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La revue › vol. 14, n° 4-6

Situation actuelle et perspectives de l'Europe occidentale

Quatrième Internationale, vol. 14, n° 4-6 · juin 1956 · p. 1-6 · 3 270 mots

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Du point de vue économique, la situation en Europe occidentale suit bre 1955 (1). Dans le cadre d'un certain « essoufflement » du boom géactuellement les grandes lignes que nous avions esquissées dès octonéral de l'économie capitaliste mondiale, la conjoneture économique européenne, tout en se maintenant encore sur un très haut niveau, commence à être freinée par toute une série de facteurs et divers « goulots d'étranglement » que nous avions alors signalés : pénurie de maind'œuvre et de certaines matières premières, processus accéléré d'inflation.

D'autre part, la demande en se maintenant sur des niveaux élevés, montre une tendance indéniable au fléchissement, particulièrement dans certains secteurs. Ce qui explique à son tour la tendance à la persistance du déficit commercial pour certains pays, ou d'une évolution défavorable du rapport exportations-importations pour d'autres, ainsi que du déficit global en dollars de l'Europe.

La production industrielle continue généralement à s'accroitre mais à un rythme considérablement moins rapide qu'en 1955. Naturellement cette évolution présente des caractéristiques variables selon les pays :

Cest lAngleterre et le groupe des pays scandinaves qui sont deja les plus touchés par l'inflation (à l'exception des cas particuliers de la celles provenant de la saturation du marché dans certains domaines Grèce et de l'Espagne), ainsi que par les difficultés a exportation et automobiles, biens de consommation durables en général, construction. La production industrielle dans ce pays, tout en étant supérieure aux niveaux de 1955, ne progresse actuellement que lentement et, dans certains cas, a même tendance à plafonner.

(1) « Quatrième Internationale », décembre 1955, rapport du 16 Plenum du C.E.I

La situation par contre est toujours meilleure en Allemagne, en Hollande, en Belgique et. du point de vue progression de la production industrielle, en Italie et même en France. La tendance cependant à l'in/lation est générale.

Depuis 1953 s'est manifestée une nouvelle poussée inflationniste qui actuellement s'accélère. Elle est de l'ordre de 10 l'Angleterre et le Danemark; de 7 % environ pour des pays comme lAu. % (2) environ triche, Pitalie, la Hollande, la Suède, la Norvège; de 4 % pour la France et l'Allemagne. Elle dépasse 25 % pour la Grèce, 40 % pour l'Espagne. D'où aussi les mesures dites « anti-inflationnistes › prises depuis un certain temps par les différents gouvernements europeens, dont l'élévation à plusieurs reprises du taux d'escompte, afin de limiter le crédit et d'équilibrer la demande avec l'offre. Mais, du même coup, c'est l'expansion qui se trouve aussi freinée, y compris par ce « goulot d'étranglement » du crédit « plus cher ».

Un exemple récent de ces préoccupations de la partie monopoleuse de la bourgeoisie hée aux grandes banques et aux grosses firmes industrielles d'exportation, est donné par l'Allemagne qui a porté le taux d'escompte à 5,5 % bien que sa monnaie soit des plus «solides » et est appuyée sur des réserves de plus de deux milliards de dollars.

Dans une une conjoncture internationale de concurrence avivée les marchés étrangers, l'intérêt du capital financier est évidemment d'abaisser le coût de la production et de canaliser le maximum possible de la production nationale vers les marchés étrangers. Une politique d'inflation attisée par l'accroissement de la demande intérieure que soutiennent le plein emploi et l'expansion des entreprises moyennes est contraire, à cette étape, aux intérêts des monopoleurs qui veulent maintenir les marchés acquis ou les élargir.

Comment s'établissent maintenant, dans le cadre de ces considérations, les perspectives économiques de l'Europe occidentale ?

Si on ne risque pas d'assister en cette année à une « récession» importante de l'économie européenne, 1956 sera quand même une « année moins bonne » que 1955.

