Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

La revue › vol. 14, n° 1-3

Le 20e Congrès du P.C. de l'Union soviétique

Quatrième Internationale, vol. 14, n° 1-3 · mars 1956 · p. 1-8 · 4 438 mots

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Le 20 Congrès du P.C. de l'Union Soviétique fera incontestablement date dans l'histoire de l'U.R.S.S. et du mouvement ouvrier communiste de l'après-guerre.

Tout le monde le proclame et le comprend maintenant, mais pas forcément de la même manière approfondie, ni pour les mêmes raisons que la IV* Internationale. Les observateurs bourgeois les plus avertis n'ont pas manqué de conclure que ce Congrès avait, en fait, « brisé l'idole » de Staline, s'était même permis de « danser sur ses débris » et ouvrait de ce point de vue une ère nouvelle dans l'histoire de l'U.R.S.S. et du mouvement communiste international.

D'autres ont parlé, à propos de ce Congrès, de « 10 jours qui ont ébranlé le stalinisme » et souligné ses conséquences à longue portée dans ces deux mêmes domaines.

Par son estimation fondamentale de l'U.R.S.S. et du stalinisme ainsi que par ses analyses concernant les développements objectifs qui ont eu lieu depuis l'éclatement de la dernière guerre, notre mouvement était naturellement le mieux préparé pour ne pas être « surpris » par le caractère « sensationnel » de ce Congrès et en comprendre en même temps la signilication profonde.

Depuis la mort de Staline en particulier, nous n'avons cessé de suivre littéralement jour après jour les développements en U.R.S.S. qui ont trouvé en quelque sorte leur consécration en même temps que leur amplification dans les travaux du 20° Congrès du P.C. de l'Union soviétique.

Le 20" Congrès a été déterminé essentiellement par des facteurs et des considérations d'ordre intérieur propres à la situation soviétique actuelle. Nous en trouvons la preuve dans l'analyse critique des grands thèmes que rapporteurs et orateurs ont développés : critique de Staline et du ‹ culte de la personnalité », « direction collective », concessions économiques et politiques aux masses, le tout coiffé du nouveau leit-motiv du * retour à Lénine ».

Le 20° Congrès a effectivement brisé l'idole de Staline et répudié son regne absolutiste. Il l'a fait naturellement d'une manière qui n'est toujours pas franche, pas politique, mais essentiellement bureaucratique, Il l'a laissé jeté le discrédit sur ses qualités de « théoricien » et de « classique » du marxisme.

Ses plus fameux ouvrages, « l'Histoire du P.C. (b) » et « Les problèmes économiques du socialisme », considérés jusqu'à sa mort comme des livres sacrés, la Bible de l'église stalinienne, ont été mis à l'index comme « insuffisants » et même « erronés ».

La manière vague, non politique, ne portant pas sur des idées précises, dont ces livres furent critiqués, est naturellement la pire qui soit, une manière vraiment toute stalinienne : personne ne s'aventurera, après une telle condamnation, à rechercher ce qui pourrait en rester éventuellement encore de valable.

L Histoire en général a peu d'exemples à offrir d'une transition si scandaleusement rapide de la gloire suprême à • l'oubli, au discrédit, comme celle qui a eu lieu entre le 19° et le 20° Congrès du P.C. de FU.R.S.S. aux dépens de Staline et ce, par ses collaborateurs les plus proches.

Le 20° Congrès a laissé profiler derrière l'ombre damnée de Béria la figure du responsable suprême, Staline. Il l'a érigé à son tour en bouc émissaire responsable de toute une série de conséquences • des plus négatives » de son règne sur « la vie du Parti et de son activité ».

