Documents de la IVe Internationale

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Vingt ans après

Henri Vallin · Quatrième Internationale, vol. 11, n° 5-7 · mai-juillet 1953 · p. 62-69 · 6 047 mots

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Le 30 janvier 1933, Adolph Hitler était nommé chancelier du Reich allemand. Dans la nuit du 27 au 28 février, le Reichstag brûle à Berlin (1); le Parti communiste est mis hors la loi. Le 5 mars, aux élections parlementaires organisées sous la terreur des nazis au pouvoir, le bloc des nationaux-socialistes et du Parti national allemand obtient largement la majorité absolue des mandats. Le 24 mars, le Reichstag vote contre la seule opposition de la socialdémocratie - les mandats communistes ayant été annulés - le Ermächtigungsgesetz, la loi sur les pleins pouvoirs qui met hors fonction la démocratie bour-

Le fascisme représente le lieu de rencontre entre deux forces sociales: la petite bourgeoisie paupérisée, désespérée par une crise économique prolongée qui ne lui ouvre plus aucune issue d'existence « digne », déçue par l'incapacité du mouvement ouvrier à résoudre radicalement à sa façon la crise de la société ; et le capital monopoleur, surtout l'industrie lourde, pour lequel, dans les mêmes conditions de crise économique et sociale prolongée, la démocratie bourgeoise (avant tout les libertés et les organisations ouvrières) devient un luxe insupportable menaçant directement le profit capitaliste. Des organisations fasciste petites bourgeoises, caractérises cistes petites bourgeoises, caractérisées des classes moyennes désespérées - nationalisme exacerbé ; mystique du « chef » ; démagogie « sociale »; attaques contre le mouvement ouvrier et le « parlementarisme pourri », etc. - existent depuis la première guerre mondiale dans presque tous les pays d'Europe. Recevant des subsides périodiques du capital mo-

(1) Un haut fonctionnaire de la police alJemande, Gisevius, contirma dans ses memoires, publiés sous le titre Bis zum bitteren Ende l'hypothèse formulée par tout le mouvement ouvrier international: ce lurent les nazis eux-mêmes qui avaient incendié le Reichstag. Lidée venait de Goebbels, et avait été exécutée par un groupe de 10 S.A., pour la plupart assassines le 30 juin 1934. TAnD des incendiires, criminel de droit commun, criminel droit commun, exchi des S.A., avail révélé tons les détails de l'entreprise à la police régulière. 62 geoise. Successivement les partis politiques' et, le 2 mai, les syndicate sont « mis au pas », c'est-à-dire soumis à la direction nazie. Le 16 mai, le droit de grève est officiellement aboli. Finalement, le 23 juin, le Parti social-democrate est interdit. La dictature nazie, amsı consolidée, allait subsister pendant douze ans, tuant des millions d'hommes en Allemagne et dans toute l'Europe, accumulant les soufirances et les ruines dans sa marche sanglante à travers notre continent, précipitant finalement sa propre patrie dans un « crépuscule des Dieux » sans précédent dans l'histoire moderne. nopoleur, elles sont utilisées comme menaces, moyens de pression ou moyens d'action plus directe • contre le mouvement ouvrier. Mais il faut le concours de nombreuses circonstances, avant tout la conviction de couches importantes du capital monopoleur que la démocratie bourgeoise est arrivée à bout de souffle et que le mouvement ouvrier est trop passif ou affaibli pour riposter avec des chances de succès, pour que se créent les conditions nécessaires à la marche au pouvoir des organisations fascistes.

Le fascisme représente également une tentative désespérée de la part du capital monopoleur pour donner à la crise, économique et sociale, de structure du capitalisme décadent une solution temporaire : en comprimant par la violence les contradictions de classe à l'intérieur du pays, il cherche à créer les conditions économiques (diminution de la part du prolétariat dans le revenu national), politiques (concentration des pouvoirs) et militaires (réarmement accéléré sans égard aux conséquences sociales, le prolétariat étant paralysé dans sa capacité de résistance) pour la conquête de nou veaux marchés et champs d'investissement de capitaux, pour la conquête d'un espace vital agrandi. Le fascisme est donc en quelque sorte la compression temporaire des contradictions sociales, produites par la crise de déclin du capitalisme, et leur transformation en contradictions internationales exacerbées.

Historiquement, le fascisme apparaît ainsi comme la contre-révolution triomphante, balayant le mouvement ouvrier

SIGNIFICATION HISTORIQUE DU FASCISME

SIGNIFICATION HISTORIQUE DU FASCISME organisé sur son chemin, écrasant, massacrant ou enfermant ses cadres, terrorisant et atomisant le prolétariat, se lançant finalement dans une guerre monstrueuse contre le premier Etat ouvrier. A lépoque de déclin capitaliste, contre-révolution triomphante signife que la bourgeoisie jette par-dessus bord foutes les « valeurs » auxquelles elle se vouait pendant sa période ascendante (rationalisme, souveraineté populaire, démocratie, libre développement de la personnalité, etc.). Mais cette contre-révolution ne peut modifier les fondements de la société: elle est contraire une contre-révolution exécutée, réalisée, profit des maîtres de la société. Si l'immixtion de l'Etat dans l'économie s'accroît. si même le droit de propriété est violé dans des cas particuliers (pour les Juifs et pour quelques magnats brouillés avec Hitler), il s'agit, en définitive, d'une intervention tendant à sauvegarder et à

