Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

La revue › vol. 11, n° 2-4

Paul Frölich

Quatrième Internationale, vol. 11, n° 2-4 · février-avril 1953 · p. 13-13 · 1 002 mots

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Un des derniers survivants de l'ancienne génération révolutionnaire allemande, élève de Rosa Luxembourg et dirigeant du mouvement communiste allemand au lendemain de la révolution de 1918 vient de mourir avec Paul Frölich. Sa mort, survenue à Francfort le 16 mars 1953 après une brève maladie, constitue une grande perter pour le mouvement ouvrier international.

Journaliste et historien très doué, Paul Frölich milita dès les premières années du siècle au sein du Parti social-démocrate allemand et de la Jeunesse socialiste d'Allemagne. Il fut l'un des jeunes disciples de Rosa Luxembourg qui constituèrent le noyau de l'extrême-gauche révolutionnaire. Rédacteur en chef de journaux socialistes de plusieurs grandes villes d'Allemagne, Frölich rencontre de nombreux représentants de la gauche socialiste internationale, notamment Léon Trotsky qui exerça une influence profonde sur sa pensée et dont il adopta les grandes lignes de la théorie de la révolution permanente.

C'est au cours de la première guerre mondiale que Frölich commença à jouer un rôle politique important. Avec Knief, il fonda à Brême l'hebdomadaire révolutionnaire Arbeiterpolitik qui défendit la ligne intransigeante de l'internationalisme el du marxisme révolutionnaire, face aux chefs sociaux-patriotes du parti démocratique. Karl Radek fut un collaborateur régulier de cet organe et, sous son influence, Frölich prit une orientation politique presque en tout point conforme à celle des bolcheviks, notamment en ce qui concerne les problèmes tactiques sur lesquels des divergences existaient entre Lénine et Rosa Luxembourg. Le groupe des « radicaux de Brème » eut sa propre représentation à la conférence socialiste internationale de Kienthal, en 1916, et ce fut Frölich qui l'y représenta. Il s'y rangea aux côtés de la « gauche de Zimmerwald », le noyau de la future IIIe Internatioraie. Lorsqu'au lendemain de l'éclatement de la révolution allemande, le Spartalusbuna de Karl Liebknecht et de Rosa Luxembourg se transforma en Parti Communiste Allemand, le groupe de Brême fusionna avec lui au Congrès de fondation, et Paul Frölich fut élu membre de son premier Comité Central

Entre 1919 et 1923, Frölich fut parmi les dirigeants les plus en vue du Part. Communiste allemand, exerçant à plusieurs reprises la fonction de rédacteur en chef de la Rote Fahne, Torgane central du P.C.A., et de Die Internationale, son organe théorique. En 1921, il dirigea, avec Auguste Thalheimer la délégation allemande au 3º Congrès de l'Internationale Communiste. Il y défendit la tactique dite * de loffensive révolutionnaire » qui essaya de justifier l'insurrection avortée de mars 1921. Par la suite cependant, il se plaça à l'aile droite du Parti qui le dirigea au cours de l'année décisive de 1923. Lorsque, après la défaite d'octobre 1923 cette aile perdit la direction du Parti et que ses dirigeants Brandler et Thalheimer turent retenus pendant des années à Moscou, Frolich en devint le principal repré sentant idéologique en Allemagne. Bien qu'élu à la Diète de Prusse en 1925, sa principale activité ne s'exerça plus, pendant cette période, dans le domaine de la vie politique quotidienne. Il fut en effet chargé par la direction du Parti d'éditer les Œuvres Complètes de Rosa Luxembourg, tâche à laquelle ses qualités de disciple intime de la grande révolutionnaire et d'historien remarquable le prédestinerent. Grâce à ce travail, 5 volumes de ces Cuvres Complètes ont vu le jour, avec des introductions importantes de Frölich lui-même. Malheureusement, cette œuvre resta inachevée par suite de l'arrivée au pouvoir des nazis; une collection unique d'articles de journaux de Rosa Luxembourg dut être abandonnée par lui à Berlin. Il fut député communiste au Reichstag de 1920 à 1924 et de 1928 à 1930.

En 1928, Frölich fut exclu avec Brandler et Thalheimer du P.C. allemand et de l'Internationale Communiste. Il participa d'abord à l'organisation de l'Opposition du Parti Communiste (K.P.O.), groupement communiste de droite qui s'efforça de constituer une organisation internationale de communistes de droite. Lorsque so produisit en 1931 une scission dans le parti social-démocrate allemand, la gauche dirigée par Seydewitz et Rosenfeld étant exclue, et que le Parti Ouvrier Socialiste (S.A.P.) fut constitué, Frölich dirigea un groupe du K.P.O. qui fusionna avec le S.A.P. et fut bientôt amené à prendre en mains la direction de ce nouveau parti. L'arrivée au pouvoir de Hitler arrêta les possibilités de développement de ce groupement. Frölich fut arrêté en mars 1933 par les nazis mais il réussit à s'enfuir. Il émigra en France où il continua à diriger le S.A.P., jusqu'à ce que celui-ci se désintègre sous la pression de ses propres contradictions, avant tout de l'orientation mc-stalinienne de l'aile Walcher.

Après l'éclatement de la guerre, Frölich émigra aux Etats-Unis d'où il rentra R12 Allemagne il y a deux ans.

Les principaux écrits de Frölich sont des écrits historiques. Mentionnons, à côté de beaucoup de livres et de brochures édités en allemand, en russe et en d'autres iangues, une excellente histoire des luttes de classe révolutionnaires en Aliemagne : 10 Jahre Krieg und Bürgerkrieg (10 années de guerre et de guerre :civile). Son ouvrage principal reste sa magistrale Biographie de Rosa Luxembourg, parue en 1937 et dont une traduction anglaise connut un grand succès. Espérons que cet important ouvrage, le meilleur jusqu'à maintenant sur la merveilleuse personnalité et la révolutionnaire exemplaire que fut Rosa, trouvera bientôt une édition en langue française. Pendant plusieurs années il travailla à une histoire de la Révolution française. Il l'avait presque achevée quand survint sa mort. li visait à y revaloriser le rôle des Jacobins, de Robespierre en particulier:

Paul Frölich réunissait en lui les qualités les plus nobles de sa génération, qui fut la grande génération du mouvement révolutionnaire allemand. Il joignait une couceur humaine touchante a un grand esprit de responsabilité et à la rigueur scientifique pleine de scrupules de sa pensée. Il avait hérité de Rosa l'intransigeance sur les principes fondamentaux du marxisme, la compréhension du mouvement rée) des masses, une grande confiance dans les capacités créatrices du prolétariat, mais aussi une certaine sous-estimation du rôle organiateur du parti révolutionnaire. De tous les leaders communistes allemands d'entre les deux guerres, il fut le plus marxiste dans le sens profond du mot.

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