
P.S. — Voudrais-tu répondre en ce qui concerne la position juste que pourrait prendre ma Fédération.