POURQUOI LES NAZIS ONT-ILS

Pour que le fascisme puisse prendre le pouvoir, il ne suffit pas qu'il y ait des organisations de petits bourgeois désespérés ,attirant un courant de masse, et, que des milieux déterminés du capital monopoleur soient prêts à les appuyer. Il faut encore que le mouvement ouvrier organisé s'avère incapable de faire face au danger qui le menace. Cette incapacité a une double origine : Tincompréhension de la nature particulière du fascisme d'une part; la faiblesse de la riposte d'autre part.

L'incomprêhension de la nature véritable du fascisme caractérisa aussi bien la direction social-démocrate que la direction stalinienne, en Allemagne et à l'échelle internationale. Pour les sociauxdémocrates, les fascistes apparaissaient comme des possédés frénétiques, regrou. pant les « extrémistes de droite pathologiques », incapables de diriger un Etat moderne. A plusieurs reprises ils prononcèrent l'idée qu'il fallait laisser Etier s'user au pouvoir. Après la première grande victoire électorale des nazis, 14 septembre 1930, lorsque le nombre des voix nazies passa de 800.000 à 6,5 millions, la presse social-démocrate expliqua que c'était la suprême victoire de Hitler, Après elle, il n'y en aurait plus d'autres ! Au lendemain du 6 novembre 1932, lorsque les nazis subirent un certain recul electoral, l'organe central de la social. démocratie allemande, Vorwärts s'écria: « Voilà dix ans que nous avons prévu la faillite du national-socialisme ; noir sur blanc nous l'avons écrit dans notre journal ». Un autre journal socialdémocrate, le Leipriger Volleszeitung éerivait le 21 janvier 1933, neuf jours avant la prise du pouvoir par Hitler: « Nous ne percevons plus que l'odeur de cadavre pourri: le fascisme est définitivement abattu ; il ne se relèvera plus ».

Le 25 avril 1932, le Vorwärts, de Berlin. écrivait : « Sans considérer les points de vue de la politique de l'Etat,

ERNATIONALE garantir le droit de propriété et le profit des couches monopoleuses décisives de la. bourgeoisie. Il s'agit donc d'une contre-révolution politique, en partie préventive, en partie tendant à éliminer les germes de démocratie ouvrière, révolutionnaire, qui existent au sein de la dé. mocratie bourgeoise. Pareille œuvre de conservation sociale ne peut réussir que dans sa partie négative, destructrice, à l'époque du déclin capitaliste. Comme Mussolini avant lui, Hitler a pu effectivement dissoudre les partis et les syndicats ouvriers, tuer ou briser des centaines de milliers de cadres ouvriers à travers l'Europe. La révolution prolétarienne fut rejetée vingt ans en arrière dans ces deux pays. Mais il n'a pu éliminer aucun des facteurs de déséquilibre et de crise structurelle de l'économie capitaliste. Ces facteurs ont joué pendant son règne, Ils sont apparus avec un relief beaucoup plus fort après sa chute. PU CONQUERIR LE POUVOIR ? ça peut être un devoir politique que de leur permettre (aux nazis) de prendre le pouvoir ».

Non moins frappante était l'incompréhension des dirigeants du P.C. alle. mand et des dirigeants de l'Internationale communiste stalinisée. Le 16 novembre 1930, la Rote Fahne, organe central du P.C.A., écrit : « Le 14 septembre a été le point culminant du mouvement national-socialiste en Allemagne. Ce qui vient ensuite, ça ne peut (!) être que recul et déclin ». Et Thälmann renchérit dans son rapport devant le 11° Plénum du Comité Exécutif de l'Internationale communiste: « Nous avions constaté froidement (!) et sérieusement (?) que le 14 septembre avait été dans une certaine mesure le meilleur jour de Hitler, qu suivi de jours meilleurs, mais de journées pires pour lui. La caractéristique que nous avions donnée sur le développement futur de ce parti s'est déjà vérifiée... Aujourd'hui, les fascistes n'ont plus aucune raison de se réjouir » Internationale communiste 1931, n° 17-18, p. 799 de l'édition allemande).

Qu'on oppose à ces manifestations d'inconscience, les durs rappels à l'ordre de Léon Trotsky: « Le fascisme est devenu un véritable danger en Allemagne... Celui qui veut le nier est un aveugle ou un bavard » (Le tournant du Komintern et la situation en Allemagne. septembre 1930).

