Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

La revue › vol. 12, n° 9-12

Evolution du mouvement ouvrier anglais

Quatrième Internationale, vol. 12, n° 9-12 · septembre-décembre 1954 · p. 5-8 · 2 224 mots

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Le capitalisme britannique en déelin pratique une sorte de défeuse en retraite élastique. Après les Indes, l'Egypte : à des rapports brutaux, il fait place a des rapports plus souples là où il sait que la lutte ouverte serait désespérée.

temps, il maintient toutefois une poigne de fer au Kenya, en Malaisie.

Mais les soucis pour lui ne sont pas seulement à grande distance des iles britanniques. Dans la métropole même, le prolétariat anglais est en marehe pour apporter un grand changement à son sort. Au cours des toutes dernières semaines, deux faits ont attiré l'attention du monde entier, le Congrès du Labour Parly

Scarborough et la grève des dockers dans tout le pays. Ils méritent non seulement d'être étudiés l'un et l'autre, mais il faut aussi comprendre la connexion qui existe entre eux.

Scarborough a marqué une étape nouvelle dans la lutte entre la droite et la gauche dans le Labour Party. On se souvient que l'opposition de Bevan avait marqué un succès très imporiant il y a deux ans au congrès de Morecambe. Depuis lors, les sections politiques du Labour Party étaient en fait bevanistes. Mais la direction du Labour Party restait encore entre les mains de la droite, grâce aux votes massifs des syndicats contrôlés par la bureaucratie réactionnaire des trade-unions.

Bevan n'avait pas poursuivi systématiquement la bataille après Morecambe.

Au contraire, il commença à la faveur de quelques manœuvres habiles de gauche d'Attlee par rétablir des rapports cordiaux avec la droite. Mais la situation, le développement de la classe ouvrière britannique l'obligèrent à reprendre la lutte de tendance en vue du Congrès de Scarborough. La question du réarmement de l'Allemagne capitaliste soulevait de grandes inquiétudes et de grandes résistances, qui étaient autant de manifestations de l'opposition des travailleurs aux préparatifs de guerre.

Quelques semaines avant le congrès de Scarborough se tint le Congrès des tradeunions ; la direction de l'Allema direction de ceux-ci ne ft voter une résolution favorable au réarmement de ceux-ci ne fit voter une resolution favorable au rearmement capitaliste que d'extrême justesse. Selon toutes les prévisions, le Congres de Scarborough, où, dans le vote entreraient en ligne de compte les sections politiques, tandis que ne participeraient pas les ouvriers arriéres qui, tout en étant membres des syndicats, ne paient pas leur cotisation politique au Labour Party, devait voir les opposants au réarmement allemand obtenir la majorité.

Parmi ceux-ci, il y avait certes des droitiers invétérés (tel Dalton, ex-chancelier de l'Echiquier) ; d'autre part les arguments de Bevan et des leaders de sa tendance etaient assaisonnes de sentiments anti-allemands, et même de chauvinisme. Mais, malgre cela, un vote du Congrès repoussant le réarmement allemand aurait eu signification politique et des conséquences politiques allant bien au-delà des termes mêmes employes et des intentions de Bevan. Il n'y a pas de doute que, survenant après le rejet de la C.E.D. par le Parlement français et au cours même de la Conférence des 9 à Londres, un tel vote aurait extrêmement perturbé la marche celle-ci et accru les tensions dans le camp impérialiste. Pour ces raisons immédiates et, d'une manière générale, en fonction de la perspective de plus par tous les observateurs sérieux de la situation

Grande-Bretagne d'une majorité travailliste aux prochaines élections, l'aile droite s'organisa pour l'emporter coûte que coûte au congrès de Scorborough comme le prélude une offensive organisationnelle en vue de prévenir toute ia gauche, fut-ce au prix d'une scission. La machine bureaucratique devait obtenir les votes qui faisaient défaut, l'opposition devait être avertie qu'elle devait se soumettre sous peine de sanctions. Pour mieux faire l'opération, Attlee commença par rapporter sur le voyage de la delegation du Labour Party en Chine — voyage qui, en ce qui le concerne personnellement n'a été effectué qu'avec l'accord de Churchill et Eden. Après cela, il fit donner l'appareil, sous la direction du chef cuisinier, Herbert Morrison.

Bevan était candidat au poste de trésorier à la direction, poste clef dans ce parti ; les votes syndicaux massifs, ignorant la volonté de la base dans des cas aussi importants que ceux des métallurgistes, firent passer Gaitskell, qui se situe à l'extrême-droite et qui n'a pas hesite à dire tout haut, dans la presse bourgeoise, la nécessité d'imposer silence à la gauche.

