Les événements qui se succèdent depuis la mort de Staline démontrent déjà clairement à quel point le dynamisme de la période révolutionnaire dans laquelle nous vivons, ouverte par la deuxième guerre impérialiste ,bouleverse tous les équilibres d'antan et porte irrésistiblement la révolution socialiste mondiale à des niveaux supérieurs.
Ce processus fondamentalement révolutionnaire, progressif n'est simple ni rectiligne. Il comporte des détours, une structure compliquée, des éléments contradictoires. Il exige une analyse concrète à tout moment de la situation mondiale mouvante, une grande capacité de compréhension et de réadaptation constante de la part de la direction marxiste révolutionnaire du mouvement ouvrier international.
La mort subite de Staline a eu lieu à un moment caractérisé par la menace de crise économique dans le monde capitaliste, l'accélération des plans de guerre de l'impérialisme, de l'impérialisme américain en particulier, contre la Coree, la Chine, le Vietnam et la Révolution coloniale asiatique en général, et la nouvelle montée revolutionnaire de l'U.R.S.S., dont nous avions pu indirectement saisir quelques signes par les travaux et les résultats du 19º Congrès du P.C. de l'U.R.S.S. tent en octobre dernier.
La disparition du Bonaparte par excellence de la bureaucratie soviétique, au milieu d'une telle situation extérieure et intérieure, laissait facilement prévoir qu'une nouvelle étape était désormais ouverte pour I'U.R.S.S. et le stalinisme ; que Staline n'aurait pas de successeur remplissant les mêmes fonctions que lui, avec le même poids et les mêmes résultats ; que de ce point de vue sa perte était irréparable pour la bureaucratie soviétique et affecterait profondément son équilibre.
La cascade de mesures nrises depuis lors, dépasse déjà en importance toutes les prévisions faites en ce sens. Elles démontrent un énorme mécontentement des masses soviétiques pesant sur l'équipe des nouveaux dirigeants, catalysée d'un coup par la disparition de Thomme qui avait incarné pour elles le régime policier et bureaucratique instauré en U.R.S.S. à la place de la démocratie prolétarienne préconisée par la Révolution d'Octobre et Lénine.
Les mots de « panique » et de « désarroi » qui figuraient dans le premier communiqué annonçant aux masses soviétiques la mort de
QUATRIEMEINTERNATIONALE Staline, prennent actuellement un sens précis. Les nouveaux dirigeants staline pres ententuel mint un plane pois Ces oure les diritales connaître les véritables aspirations et sentiments des masses soviétiques. Ils savaient qu'il existait en U.R.S.S. un énorme mécontentement, un profond désir de la part des plus larges masses de voir, sur la base des grands progrès économiques et culturels accomplis, le régime se libéraliser, la police relâcher sa pression intolérable, la démocratie soviétique renaître de ses cendres.
Déjà, lors des travaux du 19° Congrès du P.C. de l'U.R.S.S., ces dirigeants, conscients de ce réel état de choses en U.R.S.S., ont voulu en quelque sorte reprendre la situation en mains. Mais, quand Staline disparut, les hommes appelés à sa succession subite ont eu le sentiment qu'ils risquaient de se trouver rapidement submerges par les masses mécontentes, encouragées, stimulées par la disparition de celui qui incarnait le régime d'oppression, à moins qu'ils procèdent à des concessions et des retormes rapides et importantes.
D'où la série de mesures de portée indéniablement capitale en ce qui concerne l'évolution future de l'U.R.S.S., de la bureaucratie sovié• tique et du stalinisme : amnistie englobant un nombre considérable de personnes detenues dans les camps de concentration ; promesse de révision du code pénal actuellement en vigueur en U.R.S.S. : nouvelle baisse importante de 5 a 50 % des prix, la sixieme depuis 1941 ; sensatonnel revirement dans | « allaire des medecins » rehabilites, avec dénonciation pour la première fois dans l'histoire du stalinisme du caractère frauduleux, criminel et « inadmissible » des méthodes employées par la police et le système judiciaire, ainsi que de la discrimination raciale ; arrestation de hauts fonctionnaires de la police mise à l'index de 'S. Ignatiev, l'un des cing secrétaires du C.C. du P.C. de lU.R.S.S. recemment nommes, relevé de ses fonctions de l'Etat et du Parti ; nouvelle attitude en matière de politique extérieure : enfin tendance à mettre en veilleuse le culte du chef.