Et ce n'est là naturellement qu'un début. Staline détrôné de son piédestal, c'est la « direction collective » qui semble succéder à son culte. Mais cette fois, son encensement qui jalonne les discours des orateurs du Congrès et les écrits de la presse des partis communistes a un sens différent. Il crée d'un côté un climat défavorable a toute tentalive d'imposer un nouveau « chef» suprême, il reflète d'autre bare aun atie issement réel de la démocratie au sein du sommet de la

Quand Khrouchtchev se voit obligé de rappeler le couplet de l'Interin artifice oratoire ; il veut donner la preuve qu'il joue'« loyalement » l rôle de rapporteur — à la rigueur de dirigeant - d'une équipe, mais rier de plus.

Le Congrès a donné du reste d'autres preuves plus importantes de la réalité de la « direction collective » et de la démocratie élargie aux échelons du Présidium et du C.C. du parti. Ni sur le plan politique, ni sur

Run clan quelconque. A y a eu des séances de discussion inté eure, non publiques, du C.o. il y a eu mantestation ouverte non encor vraiment de tendances cristallisées sur tout un programme à la direction, mais de points de vue divergents dont les représentants n'ont pas été sanctionnés organisationnellement à la manière stalinienne orthodoxe.

Le rapport de Khrouchtehev et plus encore la résolution politique adoptee refletent, comme nous le verrons mieux dans l'analvse ultérieure que nous ferons des travaux du congrès, la tendance centriste, de compromis, qui prédomine actuellement dans la direction, une tendance à mi-chemin entre des opinions divergentes, plus à droite et plus gauche, qui elles aussi existent dans la direction de la bureaucratie et se sont effectivement manifestées. La composition du Présidium n'a pas été changée, les représentants de ces points de vue divergents n'ont pas été exclus. 2

Khrouchtchev s'est permis de critiquer ceux qui ont défendu des points de vue autres que les siens, et par là a révélé sur quoi portent les « ont manifesté une certaine méfiance envers les travailleurs des orgamismes de la Sécurité d'Etat », assimilés aux « tchekistes »; ceux que « le Comité central a dû reprendre et qui semaient la confusion dans des sations ils avaient usé de formules erronées prétendant que pour l'instant ne seraient créées chez nous que les bases du socialisme, c'est-a-dire les fondations du socialisme » ; ceux aussi qui « en ce qui concerne le problème de l'évolution du socialisme » observent « un exces contraire ».

* Il en est pour qui la these du passage graduel du socialisme au communisme est même un appel à lapplication immédiate des principes de la société communiste.

« Des esprits échauffés ont décidé que l'édification du socialisme est parachevée (1).

« On fait des propositions... à accélérer la substitution de l'échange direct des produits au commerce soviétique...»

Enfin « les sages » qui « opposent » l'industrie légère « à l'industrie lourde en affirmant que le developpement prioritaire de l'industrie lourde n'était nécessaire qu'aux premières étapes de l'économie soviétique, etc. »

Il est peu probable que ces divergences, dont on ne saurait sousestimer l'importance pour l'évolution future, existent dissociées les unes des autres, et qu'au contraire elles ne s'entremêlent pas souvent dans une même logique : celle d'une tendance qui, à partir des bases seulement établies du socialisme en U.R.S.S., pose de manière différente les problèmes économiques, sociaux et culturels de la construction socialiste proprement dite (qui dans un sens ne commence que maintenant en U.R.S.S.).

Le fait demeure que toutes ces manifestations, aussi limitées qu'elles soient, si on les juge du point de vue de la démocratie prolétarienne du temps de Lénine, n'en constituent pas moins une véritable révolution par rapport aux mœurs en vigueur du vivant de Staline.

Quelle est la dynamique et l'avenir de ces changements ? L'élargissement de la démocratie dans les sommets de la bureaucratie, accompagné déjà de la manifestation de points de vue divergents, d'embryons de tendances, n'a que deux issues possibles : soit il s'étendra vers la base du Parti et les masses, soit il connaîtra un coup d'arrêt brutal qui marquerait la consolidation, après un éphémère interrègne « démocratique », du pouvoir d'une seule fraction et de son chef.