Les perspectives ultérieures doivent tenir compte d'un ensemble de facteurs dont les principaux sont : l'évolution de la conjoncture américaine, la capacité d'absorption des pays coloniaux et dépendants, les possibilités du commerce Est-Ouest, la solution à trouver à la question de la main-d'œuvre et de certaines matières premières qui commencent à manquer.

Ces facteurs joueront dans le cadre d'un appareil productif qui, par l'effet des investissements passés et actuellement en cours, ne cesse de s'accroitre, aiguisé par la concurrence.

La conjoncture économique américaine s'oriente déjà vers une nouvelle « récession ». Sauf en cas de nouvelles dépenses importantes de la part de l'Etat et d'investissements privés dans l'automation et l'industrie atomique, cette « récession » risque d'avoir une ampleur considérablement plus grande que par le passé et d'atteindre cette fois aussi l'économie européenne.

• La capacité d'absorption des pays coloniaux el dépendants est actuellement freinée à la fois par les effets de la surproduction agricole et par le désordre inflationniste qui caractérise plusieurs de ces pays.

Les possibilités du commerce Est-Ouest, dans le climal de la « détente » et de la « coexistence parcifique », sont réelles mais restreintes. Les échanges entre les pays capitalistes développés et les Etats ouvriers sont limités par le manque de moyens de paiement de part et d'autre el par la structure qui n'est pas largement complémentaire de ces échanges. Par contre, les échanges entre les Etats ouvriers et les pays coloniaux et dépendants peuvent s'accroitre plus largement, les premiers fournis-

(2) Sur la base 100 pour 1953. (Selon « The Economist »). 2 sant des biens d'équipement contre les produits agricoles et les matières premières des seconds. Mais dans ce cas, la « compétition économique » sur ce terrain si important pour l'impérialisme, risque d'aggraver encore davantage la situation des pays capitalistes métropolitains et de porter atteinte au climat de la La solution à long terme aux problèmes que pose à l'économie eu- « détente ». ropéenne la le charbon sera recherchée par les capitalistes sur la voie de la modernipénurie de main-d'œuvre et des matières premières comme sation l'énergie atomique. La concurrence internationale avivée pousse dans la de l'appareil productif, l'emploi amplifié de l'automation et même direction. Ce qui ne fera qu'accroître la productivité de l'appareil industriel européen face à un marché solvable qui risque de ne pas se dilater en conséquence. Ainsi, si les perspectives immédiates de l'économie de l'Europe occidentale pour l'année 1956 restent encore bonnes, par contre celles a long terme ne laissent pas d'être préoccupantes et même sombres.

La bourgeoisie, consciente de ces dangers, veut faire face en élargissant le marché européen considéré comme un tout, et en le dotant d'un appareil productif modernisé, capable d'utiliser à son tour en grand l'énergie atomique. C'est le sens des projets conjoints du « marché européen commun » et de l'Euratom. Ce sont naturellement là des projets qui favoriseraient avant tout les intérêts des monopoles inter-européens, dans lesquels le grand capital allemand joue déjà un rôle ascendant. D'où l'opposition surtout en France, susceptibles de payer les frais d'une telle opération. à ces plans d'autres milieux financiers et industriels,

Examinons maintenant les conséquences sociales et politiques de la conjoncture économique actuelle de l'Europe occidentale, caractérisée, comme nous venons de le voir, par le plein emploi mais contre-lequel agissent déjà les menaces d'inflation et bientôt d'une « récession ».

Dans de telles conditions, il est inévitable que des luttes ouvrières éclatent, portant, selon l'accent plus particulier mis sur tel ou tel de ces caractéristiques de la conjoncture, sur l'augmentation de salaires, ou la diminution des heures de travail, ou le contrôle des conséquences de l'automation, ou à la fois sur l'ensemble de ces revendications.

Les préoccupations dominantes des travailleurs à l'heure actuelle sont : parer aux conséquences de l'inflation ; maintenir le plein emploi.

Les grandes grèves qui ont éclaté durant le premier semestre de cette année en Finlande et au Danemark ont surtout porté sur l'augmentation des salaires face à une hausse brusque du coût de la vie dans ces pays. • par le tote une De même, en Angleterre, l'inflation a provoqué une véritable avalanche de revendications, d'augmentations de salaires de la part de toute une série de syndicats, d'ouvriers, d'employés et de fonctionnaires.