D'ailleurs, dans la littérature stalinienne de l'époque foisonnent les définitions fausses et ridicules sur la nature du fascisme. La prime à ce sujet revient à Staline qui s'exprimait ainsi:

Le fascisme, c'est l'organisation de combat de la bourgeoisie qui s'appuie sur le soutien actif (!) de la socialdémocratie. La social-démocratie est objectivement Taile modérée du fascisme. Il n'y a pas de raison de supposer que ces formations de combat de la bourgeoisie puissent obtenir des

T succès décisifs dans des luttes ou dans Le gouvernement du pays sans le soutien actif (!) de la social-démocratie... Ces organisations ne s'excluent pas mutuellement (!) mais se complètent. Le fascisme est un bloc informe (h de ces deux organisations... La bourgeoisie ne peut se maintenir au pouvoir sans ce bloc (!) » (cité dans l'organe théorique du P.C. allemand. Die Internationale, février 1932, p.

Non moins brillante est cependant la perle suivante de Thälmann: « Une estimation correcte du fascisme hitlérien en Allemagne nous garantit contre Verreur (1) didentifier purement et simplement un gouvernement de Hitler avec une dictature fasciste ouverte (!) » (discours : « L'issue révolutionnaire. », du 19 fevrier 1932, p. 26). Dans la même verve, Thälmann endormit la vigilance des travailleurs en répétant à de nombreuses reprises que le fascisme ne pouvait pas arriver au pouvoir avec Hitler, puisque... il était déjà au pouvoir depuis longtemps ! Face à ces élucubrations criminelles, Trotsky lança, en novembre 1931 ‹Le fascisme doit_il vraiment vaincre ?) lavertissement suivant:

« Si les nazis allemands arrivaient au pouvoir, ils détruiraient avant tout la fine fleur du prolétariat allemand, ils écraseraient ses organisations, ils annihileraient sa foi en lui-même et dans son avenir. » ennemi qu'on n'estime pas à juste mesure ne peut être efficacement combattu. Aussi n'est-il pas étonnant que les deux grandes organisations ouvrières commirent les erreurs les plus grossières dans leur façon de combattre le nazisme.

Les sociaux-démocrates se contentèrent d'en appeler à.. l'Etat bourgeois, à sa police, à la cour de justice de Leipzig contre la violence fasciste. Systématiquement ils endormaient la vigilance des travailleurs avec le mot d'ordre : « Ne vous laissez pas provoquer ». Lorsque le principal bastion social-démocrate, le gouvernement social-démocrate de Prusse, fut dissous purement et simplement par von Papen, les dirigeants sociauxdémocrates reculèrent sans combat. Lorsque Hitler était déjà au pouvoir, mais. que les organisations ouvrières étaient encore debout, et que les masses réclamaient désespérément une action d'ensemble, les chefs responsables des principales villes d'Allemagne, du Reichsbanner, l'organisation de combat socialdémocrate, se rendirent en motocyclettes à Berlin, suppliant qu'on leur donne enfin l'ordre d'engager la lutte. On leur répondit : « Du calme ! Surtout pas de sang versé ». (D. Guérin, « Fascisme et Grand Capital », p. 138). En pratique, cela n'empêcha guère Hitler de verser le sang des ouvriers communistes et sociaux-démocrates. Seul le sang nazi se trouva ainsi épargné !

Tout aussi criminelle fut la politique stalinienne. Celle-ci avait pour thème central : le coup principal doit être porté •64

ERNATIONALE contre la social-démocratie. On ne peut proposer à la direction social-démocrate de front unique contre le fascisme. Il faut d'abord détacher les ouvriers SOciaux-démocrates de leurs chefs, avant de pouvoir battre les nazis.

« Le problème central de la politique communiste en Allemagne se trouve dans la question de diriger le coup principal contre le S.P.D. »

(Thalmann: « Quelques erreurs »,

Die Internationale, novembre-decembre 1931, P. 491).

« Le S.P.D., lui-même, est devenu aujourd'hui une force fasciste active. » (Die Internationale, mai 1931, p. 197.)

« Dans tous nos discours, nous avons parlé du front unique par en bas, et nous refusons tout remplacement de ce front unique par en bas par une politique de bloc avec la social-démocratie ». (Gottwald, discours final au 12º Plénum du C.E. de l'Internationale communiste, septembre

1932, Internationale Communiste.

n° 17, 1932, p. 1296, éd. allemande.)

« Sur la question posée dans sa brochure « Comment battre le national-socialisme? », Trotsky ne donne toujours qu'une seule réponse: « Le

K.P.D. doit constituer un bloc avec le S.P.D. »... Dans la constitution de ce bloc, Trotsky voit la panacée de la classe ouvrière allemande contre le fascisme: ou bien le P.C. constituera un bloc avec la social-démocratie, ou bien la classe ouvrière alle.

mande sera perdue pour dix à vingt ans (!)... Voilà la théorie d'un fasciste (!) complètement perdu contre-révolutionnaire. Cette théorie est la plus grave, la plus dangereuse et la plus criminelle des théories avancées par Trotsky au cours des années de sa propagande contre-révolution.

naire ». (Der Rote Aufbau, 15 février

1932.)

