Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

La revue › vol. 12, n° 1-2

L'exécution de Beria

Quatrième Internationale, vol. 12, n° 1-2 · janvier-février 1954 · p. 4-5 · 660 mots

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Nous laisserons à d'autres les cris d'indignation et le versement de larmes sur le « crime » commis par la nouvelle direction « collective » de l'U.R.S.S. contre l'un de ses confrères éminents, Beria.

La réaction mondiale et, malheureusement, malheureusement, quelques initiés perspicaces rechimant de la classe ouvrière et qui parlent comme s'ils étaient dans les secrets du Kremlin, ont senti dès le début une vive sympathie pour l'archipolicier du régime bureaueratique, auquel ils ont attribué généreusement le nouveau cours de « libéralisation » du régime depuis la mort de Staline, c'est-à-dire les multiples concessions aux masses auxquelles fut acculée, sous leur pression, la nouvelle direction « collective ».

La vérité est naturellement tout autre. Beria, par tout son passé, versé dans la police depuis 1920, principal homme de confiance de Staline, et qui a dirigé directement avee une main de fer et avec une sinistre prédilection tout le cours terro-

Men U.R.S.S. depuis 1988, organisateur des grands procès d'après-guerre, Thomme le moins indiqué pour devenir le leader d'une aile « réformatrice », tant entre autres, de Kostov, de Rajk, de Slansky et tant d'autres, était soit peu « libérale » de la bureaucratie. Au contraire, au sein de l'équipe des suecesseurs, il représentait toujours l'élément policier, le plus sensible au maintien de « l'ordre », du statu quo et avant tout de la toute-puissance de la police.

Il fut très probablement l'instigateur du « complot » des médecins, avec l'accord tacite de Staline, afin de déclencher une nouvelle vaste purge dans les milieux intellectuels de P'U.R.S.S. devenus trop critiques envers le régime.

Après la mort de Staline il reçut un premier coup, lui personnellement .et son appareil — la police - dans la réhabilitation spectaculaire des médecins. Il se sentit alors menacé et redoubla très probablement les intrigues pour consolider sa position, survivre et même soumettre la nouvelle direction « collective » à son influence prépondérante.

Ses tendances allaient toutes cependant contre le sens de l'évolution en U.R.S.S. et contre les intérêts propres à l'étape actuelle des autres membres de la direction « collective » et de la bureaucratie dans son ensemble. Il entra ainsi inexorablement en conflit avec ses coéquipiers et fut sacrifié par eux le premier à l'autel du maintien du principe de la direction « collective » et pour la plus 4 grande liberté de la bureaucratie tout entière, sur laquelle pesait lourdement l'ombre de sa police redoutable.

Les masses du pays n'ont pas manqué d'autre part d'interpréter elles aussi sa chute comme un coup porté objectivement à Pinstitution de la police elle-même, et, soulagées, de l'applaudir chaleureusement, C'est son isolement grandissant en tant que représentant de la police autrefois toute-puissante au sein de la société soviétique, la bureaucratie emprise, qui a facilité son évincement si rapide et qui a dispensé la direction « collective » de la nécessité de justifier plus abondamment son arrestation, sa condamnation, son exécution, Elle savait en effet qu'il n'y aurait personne, indépendamment de n'importe quelle accusation et procédure, pour s'émouvoir particulièrement du sort de Beria.

Nous avons lors de son arrestation écrit que l'acte d'accusation dressé contre lui, loin de lui reprocher ses véritables crimes, son rôle d'archipolicier impliqué directement dans toute la politique terroriste sanglante du régime envers les masses soviétiques, restait dams le plus pur style de la tradition stalinienne. Son procès fut également de style stalinien, ainsi que le communiqué selon lequel « il a avoué » ainsi que les autres coaccusés, choisis tous parmi ses plus intimes colla. berateurs policiers.

La direction « colleetive » est toujours celle de la bureaucratie et, par sa position sociale, est incapable de dresser le vrai procès d'un de ses membres sans par le même coup faire son propre procès.

Ce sera au prolétariat soviétique, le jour où il renversera complètement le régime bureaucratique, de faire le procès et de châtier de manière exemplaire les principales figures sanglantes et les plus responsables du règne de la bureaucratie.

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