par E. GERMAIN
Les événements qui marquent le XX' congrès du P.C. soviétique et ses répercussions sont l'indice très net d'une maturation de plus en plus rapide des conditions objectives et subjectives de la révolution politique en Union soviétique.
Leur signification peut être résumée en trois points : 1. - Une pression de plus en plus forte des masses, pour la première fois depuis annees 1933-1934, a commencé à diviser le novau dirigeant de la bureaucratie soviétique. Au sein du Comité central du P.O. de l'U.R.S.S., des discussions relativement libres ont eu lieu, sans écrasement d'une des tendances qui commencent à se cristalliser. La différenciation politique de ce noyau dirigeant a commencé à se manifester sur un certain nombre de questions idéologiques (luttes de classe après la révolution; degré de réalisation du socialisme en U.R.S.S. : formes de conquête du pouvoir par le prolétariat; nature des crises économiques à l'époque du capitalisme en déclin, politiques (répartition du revenu national entre consommation et investissements; réforme des salaires; degré de liberté de critique à tolérer dans le parti; question agraire; rapports envers l'ère stalinienne, etc.). Elle reflète en gros la pression de deux forces sociales antagonistes: la pression des masses ouvrieres et des couches inférieures de la bureaucratie d'une part (tendance Mikoïan-Malenkov) ; la pression des couches les plus conservatrices de la société (éléments les plus privilégiés de la bureaucratie, directeurs, caste des généraux, etc.) d'autre part (tendance Kaganovitch-Molotov).
- Sous cette pression des masses, et afin de se cramponner pendant une nouvelle étape au pouvoir - pour obtenir un nouveau répit bureaucratie a été obligée de sacrifier Staline et la tradition stalinienne proprio sensu, et de mettre sur le compte de celui-ci les aspects les plus repoussants de sa dictature. Ce faisant, elle s'efforce de se limiter de ces aspects et d'en refuser la responsabilité. En faisant de Staline et non plus de Béria le bouc émissaire pour tout ce que les masses populaires détestent dans la dictature bureaucratique, elle promet implicitement à ces masses que beaucoup de choses changeront rapidement. Ces promesses implicites doivent être appuyées par des concessions réelles pour avoir tant soit peu d'efficacité. C'est pourquoi, avec le XX° congrès, pour la première fois depuis le début du « cours nouveau », des concessions politiques s'ajoutent aux concessions économiques faites jadis aux masses, qui sont d'ailleurs amplifiées par la même occasion (gratuité de l'enseignement
Get supérieur; début de réforme du code du travail et du code pénal: promesses d'une association plus large des masses à la gestion municipale, etc.).
3. - La lutte contre la tradition de Staline et contre le « culte de la personnalité » a provoqué une crise profonde dans tous les partis staliniens du monde, bien que l'intensité de cette crise varie pour le moment de pays en pays. Cette crise n'est encore qu'à ses débuts. Elle résulte du fait qu'en sapant l'argument d'autorité et l'obéissance aveugle envers les décisions des « chefs », les discours du XX' congrès ont ouvert les portes à travers lesquelles l'esprit critique et l'élaboration politique à la base s'infiltrent dans les partis staliniens, non seulement en regard des événements passé mais encore pour chaque nouvelle décision importante de leur P.C. national et du P.C. de l'U.R.S.S.
La phase nouvelle du « cours nouveau » ouvre ainsi une phase nouvelle et décisive danement amster du mouvement outier alematon poutre, ans le seur. dans la crise du stalinisme. Elle met à l'ordre du jour le renversement de la dictature bureaucratique en U.R.S.S. et dans les Démocraties I. — UNE NOUVELLE ETAPE DU « COURS NOUVEAU ».
Comme nous venons de l'indiquer, la nouvelle étape du « cours nouveau » consiste essentiellement dans le fait que, pour la première fois, la bureaucratie a été obligée de faire des concessions politiques aux masses. La nature de ces concessions tend avant tout à ébranler les bases terroristes de la dictature davantage que ne l'avaient déja fait les attaques précédentes contre l'arbitraire policier. En même temps, la rigidité de la caste bureaucratique est remise en question, les frontières s'ouvrent plus largement pour un recrutement nouveau venant d'en bas. Sur ce dernier point, incontes. tablement les besoins pressants de l'économie ont contribué, ensemble avec la pression des masses, à arracher la réforme importante du système scolaire.