La réponse à cette question cruciale, de loin la plus importante de toutes celles qui ont été posées par ce Congrès, est en partie indiquée par l'ampleur des concessions économiques et politiques accordées ou promises aux masses.

Elles sont toutes révélatrices de la pression que les masses exercent sur la bureaucratie, du rapport des forces entre elles et celle-ci, de la dynamique de ce rapport des forces.

Il est significatif que, sur la question des moyens de consommation aussi bien que sur celui des salaires, le Congrès a tranché plutôt dans le sens de ce qu'on peut appeler la tendance « Malenkov-Mikoyan » que la tendance « Boulganine-Kaganovitch ». Le discours « centriste » Khrouchtchev sur ces deux questions ainsi que la résolution finale indi-

(1) Le socialisme, selon la science de Khrouchtchev, est « édifié » déjà en U.R.S.S., mais non « parachevé ». Il y a là pour lui plus qu'une nuance. Avec raison du reste, car son socialisme « édifié » n'est que la phase préparatoire du socialisme (« parachevé »).

quent un compromis en faveur d'un accroissement rapide des moyens de consommation et d'un relèvement des salaires les plus bas (2).

La réduction de la journée de travail, l'amélioration du système des pensions et retraites, la promesse d'un nouveau code du travail, l'amélioration des conditions alimentaires dans les usines et pour tous les salariés, sont toutes des mesures qui vont dans le même sens et démontrent le souci de la bureaucratie de promeltre des satisfactions aux couches ouvrières les plus mal rémunérées qui exercent incontestablement à l'étape actuelle sur elle la pression la plus forte.

Les mesures envisagées concernant les kolkhoziens, la masse jusqu'ici la plus défavorisée de la population soviétique, ne sont pas moins significatives de la même tendance.

La direction de la bureaucratie soviétique semble du reste sur le point de faire dans ce domaine un tournant capital, qui constitue en même temps un abandon non moins capital de la politique stalinienne orthodoxe : consolider la collectivisation et l'acheminer vers sa socialisation effective, en fournissant non seulement une base technique plus abondante en machines, mais en élevant rapidement la rémunération des kolkhoziens leur accordant plus de droits et d'initialive dans le cadre des kolkhozes et en leur procurant un volume accru de marchandises bon marché, variées et de bonne qualité. C'est dans cette direction qu'elle peut espérer voir les kolkhoziens abandonner volontairement l'exploitation de leurs domaines privés pour se consacrer exclusivement à la, production collective et faire monter en flèche cette production.

Les promesses du congrès de mesures de caractère social et politique ne sont pas moins importantes et significatives: labolition du prix de la scolarité et la généralisation de la scolarité secondaire, l'annonce d'un nouveau code pénal et d'une réforme du système judiciaire, l'accent mis sur les mesures pour faire respecter désormais la « légalité soviétique », ets deggestions multiples — particulièrement dans les discours de Mikoyan orochilov — sur la nécessité d'une participation plus effective des masses dans la gestion de l'économie et de l'Etat par la démocratisation des soviets, des syndicats, ete., sont autant de signes de l'obligation dans laquelle se trouve la direction de la bureaucratie d'étendre les concessions économiques aux domaines social et politique également.

Naturellement, il ne faut pas exagérer l'importance pratique de ces déclarations, ni même des actes qui pourraient etre accomplis dans ce sens, ni les écarts qui se sont manifestés sur plusieurs de ces points entre rapporteurs officiels et certaines des interventions.

Pris cependant globalement, dans leur ensemble, promesses, actes et écarts signalés indiquent clairement le fait fondamental qui doil nous aider à comprendre la signification réelle de ce congrès et nous éclairer sur l'évolution ultérieure : La bureaucratie est soumise aux pressions, sous des formes diverses, de la société soviétique se libérant du carcan stalinien et elle commence à se différencier dans ses sommets sous l'effet

(2) « Tout en maintenant les cadences rapides du développement de l'industrie lourde, nous pouvons et devons donner plus d'ampleur au développement des articles de consommation.» Et plus loin : « A présent que nous possédons une industrie lourde puissante et amplement développée, la possibilité s'ofire pratiquement de faire avancer à vive allure non seulement la production des moyens de consommation mais aussi la production des biens de consommation courante. » (Rapport Khrouehtehev.)