Il n'est que juste d'ajouter que, quand il était trop tard, le 5 mars 1933, l'Internationale communiste annula d'un trait de plume toutes ses théories des années passées et rejoignit la position de Trotsky pour passer tout de suite à l'autre extrême opportuniste, en écrivant :

« Le Comité exécutif de V'Internationale communiste invite tous les

Partis communistes à faire encore une tentative de réaliser le front unique avec les masses ouvrières socialesdémocrates par l'intermédiaire des partis sociaux-démocrates... En adoptant et en réalisant en pratique (pareille politique de front unique)... le

C.E. de l'Internationale communiste considère comme possible d'inviter les

P.C. de s'abstenir de toute attaque contre les organisations socialesdémocrates (!) pendant la période de la lutte commune contre le capital et le fascisme.»

Le retard de trois ans dans l'adoption de la politique de front unique par en haut et par en bas a été chèrement payé par les travailleurs allemands et par lUnion soviétique...

INT

IEM B

LE MYTHE DE LA CULPABILITE COLLECTIVE DU PEUPLE ALLEMAND

On a cherché a posteriori à trouver dans la « nature » du peuple allemand ou de la « race germanique militariste » les raisons de la victoire de Hitler. On a avancé le mensonge impudent que le peuple allemand aurait participé sans opposition, et même avec enthousiasme, aux entreprises barbares de Hitler en Burope et en U.R.S.S. Ces affirmations sont d'autant plus cyniques qu'elles sortent de la bouche de ceux qui, comme nous venons de le voir, portent eux-mêmes les plus lourdes responsabilités dans l'arrivée au pouvoir de Hitler. Le problème de ces responsabilités mérite cependant une analyse plus approfondie.

La vietoire de Hitler apparaît tout d'abord comme l'aboutissement d'un long processus - contre-révolutionnaire qui a commencé en 1918, dans lequel les forces réactionnaires que le prolétariat allemand avait été sur le point d'écraser en novembre 1918 furent systématiquement restaurées : reconstruction de la Reichswehr, des formations des Freikorps, ces noyaux autour desquels se constitueront les S.A. et les S.S., de la puissance du capital monopoleur, bailleur de fonds des nazis. La responsabilité première cette restauration incombe à la socialdémocratie allemande qui étoufla, Taide de ces forces, la révolution allemande, et fut balayée par elles dès qu'elles n'eurent plus besoin de sa. couverture. Personne d'autre que Léon Blum lui-même a prononcé un verdict à ce sujet :

« La plus grave erreur de la socialdémocratie, à mon sens, est de n'avoir pas profité de sa toute-puissance temporaire, au lendemain de la guerre et de la révolution politique, pour exercer une véritable dictature prolétarienne (!); si les formes et les cadres de lAllemagne impériale peuvent se reconstituer aujourd'hui, c'est gu'en

Jait ils navaient jamais éte rompus, et ta dictature du prolétariat, prolongée pendant le temps nécessaire, pouvlat seule les rompre. » (Le Populaire,

8 août 1932.)

Il est vrai qu'un dirigeant de la socialdémocratie allemande pourrait rétorquer à feu Léon Blum (et aussi à Maurice Thorez) : « Si les formes et les cadres de la dictature vichyste, de la synarchie, peuvent se reconstituer aujourd hui, autour de Pinay-Flandin et de de Gaulle, c'est que vous n'avez pas tiré profit de votre toute-puissance temporaire en juin 1936 puis en septembre 1944, pour les briser à tout jamais, au besoin en instaurant la dictature ouvrière...»

La victoire de Hitler fut une conséquence directe de l'exacerbation des sentiments chauvins des classes moyennes allemandes par suite de la politique de rapine de l'impérialisme français. Traité de Versailles, l'occupation de la Ruhr par Poincaré et le slogan: « Le Boche payera! » se trouvent au moins autant à la base de la victoire nazie que les crimes de Noske et d'Obert, et que l'imbécile théorie du « social-fascisme » de Staline.

A ce sujet aussi nous pouvons citer des témoins bien vus de la meilleure société, notamment feu Louis Lévy, qui écrivit dans le même numéro du Populaire, du 8 août 1932 :

« Si l'Allemagne tourne aujourd'hui le dos à la démocratie, la faute en

Best avant tout à la politique de nos gouvernants, aux Poincaré, aux Tardieu, aux Laval..»

La principale responsabilité dans l'arrivée au pouvoir de Hitler incombe cependant aux magnats de l'industrie lourde et de la grosse finance allemande euxmême. Au moment où l'on vient de libérer un Krupp ; au moment où les mêmes forces disposent de nouveau d'un pouvoir économique et politique complet en Allemagne occidentale, il n'est pas inutile de rappeler les étapes précises par lesquelles le capital monopoleur a conduit son Führer au pouvoir.