A côté de ces concessions politiques, le XX• congrès du P.C. a donné de nouvelles et importantes concessions économiques aux masses, avant tout aux masses ouvrières. L'augmentation des bas salaires, la réduction du temps de travail, l'augmentation des pensions, l'organisation d'un système de maisons de vieillards créées par l'Etat, les nouvelles promesses impressionnantes d'augmentation de la production des biens de consommation (faites malgré la victoire — platonique, semble-t-il, maintenant - des partisans d'un développement prioritaire de l'industrie lourde) - tout cela doit montrer aux masses que leur sort s'améliore déjà rapidement et que des ameliorations plus rapides encore se produiront sous peu. L'appétit vient en mangeant, et des secteurs vitaux (comme les logements et l'alimentation) connaissant régime de pénurie tandis que d'autres (comme l'habillement) souffrent d'une insuffisance de qualité, il semble exclu que ces concessions donnent aux maitres actuels du Kremlin une large base de masse dans le pays.
En ce qui concerne la paysannerie, les décisions prises par le Comité central du P.C. au lendemain du XX• congrès semblent poursuivre des buts divers: accroitre immédiatement la production de pommes de terre et de légumes en faisant de nouvelles et importantes concessions de prix aux paysans ; s'attaquer à la crise structurelle du système kolkhozien en essayant de détourner les paysans du travail sur leur propre lopin de terre privé. Ce dernier but est poursuivi à la fois à l'aide de stimulants (avances en argent) et de menaces (exclusions des kolkhozes et suppression du lopin privé pour tous ceux qui ne fournissent pas un minimum d'heures de travail sur les terres kolkhoziennes). Reste à voir si la paysannerie ne considérera pas ces mesures comme une atteinte vitale à la base de son gagne-pain, et si elles n'ouvrent pas une nouvelle et grave crise d'approvisionnement en U.R.S.S.
L'aspect le plus important du dialogue muet « revendications-concessions » qui s'est engagé depuis trois ans entre la bureaucratie et les masses est celui qui concerne maintenant l'industrie proprement dite, c'est-à-dire le système des salaires, Torganisation de l'entreprise, les droits des directeurs et des travailleurs. Poussee par des considérations économiques (lutte contre la tendance inflationniste), la bureaucratie a essayé d'entamer une revision d'ensemble du système des salaires qui, sous le couvert d'une rupture avec le stakhanovisme, signifiait en réalité une réduction, ou certainement un blocage, des salaires nominaux totaux pour d'importantes couches du prolétariat, surtout des couches qualifiées d'avant-garde (mineurs, métallurgistes, sidérurgistes, cheminots, etc.). La résistance à laquelle elle s'est heurtée dans ce domaine l'a obligée à mettre en suspens l'application de ces mesures d'ensemble et à proclamer, pour le moment seulement, le relèvement des bas salaires. Pour la première fois aussi, des ouvriers et des couches inférieures de la bureaucratie ont soulevé la question des primes, exigeant, semble-t-il, qu'un pourcentage élevé (75 %) de ces primes revienne automatiquement aux ouvriers.
Tous les événements au cours des six derniers mois démontrent clairement que la pression des masses, avant tout des masses ouvrières, est toujours le facteur prépondérant dans l'évolution intérieure de l'Union soviétique. C'est à ce courant que les sommets de la bureaucratie ont jusqu'à maintenant, fondamentalement, cédé. dant, au fur et à mesure qu'augmente la pression des masses et qu'elle se transpose à l'usine, il est inévitable que les couches privilégiées de la bureaucratie, les « maîtres du pays », saisis de panique, réclament bruyamment des garanties supplémentaires pour leurs privilèges. C'est là le sens de la « Conférence industrielle » qui s'est tenue fin printemps 1955 à Moscou et des décisions prises par le Comité central du P.C. en juin 1955 sur l'augmentation des droits des directeurs, sur l'élaboration d'un statut modèle des directeurs, etc. Il est également clair qu'une tendance de la direction bureaucratique (Kaganovitch, Boulganine, etc.) s'est identifiée plus ou moins ouverles intérets et les aspirations de cette couche encore très puissante (elle continue à réunir entre ses mains les principaux leviers de commande de la vie 48 économique). La collision inévitable entre les revendications ouvrières et les positions de ces couches amènera le point critique du « cours nouveau ». II. — LA BUREAUCRATIE LIQUIDE L'HYPOTHEQUE STALINIENNE.
