Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

La revue › vol. 13, n° 7-10

La conférence atomique de Genève

Quatrième Internationale, vol. 13, n° 7-10 · octobre 1955 · p. 15-16 · 1 291 mots

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Tenue 10 ans après le lancement de la bombe atomique d'Hiroshima, la Conférence qui s'est tenue cet été à Genève avee la participation de savants de 72 pays constitue un évènement de la plus grande importance. La Conférence atomique a apporté un premier bilan des résultats obtenus dans le domaine de la science et de la technique de l'atome et donné une vue des perspectives grandioses qui

Avec cette Conférence, en fait il a été mis fin à ce « secret » institué dans ce domaine par le gouvernement américain et suivi par les autres. Evidemment, il subsiste des secrets de caractère technique, tels qu'ils existent en régime capitaliste dans toutes les branches de l'industrie, mais ils sont très limités et très pens efficaces. Le plus important parait étre celui qui a trait aux méthodes de séparation industrielle des isotopes de l'uranium employés dans la fabrication des bombes atomiques. Mais ces méthodes ne sont un secret ni pour l'URSS ni pour

USA ni pour la Grande-Bretagne... Quant aux autres ils savent fort bien que les méthodes à employer sont prohibitives pour leurs budgets, et que la connaissance de ces « secrets » ne leur serait d'aucune utilité.

Le secret qui a été abandonné, c'est celui des travaux scientifiques. On ne la pas fait à cause de « l'esprit de Genève » ; mais on s'est simplement aperçu que les savants des divers pays, avec des moyens à peu près identiques, étaient arrivés aux mêmes résultats. Le secret maintenu pendant dix ans dans ce eu, d'un simple point de vue économique, comme première conséquence d'exiger plusieurs fois le temps de chercheurs pour aboutir aux mêmes résultats. En outre un simple échange d'informations — pas même une coordination des recherches -aurait permis aux savants de poursuivre leurs travaux bien au-delà du point où ils en sont arrivés aujourd'hui, Ce secret instauré par les Américains à la fin de la guerre avec l'espoir de maintenir la suprématie qu'ils avaient à l'époque dans le domaine atomique pour pouvoir dominer le monde, s'est avéré une très grande entrave au progrès scientifique.

Cette entrave se montre d'autant plus grande que la Conférence atomique de Genève a donné une idée des progrès déjà considérables qui ont été accomplis et qui font, en premier lieu, de l'emploi de l'énergie atomique non plus un rêve d'avenir ou une perspective imprécise mais une réalité. On a dépassé le stade des essais purement de laboratoire des piles atomiques d'il y a 10 ans. La fission atomique dopère dans des réacteurs nucléaires qui fonctionnent aussi bien que toutes les autres sources d'énergie en usage à présent. En outre on a abouti à des résultats montrant qu'on disposait d'une gamme très étendue de possibilités de production d'énergie, que de multiples voies prometteuses étaient des maintenant possibles.

On a fait allusion à Genève (mais visiblement dans ce domaine on ne s'est pas débarrassé de la pernicieuse notion de secret) à la production d'énergie non par fission des atomes lourds, mais par fusion contrôlable d'atomes d'hydrogène en atomes d'helium. Le jour où celle-ci s'effectuerait, des quantités d'énergie absolument démesurées seraient à la disposition des hommes.

Avec ces données, ces possibiltés qui sont sorties du domaine des laboratoires et qui sont déjà entrées dans le domaine des réalisations industrielles, finies les jérémiades sur la fin du charbon, la fin du pétrole, ete... qui avaient largement cours autrefois ; les plus grandes perspectives s'ouvrent pour l'avenir de l'humanité, la principale mesure du progrès étant la quantité d'ênergie disponible par tête d'habitant, et la prineipale préoccupation étant de l'accroitre.

Si, déjà, le développement des forees productives du temps de la vapeur, de l'électricité, du moteur à explosion ou à combustion s'avérait incompatible avec le cadre de la société capitaliste, à plus forte raison les forces productives résultant de l'utilisation de l'énergie atomique exigent une autre société, basée non sur le profit mais sur la coopération universelle pour le bien-être général de l'humanité.