La tentative des nouveaux dirigeants d'asseoir leur régime sur une base populaire plus vaste et de laisser indirectement l'impression qu'une nouvelle ère est désormais ouverte en U.R.S. tranchant avec les méthodes et moyens employés dans l'ère stalinienne, est flagrante. Qu'ils se soient vus obligés d'agir ainsi au risque certain de semer plus que le doute sur tous les procès antérieurs, sur tous les « aveux », sur tous les crimes de Staline en U.R.S.S. et dans les « démocraties populaires », et de donner une puissante impulsion aux revendications démocratiques des masses sovietiques, tout ceci demontre qu'ils agissent sous une pression des masses sovietiques, de puissance insoupçonnée jusqu'ici.
Cette énorme pression est le résultat combiné de l'évolution économique et culturelle progressive de l'U.R.S.S. et de la montée internationale de la Révolution, faisant actuellement irruption en U.R.S.S. même et fusionnant là avec les forces révolutionnaires du pays.
Les concessions que les nouveaux dirigeants de l'U.R.S.S. sont actuellement obligés de faire à l'intérieur s'insèrent dans cette dynamique de la Révolution mondiale montante. Elles ne sont qu'un commencement, elles ne pourront être qu'un commencement.
Les bureaucrates dirigeants s'efforceront de les limiter, de les annuler et même de retourner en arrière. Mais toute la situation internaționale et intérieure de l'U.R.S.S., à laquelle s'ajoute comme facteur important la disparition de Staline, milite dans le sens opposé.
Les répercussions des événements de l'U.R.S.S. sur les pays satellites, sur la Chine et sur les Partis communistes, seront indiscutablement grandes, revolutionnaires. Elles accéléreront partout les tendances a l independance par rapport au strict contrôle d'antan exerpé sur eux par le Kremlin ainsi que les différenciations et le elimat critique au détriment r monolithisme. 2
Une attention plus grande que jamais doit être accordée à ce qui se passera au cours des mois à venir dans les pays, les partis et les mouvements jusqu'à présent sous influence stalinienne.
La nouvelle attitude adoptee aussi bien par les dirigeants soviétiques que chinois en politique exterieure est en partie au moins déterminée par les développements en cours en U.R.S.S. Les concessions faites en Corée, à I'O.N.U. et l'attitude conciliante évitant de donner des prétextes formels supplémentaires à l'agressivité de l'impérialisme ne sont pas sans rapport avec la situation délicate dans laquelle se trouvent actuellement les nouveaux dirigeants de l'U.R.S.S. aux prises avec leurs propres masses. Ils s'efforceront d'atténuer la pression de l'impérialisme au même moment où ils procèdent à des concessions importantes aux masses soviétiques.
Mais il n'en serait pas moins erroné de conclure que c'est par faiblesse que l'U.R.S.S. procède à des concessions à l'impérialisme, ou que nous sommes à la veille d'un compromis général et durable avec celui-ci. Tout d'abord, les concessions faites jusqu'à présent par les diplomaties sovietique et chinoise ont un caractère plutôt formel qu'essentiel, et leur effet global sur l'adversaire est plutôt offensif que
Elles désorganisent dans l'immédiat les plans d'attaque de l'impéalisme, de imperialsme americain en particulier, attisent les divergences interimper alistes et accelerent la venue de la crise économique qui mürit dans le monde capitaliste. Il suffit de noter l'embarras des impérialistes, de l'imperialisme américain en particulier, apres la concession taite par la diplomatie chinoise et soviétique sur les prisonniers ainsi que la degringolade des cours de bourse des capitales impérialistes : New-York, Londres, Tokio - pour apprécier à sa juste valeur cette offensive diplomatique.