Après Béria, c'est maintenant Staline lui-même qui devient de plus en plus le bouc émissaire pour tous les crimes de la dictature, qui sont des crimes collectifs des dirigeants de la bureaucratie.
Il est inconcevable que la bureaucratie en tant que telle, qui voyait dans cette forme particulière de la dictature la principale sauvegarde de son pouvoir, ait pu se resoudre seule, ou de gaité de cœur, à ce tournant sensationnel. Si le désir individuel de sécurité faisait de la liquidation de l'arbitraire de la police une mesure populaire également dans les rangs de la bureaucratie, il en va tout autrement de la liquidation du mythe de l'infaillibilité stalinienne dans les masses. Certes, un régime de dictature l'exercice du pouvoir. Mais en méme temps, le développement de l'esprit critique « collégiale » permet une association de couches plus larges de la bureaucratie & idéologique et politique au sein du P.C. et des masses risque de détruire les bases mêmes de la dictature bureaucratique et de créer un puissant courant démocratique et égalitaire, qui sonnera le glas de la dictature. C'est pourquoi il est faux d'expliquer le tournant sensationnel du XX congrès autrement qu'en tant que concession faite par la bureaucratie, a son corps défendant, au mécontentement qui croit sans cesse dans le pays.
Il est peu probable également que Khrouchtchev et la majorité du Comité central voulu le faire, ils auraient agi de façon plus prudente, en préparant l'opinion publique se soient décidés d'avance à lâcher la « bombe Staline » au S'ils avaient par étapes, en procédant de façon plus ordonnée et plus logique. En fait, le rapport inaugural de Khrouchtchev au XX congrès ne contenait aucune indication qu'une attaque ouverte allait s'ouvrir contre Staline; son nom n'y fut même pas prononcé. Il est plus vraisemblable de supposer que les attaques brusques, déclenchées au congrès par Mikoïan et ses amis, contre Staline ont forcé la main à Khrouchtchev et aux éléments « centristes » qui essayent de concilier les deux tendances naissantes au sein du Comité central du P.C. Craignant de se voir débordé dans le pays par une identifié tout le parti avec la campagne anti-stalinienne (en se heurtant à une résistendance anti-stalinienne oppositionnelle, Khrouchtchev a pris devants et a tance peut-être passive mais non moins réelle de Kaganovitch, Molotov, Chvernik et autres).
Mais en organisant ainsi sur une grande échelle la liquidation de « l'hypothèque stalinienne », Khrouchtchev et les autres dirigeants de la bureaucratie ont eu soin d'établir des limites qui représentent une dernière barrière de sauvegarde autour des privilèges et du pouvoir de la bureaucratie. Les critiques contre Staline s'appliquent surtout aux vingt dernières années de sa vie, c'est-à-dire à la période postérieure au 17* congrès et débutant par « l'affaire Kirov ». Elles concernent essentiellement les «purges » monstrueuses, la conduite de la guerre et la politique d'après-guerre, notamment la politique des nationalités et la rupture avec la Yougoslavie. pas clair si la politique de collectivisation forcée a été ouvertement dénoncée. De toute Il n'est tous les dirigeants de la bureaucratie se sont démonstrativement avec la lutte menée par Staline contre l'Opposition de Gauche, de se solidariser manœuvre est clair. La bureaucratie dit au pays : nous rejetons les zinoviévistes et contre les boukharinistes. Le sens politique de cette nous ne pouvons qu'approuver la politique sur laquelle sont basés notre pouvoir et masse et les fautes monstrueuses qui nous ont presque fait perdre la guerre; mais les assassinats en nos privilèges.
La réhabilitation partielle et sans explication (ou de toute façon sans explications suffisantes) d'une partie des victimes communistes de Staline indique le même effort de la bureaucratie d'établir une limite au-delà de laquelle les fondements même de sa dictature seraient ébranlés par les attaques contre Staline. Il est difficile d'expliquer idéologiques et non pas des espions et des traîtres, sans préciser quelles étaient leurs en détail que Zinoviev, Boukharine, Trotsky étaient « seulement » des adversaires divergences « idéologiques» avec le « marxisme-léninisme ». Il est impossible d'ouvrir réellement les archives sans en même temps détruire les falsifications des positions réelles des oppositions communistes par les dirigeants d'hier et d'aujourd'hui. Une véritable dicussion sur les positions politiques réelles de l'opposition communiste risque ainsi de se développer — ce qui représente une menace mortelle pour l'équipe au pouvoir. III. — LA DYNAMIQUE DU « COURS NOUVEAU ».
