Dans le précédent numéro de notre revue, nous avons publié un très important article de notre collaborateur Ismael FRIAS sur la révolution guatémaltèque. La situation dans ce petit pays, le rôle de « l'United Fruit », les luttes révolutionnaires depuis 1944, les mesures prises par des gouvernements bourgeois sous la pression des masses, la limite de ces mesures, enfin et surtout la politique incon. sistante de la direction ouvrière, la politique de la direction stalinienne du Parti du Travail soutenant politiquement le gouvernement bourgeois d'Arbenz, points s'y trouvaient parfaitement expliqués et éclairent remarquablement les événements qui se sont produits au Guatemala au cours du mois de juin.
Les faits sont très clairs : des mercenaires au service de « l'United Fruit », y compris quelques aviateurs américains, ont renversé le gouvernement Arbenz. Le neuveau gouvernement met un terme à la réforme agraire, rend les terres naticnalisées à « l'United Fruit », retire le droit de vote à la très grande majorité de la population guatémaltèque, et emprisonne et exécute un très grand de militants syndicaux et politiques des masses laborieuses du Guatemala.
Washington, par la voix de Foster Dulles, exhulte : le communisme recule devant la « démocratie ». La chose s'est faite avec si peu d'hypocrisie que même des libéraux du type du Manchester Guardian et du Times de Londres, qui ne sont jamais indignés au sujet de la répression britannique au Kenya, ont trouvé la pilule pintôt amère.
Plusieurs correspondants de journaux bourgeois ont rapperté d'une façon saisissante comment les membres du gouvernement Arbenz, et son chef le pre-
Use sont littéralement effondrés. Non en raison de coups de la part des mercenaires, car ceux-là étaient peu nombreux, et peu sûrs de vainere; d'autre part les bombardements aériens étaient insignifiants. La panique s'empara ce gouvernement Arbenz à l'idée que les ouvriers paysans maltèques allaient s'armer pour combattre les mercenaires de l'impérialisme. Ils se tournèrent vers l'ambassadeur des Etats-Unis qui les traita avec mépris et les
L'incapacité des directions bourgeoises et petites bourgeoises à combattre l'impérialisme et ses agents, telle est une des premières leçons chèrement payée pour tous les travailleurs des villes et des champs de l'Amérique latine,
Dans l'affaire du Guatemala, ce qui s'est également effondré et déconsidéré, c'est la politique stalinienne, une politique qui a renouvelé l'erreur si souvent commise de mettre le prolétariat et les masses laborieuses à la remorque de la beurgecisie ou de la petite bourgeoisie. Comme Marx le disait déjà en 1848, dans une telle opération ce n'est pas le prolétariat qui transmet sa force à ses alliés, ce sont ceux-ci qui lui transmettent leur faiblesse. Cette vérité qui, pour aveir été ignorée ou méconnue, a coûté si cher aux masses d'Europe et d'Asie, est tout aussi valable sur le continent américain, Et l'exemple du Guatemala servira aux révelutionnaires latino-américains contre la politique stalinienne de confiance dans des alliés « anti-impérialistes ».
A la Conférence de Caracas, le gouvernement Arbenz avait la sympathie discrète de nombreux gouvernements latino-américains qui n'en votèrent moins la résolution présentée par les Etats-Unis, afin de ne pas être oubliés dans les distributions de dollars.
Quand les bandits de « l'United Fruit » passèrent à l'action, les gouverne. ments latino-américains firent tout ce qui était en leur pouvoir pour limiter les manifestations de solidarité envers le peuple guatémaltèque. Les fenêtres des ambassades des Etats-Unis étaient protégées contre les pierres des manifestants, L'organisation des brigades, comme cela fut commencée à Quito, n'eut guère le temps de se
L'affaire du Guatemala a aussi une fois de plus montré le vrai visage de P'O.N.U. Il ne s'agissait plus de combattre le peuple coréen pour lui imposer un Syngman Rhee. Le State Department donna l'ordre aux Nations Unies de ne pas intervenir. Et il fut obéi Les gouvernements de France et de GrandeBretagne se hâterent d'arréter les indécisions de certains de leurs représentants.
Le peuple guatemaltèque est aujourd'hui torturé par les bandits qui se sont instailés au pouvoir. Mais la victoire de « l'United Fruit » sera de courte durée. Sur le continent américain, dans ce domaine colonial des Etats_Unis, où les derniers mois ont été remplis de grandes luttes, où la politisation des masses fait 16 des progrès, cette action de l'impérialisme va certainement contribuer à éclairer les consciences : aucune confiance dans les directions petites bourgeoises ou bour geoises nationales, pas de confiance dans les directions de partis staliniens qui sèment des illusions sur les directions bourgeoises ou petites bourgeoises. La seule vraie lutte contre l'impérialisme ne peut être menée que par un parti ouvrier révolutionnaire qui ne flirte pas avee les couches possédantes indigènes, un parti qui arme idéologiquement et matériellement les masses ouvrières et paysannes.