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La revue › vol. 14, n° 4-6

Le résultat des élections au Parlement autrichien

F. Moll · Quatrième Internationale, vol. 14, n° 4-6 · juin 1956 · p. 52-53 · 1 594 mots

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Aux élections du Parlement autrichien qui ont eu lieu le 13 mai, a peine six mois après le retrait des troupes d'occupation, ont obtenu:

Les partis bourgeols :

Parti populiste (CVD): 2.000.068 voix (en 1953: 1.781.770).

Parti libéral : 283.713 voix (en 1953 : 472.866).

Les partis ouvriers:

Parti socialiste (SP(E): 1.873.250 voix (en 1953: 1.818.517).

Parti communiste (KP(): 192.432 voix (en 1953: 228.193).

Le parti populiste, principal parti de la bourgeoisie autrichienne, a pu ainsi reconquérir sa position de plus fort parti qu'il avait perdue en 1953, Il le fit toutefois aux dépens du second parti bourgeois, le « parti libéral » néofasciste, dont la clientèle petite bourgeoise a oscillé en grande partie vers le parti populiste. En résultat de ces premières élections depuis l'évacuation du pays, la bourgeoisie peut enregistrer un élargissement de la base de masse de son parti principal. Cela signifie une certaine amélioration depuis des années du rapport des forces politiques en faveur de la bourgeoisie.

Le parti socialiste a pu à ces élections augmenter encore le chiffre de ses voix. Il a poursuivi sa progression dans la province, quoique dans une faible mesure. A Vienne, il a cependant subi pour la première fois une perte de voix.

Le parti communiste a subi une défaite. Il a perdu 15 % de ses voix; dans les centres industriels importants de province, la perte s'est même élevée à 20 et 25 %. Il ne s'est affirmé qu'à Vienne.

Ensemble, les deux partis ouvriers ont obtenu plus de voix qu'en 1953; ensemble ils sont plus forts que le parti populiste.

Dans le nouveau Parlement, la bourgeoisie sera représentée par 82 sièges du Parti populiste (au lieu de 74) et 6 sièges (au lieu de 14) du parti libéral. Il ne manque qu'un mandat au parti populiste pour avoir la majorité absolue.

Le parti socialiste aura au nouveau Parlement 74 sièges (au lieu de 73) et le parti communiste 3 sièges (au lieu de 4).

Bien que le résultat des élections ne puisse changer décisivement le rapport des forces de classe qui existait jusqu' alors, les ouvriers ont ressenti le renforcement du principal parti bourgeois comme un échec, et à . juste titre. Il en fut d'autant plus ainsi que le succès de la bourgeoisie est visiblement à mettre au compte 52 de la politique du P.S. pour 90 %. C'est précisément dans la dernière année, après la conclusion du traité d'Etat, que la direction du P.S. qui, depuis la fin de la guerre, se trouvait dans une coalition avec le parti populiste, a capitulé sans combat devant la bourgeoisie sur des questions importantes (question de l'armée, loi sur les banques, question du logement). Les concessions de la bourgeoisie étaient loin derrière les effets des abandons du S.P.Œ. Dans d'autres questions importantes, la politique du S.P.C. a été à l'encontre du sentiment des masses (augmentation sensible des tarils de transport viennois par une administration socialiste: sabotage de la grève « sauvage » des transports viennois par la direction réformiste). Il en résulta que la progression du parti s'affaiblit en province et qu'à Vienne il connut même une perte de voix. C'est l'avertissement le plus sérieux: pour la première fois il est annoncé qu'un nouveau sabotage traitre de la lutte des masses par la direction réformiste conduirait à nouveau à de lourdes défaites de la classe ouvrière.

Le recul sans combat de la direction du S.P.CE. devant la bourgeoisie ne pouvait naturellement exercer aucune attraction sur les masses petites bourgeoises hésitantes. Par contre, la « politique de fermeté » que le parti populiste et notamment le chef du gouvernement, Raab, ont exerce depuis 1953 envers le S.P.CE. s'est montrée pleine de succès: le parti populiste a attiré à lui la plus importante partie des masses petites bourgeoises hésitantes du parti néofasciste.

La clef de la situation se trouvait cette fois dans les mains du P.C. En renonçant à ses candidats et en accordant ses voix au S.P.Œ., celui-ci serait devenu le plus fort parti. Il en aurait resulte un gouvernement à direction S.P.Œ. Un tel développement aurait entrainé un grand essor de l'activité des masses et aurait arraché de larges masses petites bourgeoises à la bourgeoisie pour les mettre du côté de la classe ouvrière. L'Autriche se serait trouvée au début d'un développement révolutionnaire.

Mais un tel développement n'était pas dans les intérets de la bureaucratie du Kremlin. Celle-ci a placé davantage ses espoirs dans une politique « neutre hypocrite du parti populiste du capital que dans un développement révolutionnaire en Autriche. D'où le maintien de candidatures indépendantes du K.P.Œ.

qui devaient ramener le parti populiste au gouvernail.Maintenant, après les élections, le K.P.. met dans le même sac les voix du parti populiste et du S.P.Œ. et déclare qu'il est indifférent aux ouvriers d'avoir voté pour les uns ou les autres, car leurs voix n'ont servi qu'à la coalition. Ce résultat des élections montre que le K.P.C. est entré dans la voie de la décomposition.