« Le Parti communiste estime absolument nécessaire de continuer à assurer le développement prioritaire de l'industrie lourde...

En même temps le Congrès estime que le niveau de production sociale atteint actuellement permet de développer à des rythmes rapides non seulement la production des moyens de production, mais aussi celle des biens de large consommation. » (Resolution du Congrès.) « Le Congrès approuve pleinement les mesures, etc., visant à l'élévation continue du salaire réel des ouvriers et des employés et des revenus des kolkhoziens, au relèvement des salaires des catégories de travailleurs faiblement rémunéres. » (Résolution du

Congrès.)

de ces pressions montantes. L'évolution ultérieure de ce processus sera déterminé par l'interaction entre la pression, l'action directe des masses et les luttes de tendances au sein de la bureaucratie.

Nous ne sommes qu'au début de cette évolution. Il serait erroné impardonnable d'imaginer cette évolution comme devant être rectiligne et aboutissant rapidement à la restauration de la véritable démocratie prolétarienne en U.R.S.S. et au « retour à Lénine » sur le plan aussi bien intérieur qu'extérieur. Pour parvenir à un tel résultat, il est nécessaire d'arriver à une étape où l'activisation politique des masses passant à l'action directe se combine avec une différenciation plus aiguë, une cassure en réalité entre l'aile révolutionnaire en progression et l'aile thermidorienne

Mais ce qu'il est nécessaire de comprendre dès maintenant, c'est que ces deux processus seront en réalité en interaction et que, d'autre part, les conditions objectives intérieures de l'U.R.S.S. et internationales sont désormais favorables. Des coups d'arrêt et même des retours en arrière de la part de la bureaucratie conservatrice sont non seulement possibles mais inévitables. Mais ce qui est en tout cas peu probable sinon impossible, dans le cadre du rapport de forces actuel en U.R.S.S. et internationalement, c'est que cette fraction de la bureaucratie puisse annuler toutes les concessions promises ou faites déjà aux masses et qu'elle revienne à une politique de force, aux moyens et méthodes de l'ère stalinienne orthodoxe.

C'est sous le règne de Khrouchtchev qu'a eu lieu le 20° congrès — ne l'oublions pas — qui, sur plus d'un point, non seulement a maintenu Pacquis positif de l'évolution depuis la mort de Staline, mais l'a amplifié.

Le 20° congrès, avons-nous souligné, a été déterminé fondamentalement par des facteurs et des considérations d'ordre intérieur. Pour cette raison, les aspects progressifs ne se manifestent et ne se manifesteront que sur le plan intérieur de l'U.R.S.S. et, par voie de conséquence, sur celui des « démocraties populaires » satellites. Mais étant donné qu'il ne s'agit pas du tout d'une « auto-réforme » de la direction de la bureaucratie soviétique renouant sincèrement avec les traditions et le programme léninistes, sa politique envers le reste du « monde non socialiste » revêt un aspect différent et pour tout dire traditionnel: utiliser le mouvement ouvrier international pour neutraliser et non renverser l'impérialisme.

Les trois grands thèmes des nouveautés « théoriques » en ce domaine du 20" congrès sur « l'évitabilité des guerres », la « coexistence pacifique », les « voies nouvelles pour parvenir au socialisme » sont reliées entre elles par une meme logique. Ils tendent à justifier une politique de collaboration de classe des Partis communistes avec les ailes « anti-américaines », • pacifistes » de la bourgeoisie des pays métropolitains et dépendants. En combinant cette pression des masses avec la souplesse de sa diplomatie, la bureaucratie soviétique pense « neutraliser » ainsi les forces les plus agressives de impérialisme, maintenir le statu quo et, dans ce climat de ‹ paix », procéder à la consolidation des positions acquises du & monde socialiste ».

