Fira L'affaire
Depuis plusieurs semaines, le P.C.F. est privé de politique ferme. La direction a interrompu la Conférence nationale en apprenant la mort de Staline. La répres sion récente l'a surprise.
Toute une série d'événements ont placé l'affaire Marty-Tillon l'arrière-plan. Tillon renvoyé à la base avait été sommé par la direction de s'exprimer sur le compte de Marty; mais pour l'instant il n'y a pas de suite.
En ce qui concerne Marty, il vient de paraître une brochure contenant trois documents adressés par Marty entre les C.C. de septembre et de décembre à la direction comme projets d'autocritique (1).
Ces textes qui ont été écrits en vue « d'autocritique », n'ont pas été acceptes par la direction du P.C.F. Celle-ci prétendit que ce n'étaient de la part de Marty que des ruses pour ne pas s'expliquer franchement. Elle attribuait à Marty toute une série d'opinions qui constituaient une ligne opposée à la sienne (2). Marty dans ces textes se défend d'être en opposition à la ligne du Parti. Nous n'avons pas le moyen de savoir s'il en est vraiment ainsi ou si Marty rusait effectivement. Mais les documents de Marly, tout en défendant la ligne du P.C.F., sont écrits dans un style qui n'est pas habituel aux dirigeants staliniens, sur un ton qui peut être sensible aux militants communistes, et en soulevant des questions qui les tourmentent eux-mêmes.
Nous allons en citer quelques points principaux.
Marty signale que, pendant toute une periode, la presse du P.C.F. attribuait les atrocités commises en Indochine au compte des seuls anciens SS et miliciens engagés dans la Légion, et qu'il a été le premier à rectifier: « j'ai réussi à être un bon internationaliste prolétarien suivant les enseignements de Lénine, mê-
(1) On pouvait comprendre l'altitude de Marty avani son exclusion, s'adressaot miquement à la girection afin de ne pas donner de prétexte formel à des sanetions. On ne peut en dire autant depuis qu'il a été excli. Il reste personnellement silencieux. La brochure a été éditée par un groupe anonyme. Marty se tail. Cependant, des éléments troubles essayent d'exploiter la sinuation d'une lacon qui ne peut que rendre méfiants les militants communistes.
(2) Voir Quatrième Internationale, ni méros d'octobre 1959 et de janvier 1953.
nce Marty me quand la direction du parti estompait cette position capitale sur les questions d'Allemagne et d'Indochine » (p. 14).
Il ne combat pas la ligne suivie à la libération (participation ministérielle, dissolution des milices...) mais son application : « …il était juste d'appeler à l'effort de tous — ouvriers en tête - pour la guerre contre l'impérialisme hitlérien, puis pour la reconstruction, Mais y avaitil égalité de sacrifices entre les ouvriers... et les gros industriels.. » (page 15). II ajoute « que cela explique les pertes de voix dans la région parisienne et une nette opposition ouvrière au parti, manifestée par un report de voix sur les listes internationalistes trotskystes » (page 15).
Sur la question du front unique, il se defend de vouloir « le front unique seulement d'en haut » comme la direction le lui reproche. Il se prononce nettement pour des comites éius à la base, pour la dénonciation de ceux qui veulent « diviser le mouvement (les dirigeants sociauxdémocrates) », mais il ne se prononce pas sur la question du front unique de parti à parti.
Il met en cause les décisions prises en 1952 (caractère de la manifestation Ridgway, « grève illimitée » pour le 4 juin):
« Le B. P. a décidé quatre fois que L. Mauvais et R. Guyot présenteraient une analyse du mouvement du 12 février 1952. Au moment où j'ai été relevé de membre du B.P., le 23 octobre, ce n'était pas en-
Et pourquoi le B.P., a la
23 octobre, n'a-t-il pas encore étudié et tiré la leçon des grands mouvements des travailleurs belges depuis 1949 (contre le retour du roi traître, contre les deux ans avec succès partiel, contre la libé. ration de tueurs fascistes avee succès partiel...) ? Pourquoi ces mouvements ont-ils une telle ampleur en Belgique, avec cependant un P.C. relativement faible ? Et pourquoi sommes-nous en retrait, en France, en face de ces grands mouvements de masse? » (p. 17-18).
Marty ne répond pas lui-même à ces questions. Mais on ne peut le faire sérieusement sans procéder à une critique im. pitoyable de la politique suivie par la direction du P.C.F. au moins depuis la libération. Aussi plutôt que d'ouvrir un débat très ample et très justifié, la direction du P.C.F. a-t-elle préféré glisser sur un autre terrain, celui des attaques calomnieuses visant • l'intégrité révolu-
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LE MD
UAM tionnaire, et agir avec d'autant plus de cynisme que Marty jouissait d'un grand prestige auprès des militants communistes à titre de combattant révolutionnaire.