Les préoccupations des ouvriers en matière de maintien du plein emploi trouvent d'autre part leur expression dans des manifestations diverses ; congrès, conférences sur les conséquences de l'automation, y compris des grèves. Telle était en effet la cause de la grève de 11.000 ouvriers de la Standard Motors en Angleterre, dont la modernisation par l'automation augmentant de 40 % environ sa productivité éliminait — pour commencer - quelque 3.000 ouvriers.

Il est temps que les syndicats européens généralisent la lutte pour la semaine de 40 heures sans réduction des salaires, la suppression des heures complémentaires, les trois semaines de congés payés afin de faire face aux menaces résultant de l'automation et d'une nouvelle «récession».

Les conditions pour la réussite d'une telle lutte sont des meilleures : le plein emploi donne une arme aux ouvriers pour arracher ces concessions à un patronat soumis, d'autre part, à la pression d'une concurrence internationale avivée.

Sur le plan politique, les conséquences de la conjoncture économique actuelle sont également sensibles. Elles expliquent pour beaucoup la plus ou moins grande stabilité politique des pays européens à l'heure actuelle, la plus ou moins grande ampleur des attitudes réformistes, paternalistes ou mème « libérales », d'une certaine partie de la bourgeoisie en France et en Italie par exemple, ainsi que le regain d'influence de la social-démocratie au détriment des Partis communistes (3).

La stabilité politique relative, due en grande partie à une conjoncture économique encore particulièrement favorable pour ces pays, est incontestablement plus grande à l'heure actuelle en Allemagne, en Hollande, en Autriche, en Belgique, en Italie, qu'en Grèce, en Espagne, en Angleterre ou même en France. Elle se maintiendra probablement ainsi sans développements sensationnels durant toute l'année courante.

Par contre, la situation économique différente des pays comme l'Angleterre, la Grèce, la France, l'Espagne, ainsi que des raisons particulières à chacun d'eux déterminent pour ces pays des perspectives politiques immédiates autrement importantes.

En Angleterre, la bourgeoisie est obligée de recourir à une épreuve de force avec le prolétariat afin d'abaisser le coût de la production et de restreindre la consommation intérieure. Elle doit s'opposer plus fermement que par le passé aux revendications ouvrières attisées par la hausse continuelle du coût de la vie, et poursuivre la modernisation de son appareil productif, indépendamment de ses conséquences sur le plein emploi. On s'achemine done à l'aggravation de la situation sociale en Angleterre, les forces du prolétariat n'étant nullement entamées, mais au contraire hautement organisées et décidées à enrayer cette offensive de la bourgeoisie.

Si la bataille immédiate et plus directe se livre dans les syndicats, ses répercussions politiques au sein du Labour Party ne sont pas à négliger. Au contraire. Le Labour Party regagne du terrain auprès des masses, ainsi que le démontrent aussi bien les élections parlementaires partielles ces derniers temps que les récentes élections municipales. D'autre part, un mouvement se dessine dans les syndicats affiliés au L.P. pour secouer le joug de la droite et apporter un appui plus efficace à son aile gauche dirigée par Bevan et le groupe « Tribune ».

La perspective est ainsi ouverte pour un nouveau gouvernement travailliste sur le plan politique général ; pour une victoire de la tendance Bevan au sein du L.P., ou, dans le cas d'une résistance à outrance de la droite, d'une scission et de la formation d'un puissant parti centriste.

En Grèce, l'inflation démesurée se combine avec un chômage de plus de 300.000 travailleurs et l'appauvrissement accéléré de très larges couches de la population.

Le mécontentement des masses contre la dictature militaro-policière que patrone l'impérialisme américain s'est exprimé entre autres dans les résultats des dernières élections. Malgré le caractère grossièrement truqué de celles-ci, l'opposition a remporté la majorité des suffrages et, dans son sein, T'E.D.A., camouflage électoral du P.C. grec, a remporté une importante victoire. Ceei malgré sa politique de compromission avec des partis bourgeois discrédités, auxquels le P.C. gree a délibérément sacrifie ses propres voix et sièges (4).