Constatant ce qui est arrivé et pourquoi c'est arrivé, nous avons à déterminer la dynamique du « cours nouveau ». Où va la dictature de la bureaucratie? Quelles formes peut-elle prendre ? Comment sera-t-elle renversée ?
Il est clair qu'en l'absence d'un contact étroit avec ce qui se passe aujourd'hui à la base de la société soviétique, surtout dans les cellules du P.C. et dans les entre- prises, et ne pouvant nous appuyer sur aucun précédent historique, nous devons nous avancer en cette matière avec beaucoup de prudence. Néanmoins, il est indispensable pour l'orientation de notre propre mouvement et celle de l'avant-garde internationale de donner une réponse claire et sans équivoque à deux questions fondamentales.
Première question: le « cours nouveau », réaction politique de la bureaucratie devant la pression En d'autres termes: est-il exclu que dans un avenir immédiat, d'ici deux à trois ans, croissante des masses, est-il dans ses grandes lignes irréversible? la plupart des concessions faites aux masses soient reprises, que le régime policier soit rétabli dans toute sa hideur stalinienne, que la liberté de discussion au sein du C.C. soit de nouveau réprimée et qu'un « nouveau Staline » établisse une nouvelle « dictature personnelle »?
A cette question, nous répondons OUI sans équivoque. Une telle évolution est Khrouchtchev et Boulganine sont plus « intelliimpossible, non pas parce que gents » ou plus « libéraux » que Staline, ou parce qu'ils ont « tiré des leçons de l'hismais parce que les rapports de forces existant à l'échelle mondiale entre toire ». prolétariat et bourgeoisie, et les rapports de forces existant en U.R.S.S. entre prolétariat et bureaucratie, rendent impossible un tel renversement brusque de l'évolution engagée. Il faudrait de lourdes défaites ouvrières nationales et internationales, c'est-àdire un renversement complet de l'évolution mondiale, pour qu'en U.R.S.S. également la dictature puisse se stabiliser plutôt que s'efiriter (au sens social du mot).
Cela n'exclut pas, faut-il le répéter, que sur tel ou tel point concret la bureaucratie s'efforcera de reprendre ce qu'elle a pu lâcher à un moment, qu'elle ne s'efforcera pas de mater par la force telle ou telle explosion du mécontentement des masses. Mais cela concerne une ligne générale de l'évolution qu'il faut clairement comprendre.
Deuxième question : le « cours nouveau », réaction politique de la bureaucratie à la pression croissante des masses, peut-il arriver par étapes progressives au rétablissement de la démocratie soviétique, sous la direction de l'actuelle équipe dirigeante au Kremlin ? En d'autres termes: est-il possible qu'au XXI congrès, Khrouchtchev et Boulganine rétablissent la liberté de discussion dans les cellules du parti; au XXI congrès on voit apparaitre des tendances organisées avec des plates-formes différentes discutées par le congrès, comme à l'époque léniniste, qu'au XXIII congrès on rétablisse le « maximum » de revenus des communistes et l'indépendance syndicale, etc. ?
cette question nous répondons NON avec aussi peu d'équivoque que nous répondons OUI à la première question.
