Il y a 16 ans, Trotsky était assassiné par un agent de Staline. Préparé pendant de longues années, ce meurtre se produisait au moment où le monde entier était embrasé par la seconde guerre mondiale. A l'époque le crime n'affecta directement qu'un tout petit nombre de militants révolutionnaires, les grandes masses ayant leur attention portée sur des événements dans lesquels des millions et des millions d'hommes étaient aux prises.
Les anniversaires de cet assassinat passaient et, tout d'abord, il put paraître que celui qui avait ordonné le crime voyait sa gloire monter au-delà de toute imagination. La mémoire de Trotsky restait ignorée des nouvelles générations, quand celles-ci n'étaient pas instruites mensongèrement à son sujet.
Mais la révolution socialiste mondiale allait de l'avant malgré les directions staliniennes ou autres. La nouvelle situation mondiale, le nouveau rapport international minaient inexorablement le stalinisme. A peine mort, Staline se voyait graduellement rabaissé par ceux qui avaient été ses complices et qui étaient ses héritiers. Son héritage chaque jour s'avérait plus désagréable.
Nous ne pouvons aborder le 16° anniversaire de l'assassinat de Trotsky sans souligner que, trois ans après la mort de Staline, ce sont ses propres hommes qui l'ont accusé des crimes les plus accablants. Le rapport Khrouchtchev n'a révélé quelque chose qu'à ceux qui n'avaient pas voulu entendre ce que disaient Trotsky et les trotskystes.
Certes, Khrouchtchev et les autres dirigeants du Kremlin n'ont pas accusé Staline du meurtre de Trotsky, ils n'ont pas réhabilité Trotsky, il est même certain qu'ils feront tout leur possible pour empêcher la vérité de percer sur ce point, car ce ne serait pas la condamnation d'un homme ou d'une clique, mais la condamnation de toute la couche sociale, de la bureaucratie dont ils expriment au pouvoir les intérêts et privilèges.
Ils ne veulent pas le faire, mais la vérité sera plus forte. Ils ont été contraints de publier, 32 ans après, le « testament de Lénine » - ce texte dans lequel Lénine demandait l'élimination de Staline du poste de secrétaire général et dans lequel il déclarait que Trotsky était « l'homme le plus capable du Comité central ».
De Staline, il reste chaque jour un peu moins d'un héritage répudié: ses ceuvres historiques sont mensongères, son apport théorique sans valeur.
Par contre, le mouvement communiste trouve et trouvera de plus en plus dans l'immense œuvre de Trotsky un capital précieux indispensable à sa rénovation.
A l'occasion du 16° anniversaire de l'assassinat de Trotsky, nous publions ci-après deux textes. Le premier est de Trotsky lui-même. Dans la période des procès de Moscou et afin de tenter de faire prévaloir la vérité à cette époque fut constituée une Commission d'enquête sous la présidence du philosophe et pédagogue libéral américain John Dewey. Cette commission opéra, à la façon d'un tribunal, un contre-procès, entendant de nombreux témoins que le tribunal de Moscou n'était pas intéressé à entendre, et en tout premier lieu Trotsky, malgré une demande formelle de celui-ci. Le premier texte est un exposé fait par Trotsky, à Mexico, le 17 avril 1937, au cours de la 13º séance de la commission préliminaire d'enquête sur le cas de L. Trotsky. Il a été publié dans le livre « The case of L. Trotsky » (éditions Harpers Brothers, New York) qui contient le procès-verbal intégral des travaux de cette commission et ses conclusions, à savoir que les accusations de Moscou n'étaient pas fondées. 34
VATRIEME
Le second texte « Petrograd 1919 » est un extrait du premier tome
« Le prophète armé » de la biographie de Trotsky par I. Deutscher. Il donne un épisode d'un des moments les plus périlleux de l'Etat soviétique, Petrograd étant menacé par les armées blanches de Youdenitch, la chute de la ville devant porter le danger aux portes de Moscou. Ces pages de Deutscher relatent ce que fut le rôle de Trotsky à ce moment décisif en des termes qui ne demandent aucun commentaire supplémentaire.