La théorie du « socialisme dans un seul pays », avec toutes ses conséLecroulement definis pays qui « construisent actuellement le socialisme ». quences pour le mouvement ouvrier international, est transférée sur le du capitalisme est envisagé comme le résultat de la confirmation éclatante, à travers la « coexistence pacifique », de la supériorité écrasamte du « monde socialiste » (3), assaini des aspects les plus hideux du stalinisme, « réformé », se développant désormais plus librement et pleinement. rendu compte des ave tages du communisme, engageront tôt ou tard la lutte pour la (3) Nous avons 11 conviction que tous les travailleurs de la terre, après s'être construction de la société socialiste. » (Rapport de Khrouchtchev.)

D'autant plus du reste, que l'analyse donnée par le congrès de la situation présente du capitalisme , est basée sur la perspective prochaine de l'éclatement de la crise économique. Dans le cadre d'une telle évolution et compte tenu de l'impossibilité dans laquelle se trouverait actuellement le capitalisme — selon la thèse du congrès — de recourir à la guerre, la conclusion logique serait de prévoir une sorte d' « autodestruction » du capitalisme, sans combats majeurs ni d'ordre intérieur ni d'ordre international. On ne saurait présenter aux masses une image plus rose l'évolution historique, une théorie plus « consolatrice » pour justifier le * socialisme dans une seule partie du monde » !

Les nouveautés « théoriques » du congrès visent à justifier une évolution historique, désormais soi-disant possible, qui conviendrait au mieux aux besoins et intérêts, à l'étape actuelle, de la nouvelle direction de la bureaucratie soviétique.

La thèse sur la guerre désormais évitable, étant donné qu'elle est mise en doute quotidiennement par la réalité internationale, par les préparatis incessants de impérialisme, est énoncée de manière conditionnelle. laissant toujours la porte ouverte à la retraite.

Les forces « sociales et politiques vigoureuses » qui existent actuellement et qui disposent « de moyens sérieux pour empêcher les impérialistes de déclencher la guerre », doivent cependant « observer une extrême vigilance » et se tenir prêtes le cas échéant (non exclu) à infliger une riposte foudroyante aux agresseurs » dans l'éventualité où ces derniers « entreprennent la tentative » de la guerre. Ainsi la thèse sur la « guerre non fatale » est surtout énoncée pour rendre plus plausible celle prétendument léniniste » sur la « coexistence pacifiques.

La bureaucratie recherche celle-ci toujours sur la stricte base du statu quo. Elle n'offre comme concession à l'impérialisme que le renoncement du mouvement révolutionnaire dans les pays capitalistes et dépendants à accéder au pouvoir coûte que coûte par la voie révolutionnaire. C'est une manière de proposer d'échanger la « paix sociale › contre la ‹ paix » entre elle et l'impérialisme.

Tout ce qui a été dit à ce propos au congrès sur les « voies nouvelles pour passer au socialisme › n'est pas tellement nouveau. Il rappelle l'argumentation mise en avant, plus particulièrement dans la période 1945-1947, par les théoriciens de la « démocratie nouvelle › en Allemagne, en France, en Italie et ailleurs, ainsi que l'argumentation de la direction chinoise avant sa victoire et dans les premières années après celle-ci. Du reste, la pratique courante des Partis communistes dans ces dernières années était rarement éloignée de la ligne que consacre et « théorise › le 20° congrès.

Que le rapport de forces puisse atténuer dans tel ou tel pays, à tel moment, les rigueurs de la lutte de classe, de la guerre civile, affaiblir la capacité de résistance de la bourgeoisie, etc., soit. Que la forme et les particularités de la révolution et de la dictature du prolétariat qui s'instaure apres la victoire puissent etre effectivement diverses de pays à pays, soit. Les classiques du marxisme, Marx, Lénine, Trotsky, l'ont toujours affirmé. Mais ce ne sont pas là les vraies questions que les dirigeants soviétiques, Mikoyan plus embarrassé que les autres, esquivent.