L'affaire Marty-Tillon rebondira-t-elle? Pour l'instant, rien ne permet de le prévoir, bien que le retournement dans l'affaire des médecins en U.R.S.S. puisse contribuer à faire réfléchir beaucoup de militants sur les méthodes en cours dans leur parti contre ceux qui ont des divergences. En tout cas, les problèmes posés secoueront de plus en plus les militants communistes. Chacun d'eux sait que la direction est loin d'être unie, Beaucoup espèrent que Thorez redressera la situation. Mais ce n'est pas la question d'un homme. Ils devront procéder à un profond changement politique s'ils veulent parvenir à mobiliser les masses ouvrières qui continuent de voter communiste.
Grande-Bretagne
Grève aux usines Austin Depuis six semaines, une grève partielle englobe les constructeurs de voitures aux usines Austin à Birmingham, la plus grande usine d'automobiles de GrandeBretagne. Le renvoi d'un délégué syndical par la direction de l'usine amena l'arrêt du travail des 1.800 ouvriers membres du syndicat national des constructeurs de voitures N.U.V.B. Le patronat s'efforce de transformer cette grève en épreuve de force avec les syndicats. Le 27 mars, la direction renvoya l'ensemble des grévistes. Ceux-ci ont organisé des piquets de grève et empêchent l'embauchage de jaunes. Bien que la grève n'implique qu'un nombre limité de grévistes, elle a reçu une attention dans tous les milieux syndicaux, et les dons en argent affluent au comité de grève.
Grèce
Renforcement de l'organisation trotskyste Depuis son dernier congrès en 1951, la section grecque de la IV* Internationale a coublé ses effectifs.
60 % de ses membres proviennent déléments nouveaux recrutes depuis 1944, cest-a-dire durant la deuxieme guerre civile et depuis, malgré les conditions de répression et d'illégalité sans précédent dans l'histoire du pays.
% de ses membres sont des prolétaires, 25 % des intellectuels, 12 % des artisans pauvres.
L'élément jeune prédomine. L'organisation a reconstitué plusieurs de ses sections dans les villes de province et en a créé d'autres. Elle travaille dans toutes les organisations de masse polluques et syndicales. Dans ces dernières. malgré le strict contrôle par une tureaucratie vendue au gouvernement, les trotskystes ont su pénétrer sérieusement.
Dans les grèves récentes des dockers de la ville du Pirée, des ouvriers des chaussures et des employés de téléphone d'Athènes, des trotskystes ont joué un rôle dirigeant.
Dans deux conseils municipaux de centres importants de la Macédoine, un trotskyste fut élu avec quelque 7.000 voix, un autre fut élu suppléant.
Les trotskystes grees publient régulièrement leur journal bimensuel illégal La Lutte Ouvrière et la revue théorique trimestrielle Quatrième Internationale.
Exploitant le désarroi et la crise qui persistent aussi bien dans le P.C. grec, dans le Parti socialiste E.L.D., que dans l'organisation du centre E.P.E.K. actuellement en dislocation, les trotskystes développent leur pénétratien dans le mouvement masses. Les conditions objectives favorisent à nouveau l'activité révolutionnaire. La répression a diminué d'intensité, tandis que le mécontentement des masses se force. ren-
Le Rassemblement de Papagos, en s'opposant à une diminution des dépenses militaires (plus de 50 % du budget), en aggravant la fiscalité déjà écrasante, face au chômage qui englobe déjà 200.000 ouvriers, et des faillites de plus en plus nombreuses de petits commerçants et d'artisans, voit sa popularité décliner rapidement (Comme cela a été démontré par les résultats des élections partielles à Salonique et au Pirée).
Une nouvelle montée du mouvement des masses se prépare dont les trotskystes profiteront largement. 70
Chili Le prolétariat chilien soutient la révolution bolivienne Au début de février a eu lieu au Chili une Constituante syndicale, Congrès d'unification syndicale auquel participèrent les principales centrales syndicales du pays (centrale dirigée par le P.C., centrale dirigée par le P.S., centrale anarchosyndicaliste).
