Dans cette année 1956 a été célébré le centième anniversaire de la naissance de S. Freud, qui fut incontestablement un des sommets de la pensée humaine.
La place de la psychanalyse dans la connaissance humaine est encore discutée. Nous parlons de la psychanalyse en tant qu'étude de psychologie individuelle et non de généralisations abusives, notamment d'ordre philosophique, auxquelles des psychanalystes, et Freud lui-même, se sont livrés. Encore moins peut-il être question de caricatures de la psychanalyse qui circulent assez couramment.
La psychanalyse a été combattue dans les années passées, notamment par les staliniens qui lui ont opposé le pavlovisme, la science des réflexes conditionnés. Toute une prose insipide a été produite sur cette question, notamment dans les pages de la plus stalinienne des revues, « La Nouvelle Critique ».
Or, cette querelle n'était pas nouvelle. Dès ses premiers pas sur la voie du pouvoir, la bureaucratie soviétique s'efforça de commander la science au nom d'une interprétation fallacieuse du matérialisme roud, pronon lo premio of interdisan fondi dialectique. Déjà à cette époque elle s'efforça d'opposer Pavlov
Dans cette période, l'Opposition de gauche dirigée par Trotsky, menait une lutte acharnée contre la bureaucratie montante, contre le stalinisme, sur le plan social. Ce fut la période du « Cours nouveau », de la « Plate-forme de l'opposition de gauche »... Au cours de ce combat, Trotsky ne sous-estima pas la nécessité de lutter contre le commandement bureaucratique introduit dans la recherche scientifique. Parmi les pages qu'il écrivit à cette époque —- et qui ont paru encore en U.R.S.S. en 1927, quelques mois avant son exclusion et sa déportation en Sibérie, dans un des derniers tomes des Œuvres complètes dont la publication avait été entreprise par le parti bolchevik — nous avons relevé deux courts passages qui ont trait à Freud et à Pavlov. L'un est extrait d'une lettre à Pavlov ; l'autre d'une brochure dont l'objet est précisément d'indiquer comment la révolution prolétarienne doit se comporter envers l'hérifage culturel et scientifique du capitalisme dans la construction de la société socialiste.
Dans les lignes que nous publions, on verra comment, en quelques brèves pages, un coup d'éponge est passé sur toutes les inepties proférées par les staliniens sur ces questions du freudisme et du pavlovisme, et comment - en se servant magistralement de la dialectique matérialiste comme guide et moyen d'investigation et de contrôle - Trotsky expose en fait le point de départ à partir duquel il est possible d'étudier sérieusement ces questions d'un point de vue méthodologique et philosophique.
En maniant le commandement bureaucratique, prédisait Trotsky, on n'obtiendra que « préjudice et honte ». Paroles prophétiques !
Que tous les intellectuels communistes qui aujourd'hui rougissent des sottises et infâmies commises au nom du lyssenkisme, du « réalisme socialiste », etc., comprennent qu'il ne s'agit pas là d'une 50 aberration due à l'inexpérience ou, comme l'exposait Hervé, aux nécessités de répandre soudainement le marxisme, de le vulgariser à des millions et des millions d'hommes, mais d'une conséquence de la prise du pouvoir dans la société soviétique par une couche sociale conservatrice, la bureaucratie. Son to tie a tion doit conte radio e La lutte de l'Opposition de gauche contre la fraction Staline dans le parti, la lutte de Trotsky contre le commandement bureaucratique pour la défense des positions prolétariennes, des positions marxistes révolutionnaires. "Culture et Socialisme" (Extraits) La critique marxiste de la science doit être non seulement vigilante mais également prudente, sinon elle pourrait dégénérer en un véritable sycophantisme, en une famousovtchina (1). Prenons par exemple la psy chologie. L'étude des réflexes de Pavlov se situe entièrement sur la voie du matérialisme dialectique. Elle renverse définitivement le mur qui existait entre la physiologie et la psychologie. Le plus simple réflexe est physiologique, mais le système des réflexes donnera la « conscience ». L'accumulation de la quantité physiologique donne une nouvelle qualité la qualité « psychologique ». La méthode de l'école de Pavlov est expérimentale et minutieuse. La généralisation se conquiert pas à pas : depuis la salive du chien jusqu'à la poésie (c'est-à-dire jusqu'à la mécanique psychique de celle-ci et non sa teneur sociale), bien que les voies vers a poésie ne soient pas encore en vue.