Deux dirigeants de l'industrie d'acier allemande ont joué un rôle prépondérant dans la préparation de la prise du pouvoir nazie: Fritz Thyssen, le principal actionnaire du trust d'acier Vereinigte Stahlwerke, et Emil Kirdorf, traditionnel « patron de combat », dont les multiples intérêts se trouvaient autant dans le domaine de l'acier que dans celui du charbon et de la métallurgie. Thyssen, qui, plus tard rompit avec Hitler, décrit en détails l'aide financière qu'il accorda aux nazis ainsi que les manœuvres qu'il entreprit pour obtenir l'appui de toute l'industrie lourde en leur faveur, dans son livre « I paid Hitler », publié par Emery reves Parrar et kinehart, New-York 1942). Quant à Kirdorf, il déclara le 1er mai 1936 :

- « Lorsque je repense à ma vie, je ne saurais asses rendre grace à Dieu qu'il m'avait donné une longue vie... et m'ait permis ainsi de venir en aide au moment opportun à notre Führer bien-aimé. » (Guérin: Fascisme et Grand Capital, p. 48.)

L'aide que ce pieux patriote accorda à son Führer ne consistait pas seulement en prières, mais aussi en pièces sonnantes, environ un demi-million de reichsmarks par an à un moment où la plupart des autres magnats se montraient encore assez réticents.

Le grand moment pour Hitler vint le 26 janvier, lorsque Thyssen organisa pour lui une réunion d'industriels et banquiers au Industrieklub à Düsseldorf. Son discours « fit une profonde impression sur les industriels rassemblés, et par la suite un nombre de grandes contributions financières commençaient à affluer des ressources de l'industrie lourde » (« ] paid Hitler », p. 101). Le lendemain de cette réunion, trois magnats de l'acier, Fritz Thyssen, Ernst Pönsgen et Albert Vogier (president de l'association des

M B

E hauts-fourneaux allemands; directeur de la Vereinigte Stahlwerke; président du Conseil d'administration de la Gelsentironener Bergwerks A.G.) eurcht une rencontre privée avec Hitler, Goering et Röhm (chef des S.A.), à loccasion de laquelle on discuta notamment de la politique à suivre en matière ouvrière, au cas où Hitler prendrait le pouvoir.

Mais la transmission directe du pouvoir à. Hitler eut des causes encore plus directement, * mesquinement » maté.

rielles, Frappés durement par la crise économique, les cercles supérieurs des classes dominantes allemandes eurent recours à un véritable pillage de l'Etat pour renflouer leurs affaires. Deux seandales surtout furent connus: le seandale de la Osthilfe, et celui de la Gelsenkirchener Bergwerks A.G. Dans le premier cas, sous prétexte de venir à l'aide de la paysannerie ruinée par la baisse des prix agricoles, l'Etat accords d'énormes crédits sans gages ni garanties aux gros propriétaires fonciers, les Junkers, de l'Allemagne orientale ; des personnes dans l'entourage immédiat du président de la République, le maréchal von Hindenburg, étaient impliquées dans ce scandale, notamment son propre fils. Dans le second cas, le magnat de l'acier Flick, proche de la banqueroute, se sauva en vendant à l'Etat son paquet d'actions de la Gelsenkirchener Berywerks A.G. à 90 % de leur valeur nominale, alors que leur cours en Bourse ne s'élevait qu'à 22 % de cette même valeur ! Les deux scandales eurent un retentissement énorme ; et une Commission d'enquête parlementaire fut instaurée pour établir les responsabilités. Il s'agissait d'empêcher tout prix les conclusions de ces travaux; dans une réunion organisée par Thyssen entre les magnats de l'acier et Hitler, celui-ci promit de couvrir les scandales. La voie était libre pour la prise du pouvoir. Cependant, aux élections de novembre 1932, le Parti nazi avait subi un grave recul; une forte crise financiere secoua l'organisation ; Goebbels écrit dans son journal que la situation paraissait désespérée. C'est alors qu'un autre magnat capitaliste, le

Lorsque le drapeau à croix gammée flotta sur l'Allemagne, la première résistance et, pendant des années, la seule qui s'opposa à la dictature nazie, fut celle des militants ouvriers allemands. Pendant cinq ans, les seuls à remplir les camps de concentration nazis, à part les Juits, furent les communistes et socia. listés allemands. Alors que généraux, politiciens et industriels occidentaux, sans parler des bureaucrates soviétiques, mirent à de nombreuses reprises leurs mains dans les mains sanglantes des bourreaux nazis, la terreur règna en Allemagne. La résistance ouvrière fut réprimée dans des flots de sang, mais de nouvelles équipes de résistants se levèrent chaque fois à nouveau. EN MARS 99 baron von Schroeder, intervint pour sauver la situation; le 4 janvier 1933, il organisa la rencontre décisive entre Hi.

tler et von Papen qui amena les Junkers à faire pression sur Hindenburg pour nommer Hitler chancelier du Reich; immédiatement après cette rencontre, mie série de magnats industriels paya million de RM pour le soutien particuller des S.S.

A peine Hitler était-il arrivé au pouvoir qu'il organisa de nouvelles élections.

C'étaient les semaines décisives pendant lesquelleg le mouvement ouvrier fonctionnait encore en semi-légalité, sa force non brisée. Hitler et Goering rassemble.

rent le 20 février 1933 la plupart des magnats industriels. Hitler déclara :

« L'entreprise privée ne peut êtra maintenue à l'époque de la démocratie; elle n'est concevable que si le peuple a une idée juste de l'autorité et de la personnalite. » (Trials of War Crminals before the Nürnberg Milltary Tribunals, Volume VI, The Flick Case, p. 43-44 ; Washington 1952, Government Printing Office.)