Pour éviter toute surprise possible sur la question du réarmement allemand, la direction interdit à ceux de ses membres sortants no désignés par elle d'intervenir dans le débat: ainsi Bevan dut se taire et ne put intervenir au congrès que sur une question secondaire. Au vote, quelques pressions non dissimulées firent changer le vote de bonzes syndicaux, notamment celui du dirigeant du syndicat des tra vailleurs du bois, en dépit des consignes de son organisation syndicale. Ainsi fut votée une résolution rédigée en termes emberlificotés - qui ne mentionnait pas explicitement la question du réarmement allemand →, et Eden en fut avisé télégraphiquement au cours des travaux de la Conférence de Londres.

Si la presse mondiale a relaté avec assez de détails les travaux du congrès sur les points précédents, elle a fait le silence une affaire significative qui fut discutée à huis clos parmi des questions d'organisation. Le Labour Party - plus exactement sa direction s'affirme démocratique. entre autre, aux membres de ce parti de publier des organes qui sont en fait des organes de tendance contribuant à la vie politique du parti. D'une façon générale; les organes existants sont orientes a gauche, la droite du parti n'étant jamais trop soucieuse -et pour cause - d'éduquer les membres du parti. Depuis plus de cing ans paraissait le « Socialist Outlook », qui se montra l'organe de gauche le pius conséquent, et qui avait rencontré un écho favorable dans le Labour Party. Peu avant le Congrès, la direction du Labour Party jeta l'interdit sur ce journal défense d'y collaborer et défense de le diffuser dans les rangs du Labour Party sous peine d'exclusion. Tous les organes de tendance, de tres nombreuses sections politiques et sections syndicales éleverent une protestation ; au Congres, Jenny Lee membre du Parlement, compagne de Bevan, déposa une résolution pour annuler cette décision qui, tout en visant nommément le « Socialist Outlook », créait un précédent dangereux pour la liberté d'expressin au sein Party. Là encore la machine bureaucratique et la direction fut approuvée par 4.475.000 voix contre plus de 1.500.000.

La gauche est fort loin d'être en recul, comme l'ont prétendu, par erreur mensonge, de nombreux journalistes bourgeois. Elle n'a rien perdu dans les sections politiques, contraire, et son influence grandit dans les trade-unions. En fait, le recours de la machine bureaucratique pour commettre de grossières violations des règles appliquées depuis si longtemps et qui sont largement en faveur de l'appareil dirigeant est une preuve que, pour la première fois, la droite craint effectivement d'être battue et qu'elle est résolue à tout, y compris la scission, pour conserver la direction. Ces Messieurs ne peuvent songer reprendre le pouvoir avec parti échappant à leur contrôle. Comme argument destiné à justifier le rejet d'une resolution categorique sur la question du réarmement allemand, Morrison ne dis-

QUATRİEME INTERNATIONALE simula pas son point de vue : « Si le parti revient au gouvernement, déclara-t-il, ailons-nous etre Dans une réunion organisée par « Tribune » à Scarborough, Bevan a dénoncé enchainés ?" en termes tres vigoureux ces machinations ; il a déclaré que la majorité de la direction ne représentait pas la majorité du parti et a annoncé son intention d'encombat dans les trade-unions pour déloger les bureaucrates qui faussent et trompent la volonté des travailleurs. Il a même fixé un gager le premier objectif, la de la Fédération des mineurs, contre laquelle il a évidemment une base u'action sérieuse parmi ses propres électeurs, les mineurs du sud du pays de Galles. ce jour n'étant pas formellement organisée se présentait avant tout comme un cou- Il parait que certains des dirigeants de la tendance Bevan, laquelle jusqu'a rant d'affinités dans le groupe parlementaire, ont été choqués de la violence de l'intervention de Bevan. Il n'y aurait rien de surprenant à cela, il n'y aurait rien de surprenant que plusieurs d'entre eux prennent leurs distances d'avec Bevan dans les mois qui viennent si celui-ci organise et engage la bataille à la base. Dans sera pas un affaiblissement de la gauche, mais une étape inévitable son développement idéologique et politique, qui est loin d'être et salutaire achevé. Incontestablement, la gauche ne peut songer à gagner la partie — qui a considérable organisation de ses rangs, organisation s'étendant aux instances pour tout le mouvement ouvrier international procéder à une afin d'associer le maximum de militants du rang à ce combat, à les assoà l'élaboration de la politique de la gauche sur la base des expériences cier aussi qu'elle est en En tout cas, le congrés de Searborough en raison des manœuvres bureaucratrain de tiques qui l'ont marque a tortement mécontenté les travailleurs britanniques et sans exagération que, parmi les causes de la grève des dockers, il faut accorder une place importante à ce mécontentement envers la droite traon peut dire