La lutte anti-impérialiste héroïque des masses cypriotes influence fortement la conjoncture politique greeque. Tandis que la bourgeoisie veut l'exploiter comme une diversion pour fixer le mouvement des masses grecques sur l'impérialisme britannique, celles-ci le retournent contre l'ensemble de l'impérialisme et ses valets indigènes. La situation en Grèce se développe rapidement vers la dislocation du régime actuel, sauf intervention directe de l'armée.

(3) Qui paient en plus les frais de la « déstalinisation ».

(4) Les milieux américains évaluent du triple au quadruple les sièges que T'E.D.A. pouvait enlever en se présentant seule aux élections. 4

Mais c'est encore incontestablement en France et en Espagne qu'il faut chercher les perspectives politiques immédiates les plus prometteuses.

En France, l'installation dans la guerre d'Algérie risque de compromettre bientôt la conjoncture économique encore favorable, les arrangements conclus en Tunisie et au Maroc, et la paix sociale relative dans la métropole. En effet, tandis que l'envoi du contingent et des disponibles en Algérie aggrave le problème de la main-d'œuvre pour la France, les dépenses de guerre accrues aggravent le déficit du budget et éperonnent une nouvelle inflation.

Profitant de la guerre d'Algérie, les bourgeoisies tunisienne et marocaine amplifient constamment, par de nouvelles demandes et les concessions qu'elles arrachent, le contenu de leur « indépendance dans l'interdépendance ». Soumises d'autre part à la puissante pression de leurs masses en pleine ascension révolutionnaire, elles ne peuvent que faire de la surenchère sur leur « solidarité » avec l'Algérie en lutte pour son indépendance. Toute autre attitude de leur part risquerait de discréditer rapidement et totalement les gouvernements a peine altermis de Bourguiba et du Sultan. Ainsi, la bourgeoisie française, qui comptait céder partiellement en Tunisie et au Maroc pour tenir mieux en Algérie, perd en réalité sur tous les tableaux.

La lutte des masses nord-africaines est le moteur d'un processus irrésistible de Révolution permanente sur l'ensemble du Maghreb. guerre algérienne stimule l'activité révolutionnaire des masses en Tunisie et au Maroc. Inversement, leur solidarité envers l'Algérie renforce matériellement, militairement, moralement la lutte des combattants de la révolution algérienne.

Les régions du Maroe et même de Tunisie adossées aux frontières de l'Algérie sont sous le contrôle de l'Armée de Libération du Maghreb qui coopère avec les forces algériennes proprement dites.

L'idée de l'unité nord-africaine dans le cadre d'une République fédérative des trois pays — Tunisie, Maroc, Algérie — a fait des énormes progrès dans la conscience des masses qui, dans la lutte, découvrent et approfondissent constamment le contenu à la fois national et social de leur Révolution. En France même, malgré la politique traitresse du Parti Socialiste sur la question d'Algérie et le soutien pratique donné à cette politique par la direction du Parti Communiste, l'opposition des masses à la guerre s'amplifie et entraine aussi les membres et les cadres moyens de ces partis. Des manifestations de rappelés contre leur envoi en Algérie se multiplient, avec un appui de plus en plus large de la population.

Dans ces conditions, on voit difficilement que la bourgeoisie puisse s'installer en Algérie dans une longue guerre « à l'Indochine ». Elle sera obligée de chercher en Algérie également la « négociation » et une solution du type Tunisie ou Maroc, malgré les difficultés particulières que comporte le cas en Algérie.

Mais une telle solution ne pourra pas non plus être le résultat d'une évolution « à froid » de la politique de la bourgeoisie, dans le cadre du régime actuel, ni être réalisée sans secousses graves. La solution au cas algérien risque fort de porter la crise intérieure en France à un point culminant, polarisant davantage les forces de la droite et de la gauche et les opposant dans un conflit violent. La droite chercherait dans un tel cas à en tirer parti pour un régime « fort » que seule la riposte énergique des masses serait capable de meltre en échec.

