Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

La revue › vol. 14, n° 10-12

Les livres

Quatrième Internationale, vol. 14, n° 10-12 · décembre 1956 · p. 57-58 · 1 177 mots

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Die Toten kehren zurück

LES MORTS REVIENNENT

L'auteur est un médecin berlinois, membre du P.C. allemand avant 1933, travaillant en Allemagne orientale au Ministère de la Santé, qui en 1949 fut condamné à 25 ans de travaux forcés par un tribunal soviétique pour « espionnage ». Il fut expédié à Vorkouta et retourna libre en Allemagne en janvier 1954.

Son livre est un récit de son arrestation, de ses interrogatoires, de ses prisons. de ses années de camp et de son retour.

Les témoignages de ces « morts qui reviennent » se font plus nombreux. Ils confirment tous la « méthode » qui permettait d'obtenir ces « aveux » qui ont si longtemps surpris ou trompé bien des gens. Méthode qui consistait à obtenir par la lassitude, par la fatigue croissante, par le désespoir des interrogés des déclarations répondant aux besoins de la politique stalinienne.

Dans ce livre l'auteur confirme également ce que rapportent les autres témoins sur la vie des camps soviétiques. Il ne s'agissait pas de méthodes sadiques de destruction volontaire des gens comme c'était le cas dans les camps allemands, mais d'un régime dur, inhumain, comme l'était toute la vie en U.R.S.S. dans laquelle tout, sous Staline, fut subordonné à « l'édification socialiste ». c'est-a-dire seulement à la construction de l'économie sous le climat le plus rigoureux. Dans ce livre, une partie particulièrement trappante est celle où l'auteur montre le niveau de la médecine dans les camps. Les cas de « médecins » bourreaux étaient exceptionnels; mais les médecins dans la plupart des circonstances n'avaient pas les moyens de donner des soins efficaces U.R.S.S. était dans la plupart des régions parce que la technique sanitaire en assez rudimentaire.

Le docteur berlinois a abandonné le communisme à la suite de cette tragédie de sa vie et nous ne discuterons pas les points de vue qu'il expose.

Nous relèverons dans ce livre très vivant tout d'abord une information qui nous touche tout particulièrement:

« Quand commença l'offensive des armées hitlériennes contre l'Union Soviétique, le N.K.V.D. fusilla des milliers de de JOSEPH SCHOLMER (*) prisonniers dans les camps. Il s'agissait principalement de condamnés des grands procès de Moscou des années 1936-1938, de personnes qui avaient été condamnées pour trotskysme ou boukharinisme, pour leur appartenance aux cereles de Toukhatchevsky, Gamarnik et autres, de mencheviks, de membres des mouvements de résistance nationale d'Ukraine ou des Etats baltes. Les événements qui se produisirent alors au puits No 8 me furent décrits par un des témoins. » (p. 187-188)

Plus loin, l'auteur fait le tableau politique suivant des groupes d'opposition qui existaient clandestinement dans les camps:

« Les groupes de résistance nationaux sont caractérisés d'une part par leur opposition au système, d'autre part par leur hostilité aux Russes...

« Les groupes d'opposition russe ne peuvent être anti-russes, leur opposition au système résulte de leur revendication de la liberté individuelle. Ils s'identifient aux principes fondamentaux du système soviétique dans la mesure où ils concernent le socialisme. Ils reconnaissent les progrès qui ont été effectués dans le domaine social depuis 1917. Ils sont flers des succès de l'industrie, des progrès du système scolaire et de l'Université de Moscou, ils approuvent la collectivisation de l'agriculture. Ce qu'ils rejettent c'est la dictature. Ils sont des partisans inconditionnels de la liberté individuelle et ils le sont de manière intransigeante, comme tout défenseur des libertés individuelles à l'ouest.

« S'efforçant d'obtenir un tableau objectif de la situation à l'ouest, ils sont les seuls qui abordent sans préjugé et systématiquement les problèmes du XX• siècle. Une partie d'entre eux

La connu l'Europe... Interrogés sur l'Amérique, ils disent: « Nous n'avons rien contre le standard de la elasse ouvrière américaine. Nous ne l'atteindrons que dans 20 ou 30 ans. Mais qu'arrive-t-il chez eux quand on tombe malade? Chez nous tu vas à l'infirmerie, on t'aide, tu reçois des médieaments et tu n'as rien à payer. Nos médecins peuvent être mauvais, mais un

(1) Editions Kiepenheuer & Witsch, Berlin - Cologne.

Q U A T I jour ils ne seront pas plus mauvais que ceux des Américains. Beaucoup de médicaments ne valent rien, les améliorer est une question de temps. Quand chez nous un kolkhozien a un fils doué, il peut le laisser étudier et ne paye pas un kopek.» (p. 190-191).

Et il ajoute une série de détails qui

Corresp

Fr. Engels - Paul et

Le premier volume reproduisant la correspondance entre Engels d'une part, et la fille de Marx, Laura, et son compagnon Paul Lafargue d'autre part, qui vient de paraitre, s'étend de 1868 a 1886. Deux autres volumes sont annoncés.

Ces lettres seront lues passionnément par tous ceux pour qui les créateurs du socialisme scientifique, les débuts du mouvement ouvrier actuel, ne sont pas de simples pages d'histoire mais des êtres et des moments encore très vivants.

Tout comme la correspondance MarxEngels, ces pages qui n'ont pas été écrites pour la publication renferment, parfois péle-mêle, tant les grandes heures du mouvement ouvrier que la petite histoire de celui-ci.

Dans ces lettres domine la figure remarquable d'Engels, encore insuffisamment bien appreciee, meme parmı les marxıs tes. Dans ses lettres aux batargue, toul comme dans ses lettres à Marx, on voit se dégager un être aux dons et aux connaissances les plus étendus, et qui en même temps était d'une simplicité et d'une modestie extraordinaires, d'une large compréhension des hommes, en un mot le digne ami de Marx.

Quant à Marx, il n'apparait en personne que dans le premier quart de ce

(1) Editions Sociales, Paris.

E RNATIONALE montrent bien des ignorances, mais aussi une sûre méthode de jugement sur les questions essentielles.

Et ces « morts » reviennent actuellement en U.R.S.S. par suite de la liquidation des camps. Il y a là une avant-garde des masses soviétiques dans la lutte contre le régime bureaucratique. ondance Laura Lafargue!) volume. Ce sont les derniers moments de sa vie et il est tout plein de feu comme au premier jour.

De celui dont.M. Hess écrivait le 2 septembre 1841:

« Le Dr Marx, c'est ainsi que s'appelle mon idole, est un tout jeune homme, âgé tout au plus de 24 ans, qui donnera le coup de grace à la religion et à la politique médiévales. Il joint à l'esprit philosophique le plus profond et le plus sérieux lironie la plus mordante: represente-toi Rousseau, Voltaire, Holbach, Lessing, Heine et Hegel, je ne dis pas rassembles, mais confondus en une seule personne, et tu auras le Dr Marx. »

Voici ce qu'en disaient les Lafargue en 1882, quelques mois avant sa mort:

« J'ai prêté une attention soutenue à sa conversation, qui a été très longue, elle a duré plusieurs heures; il parlait tout le temps et pas une fois il n'y a eu erreur ou hésitation sur le choix d'un mot... (Paul Lafargue, 16 juin 1882.)

« Papa a l'incorrigible habitude d'avoir besoin de conversation des que je prends la plume, et j'écris donc ces lignes sous un feu roulant d'esprit et de sagesse qui est tout à fait ahurissant...» (Laura Lafargue, 28 septembre 1882.) Nous attendons avec impatience les volumes suivants.

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