Certes, les concessions faites par la bureaucratie aux masses favorisent objectiveprise de conscience. en elles-mêmes. Elles orénarent obiectivement la révolution, de même que toute réforme d'une dictature
¡gonisante favorise à la longue la révolution qui la renverse. Mais quels que soien les liens dialectiques entre « réformes » et « révolution », on ne peut identifier les unes avec l'autre sans tomber dans un réformisme, un évolutionnisme vulgaire, c'est-à-dire sans masquer le problème décisif du « saut», du «changement de qualité» qui est implicite dans toute révolution. La révolution politique en U.R.S.S., c'est avant tout la perte pour la bureaucratie de sa toute-puissance dans l'usine et dans l'Etat. Croire que des centaines de milliers de personnes hautement privilégiées assisteront de façon passive au démantèlement de leur pouvoir, alors qu'elles possèdent encore une puissance de défense énorme, c'est se leurrer d'illusions. Pour commencer une révolution, la pression des masses ne suffit plus. Il faut que ces masses passent à l'action et se mesurent, dans l'usine et la rue, avec les derniers défenseurs de la dictature. Que cette action puisse être de brève durée; que les couches privilégiées de la bureaucratie puissent être complètement isolées à ce moment-là ; qu'entre la chute de la dictature et l'établissement d'un véritable régime de démocratie soviétique (c'est-à-dire entre le début et la fin de la révolution politique) puisse s'intercaler une série d'étapes intermédiaires, tout cela est fort possible et même vraisemblable. Mais que la bureaucratie ne commette pas hara-kiri sous la pression des masses, par amour pour la patrie soviétique, est non moins certain. Nous insistons dès le début sur ce point : le « cours nouveau » n'est pas un mouvement d'auto-réforme de la bureaucratie; c'est une ernière manœuvre d'auto-defense de cette bureaucratie Il y aura un point où le
•cours nouveau » s'arretera et ou commencera la révolution point ou l'écuioe dir geante de la bureaucratie, de sujet deviendra objet du processus historique.
Il est clair qu'il ne faut pas considérer la bureaucratie dans son ensemble comme une « masse réactionnaire » contre laquelle la classe ouvrière devra livrer assaut.
Cette position mécaniste et anti-marxiste est contraire tout l'enseignement
Trotsky. Plus la pression des masses (et, parallèlement à elle, la pression les plus privilégiées) s'accroit, et plus la bureaucratie, y compris ses dirigeants, se déchirera en tendances opposées. Au cours de ce processus une « tendance Reiss » apparaitra qui renouera sincèrement avec la tradition léniniste. (Ce n'est certainement as la tendance Mikolan qu'il faut identifier avec une telle tendance; tout au plus ournitelle un bouillon de culture pour les idées d'une telle tendance.) Il est impossible de prédire le comportement concret de chacun des dirigeants du Kremlin au cours de tout ce processus. Mais ce qui est exclu c'est que le rétablissement de la .50
QUATRIEMEINTERNATIONALE démocratie se réalise par la voie progressive, contre la bureaucratie, sans éclatement du P.C. et de la bureaucratie elle-même. froide, sans action ouverte des masses
Les événements ont, à ce sujet, complètement confirmé la justesse du point de vue que nous défendions dès 1953 concernant le rôle décisif de la pression des masses dans l'évolution intérieure en U.R.S.S. Certains de nos critiques soi-disant orthodoxes bureaucratie. Aujourd'hui il apparait clairement combien une telle position est insouont voulu expliquer tous ces événements par des dissensions intérieures dans la tenvers le stalinisme. i est clair que si la bureaucratie des antelait le my he stalinien et combien c'est elle qui favorise en réalité des tendances de capitulation de son propre gré, comme une simple manœuvre, la nature du régime stalinien et la nature même de la bureaucratie devraient être revues dans un esprit différent de celui du trotskysme. Si par contre, cette pression des masses — pendant la période préparatoire à l'action des masses, c'est-à-dire à la révolution l'évolution des trois dernières années, l'ensemble de l'analyse trotskyste de l'U.R.S.S. - est le facteur décisif se trouve brillamment confirmé.
Quant à ceux qui nous accusaient d' « exagérer » l'importance de cette pression, le seul commentaire dont on peut les gratifier après le XX congrès, c'est qu'ils ont pauvre mine maintenant...
IV. - LES « DEMOCRATIES POPULAIRES ».
Les répercussions du XX congrès sur les « démocraties populaires » diffèrent de masses et du degré de pression des masses sur la direction bureaucratique. Cependant, pays en pays, d'après la nature locale du Parti communiste, liens avec les on peut dire que dans tous ces pays, la confiance dans la direction a divers degrés et qu'une période nouvelle s'ouvre pour ces partis, période qui verra été ébranlée à l'éclosion d'idées et de tendances critiques sinon oppositionnelles.