Ce mouvement remarquable a en grande partie paralysé les ports de la GrandeBretagne. C'est d'une importanoe extraordinaire pour ce pays dont la devise depuis la fin de la 2è guerre est « Export or die » (exporter ou mourir) ; l'arrêt du trafic maritime ayant des effets désastreux tant à courte échéance qu'à échéance loin-

Ice mouvement, le gouvernement conservateur s'est taine. Or, tout au cours de montré d'une prudence inconnue jusqu'à ce jour ; il a cherché des formules de mediation ; il a reculé jour après jour afin de n'avoir pas à utiliser l'armée pour remplacer les dockers en greve. Deux raisons essentielles ont déterminé Churchill dans ce sens. Il craignait que l'emploi de la troupe ne suscite des mouvements de solidarité parmi les travailleurs britanniques où le mécontentement accumulé risque d'éclater brusquement.

Il ne voulait pas, par une telle mesure, aggraver la situation extrêmement difficile dans laquelle se trouvait la bureaucratie des trade-unions en la personne de Deakin, le secrétaire à vie de l'énorme « Transport and General Union », le farouche adversaire de la gauche, celui qui dans les congrès du Labour Party, à défaut d'arguments, recourt aux grossièretés de langage et au chantage (c'est nous qui payons, dit-il — oubliant que l'argent des syndicats, c'est l'argent des syndiqués et pas le sien). Depuis fort longtemps, les dockers ont des difficultés avec cette direction syndicale qui n'a cure de Dans les derniers mois, un petit syndicat qui rassemblait une catégorie de travailleurs du port de Londres se trouvait aux prises avec l'organisation dirigée par Deakin, les dockers de divers ports quittant celle-ci pour rejoindre l'organisation beaucoup plus petite mais combattive. L'opposition entre ces deux syndicats n'est pas directement liée à la lutte au sein du

Labour Party. Mais, après Scarborough, le mécontentement des travailleurs contre

Deakin et la droite s'est emparé de cet antagonisme. Les dockers ont fait grève, accordant leur confiance au petit syndicat et conspuant les bureaucrates expédiés par Deakin pour leur enjoindre de reprendre le travail.

Toutes les déclarations de Deakin au cours du mouvement ne sont que transposition de ses propos dans les congrès du Labour Party ; c'est à lui que les ouvriers doivent obéir, sinon ils sont les dupes du communisme ! Les caisses de son syndicat, remplies -les cotisations des travailleurs, sont restées fermées aux grévistes. Voiei des années que bien des journalistes bourgeois mentionnent que la machine de syndicat de Deakin fonctionne loin des adhérents, et que de ce fait surgissent des mouvemerts « sauvages ». Mais, ce ne sont que des articles sans

Le gouvernement conservateur a avant tout cherché à aider Deakin, c'est-à-dire la direction du Labour Party et des syndicats, pour ne pas susciter une tension plus grande qui pourrait profiter a la gauche du Labour Party. La direction centrale des trade-unions a ignoré officiellement la grève des dockers, mais a suspendu le petit syndicat pour avoir recueilli les adhesions de travailleurs qui quittaient le syndicat dirigé par Deakin. Cette même direction syndicale a également proteste auprès de la direction du Labour Party au sujet d'un article de « Tribune » on il était dit que Deakin montrait, dans ses propos, qu'il ignorait les raisons de la grève. La direction du Labour Party semble se preparer à prendre des mesures contre l'organe de Bevan.

Un compromis très fragile ayant été trouvé sur la question des heures supplémentaires, les dockers ont repris le travail. Incontestablement les dockers et, avec eux tous les travailleurs britanniques, ont le sentiment que le mouvement s'est terminé à leur avantage.

Et il en est bien ainsi. L'impérialisme anglais n'a plus ses richesses d'antan.

Il a été obligé de louvoyer cette fois-ci, prépare, c'est une épreuve de force qui risque de dépasser en ampleur la grève mais il n'y a pas de doute que ce qui se générale de 1926 (dont tout le monde rappela le souvenir au cours de la grève des bataille de tendances au sein du Labour Party. La droite au service de l'impérialisme dockers). Une des formes de la préparation de cette épreuve de force, c'est la dispose de l'appareil, mais la gauche a pour elle l'appui et la combativité de classe ouvrière. Dans ces batailles se prépare aussi la direction qui saura conduire les travailleurs à la lutte décisive, à la révolution prolétarienne pour une Angleterre socialiste.

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