A l'appel de Goering, les industriels présents versèrent 3 millions de RM au fonds électoral des nazis...

Ajoutons que les proces de Nurenberg revelerent le rôle particulièrement odieux des grands capitalistes dans l'organisation d'un appui particulier à Himmler et aux S.S. Des représentants des trusts Vereinigte Stahlwerke, I.-G. Farben, Siemens-Schuckert, Rheinmetall Borsig, Braunkohle, Benzin A.G., etc, et des ban. ques Deutsche Bank, Dresdner Bank, Commerz et Privatbank constituèrent un « Freundeskreis des Reichsführer S.S. » (Cercle d'Amis du Chef des S.S.). Le rôle principal de ce Cercle fut de verser annuellement environ 1 million de RM sur un compte spécial « S » à la banque J.-H. Stein, de Cologne (la banque du baron von Schroeder) « pour être utilisé pour certaines tâches en dehors du budget »! (The Flick Cas, pp. 270-271). Quelques-uns des pires crimes contre 'humanité ont été préparés avec. les fonds de ce « compte special »... 1933, LORSQUE HITLER EUT DEJA CONQUIS LE POUVOIR, IL N'OBTINT QUE 3 % DES VOIX AUX ELECTIONS DES COMITES D'ENTREPRISE! C'est la mesure exacte de « l'appui » que lui accorda le prolétariat allemand, et la limite à laquelle se restreint sa « culpabilité ».

Malgré la terreur, malgré la démoralisation terrible causée par la collaboration de tous les puissants du monde avec le dictateur nazi, la résistance ouvrière ne fut jamais éteinte. En janvier 1940, à Berlin seul, la Gestapo arrêta 47 personnes pour menées subversives de gauche (marxistes). En 1941, au moment des victoires nazies les plus éclatantes, plus de 11.000 personnes furent

COMMENT FUT BRISEE LA RESISTANCE OUVRIERE ALLEMANDE

COMMENT FUT BRISEE LA RESISTANCE OUVRIERE ALLEMANDE

UAT R I E M E IN arrêtées en Allemagne par la Gestapo pour activité subversive marxiste et plus de 26.000 journaux et publications clandestines saisies. (Günther Weisenborn : « Der lautlose Aufstand », Rowohlt Verlag Hamburg 1953).

Si la ouvrière finit par s'épuiser finalement en Allemagne — sans d'ailleurs jamais s'arrêter complètement - cela est dû à deux facteurs: les succès internationaux de Hitler d'une part, la politique des directions ouvrières de l'autre.

Jusqu'à l'éclatement de la deuxième guerre mondiale, les dirigeants de la bourgeoisie internationale ont tout entrepris pour maintenir des relations amicales avec Hitler. Les concessions qu'ils n'avaient jamais voulu faire à des gouvernements sociaux-démocrates, ils les firent sans hésitation au gouvernement nazi. Chaque « coup » de Hitler réussit ; bien plus, après sa victoire la plus retentissante, l'accord de Munich, la Fédération des industriels britanniques conclut un accord de collaboration intime avec la Fédération patronale allemande. Rien d'étonnant à ce que la classe ouvrière allemande, épuisée et terrorisée après tant de pertes, finisse par se sentir impuissante contre un régime qui obtenait des succès face au monde entier!

Encore à la veille de la deuxième guerre mondiale, lors de la crise des Sudètes, l'opposition à la guerre était puissante en Allemagne; l'état-major en était tellement conscient qu'il prépara même un coup d'Etat:

« Le 27 septembre 1938, Hitler de retour à Berlin ordonna que les troupes du général von Witzleben défi. lent avec armes et bagages de guerre à travers les rues de la capitale en une marche de propagande afin de relever le moral de la population. Mais les masses qui pensaient que les régiments et les batteries qu'elles voyaient passer se rendaient à la gare pour être transportées (aux frontières) parce qư'on était à la veille de la guerre, reçurent les soldats avec un silence lourd et inquiet. Hitler vit les soldats passer par la Wilhelmsstrasse où il y avait à peine quelques applaudissements. Il était furieux. Il était impossible de mener la guerre DU FASCISME

Dans le cauchemar du nazisme, il y a des traits fondamentaux de notre époque qui apparaissent à côté de traits occasionnels.

Ce qui est fondamental, c'est l'incompatibilité croissante entre un capitalisme dénué de réserves, menacé dans ses pro. fits, exposé à des contradictions de plus en plus aiguës, et un mouvement ouvrier puissamment charpenté qui peut organiser une farouche contre l'offensive du patronat. Ce gui est occasie de ces son po- Ce qui est occasionnel, c'est la person-

Hitler, son pro-

Avec pareil peuple, dit-il à Goeb›els. » (Walter Gorlitz, Der deutsche Generalstab, p. 480, éditions Frankfurter Hefte 1950.)