C'est d'une manière différente que l'école du psychanalyste viennois Freud aborde la question. Elle part, tout d'abord, de la considération que les forces motrices des processus psychiques les plus complexes et les plus délicats s'avèrent être des nécessités physiologiques. Dans ce sens général, cette école est matérialiste, si l'on écarte la question de savoir si elle ne donne pas une place trop importante au facteur sexuel au détriment des autres facteurs (mais c'est déjà là un débat qui s'inscrit dans le cadre du matérialisme). Pourtant le psychanalyste n'aborde pas expérimentalement le problème de la conscience, depuis les phénomènes primaires jusqu'aux phénomènes les plus élevés, depuis le simple réflexe jusqu'au réflexe le plus complexe ; il s'évertue à franchir d'un seul bond tous les échelons intermédiaires, de haut en bas, du mythe religieux, de la poésie lyrique ou du rêve, directement aux bases physiologiques de l'âme.
Les idéalistes enseignent que l'âme est autonome, que la « pensée » est un puits sans fond. Pavlov et Freud, par contre, considèrent que le fond de la « pensée » est constitué par la physiologie. Mais tandis que Pavlov, comme un scaphandrier, descend jusqu'au fond et explore minutieusement le puits, de bas en haut, Freud se tient au-dessus du puits et d'un regard perçant, s'évertue, au travers de la masse toujours fluctuante de l'eau trouble, de discerner ou de deviner la configuration du fond. La méthode de Pavlov, c'est l'expérimentation. La méthode Freud, la conjecture, parfois fantastique. La tentative de déclarer la psychanalyse « incompatible » avec le marxisme et de tourner le dos sans cérémonie au freudisme est trop simpliste, ou plutôt trop « simplette ». En aucun cas nous ne sommes tenus d'adopter le freudisme. C'est une hypothèse de travail qui peut donner — et qui incontestablement donne -
(1) Famousov, personnage de théâtre, petit bourgeois pédant, tout imbu de son pseudo-savoir. (Note du traducteur).
des hypothèses et des conclusions qui s'inscrivent dans a ligne de la psychologie materialiste. La voie expérimentale amène, en son temps, a preuve. Mais nous n'avons ni motif ni droit d'élever un interdit à une autre voie, quand bien même elle serait moins sûre, qui s'efforce d'anticiper des conclusions auxquelles la voie expérimentale ne mène que bien plus lentement (*).
A l'aide de ces exemples, je voulais montrer, au moins partiellement, et la diversité de l'héritage scientifique et la complexité des voies par lesquelles le prolétariat peut en prendre possession. Si déjà, dans l'édification économique, l'affaire ne peut être résolue par un ordre et s'il faut « apprendre à faire du commerce », le pur et simple commandement dans les sciences ne pourra amener rien d'autre que le préjudice et la honte. Ici il faut « apprendre à apprendre ».
publié en 1926-1927) Lettre à l'Académicien I.P. PAVLOV
Très honoré Ivan Petrovitch, Excusez-moi de me permettre, par la présente lettre, de venir vous arracher de vos travaux d'une importance exceptionnelle.
de presenteral comme excuse que son sujet, bien qu'abordé en dilettante, me semble avoir un rapport direct avec la théorie fondée par vous. Il s'agit des rapports réciproques entre la théorie psychanalytique de Freud et la théorie des réflexes conditionnés.
Durant les quelques années de mon séjour à Vienne, Jai coudoye d'assez près les freudiens ; je lisais leurs travaux et fréquentais meme leurs réunions. Dans leur manière d'aborder les problèmes psychologiques, j'ai toujours été frappé par le fait qu'ils allient un réalisme physiologique à une analyse quasi littéraire des phénomènes psychiques.
Au fond, la théorie psychanalytique est basée sur le fait que le processus psychologique représente une superstructure complexe fondée sur des processus physiologiques et par rapport auxquels il se trouve subordonné. Le lien entre les phénomènes psychiques « supérieurs » et les phénomènes physiologiques « inférieurs » demeure, dans l'écrasante majorité des cas, subconscient et se manifeste dans les rêves, etc.
Votre théorie sur les réflexes conditionnés, il me semble, englobe la théorie de Freud comme un cas particulier. La sublimation de l'énergie sexuelle — thème favori de l'école freudienne - est une création reposant sur les bases sexuelles des réflexes conditionnés n†1, n|2, et suivants.
Les freudiens ressemblent à des gens qui regardent dans un puits abime de lames, ils voientes de crent de on usinabin Tobime de « lame» construisent toute une série d'hypothèses ingénieuses et intéressantes, mais arbitraires du point de vue scientifique, sur les propriétés du fond, déterminant la nature de l'eau dans le puits.
La théorie des réflexes conditionnés ne se satisfait pas de méthodes semi-scientifiques et semi-« littéraires », d'observations faites de haut en bas, mais elle descend jusqu'au fond et revient expérimentalement vers le haut.
27 septembre 1923.
(*) Bien entendu, cette question n'a rien de commun avec la mode d'un certain freudisme qui n'est qu'espièglerie et polissonnerie érotique. Une telle démangeaison de la langue n'a aucun rapport avec la science et indique seulement un état de dépression : le centre de gravité se déplace du cerveau à la mœlle épinière... (L.T.)