Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

La revue › vol. 12, n° 1-2

L'affaire Djilas

Quatrième Internationale, vol. 12, n° 1-2 · janvier-février 1954 · p. 6-7 · 787 mots

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Il ne s'agit pas d'une simple mésaventure personnelle, d'un accident dans la vie d'un dirigeant du P.C. yougoslave. C'est un important événement dans l'évolution du P.C. yougoslave lui-même.

En 1948 la direction de ce parti avait pu résister à l'attaque de Staline et du Kominform parce qu'elle était restée unie et ainsi avait pu entraîner tout le parti. A ce moment-là il n'y eut que quelques difficultés. La violence et la grossiéreté des attaques staliniennes contribuèrent à maintenir les communistes you_ goslaves autour de leur direction.

Les conditions dans lesquelles Tito et les dirigeants yougoslaves se trouvaient étaient difficiles, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur. Nul n'aurait pu leur reprocher de commettre des erreurs. Mais après une période d'indécision, ils ne se contentèrent plus d'une politique indispensable d'échanges commerciaux avec les pays capitalistes mais se livrèrent par opportunisme à une politique d'alliance avee l'impérialisme contre les Etats anticapitalistes. Apparemment il y eut peu de résistance à cette politique dans le P.C.Y. Il faut cependant rappeler qu'un membre du Burean Politique fut éliminé, et le 6 Congrès du P.C.Y. — par divers incidents — attesta que quelque chose ne tournait pas rond.

Le 6e Congrès transforma le P.C.Y. en Ligue des communistes. Le « dépérissement » de l'Etat, du parti. était à l'ordre du jour. En réalité l'opportunisme coulait à pleins flots. Mais cette politique, loin d'apporter une solution, augmentait les difficultés; les bases même de la société yougoslave étaient menacées. Il n'y a pas d'autre meilieur témoignage à cet effet que les articles de Djilas lui-même :

« Les erganisations de base des rues (et dans une certaine mesure des entreprises) de la Ligue des Communistes sont arrivées dans une impasse, D'en haut en les pousse vers l'activité, et elles ne savent quoi faire ! » (27 décembre).

« Dans la période dite bureaucratique... le nombre des membres augmenta du jour au lendemain, Et maintenant ? Maintenant non seulement le nombre des membres n'augmente pas mais il diminue. »

« Le monopole de l'appareil politique du parti et autres formations, les idées et les autres activités des hommes croulent de tous côtés. » (4 janvier).

Devant les difficultés et les problèmes nouveaux, Djilas et probablement d'autres avec lui dans la direction ont cru treuver la solution dans la dissolution du parti, Les théories de Djilas devaient inévitablement servir de point de rassemblement pour tous ceux qui veulent voir le « dépérissement » des formes collectives en Yougoslavie au profit du rétablissement du capitalisme.

Mais il n'y a pas de doute que la masse des communistes yougoslaves qui n'ont pas réagi aux fantaisies théoriques de Dillas a sérieusement riposte quand est venue la proposition de dissoudre la force la plus consciente dans la Yougoslavie et de laisser courir bride abattue non seulement toutes les idées mais aussi toutes les activités individuelles qui, au niveau économique actuel, favorisant considérablement la croissance de formes capitalistes, Il est également probable que les développements en U.R.S.S. depuis un an ont stimulé l'esprit critique de ces communistes à l'égard de la politique de leur direction. Que cette pression de base ait existé, quelques lignes de Djilas le montrent :

« Les discussions provoquées de toutes parts par mon article « Forces subjectives ».... Mon attitude dans ces artieles ne constitue pas des « directives », mais un exposé de points de vue...

« Derrière mes attitudes.. il n'y a aucun forum, mais seulement ma propre personne. » (4 janvier).

Répondant à cette pression, la direction a sacrifié Djilas. A ce propos, il faut constater une différence importante avec ce qui se passe dans les partis et pays à direction stalinienne, Djilas ne s'est pas traîné dans la boue, il n'a pas en « d'aveux » à faire, il a été attaqué avec des arguments politiques et théoriques — si insuffisants qu'on puisse les trouver en l'occurrence. Il y a eu une sanetion sérieuse mais nullement impitoyable. C'est un énorme progrès par rapport aux méthodes staliniennes en la matière, un progrès qu'il faut saluer très chaleu. reusement.

Tous les révolutionnaires qui avaient salué la rupture du P.C.Y. avec la bureaucratie du Kremlin, soutenu les premiers les pas incertains des Yougoslaves vers une politique révolutionnaire et, ensuite, avaient dû dénoncer la politique opportuniste de la direction yougoslave, enregistreront avec satisfaction les derniers événements de Yougoslavie, Les communistes yougoslaves ont été les premiers au lendemain de la deuxième guerre mondiale à se heurter au stalinisme. Leur évolution n'est pas rectiligne. Maintenant le monolithisme a été brisé, la discussion a pénétré dans leurs rangs. Les courants liquidateurs viennent de recevoir un coup sérieux. Ce n'est pas encore, loin s'en faut, une ligne ferme et correcte; mais des conditions meilleures pour y parvenir ont été créées.

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