Elle a éclate au moment precis ou l'imperialisme americain était en train de passer a nouveau a l'action en Corée, d'intervenir au Vietnam, et d'opérer directement ou indirectement en Chine même.
En Europe la ratification du traité de Paris et la remilitarisation de l'Allemagne étaient en train de surmonter les derniers obstacles. Tout ceci est en partie de nouveau mis en question, et les impérialismes sont obligés de rajuster leurs plans immédiats afin de faire face à la fois à l' « offensive de paix » et au danger de voir se précipiter la crise économique.
Tandis qu'ils s'efforceront de ne pas perdre la face devant leurs peuples en refusant purement et simplement les offres conciliantes du Kremlin, ils restent déterminés à ne pas « dégeler » le climat de guerre froide, à maintenir le niveau des armements et à précipiter la ratification des accords de Paris.
Cette tendance de la politique impérialiste est déterminée par les besoins profonds du système capitaliste, privé d'une grande partie de ses marches d'autrefois, son économie travaillant déjà essentiellement pour la guerre et menacée d'une nouvelle crise économique.
Pour qu'un compromis general et durable puisse intervenir entre l'impérialisme et lU.R.S. alliée aux autres pays anticapitalistes, 1l faudrait que le Kremlin soit en mesure de faire des concessions substantielles et non formelles, rouvrant à l'impérialisme les marchés qui lui ont été enlevés depuis la dernière guerre. Il faudrait en plus que le rajustement de l'impérialisme à une politique d'expansion économique « pacitique » soit possible sans declencher la crise économique majeure qu le menace actuellement, en cas d'importante réduction du programme et des dépenses d'armement.
Le Kremlin, malgré tous ses dés.rs, ne peut offrir ni l'un ni l'autre. Même des concessions relativement mineures comme la reddition à l'impérialisme de la révolution au Vietnam ou en Malaisie, ne dépendent pas d'un seul geste du Kremlin. Les masses dans ces pays comme dans tous les pays coloniaux et semi-coloniaux sont par elles-mêmes profondément engagées dans la lutte anti-impérialiste, et aucune puissance n'est capable de stopper la révolution en cours.
D'où la fragilité intrinsèque de tout compromis avec le Kremlin et la course quasi fatale de l'impérialisme vers la guerre, sauf si on envisage que l'évolution du rapport des forces internationales de plus en plus detavorable pour l'impérialisme paralysera complètement celuie1 et le forcera a se rendre sans combat majeur.
Cette éventualité est pratiquement improbable et ne peut être acceptée responsablement comme base d'une orientation politique pour l'avant-garde marxiste révolutionnaire. Au contraire, il faut comprendre que, malgré les entre désormais, à partir de cette année déjà, dans une période critique apparences trompeuses la situation internationale où le réarmement de l'imnérialisme, se combinant avec la menace de crise économique, la nouvelle situation en U.R.S.S. et l'instabilité aggravée de la situation dans les pays capitalistes et dépendants, rend la guerre possible et peut même la précipiter.
Mais, d'autre part, la confiance des masses et de leur avant-garde marxiste révolutionnaire dans le triomphe inévitable et relativement prochain, quoi qu'il arrive, de la Révolution socialiste mondiale, doit grandir et devenir inébranlable.
Le rapport des forces internationales évolue globalement en faveur de la Révolution — voilà ce qui doit guider notre action. Les événements en U.R.S.S. prouvent que la montée révolutionnaire atteint ce pays meme, ce qui portera la Révolution mondiale dans son ensemble à des niveaux supérieurs, tandis que grandit le désarroi parmi les capitalistes et que la menace de crise se précise.
Les perspectives révolutionnaires ne restent pas seulement bonnes, elles deviennent même excellentes.