En Pologne on a assisté à une véritable explosion populaire qui, par moment, dans les dues b para, dens dore misones sn de tentes telesiens, et teste dans les conseils (soviets) locaux et dans le Parlement central. Partout des militants de base se sont opposés à la position officielle, non seulement stalinienne mais même poststalinienne de la direction, au point que celle-ci a parlé d'une campagne « organisée par des éléments anti-soviétiques et anti-parti ». Il y eut même, semble-t-il, des manifestations de rue lors de l'enterrement de Bierut. Le contenu des critiques parues les ne touchent pas seulement des aspects théoriques et idéologiales de l'ère stall ienne, mais meme le svsteme d'organisation de l'industrie, les salaires les primes,
Certes, il faut se garder d'identifier la possibilité pour des éléments oppositionnels d'articuler des critiques pendant une période trouble de transition, avec le rétablissement des libertés démocratiques dans le mouvement ouvrier. avec l'acceptation de ces critiques par les dirigeants et leur mise en application praet davantage encore tique. Il est probable que, du moins sur ce plan, il y aura un certain « rétablissement de la discipline » et que les éléments qui se sont le plus avancés risquent de payer cher leur audace. Mais la brusque révélation de l'immense mécontentement accumulé dans les rangs du parti polonais détruira vraisemblablement pour une longue période probablement, probablement, dans un avenir rapproché, la constitution d'un courant de gauche sa nature « monolithique» et amènera de constantes discussions intérieures (avec affirmé).
D'après des sources yougoslaves non encore confirmées, quelque chose de pareil serait en train de se produire en Bulgarie, ou auraient éclaté de violentes discussions et critiques anti-staliniennes « jusque dans les petits villages ».
En Tchécoslovaquie et en Allemagne Orientale, où le P.C. avait jadis des assises heurter de façon beaucoup plus brutale les intérêts et les aspirations des masses - populaires aussi larges qu'en Pologne et en Bulgarie, a été amene ce qui a produit un isolement plus grand → adoptant la ligne anti-stalinienne, sans qu'on puisse encore parler dans ces pays d'une profiter des décisions du XX congrès pour dessiner les dirigeants semblent avoir une manœuvre populaire en véritable vague de fond populaire. Cependant, ces pays et les rapports de forces sociaux, le début d'un réveil des masses risque de étant donné la nature industrielle de renverser presque immédiatement la dictature (comme l'ont démontré les événements allemands devront agir avec plus de prudence que les dirigeants polonais ou bulgares. du 17 juin 1953). C'est ce qui explique pourquoi les dirigeants staliniens tcheaues et surtout dans des matières qui touchent directement la vie industrielle
Get ouvrière. prolongée en Hongrie, la bombe du XXe congrès dans le parti, au cours de laquelle la tendance Nagy, qui se rattachait à la a éclaté après une lutte de tendances les décisions du XX congrès représentent une défaite incontestable pour la tendance Rakosi, qui a dû réhabiliter sa victime Rajk, il semble cependant que cette tendance s'accroche au pouvoir et qu'une bataille intérieure sera menée pour la rentrée de Nagy.
Comme en même temps les masses semblent plus passives que dans d'autres pays, toute la situation semble mûre pour que la Hongrie soit un des premiers pays où une bataille de tendances plus ou moins oúverte soit livrée à l'intérieur d'un parti stalinien
Quant à la Roumante et à l'Albanie, où les assises populaires du P.C. sont beaucoup plus limitées, il semble que la direction y résiste avec plus de succès aux efforts du Kremlin d'imposer une revision de la ligne stalinienne. Cependant, en Albanie la direction s'est déjà heurtée à une opposition surprenante, même au sein du Parlement.
En général, l'expérience récente des démocraties populaires confirme done la conclusion que nous avions tirée de l'évolution de l'Union soviétique. Les décisions du XX* congrès favorisent le déclenchement d'un mouvement de critique et d'opposition anti-stalinienne plus ou moins debout dans tous les P.C., et il faut attendre un déclenchement d'une lutte ouverte violent. Les anciennes structures restent cependant de tendances, ansı qu'une action ouverte des masses, pour qu'il puisse en être différemment. Il n'est pas exclu que cela se produise dans un des pays de démocratie populaire avant que la révolution politique n'éclate U.R.S.S., et que de événements puissent exercer une influence profonde sur l'évolution en Union sovietique. V. - LA CRISE DANS LES PARTIS COMMUNISTES.