Mais l'accord de Munich fut le coup mortel pour toute résistance intérieure au nazisme en Allemagne.

Il ne faut pas non plus sous-estimer le coup terrible porté à cette résistance, dans les milieux communistes plus restreints, par l'accord Hitler-Staline, et les appels d'Ulbricht au prolétariat allemand « de défendre l'alliance avec l'Union soviétique contre les milieux réactionnaires (!) ».

La série ininterrompue des défaites internationales du mouvement ouvrier (Autriche et Espagne, 1934 ; Espagne et France, 1938) renforça le sentiment d'impuissance des masses allemandes sur lesquelles pesait le poids principal de la dictature nazie. En ce sens, la responsabilité des dirigeants sociaux-démocrates et staliniens internationaux est très lourde. Sous prétexte d' « unir les forces democratiques contre le fascisme » ils subordonnèrent le mouvement ouvrier à la bourgeoisie impérialiste occidentale qui ne voulait pas combattre réellement les nazis et provoquèrent ainsi la vietoire facile de Hitler sur toute l'Europe « démocratique ». Pour engager une véritable lutte contre le fascisme, il eût été nécessaire, comme le démontre le seul exemple victorieux, celui de la Yougoslavie, de liquider l'armature vermoulue de l'Etat bourgeois, et de créer un nouveau pouvoir vraiment populaire, l'ossature d'un Etat ouvrier basé sur les comités. Les germes d'une telle évolution étaient présents en Espagne, en France et en Belgique, en 1936. Pour ne pas « effrayer » la Cité de Londres, on les étouffa. La note de ce crime fut présentée le 10 mai 1940.

Ajoutons finalement que la façon dont la social-démocratie internationale et le stalinisme intervinrent dans la deuxième guerre mondiale, se plaçant sans réserve sur le terrain de la politique de « reddition inconditionnelle », appuyant et élaborant même des projets d'occupation, de démembrement et de réparatión aux trals de Allemagne, n'était pas propre a permettre au mouvement ouvrier allemand de reprendre le chemin de la lutte active... (2). A L'ETAT FORT gramme raciste, la persécution des Juifs, la « percée » d'une bande de condot_

(2) Au procès de Nuremberg il rut révélé que le 7 novembre 1943 se tint a Munich une réunion des chefs de province et de district du Parti (en même temps principaux fonetionnaires d'Etat dans ces circonscriptions). dans laquelle le chet d'état-major général de l'Armée, Jodl, prononça un discours qui debuta ainsi: « Le défaitisme et les fausses nouvelles se répandent parmi les habitants de vos circonseriptions. Le trouble apparait d'up bout à l'autre du pays. Tous les pleutres cherchent une issue... ».

T résistance résistance

UATRIE MB IN T tiere plébéiens se mélangeant à la fine fleur de la société bourgeoise.

Ce qui est à la fois fondamental et occasionnel, c'est la forme particulière qu'a prise la dictature nazie : dictature d'un parti unique expropriant politiquement toutes les classes de la nation, y compris la bourgeoisie et ses partis, pour permettre l'exercice du pouvoir indirect (mais non moins efficace) des grands monopoleurs. C'était fondamental, parce que cela correspondait aux besoins particuliers de l'impérialisme allemand aux étouffant dans les lancé dans une dernière tentative désespérée pour conquérir seul la domination sur une grande partie du globe. C'était occasionnel, parce que des formes déterminées de dictature sanglante deviennent de plus en plus indispensables à l'impérialisme, même si celui-ci n'agit plus indépendamment mais en bloc avec ses partenaires-concurrents, face à la menace des pays et des forces anticapitalistes.

C'est en ce sens qu'il n'existe aujourd'hui aucune menace fasciste directe en Durope. Aucune des bourgeoisies européennes — ni la bourgeoisie française, ni la bourgeoisie allemande, sans parler de la bourgeoisie italienne ou de celle de pays plus petits - n'a les moyens d'une politique impérialiste indépendante sur l'échiquier mondial. Leurs appétits se résument, en réalité, dans le partage des miettes et des dons de l'Oncle Sam, et dans l'espoir d'une bonne part des dépouilles d'une Russie et d'une révolution coloniale défaite (pour le cas très improbable d'une telle défaite). Parce que la stratégie bourgeoise dans tous ces pays est une stratégie dans le cadre de l'alliance atlantique, il est inconcevable que le capital monopoleur puisse porter au pouvoir des forces ouvertement fascistes dans un avenir proche. Comme d'autre part, la situation économique ne pouvant se détériorer au point des années 1929-1933 — c'est précisément pour éviter une telle crise que l'impérialisme américain s'apprête à déclencher la guerre - les préconditions objectives pour une exacerbation du désespoir de classes moyennes à si grande échelle ne seront également pas données.

