Nous avons souligne plusieurs fois dans les notes éditoriales de notre revue évènements des dernières semaines, notamment les suites de la fameuse « affaire plus particulièrement sa direction politique. la précarité des conditions dans lesquelles se trouve la bourgeoisie italienne, Tout le monde aura compris que Montesi », ont accru ces difficultés.
Mais le mouvement ouvrier a-t-il pu profiter de cette situation favorable ? Nous devons affirmer le contraire. Ni sur le plan politique ni sur le plan syndical les organisations ouvrières n'ont su tirer le profit qu'il était possible et nécessaire de tirer ; le bilan des luttes des derniers mois n'est pas celui qu'il aurait pu être.
Nous insistons particulièrement sur les luttes syndicales. Une lutte pour l'amélioration des salaires des ouvriers industriels s'est développée à peu près une année et plusieurs épisodes avaient montré sans équivoque possible l'esprit combattif des leur volonté de lutte jusqu'au bout pour remporter une victoire sur les patrons. Mais encore une fois la CGT a appliqué sa tactique préférée qui consiste dans le déclenchement de luttes de catégories distinctes ou de travailleurs de de toute la classe. Cette fois-ci les conditions objectives pour un tel combat existaient vinces différentes, et qui tâche d'éviter de toute manière une bataille d'ensemble à 100 %, car la situation politique était favorable et des couches fondamentales de la classe ouvrière étaient intéressees directement à la lutte. Mais la CGT a fait la sourde oreille et, aprés avoir commencé par des manifestations nationales, contre toute logique elle a mis l'action sur les manifestations corporatives et locales.
L'issue de la bataille est maintenant claire. Ayant compris que les dirigeants cégétistes n'avaient aucune intention d'exploiter la force de leurs organisations n'étant pas effrayé par les proclamations démagogiques avee lesquelles Di Vittorio tachait de masquer son opportunisme, le patronat a conclu des l'organisation qui a derrière elle la grande majorité des ouvriers italiens. L'accord organisations catholiques et social-démocrates, en ecartant la CGT, accords avec les implique des améliorations dérisoires et, lors de sa signature, la CGT, s'est insurgée violemment. Mais quelques semaines plus tard elle a avancé des propositions de compromis et en pratique a inaintenant capitulé sans condition, en acceptant de facto l'accord signé entre les patrons et les syndicats jaunes, ce qui est très dangereux surtout en ce sens qu'il crée un précédent défavorable pour l'organisation majoritaire. En même temps la CGT a accepté, sans aucune résistance valable, l'adoption d'une loi qui implique une limitation sérieuse des libertés syndicales des fonctionnaires de l'Etat. Ici Di Vittorio a voulu faire preuve de son esprit subtil, en posant mouvement ouvrier pouvait jamais gagner la partie dans une société bourgeoise ! de préférence le problème en des termes juridiques: comme si sur ce plan le l'affaire Montesi, ce qui pouvait être de bonne guerre, Sur le plan politique le PC a axé sa propagande dans les derniers mois sur inserite dans une politique générale correcte. Or, ce n'est pas le cas pour la posi cette propagande s'était htique générale du PC italien.
En réalité ce parti n'a pas actuellement une politique bien difinie, n'a pas une orientation générale claire. Il mène parfois de bonnes campagnes, il avance des mots d'ordre qui peuvent être corrects ; mais tout ce qu'il dit devient le plus souvent abstrait, parce qu'il ne pose pas clairement le problème du gouvernement. Bien sür, le PC italien attaque violemment le gouvernement Scelba-Saragat, plus violemment à vrai dire que le gouvernement Pella, qui pourtant était soutenu par les monarchistes. Mais par quel gouvernement veut-il remplacer le gouvernement actuel ? que dit-il à ce sujet ? du 7 juin 1953 soit respecté, qu'on doit rétablir le front des « forces démocratiques », Il n'a pas de mot d'ordre précis. Il dit qu'il faut que le verdict des élections qu'il faut installer « un gouvernement de paix et de progrès social ». Il insiste sur la nécessité de lutter dans le cadre de la Constitution bourgeoise, pour dé-
QUATRIEMEINTERNATIONALE fendre et concrétiser les conquêtes de cette Constitution. On comprend que, de ce parti pour la nationalisation des monopoles et pour la réforme agraire perd toute signification concrète. Le problème est, fait, même la campagne du effet, le suivant : qui peut nationaliser les monopoles et réaliser la réforme agraire ? par quel gouvernement ces buts peuvent-ils être atteints ?
le PC. italien ne la donne pas par sa propagande, dans laquelle il se limite à des formules qui sont abstraites même si parfois il met en avant des détails La réponse, techniques, peuvent que créer la confusion parmi les masses, surtout les masses petites bourgeoises qui désirent sincèrement des réformes.
En ce qui concerne la situation intérieure du parti et des syndicats, il y a sans doute une fermentation critique qui n'existait pas il y a quelques années. Surtout dans les réunions syndicales soit de la CGT soit du parti - on entend des eritiques parfois très violentes et le prestige des dirigeants n'est pas très haut. D'audes interventions intéressantes se sont produites dans les congrès de section tre part. et on a enregistré des épisodes qui ne sont pas normaux dans la ou de federations pratique stalinienne. Il y a, autrement dit, quelque chose qui bouge dans le PO sont probablement inquiets. Ils avaient convoqué il y a Les bureaucrates quelques mois les congrès cellules, des sections et des fédérations, mais sans parler de leur suite logique, à savoir du congrès national. Or à la fin de l'été, ils ont annonce novembre une conférence nationale, es assemblées. à laquelle auront délégués des fédérations, qui seront désignés non par mais par les provinciales. Cette sorte de conférence est prévue par les statuts du parti, mais évidemment pour des périodes extraordinaires. Or, on n'est pas maintenant. dans une période extraordinaire en Italie et il faut ajouter que le PC a tenu son dernier congrès au printemps de 1951.
Oil s'agit done, de toute évidence d'une manœuvre bureaucratique, avec laquelle on veut étouffer dans l'œuf toute possibilité d'une critique tant soit peu efficace de la part de la base ou des cadres inférieurs. Dans quelle mesure cette manœuvre peut réussir, on le verra à la Conférence et, surtout, au cours des mois prochains dans les organismes périphériques du parti.
Rome, le 19 octobre 1954.