Le XX• congrès du P.C. de l'U.R.S.S. a ouvert une nouvelle étape dans la crise des partis communistes. Cependant, pour comprendre l'ampleur relative de cette crise dans les différents partis en question, il faut tenir compte d'un certain nombre de facteurs supplémentaires: la politique internationale « droitière» lancée par le XX° congrês: la force relative du parti communiste en question et ses liens réels avec les masses ; le degré (relatif) de solidité du noyau stalinien dirigeant, etc.
Nous pouvons surtout distinguer trois cas: a) Le cas des partis communistes de masse dans des pays industriels avances (P.C.F., P.C. italien). La crise s'y développe à la fois par la destruction de l'autorité de la direction, les débats déclenchés par la politique droitière proclamée par le XX* congrès et appliquée avec zèle par les dirigeants nationaux (coexistence pacifique, voies parlementaires vers le socialisme, affaire algérienne, etc.), et la revendication d'une lutte de classe révolutionnaire que commencent à formuler des couches révolutionnaires de ces partis. Le fait qu'il n'existe pas de base objective pour une collaboration avec la bourgeoisie limite le champ de manœuvre de la droite et la rend malgre tout à la longue sensible à la pression d'en bas. Cela ne l'empêche pas de rester au de la situation, tout le passé stalinien favorisant aujourd'hui une début maitresse politique opportuniste de droite.
Mb) Le cas des petites sectes staliniennes dans des pays industriels avancés (GrandeBretagne, Belgique, Autriche, Allemagne occidentale, etc.). La crise y est influencée d'une part par la "destruction de l'autorité des dirigeants, et d'autre part par une recherche d'une attitude adéquate envers le mouvement de masse social-démocrate. Une partie de l'appareil s'appuie incontestablement sur les décisions du XX' congrès pour proposer une orientation liquidationniste-réformiste. Les éléments les plus sains de la base s'y opposent, ce qui renforce cependant chez eux des trans sectares envers cette réaction de la partie la plus saine de la base communiste ne soit entrainée vers le mouvement de masse. Notre intervention peut être très importante pour éviter que des aventures stériles et condamnées à l'échec.
Gc) Le cas des partis communistes dans les pays coloniaux et semi-coloniaux (ainsi aue le P.C. de l'inde). L'orientation du XX congres est la plus droitière pour ces pays. (Infecte critique des thèses de l'I.C par Kuusinen !) Mais en même temps il existe une base objective réelle pour une collaboration entre la bourgeoisie « nationale » de ces pays et les dirigeants staliniens. C'est pourquoi ces dirigeants y seront pendant une période (avant qu'ils ne soient soumis à un véritable mouvement révolutionnaire des masses) moins sensibles aux critiques de la base et plus enclins à suivre la ligne du Kremlin. Pour ces raisons, nous avons une réelle chance dans ces pays d'élargir et de rapprocher de nous des tendances critiques, centristes de gauche, revolutionnaires en puissance, qui se développeront au sein de ces partis communistes. VI. - NOS TACHES.
D'une façon générale, l'étape ouverte dans la crise du stalinisme en U.R.S.S. dans les démocraties populaires et dans les Partis communistes, se caractérise par le fait qu'un grand nombre de préventions que nourrissait la masse des militants communistes envers notre mouvement est en train de disparaitre ou peut être plus facilement ébranlé. La bataille pour nos idées peut donc être menée succès à la périphérie et au sein des P.C., a condition que cette bataille soit menée, par nous-mêmes, arguments politiques de en plus affines, précis, concrets, que le niveau politique de nos propres organisations soit de plus en plus 52 élevé. Ceci est d'autant plus nécessaire qu'avec la disparition de quelques-uns des aspects les plus hideux du stalinisme, nos propres rangs risquent de devenir perméables à des illusions pro-staliniennes ou semi-staliniennes s'ils ne sont pas profondément éduqués, notamment sur le passé de « la question russe » et sur l'ensemble de notre analyse et de notre orientation mondiale.