La mobilisation des masses est en vérité déjà un fait qui, malgré la politique traitresse des directions ouvrières traditionnelles, permet de prévoir — dans l'ensemble des conditions qui caractérisent la conjoncture actuelle en France — des développements révolutionnaires importants. Une situation pré-révolutionnaire mürit actuellement rapidement en France à l'approche du point culminant de la crise algérienne.

En Espagne, la crise du régime de Franco est apparue cette année au grand jour, à la suite des manifestations des étudiants et des milieux intellectuels en général, suivies par les grèves des ouvriers en Navarre, au pays basque, en Catalogne.

Elle se développe sur le fond d'une situation économique des plus précaires. L'aide non militaire de quelque cinquante millions de dollars accordée depuis un an par Washington s'est avérée incapable de contrebalancer les effets de la production agricole qui stagne et des charges budgétaires écrasantes pour l'entretien de l'armée, de la police, de la bureaucrate administrative.

Durant cette même période, le coût de la vie a augmenté de plus de 30 %. D'où la fermentation dans les milieux ouvriers à la suite d'une augmentation des salaires appliquée par le gouvernement a partir du avril, ne portant que sur 20 % (5). La paysannerie n'est pas moins dans la détresse. Cet hiver, les gelées ont causé dans le sud des dommages graves dans l'agriculture évalués à plus de cent millions de dollars.

Le malaise social profond s'est exprimé jusqu'au sein des trois piliers traditionnels du régime : l'Eglise, l'armée, la Phalange. Des prélres se sont solidarisés avec les grévistes et ont fait circuler des lettres ouvertes dans lesquelles ils attiraient l'attention sur la misère et le désespoir des travailleurs et les dangers d'une indifférence ou d'une répression de la part des autorités.

Appuyé par l'Eglise, le leader catholique Gil Robles a fait une rentrée politique aussi sensationnelle que significative, en defendant des etudiants et des professeurs accusés d'activités antigouvernementales.

Dans l'armée, des Juntas d'officiers se sont formées à Barcelone, à Séville, à Valence, signe, comme au temps de la monarchie, de mécontentement et de fermentation (6). D'ailleurs Franco la reconnu expressément dans un discours prononcé à l'adresse de l'armée, à Séville. Dans un autre discours, dans la même ville, il s'efforca d'apaiser le mécontentement de la Phalange. En réalité, sa succession est désormais ouverte, et dans le cas où la solution monarchique et la transition « à froid» pourraient être assurées, les classes dirigeantes du pays sacrifieraient volontairement Franco afin d'éviter une nouvelle révolution.

Mais la solution monarchique s'avère de plus en plus impopulaire, et la transition par conséquent dangereuse. Cependant, Franco pourrait prochainement tomber soit grâce à un mouvement populaire plus ample se déclenchant à l'approche de l'hiver, soit par le refus de Washington de lui accorder une aide immédiate de quelque deux cents millions de dollars pour parer aux besoins urgents du moment.

Il n'est pas exclu que les masses de l'Espagne entrent de nouveau en action, bousculant ainsi les hésitations des milieux dirigeants et celles de Washington, et précipitent la chute de Franco. Il n'est pas non plus exelu que Washington, qui a maintenant conscience de l'inévitabilité de toute manière d'une telle issue tôt ou tard, refuse l'aide à Franco et l'oblige à céder à une opération de transition « à froid ».

L'intérêt stratégique de l'Espagne pour Washington et YO.T.A.N. ne fait qu'augmenter au fur et à mesure que les autres positions de 1O.T.A.N. en Europe et en Afrique du Nord se détériorent. Washington utilise d'autre part l'Espagne comme intermédiaire pour sa politique arabe. Il se peut que la précarité actuelle du régime de Franco le décide à envisager une solution plus « populaire ».

Mais le facteur décisif pour le renversement de Franco ne peut naturellement venir que d'une nouvelle action des masses. C'est elles qui détiennent maintenant en leurs mains le sort d'un régime qui chancelle.

(5) Le salaire horaire des ouvriers se situe aux environs de 0,15 dollar, soit

60-70 francs français.

(6) Les concessions accordées au Maroc entrent pour beaucoup dans cet état d'esprit de l'armée.

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