Peut-on accéder au pouvoir en collaboration avec la bourgeoisie ? Peut-on ensuite utiliser la machine de l'Etat bourgeois, sans la briser et sans construire une autre machine d'Etat prolétarien?

Voilà les vraies questions qui résument l'essence de la doctrine léniniste sur la révolution et l'Etat. L'histoire n'a fourni aucun exemple — qui puisse servir à « enrichir » différemment la théorie — du prolétariat accédant au pouvoir avec une aile représentative de la bourgeoisie (et non fantômatique, dans des circonstances exceptionnelles) ; ni ensuite d'un accomplissement de la révolution en utilisant la machine de l'Etat bourgeois. Les exemples mis en avant par Mikoyan pour illustrer sa propre conception de ces « voies nouvelles » et combattre « le réformisme » 6 :

donnent à croire que, sur cette question aussi (4), il développe avec embarras une sorte de critique sinon de polémique voilée contre l'argumentation du rapporteur, dont il ne peut pas être dupe. Car donner l'exemple de la Tchécoslovaquie et d'autres démocraties populaires pour illustrer les « voies » de « passage pacifique » à la révolution et au socialisme n'est qu'une mauvaise plaisanterie.

L'occupation des pays par les armées soviétiques avait créé au lendemain de la guerre des conditions exceptionnelles pour amener la bourgeoisie deja disloquée durant la guerre) à abandonner « pacifiquement » ses positions. Et meme la, dans le cas plus particulier de la Tchécoslovaquie, il a fallu que se développe le mouvement extraparlementaire des ouvriers armés.

Les Partis communistes ne tarderont pas à interpréter de la manière la plus opportuniste les « voies nouvelles » que consacre le 20ª congrès. C'est déjà le cas du P.C. français dans sa politique envers le gouvernement a direction socialiste Guy Mollet et la révolution algérienne.

Au neu dune poutique de front unique avec les Partis socialistes de masse, ouverte sur la perspective d'un gouvernement ouvrier P.C.-P.S. sur les comités ouvriers de front unique, on assiste à une adaptation commençant à appliquer un véritable programme anticapitaliste et appuyé opportuniste a la politique bourgeoise des directions social-démocrates et même carrément à celle de la bourgeoisie « mendessiste » dans les pays métropolitains, de la bourgeoisie « nehruiste » dans les pays du type de PInde.

Cette politique ne mène naturellement d'aucune manière à la révolution et au socialisme. Elle ne pourrait aboutir qu'à la stagnation, au recul et même à la défaite du mouvement ouvrier, malgré des conditions objectives qui sont actuellement partout favorables.

Elle sera mise en échec par les masses qui entreprennent les seules voies que les réalités du capitalisme et de l'impérialisme leur imposent : celles de la lutte révolutionnaire pour le renversement de l'un et l'autre.

La IV• Internationale se détermine par rapport aux changements et aux développements du 20° congrès non par des considérations subjectives mais par ce que ceux-ci représentent objectivement pour l'avenir de IU.R.S.S., du mouvement ouvrier international et du socialisme.

Que la direction de la bureaucratie soviétique réhabilite ou non les trotskystes, qu'elle continue à les classer aux côtés d'autres tendances toujours honnies du mouvement ouvrier et en compagnie des « nationalistes bourgeois et autres champions de la restauration du capitalisme ». cela ne suffit pas à influencer nos jugements ni à nous faire nous départir de nos principes.

Nous savons qu'elle est désormais obligée de procéder à toute une série de réhabilitations de révolutionnaires victimes de la terreur stalinienne et de revenir sur toute une série de faits falsifiés concernant l'histoire de la révolution, du P.C. soviétique, de la 3° Internationale.