Le résultat des élections du 13 mai a été une certaine surprise pour la bourgeoisie elle-même. Elle n'espérait pas obtenir une telle progression. Mais il s'avère dès aujourd'hui qu'elle passe avec beaucoup de prudence à la réalisation de ses plans. La classe ouvrière autrichienne n'a pas subi de défaite sérieuse depuis dix ans; sa capacité de lutte extra-parlementaire est intacte. La bourgeoisie le sait. C'est pourquoi elle va à nouveau entrer en coalition avec le S.P.CE. — dont la direction s'était déclarée consentante déjà avant, pendant et après les élections.

Mais la bourgeoisie va utiliser énergiquement l'avantage marqué aux élections. Elle poursuivra consciemment, bien que progressivement. réalisation de ses plans. En premier lieu, elle cherchera à résoudre dans son sens la question principale de ces élections, la question des nationalisations: empêcher la nationalisation du pétrole, affaiblir les autres nationalisations jusqu'à ce qu'elles puissent être supprimées (1). En liaison avec les trusts pétroliers internationaux, elle ne veut pas seulement s'approprier des profits gigantesques, mais aussi avoir en mains les moyens de mener une vaste offensive de corruption qui ferait dépendre d'elle les masses petites bourgeoises et même des parties de la classe ouvrière. Elle espère ainsi modifier définitivement en sa faveur le rapport des forces politiques, songeant à utiliser contre la classe ouvrière l'appareil d'Etat qu'elle veut rentorcer energiquement par ledification d'une nouvelle armée.

A ces objectifs lointains encore cachés de son offensive contre la classe ouvrière s'ajoutent les objectifs immédiats d'exploitation accrue des larges masses. Trois jours après les élections, le chef du parti populiste. Raab, redésigné comme chef du gouvernement, s'est prononcé contre des augmentations de salaires. Au même moment, les capitalistes ont déclenché une nouvelle vague d'augmentation du coût de la vie: le pain, le lait, la bière, les loyers, le papier, les transports, ete., seraient plus chers. Les capitalistes ont présenté la note des élections.

Ainsi la bourgeoisie place déjà directement la direction du S.P.Œ. sous une forte pression. Mais celle-ci veut simplement poursuivre sa politique antérieure de « compromis ». c'est-à-dire d'abandon et de recul sans combat. Encore au dernier

Congrès du parti, en novembre, le dirigeant du parti, Schaert, qui est en même temps vice-président du Conseil, a repoussé l'idée d'entreprendre une lutte extra-parlementaire. Mais celle-ci s'est montrée de plus en plus inévitable. Elle se fraiera sa voie en dépit de tous les sabotages de la direction réformiste. Il sera de plus en plus visible que les attaques de la bourgeoisie ne pourront etre parees au moyen de « compromis » parlementaires. mais seulement par le développement de la lutte extra-parlementaire des masses.

A la classe ouvrière autrichienne se présente aujourd hui avant tout la tâche de défendre énergiquement les nationalisations existantes, une concession importante que la bourgeoisie a dû faire après la guerre, et d'imposer la nationalisation du pétrole alors décidée. Mais elle doit aussi combattre toute tentative de « compromis » traitres que la direction du S.P.Œ. veut entreprendre avec le parti populiste. Pas de « compromis », mais lutte de masses! De même la classe ouvrière doit repousser de toutes ses forces la nouvelle offensive des cartels pour voler les larges masses. Elle doit aussi entreprendre résolument la lutte pour l'amélioration de son propre niveau de vie: la conjoncture a été jusqu'à présent exploitée par les capitalistes pour accroitre plus rapidement leurs profits, tandis que la classe ouvrière n'a obtenu aucune amélioration sensible de son standard de vie !

Malgré l'échec électoral, la classe ouvrière autrichienne a la force de vaincre les attaques de la bourgeoisie et même de passer à l'ofensive. Il est nécessaire qu'elle exerce une pression énergique sur la direction du S.P.Œ. pour contraindre celle-ci à entreprendre le combat. Sans aucun doute dans la prochaine étape de la lutte de classe, la question d'engager une lutte conséquente contre le parti populiste provoquera des divergences au sein du S.P.Œ. Les couches ouvrières conscientes et militantes reconnaitront toujours davantage la nécessité d'une aile gauche dont le but serait le triomphe d'une politique socialiste conséquente. Il y aura plus que jamais des conditions favorables à son éclosion. A un rythme plus rapide que jamais, il s'avérera que la « politique de compromis » de la direction du S.P.C. est en opposition fondamentale avec les intérêts socialistes de la classe ouvrière.

(1) En 1946, le Parlement a décidé de nationaliser toute l'industrie de base et les grandes banques. Dans l'industrie nationalisée se trouvent 95 p. 1oo des mines de charbon, o6 p. roo des aciéries, TOo p. 10o de la production d'azote et toute l'industrie d'énergie hydranproduction d'azote et toute l'industrie d'énergie hydran-

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