Par contre, les mêmes raisons qui impliquent cette absence d'un danger fasciste proprement dit dans l'immédiat en Europe impliquent l'existence du danger croissant de l'Etat fort pour la classe ouvrière. La préparation à la guerre, le fardeau croissant imposé au prolétariat, a resistance croissante de la classe ourrière contre toute la politique impérialiste imposeront à - la bourgeoisie, patronée par l'impérialisme yankee, de multiples tentatives pour mutiler ou éliminer pratiquement le mouvement ouvrier, pour diminuer sa capacité de réaction et paralyser la capacité de résistance de la classe ouvrière.

Dans limpasse où a abouti le parlementarisme bourgeois du point de vue de la bourgeoisie, et devant l'impossibilité de recourir tout de suite à la die68

ERNATIONALE tature fasciste, la bourgeoisie a cherché à maintenir la forme parlementaire en la vidant de son contenu dangereux: la puissance parlementaire du mouvement ouvrier. Par différents subterfuges (systèmes de listes combinées, élections plusieurs tours, apparentements, systèmes où chaque électeur dispose de plusieurs voix, fixation arbitraire du nombre des députés accordés à un pourcentage déterminé de voix) le suffrage universel plus ou moins équitable a été, en fait, aboli en Grèce, en Italie, en France et est en train de l'être en Allemagne. Une partie importante des électeurs se trouve dorénavant privée de représentation parlementaire. En Italie, une première réforme électorale injuste, instaurant un système d'apparentement, s'étant avéré insuffisante, on a élaboré une deuxième « réforme ». En France, également, la bourgeoisie cherche à préparer pareille deuxième « réforme ».

Pendant la période précédente, le personnel dirigeant bourgeois en Europe était axé sur les partis du « centre ». Les partis sociaux-chrétiens apparaissaient comme les principales formations politiques de toute une série de pays (Allemagne, Autriche, Italie, Beigique, Hollande, partiellement aussi la France). Ces partis étaient capables d'opérer des renversements d'alliance, s'alliant tantôt avec la social-démocratie, tantôt avec la droite traditionnelle.

Plus les contradictions de classe s'accentuent et poussent l'ensemble du mouvement ouvrier dans l'opposition, et plus la direction bourgeoisie doit se reconstituer. Le sens de cette reconstitution est un déplacement vers la droite ; l'alliance avec la social-démocratie commence à être définitivement éliminée ; et à côté de la droite classique apparait en puissance l'extréme-droite participant a la coalition gouvernementale.

L'opération est conduite sous différentes formes en différents pays. En Allemagne, l'affaire Naumann a prouvé que de véritables forces nazies ont profondément pénétré dans deux des partis de la coalition de Bonn, la F.D.P. et la Deutsche Partei, dominant des parties entières de ces organisations. En Belgique, le Parti social-chrétien n'a obtenu et ne maintient une difficile majorité au parlement que grâce à l'appui critique que lui accordent les nazis flamands. En France, le gouvernement Mayer a été le premier cabinet de la Quatrième République arrivé au pouvoir grâce aux députes du R.P.F. En Autriche, le président du parti populiste, Raab, qui est en même temps le président de la Chambre des industriels et commerçants, a cherché à remplacer la coalition avec la socialdémocratie par la coalition avec les independants néo-fascistes, après les dernières élections. En Italie, la nouvelle électorale prépare la coalition des sociaux-chrétiens avec les monarchistes d'extrême-droite.

Ce changement n'est nullement symbolique. Il a pour but de mettre au point une législation antisyndicale et antigré-

Q UATRIEME I N viste qui, le cas échéant, pourrait se heurter à la résistance non seulement du P.C. et du P.S., mais même de certains milieux syndicalistes chrétiens, et contre lesquels des appuis plus énergiques doivent être trouvés. Où donc les trouver sinon dans les milieux néo-fas. cistes et semi-fascistes qui, sans pouvoir accéder au pouvoir joueront ainsi le rôle d'aile marchante du bloc réactionnaire ?

Mais les projets bourgeois ne suffisent pas en eux-mêmes pour décider de l'évolution politique.

Contrairement à la conjoncture d'il y a vingt ans, nous ne vivons pas dans une époque de recul, mais de montée de la revolution mondiale. Contrairement a la conjoncture d'il y a vingt ans, la classe ouvrière n'a rien perdu de sa capacité de riposte aux attaques de la réaction. La classe ouvrière trouve et trouvera des ressources multiples pour réaliser

TERNATIONALE cette riposte au besoin en passant outre au conservatisme inné de ses directions traditionnelles.

Préparer, organiser, faciliter une telle riposte, c'est aujourd'hui une tâche de tous les militants révolutionnaires. C'est appliquer les leçons tragiques de l'arrivée au pouvoir d'Hitler.

Comme le fascisme, l'Etat fort menace le mouvement ouvrier dans son existence même. Comme le fascisme, l'Etat fort ne peut être arrêté sans une politique de Iront unique, sans l'abandon de tout crétinisme parlementaire, sans l'élargissement et la généralisation des luttes ouvrières défensives en un assaut général contre le capital.

Plus que jamais, le dilemme devant lequel est placé le prolétariat européen n'est pas: démocratie ou dictature. Il est : dictature de la bourgeoisie ou conquête du pouvoir par le prolétariat.

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