Elle le fera sous la pression accrue des masses et des tendances dans son sein qui seront les plus soumises, les plus sensibles à cette pression, de maniere éclectique, indirecte, limitée, sans trop appuyer et surtout sans explications franches, comme elle procède déjà dans ce domaine. On ne saurait dire dès à présent dans quel ordre, avec quelle ampleur, interviendront ces réhabilitations désormais inévitables. Mais une chose est certaine : le dernier barrage que la bureaucratie essaiera de maintenir sera celui qu'elle a dressé contre Léon Trotsky et le mouvement qu'il a fonde, la IV• Internationale. Car, en réalité, réhabiliter sincèrement Léon Trotsky et son mouvement reviendrait à reconnaître en eux la tendance prolétarienne qui a défendu, aussi bien par rapport aux problèmes économiques,

(4) Comme il l'a fait en ce qui concerne la critique du passé, la politique des salaires, la « démocratie prolétarienne », la « légalité soviétique ». etc.

politiques et sociaux de l'U.R.S.S. qu'à ceux du mouvement ouvrier international, les véritables positions du marxisme révolutionnaire vivant. Réhabiliter sincèrement Léon Trotsky et la IV® Internationale reviendrait à reconnaître non seulement la justesse de nos positions sur la dégéné. rescence stalinienne de l'U.R.S.S., l'abolition de la démocratie prolétarienne qui a eu lieu dans le Parti, les soviets et les syndicats en U.R.S.S., les zigzags et les erreurs de politique économique de l'U.R.S.S. déjà avant le premier plan quinquennal, etc., mais également la justesse de nos positions sur le caractère réactionnaire de la théorie du « socialisme dans un seul pays » et toute la politique de la 3º Internationale et des Partis communistes qui s'ensuivit. La réhabilitation des trotskystes aurait en réalité la signification d'un véritable et complet retour à Lénine, inconcevable sans destruction du régime bureaucratique qui règne toujours en U.R.S.S. et dans les Partis communistes. Sans abolition des privilèges de la bureaucratie soviétique, sans restitution aux ouvriers du contrôle et de la gestion de l'économie et de l'Etat.

Pour cette raison, la IV® Internationale, si elle accueille sans sectarisme les résultats du 20° congrès, n'a pas non plus d'illusions. Elle sait que la lutte pour le véritable renouveau de la démocratie prolétarienne sera encore longue. Mais la IV® Internationale a démontré qu'elle a toute la ténacité requise.

Nous enregistrons avec satisfaction, nous saluons les premiers résultats de la montée révolutionnaire des masses soviétiques qui font craquer le carcan de l'absolutisme stalinien. Nous comprenons la portée immense à long terme de ces résultats, scellant le déclin définitif du stalinisme. Nous sommes renforcés dans notre détermination de rester plus qu'attentifs aux développements, aux reclassements inévitables que nous avions prévus au sein des partis communistes. Mais nous nous garderons de prendre les thèmes mélodieux qu'on trouve ramassés dans l'ouverture d'un opéra pour les mélodies tout entières qui ne se développeront qu'à l'avenir et sous un autre chef d'orchestre que la bureaucratie. Ce qui est en vue et qui compte immensément, c'est la reconnaissance de notre tendance par un nombre de plus en plus grand d'éléments révolutionnaires en tant que tendance légitime du mouvement ouvrier. Pour le reste, nous faisons confiance à l'activité révolutionnaire du prolétariat en U.R.S.S. même et dans le monde entier et à ses victoires encore plus importantes Qui Va deront i recon, tirerans de programme integsa de serotsuyse, de qui l'aderont a reconnaitre dans le programme integral du trotskysme, de tactique, de sa stratégie, pour la révolution et le socialisme portés aux niveaux les plus élevés. Dans le nouveau climat, plus critique, plus libre, qu regnera desormais dans le mouvement communiste international malgré les aléas inévitables de la confusion centriste et même carrément opportuniste, à laquelle donne lieu le « dégel » du stalinisme, le programme et les idées de la V° Internationale se frayeront plus aisément leur chemin et vaincront.

15 mars 1956.

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