Documents de la IVe Internationale

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La revue › vol. 11, n° 5-7

La chute de Beria

Quatrième Internationale, vol. 11, n° 5-7 · mai-juillet 1953 · p. 14-16 · 1 144 mots

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La chute de Beria, quelques mois à peine après la mort de Staline et sa promotion à la seconde place du triumvirat qui paraissait avoir succédé alors au Chef, est le premier signe éclatant de la lutte fractionnelle à laquelle se livrent les différents éléments de la « direction collective », ainsi que de l'instabilité de celle-ci.

Dans quelle mesure cette lutte fractionnelle correspond-elle, non seulement à des rivalités de personnes pour le pouvoir exclusif, mais à de véritables divergences de vue, caractéristiques de telle ou telle couche de la bureaucratie, et surtout de tel ou tel courant de masses s'exprimant de manière déformée à travers telle ou telle couche et personnalité dirigeante de la hureaucratie, il n'est pas possible de l'établir concrètement.

L'accusation qui est actuellement dressée contre Beria comportel plusieurs motifs, dont certains contradictoires, et qui pourraient bien comme c'était jusqu'à présent Y'usage dans la bureaucratie, n'être qu'un camouflage des véritables motifs de sa disgrâce, et même complètement le contraire. Beria est principalement aceusé d'avoir voulu mettre l'appareil du Guepeou au-dessus du parti et du gouvernement, et de s'en servir pour le pouvoir personnel. En second lieu d'avoir freiné ou déformé l'application des mesures concernant la libéralisation du régime sur le plan juridique et d'autres mesures « très importantes » et urgentes concermant l'agriculture ; d'avoir semé l'hostilité parmi les peuples de PU.R.S.S. et activé « les éléments nationaux-bougeois dans les Républiques soviétiques ». Dans son bilan global, la politique de Beria est caractérisée de capitularde devant l'impérialisme et pouvant, au cas où il lui arriverait de capturer le pouvoir, amener la restauration du capitalisme en U.R.S.S. 14 est possible que Beria ait été effectivement tenté d'utiliser le pouvoir du Guepeou qu'il contrôlait contre ses coéquipiers, ou contre une coalition d'entre eux englobant Malenkov, ou que ceux-ci aient eu véritablement peur d'une telle éventualité dans un proche avenir et aient décidé d'agir les premiers.

Be au, pour un certai temps encore, restera obseur, ce sont les motits préci

'un tel heurt brutal, si peu de temps apres la formation de la « cireecion couer tive »

Quant aux autres chefs d'accusation, leur sens pourrait être le suivant: En affirmant que Beria bloquait la libéralisation juridique du régime, ses vainqueurs s'approprient la popularité de mesures déjà prises dans ce sens et se préparent à en annoncer d'autres. (Peut-être lors de la session du Soviet Suprême où ils présenteraient entre autre la réforme du code pénal.)

En ce qui concerne les nationalités, leurs allusions actuelles à une politique Beria favorisant les « éléments nationaux-bourgeois » dans les Républiques soviétiques, peuvent signifier (mais ce n'est pas certain) un pas en arrière qui limitera dans l'immédiat, sans l'annuler, le processus amorcé de dérussification.

En ce qui concerne les questions « très importantes et urgentes de l'agriculture » dont la solution fut paraît-il bloquée par Beria, l'équivoque subsistera jusqu'a la connaissance d'éléments nouveaux plus précis. Mais il se peut que soit reprise toute la discussion commencée du vivant de Staline et ensuite provisoirement tranchée par lui-même l'orientation de l'économie agricole, le rythme de la mécanisation, l'évolution des kolkhoz, la question des agrovilles.

Enfin, ayant éclaté à la suite des événements de Tchécoslovaquie et surtout d'Allemagne orientale, l'affaire Beria peut avoir agi au sein de la direction bonapartiste de la bureaucratie dans le sens d'un raidissement relatif de ses rapports avec l'impérialisme, à la fois pour reprendre mieux en main la situation intérieure et faire acte de force envers l'extérieur.

Mais de toute manière, la chute de Beria ne renverse pas le sens général de la nouvelle politique appliquée aussi bien intérieurement en U.F.S.S. que dans le glacis, après la mort de Staline.

Les mesures prises dans ces domaines afin de donner l'impression d'une « libé: ralisation » du régime, ainsi que les concessions économiques, juridiques, politiques réelles accordées aux masses, se maintiennent.

Certaines des concessions faites en Allemagne orientale et surtout les concessions très importantes faites en Hongrie et en Tchécoslovaquie se placent après la date supposée de l'arrestation de Beria (aux environs du 20 juin).

D'autre part, l'annonce déjà faite à Moscou d'une modification du nouveau plan quinquennal dans le sens d'un accroissement de la production des moyens de consommation et des industries correspondantes, et l'accent placé plus particulièrement sur le bien-être des masses soviétiques, datant de juillet 1953.

Un autre point clair de cette affaire est que la chute de Beria — à supposer qu'il était le candidat le plus pressé à un pouvoir bonapartiste personnel — n'a pas pour autant automatiquement donné lieu symétriquement au pouvoir personnel d'un autre, en l'oscurrence de Malenkov. Beria fut vaincu par une coalition qui désire maintenir le « principe » de la « direction collective » impersonnelle du parti et la propagande contre « le culte du Chef », et dans laquelle on a voulu associer, entre autres, les représentants de l'armée. Ce dernier élément que le Kremlin s'est efforcé de mettre bien en valeur est très important.

Dans la mesure où le Guepeou, soutien principal du règne bureaucratique sur les masses, plus particulièrement depuis la réhabilitation des médecins, fut l'objet d'attaques incessantes culminant maintenant dans la chute de son chef Beria, le régime bureaucratique est obligé de faire appel à l'autre instrument de coercition qu'est l'armée, afin de pouvoir à la fois maitriser toute menace qui pourrait venir du Guepeou (et probablement pour réussir l'arrestation de Beria) et limiter son débordement éventuel par les masses.

Celles-ci ne pouvaient que se sentir considérablement encouragées par les coups objectivement portés à la tonetion même de la police.

Les modalités de la chute de Beria sont dans la pure tradition stalinienne. Elles démontrent à la fois l'instabilité et la crise de la direction « collective », reflétant en définitive les énormes pressions de classe qui sexercent sur elle et l'impossibilité pour la bureaucratie de résoudre cette crise, en recourant à des moyens de légalité démocratique dans ses propres rangs. Elles démentent toute illusion sur la possibilité d'une évolution à froid vers la démocratisation réelle du régime et présage une période relativement longue de heurts, de luttes interbureaucratiques et d'explosions dramatiques, avant que les masses imposemt par leur force le renversement complet du règne bureaueratique.

Reste encore une question : Y aura-t-il un procès et des « aveux » de Beria, ou bien ces moyens ayant fait définitivement faillite et l'homme étant capable de tenir au procès un langage Peu conforme à la tradition, disparaitra-t-il sans procès public ?

De toute manière les post-staliniens ne pourraient mieux agir maintemant pour ébranler jusqu'au tréfonds tout l'édifice stalinien en U.R.S.S., dams les « démocraties populaires » et les Partis communistes, qu'en procédant aux mesures de libéralisation et à des concessions aux masses et qu'en truffant, en même temps, cette politique générale à laquelle la pression des masses les contraint, par des intermèdes aussi spectaculaires que sordides comme l'affaire Beria.

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