En ce qui concerne l'évolution de l'U.R.S.S. et des démocraties populaires, nous saluons et appuyons - de façon critique - tout ce que les masses ont réussi à arracher à la bureaucratie qui sent son pouvoir chanceler. Nous dénonçons en même temps impitoyablement les hésitations, les demi-mesures, les retards et reculs, et surtout l'hypocrisie de la « liquidation de Staline » par ses principaux lieutenants. Nous demandons une explication politique complète des crimes de Staline, explication qui ne peut etre que « sociologique », marxiste, dans le sens de l'analyse trotskyste. Nous dénoncons le « culte de la personnalité à rebours » qui consiste à expliquer tout ce qui est condamnable en U.R.S.S. par les défauts d'un (ou de quelques) individu. Nous reclamons une revision réelle et honnête de tous les procès, au moyen d'une commission d'enquête internationale du mouvement ouvrier.
*Nous exploiterons en même temps à fond le thème du « retour à Lénine » en demane politique de 1e tato et la Tenseignemen demaine dans igue les dendane des syndicats), domaine international (thèses léninistes de l'I.C.), etc.
Dans les partis communistes de masse nous favoriserons le développement d'un large courant gauche révolutionnaire, à Pintérieur du mouvement de masse communiste, s'appuyant, le cas échéant, sur un organe public paraissant à l'extérieur du P.C.. mais édité par des personnalités connues par les militants communistes, ou même sur un organe public de tendance, dont la parution peut devenir possible si l'opposition dans le P.C. prend un caractère de masse. plate-lorme d'une telle gauche, avec des variations nationales inévitables, devrait étre en gros: orientation nale Communiste. Une des formes d'action les plus efficaces d'un revolutionnaire dans le pays même: retour a bénine; rétablissement de l'Internatiotel organe consisterait dans la centralisation de toutes les informations sur l'évolution (et les mouvements critiques) au sein des P.C.
Dans les petits partis communistes nous appuierons les tendances saines, de la base qui s'opposent aux manœuvres liquidationnistes-réformistes, tout en nous efforçant d'augmenter la compréhension de ces camarades pour la nécessité d'un travail au sein du mouvement de masse. Etant donne le manque de perspectives et la cris: organisationnelle aiguë de ces partis, la constitution d'une fraction bolchevik-léniniste avec une orientation organisationnelle bien précise y deviendra sans doute nécessaire à plus brève échéance, afin d'éviter une démoralisation et une rechute dans la passivité de nombreux militants. Ce travail sera mené sans modifier dans ces pays notre orientation fondamentale à l'égard des organisations social-démocrates, en partant surtout de sympathisants, contacts, ex-membres ou de membres isoles qui, pour des raisons particulières, n'ont pas pu appliquer notre orientation du travall de masses.
Partout, nos militants comprendront que les événements des derniers mois représentent une confirmation historique et une justification totale de la bataille engagée par Léon Trotsky et l'Opposition de Gauche soviétique dès 1923, ainsi qu'une confirmation totale du « cours nouveau » du trotskysme et des thèses « Montée et déclin du stalinisme » adoptées au 4° congrès mondial de l'Internationale. Aucune autre tendance du mouvement ouvrier n'a été armée pour comprendre et prévoir ces événements comme l'a été la IV• Internationale..
L'étude de l'histoire de notre mouvement, notamment de notre mouvement russe, sera développée de façon utile par nos sections, et notre mouvement devrait s'efforcer de rédiger une sorte de bilan historique de trente ans, donnant face à face les positions trotskystes et staliniennes sur les grands événements entre 1923 et 1953, et permettant de voir combien chaque pas en avant posé en U.R.S.S. et dans les partis communistes ne peut être qu'un pas sur la vole tracée par le trotskysme. Un tel ouvrage sera en meme temps une contribution importante pour la contre les tendances pro-staliniennes qui essayent de justifier par des arguments de « nécessité objective » les crimes staliniens d'hier.
Avec la phase d'agonie du stalinisme qui s'ouvre, s'ouvre en même temps une période extrêmement favorable pour le renforcement international de notre mouvement. Mais 1l serait laux de supposer que l'affaissement du stalinisme renforcera automatiquement le trotskysme. Il ne le fera que dans la mesure où les trotskvstes seront capables de suivre dans chaque pays et internationalement une ligne politique juste, tactiquement adéquate, mouvement ouvrier dans son envers les militants staliniens en particulier. Des premières expériences ont montré dans de nombreux pays que ces chances sont réelles. Il faut se mettre au travail que la crise du stalinisme se traduise en pratique par un renforcement de IV* Internationale.
Mai 1956. 53 53.