Le Congrès d'unification syndicale a voté entre autres une résolution sur la révolution bolivienne que nous reproduisons ici :
Considérant 1) - que les masses salariées du monde entier se sont mobilisées pour la transformation de l'actuel régime économico-social d'exploitation -2, — que dans les pays arriérés et dépendants cette mobilisation de masses prend
Run caractère aigu de lutte révolutionnaire anti-impérialiste et contre les oligarchies indigènes — 3) - que l'expression la plus nette de cette action des exploités en Amérique latine
Best donnée par le mouvement révolutionnaire des masses boliviennes qui ont, au cours de journées magnifiques, abattu l'oligarchie nu service de l'impéria1) - que celte action des masses a poussé l'actuel gouvernement bolivien à natio naliser les grandes entreprises impérialistes, en même temps qu'elle impulse la Révolution agraire dont la réalisation constituerait un nouveau pas en avant vers la transformation économique et sociale de la Bolivie — 5) — gue les mesures révolutionnaires acquises par l'action des masses boliviennes
Sont rencontré l'hostilité de toutes les bourgeoisies pro-impérialistes et de V'impérialisme américain en particulier, qui font pression sur le gouvernement bolivien pour qu'il arrête le processus révolutionnaire 6) - que cette pression a d'une part stimulé le soulèvement manqué des éléments droitiers du parti bolivien au pouvoir (M.N.R.), et, d'autre part, est à la base de la persécution menée contre les éléments les plus dévoués du mouvement ourier et paysan, La Centrale Unique 1) - Envoie ses salutations à la Centrale Ouvrière Bolivienne et, par son intermédiaire, au peuple du haut-plateau bolivien pour leur héroïque lutte contre limpérialisme et la féodo-bourgeoisie, lutte qui est liée à la défense des intérêts historiques de la classe ouvrière 2) - Déclare que la Centrale Unique des Travailleurs du Chili considère la Révolution bolivienne comme un processus dont le stade le plus élevé dépend de l'esprit combattif des masses organisées dans leur Centrale Ouvrière. ainsi que de la solidarité de toute la classe travailleuse américaine et mondiale -3) - Déclare que le point culminant de la Révolution bolivienne se développant dans le haut-plateau ne peut ni ne doit être autre que la constitution d'un youvernement formé par la Centrale Ouvrière Bolivienne, celle-ci s'érigeant en organe du pouvoir 4; - Pour ces raisons, la Centrale Unique des Travailleurs du Chili s'adresse à la
C.O.B. pour qu'elle maintienne fermement son esprit de classe dans la lutte et marche en avant jusqu'à la transformation complète du système d'exploitation capitaliste dans le pays -5) Elle appelle tous les salariés d'Amérique latine à défendre effectivement le peuple bolivien et à suivre son exemple jusqu'à la vicloire dans toute l'Amérique latine sur l'impérialisme agresseur et ses agents nationaux. (Publié par Lucha Obrera, numéro 3o de mars 1955, organe du P.O.R. bolivien).
Pêrou
Répression anti-ouvrière L'an dernier, le mouvement ouvrier péruvien connut un important essor, vant l'éclatement de la révolution bolivienne, essor que nous avions relaté . le dernier numéro de Quatrième Internationale. Au début de cette année, le gouvernement réactionnaire vient de riposter par une série d'arrestations d'importants cadres syndicaux et politiques ouvriers. Des militants trotskystes ont été arrêtés
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à cette occasion. La presse péruvienne s"efforça à cette occasion d'expliquer lopinion publique la découverte d'un vaste « complot » trotskyste, dirigé par le Secrétariat International contre tous les Etats latino-américains, tendant à l'instauration de la dictature du prolétariat dans toute l'Amérique latine. La presse à sensation d'autres pays de l'Amérique du Sud reproduisit les mêmes nouvelles.
Equateur
Arrestation de militants ouvriers Le Comité Exécutif du Parti socialiste d'Equateur a adressé un appel au du peuple de ce pays à toutes les organisations ouvrières du monde pour protester contre la vague de répression que le gouvernement Ibarra a fait déferler sur mouvement ouvrier du pays. Un grand nombre de dirigeants syndicaux ont été travailleurs de l'Equateur (C.T.E.) et membre du Comité Exécutir du Parti socianotamment Miguel Angel Guzam, président de la Confédération des liste de l'Equateur. Le communiqué indique que cette offensive de répression gouvernementale rejoint une offensive patronale dont le but est la révocation de legislation ouvrière et la suppression des libertés ouvrières, notamment la liberté de grève.
Brésil
Important mouvement gréviste Au début d'avril, un important mouvement gréviste a paralysé l'industrie textile le principal centre industriel du pays. Le mouvement s'est étendu au port de Santos, où les dockers ont arrêté le travail. Il s'agit du premier impor tant mouvement gréviste au Brésil depuis plusieurs années. Aux dernières nouvelles les grévistes ont remporté une victoire (32 % d'augmentation).
Japon
Nouvelle vague de grèves Alors que le Parlement japonais a été dissous et que la campagne électorale est ouverte, une nouvelle vague de grève a été déclenchée par le SOHYO.
Général des syndicats japonais, Préparée par l'arrêt du travail dans certains teurs des transports en mars, la « vague de grève du printemps » a été déclenchée par 100.000 métallurgistes, qui ont arrêté le travail au début d'avril.
le SOHYO vient de lancer un appel à toutes les organisations syndicales du monde pour une action commune afin de mettre fin à la guerre
Les récentes élections viennent de consacrer une importante nouvelle poussée à gauche, les deux partis socialistes gagnant : celui de gauche 16 sièges, celui drolife 6.