On comprend fort bien que nombre de petits pays, de pays économiquement arriérés — qui, indépendamment des obtacles d'ordre financier, voient d'immenses obstacles matériels se dresser devant eux pour le développement des anciennes sources d'énergie — se sont tournés à Genève avee espoir vers les nouvelles possibilités. offertes par l'énergie nucléaire.

Mais le capitalisme n'a pas l'intention d'abdiquer et il ne voit dans ces possibilités que de nouvelles sources de profits. A Genève, il y avait des savants et des techniciens préoccupés de procédés, de rendements, de coûts de production comparés à ceux des autres sources d'énergie ; mais il y avait aussi, surtout de la part des Américains et des Britanniques, des hommes d'affaires intéressés à la vente ou à la

QUATRIEME •INTERNATIONALE location location de réacteurs et de combustibles nucléaires. Il est aisé de comprendre les mouveaux moyens tendent ainsi disposer à l'égard de petits Etats. de dont les grandes puissances pré-

A côté des énormes perspectives ouvertes en ce qui concerne les quantités d'énergie dont Phumanité disposer. la Conférence a aussi permis de faire conmaitre largement domaines grâce à la meilleure connaissance scientifique résultant de l'utilisation très grandes perspectives existent aussi dans divers des isotopes radioactifs en particulier. Les compte-rendus de presse ont naturellement insisté sur certaines questions plus immédiatement sensibles à l'opinion publique (emplois en médecine, applications à l'agriculture pour accroitre la production). Mais il n'y a pas de doute que les recherches qui se poursuivent dans les domaines les plus divers et qui s'étendront inévitablement à des domaines encore inexplorés aboutiront à des résultats qui dépasseront de très loin tout ce que les hommes aecrue la domination de la nature par l'homme, mais celui-ci a déjà fait de grands avaient découvert avant de pénétrer au sein de l'atome. Non seulement sera pas dans la voie de la fabrication de substanoes incomparablement supérieures à ce que la nature lui fournit. 30.- Toutes les conditions matérielles existent en fait pour assurer plus que le Foutes les bien-être général, pour répandre ce qui aujourd'hui apparaît comme du luxe, pour réduire au maximum la peine des hommes, pour faire enfin une véritable société

On y traita des effets des radiations, des dangers possibles, à la manière des maladies professionnelles qui se présentent dans plusieurs industries. Mais il fut pas question du véritable danger actuel : le capitalisme, pour conserver domination et la rétablir dans les pays où elle a été abolie, consacre encore la plus grande partie des efforts dans le domaine atomique à la fabrication d'armes de très grande destruction, Le président de la Conférence, le savant indien Bhabha, déelara qu' « une industrie atomique de production électrique largement développée rendra mecessaire la création d'une société internationale dans laquelle les grands Etats s'entendront pour s'entendront pour maintenir la paix » Contradiction de savant qui participe à une énorme révolution de la connaissance humaine, qui comprend aussi qu'elle a des implications de politique internationale, mais qui en même temps est ircapable de se dégager du cadre actuel, paree qu'il ne comprend pas la puissance encore plus grande que toute l'énergie atomique qui se trouve dans la lutte révolutionnaire des masses laborieuses. Il regretta l'absence de la Chine — non invitée cependant avoir la moindre idée que la révolution chinoise victorieuse indiquait la seule voie réelle vers la paix.

Les réformistes de tout acabit ne manquent de mettre au compte du capitalisme les maigres améliorations techniques qui ont été apportées à la vie des travailleurs ; mais les masses travailleuses comprennent de mieux en mieux que ces quelques progrés sont bien insignifiants en face de ce que le capitalisme leur dérobe.

La conscience de plus en plus claire des énormes possibilités fournies par la science et la technique modernes ne fera qu'exacerber la volonté des masses à pouvoir jouir de ces possibilités.

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