Documents de la IVe Internationale

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La revue › vol. 11, n° 1

L'assassinat de Prague

Quatrième Internationale, vol. 11, n° 1 · novembre 1952 - janvier 1953 · p. 6-7 · 1 237 mots

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On lira par ailleurs le communiqué que le Secrétariat International de la IV" Internationale a publié dès que fut connu le verdict du procès de Prague.

Quelques jours seulement après, les 11 condamnés à mort furent pendus. Parmi eux, outre Slansky, figurent Geminder, Loebl et Frejka, tous anciens dirigeants du P.C. tehécoslovaque et de l'appareil international de Staline.

Depuis les premiers procès de ce genre de Moscou en 1936-1938 contre un certain nombre de personnalités les plus marquantes du P.C. russe et de la I° Internationale, dont Zinoviev, Kamenev, Boukharine, la technique de ces procès n'a pas fondamentalement change.

Les accusés tout d'abord appartiennent au réseau d'espionnage de la puissance impérialiste la plus brouillée au moment du procès avee le Kremlin, Au Lemps des procès de Moscou, c'étaient l'Allemagne hitlérienne et le Japon ; au procès de Prague ce sont les Etats.Unis.

Ensuite l'intrigue du procès n'est jamais simple, facilement vérifiable, mais compliquée jusqu'à l'absurde : les accusés sont agents à la fois de plusieurs forces « hostiles » à l'U.R.S.S., toutes mises sur le même plan et dans le plus invraisemblable pêle-mêle : « trotskysme », titisme, sionisme, nationalisme bourgeois.

L'amalgame est un élément qui joue toujours un rôle prépondérant dans la technique des procês montés par la bureaucratie stalinienne, aussi bien quant a l'acte d'accusation qu'à la composition de l'équipe qui comparait devant le tribunal.

En effet, il y a toujours, dans le lot des aceusés, de véritables éléments donteux, agents provocateurs et autres introduits délibérément par la police stalinienne qui a procédé à l'instruction du procès.

Il y a enfin les « aveux » spontanés des aceuses, piece maitresse de tou reces de ce genre. Cest surtout ce dernier element qui continue a intrigue l'opinion publique mondiale et qui sert à la bureaueratie stalinienne de justification la meilleure du « bien-fonde » de l'accusation et de la condamnation qui s'ensuit. (A un Paul Eluard aussi et à d'autres « intellectuels de gauche » qui ent caché derrière cette soi-disant « preuve » de la culpabilite des condananes de Prague leur lamentable manque de courage pour protoster).

Ces fins esprits « critiques » oublient simplement qu'il est relativement facile de faire comparaitre devant un « tribunal d'Etat » un certain nombre d'éléments, physiquement et moralement brisés après de longs nols de détention et de préparation psycho-physique adéquate, « avouant » sur toute la ligne. Et que ceux qui n'avouent pas, et qui ne sont pas, malgré tout prêts à avouer, périssent sans jamais comparaître devant un tribunal, comme co fut le cas de dizaines et de centaines de vieux bolcheviks en U.R.S.S. durant les annéos terribles de 1934-1938.

Et qu'un autre, comme Kostov, alt trouvé la force de nier devant le tribunal même, sans que cela empêche celui-el de le condamner à mort et de le pendre. 6

It qu'en définitive un quelconque « mystere » des « aveux » n'existe que por eux qui ignorent (et veulent ignorer les limites de la nature humame soumise une pression psycho-physique prolongée dans un hostile, perspective de salut. Que seuls des êtres remplis d'une confiance absolue dans la justesse de leur cause, abhorrant le régime bureaucratique de Staline et ayant conséquemment lutté contre lui des années durant, peuvent trouver la force de « nier ». Tandis que des bureaucrates, pris à leur propre jeu et surpris, sont déja démoralisés dès qu'ils tombent en disgrâce, avant même que toute préparation psycho-physique prolongée en obtienne les « aveux

Les pendus de Prague furent tous, des années durant, parmi les plus fidèles serviteurs du Kremlin, comme Rajk en Hongrie, Kostov en Bulgarie, Gomnika en Pologne, Anna Pauker en Roumanie, Marty et Tillon en France.

Comment se fait-il que ces mêmes hommes, d'un instant à l'autre, s'écroulent de leur piédestal de « héros » et, traités comme les pires canailles, finissent leur carrière par une « mort ignoble » ? Ceci aussi n'est un « mystère » que pour ceux qui ignorent (ou veulent ignorer) la nature de la bureaucratie stalinienne.

L'auto-épuration périodique de ses rangs d'une série d'éléments y jouant encore hier un rôle prépondérant est une loi interne de la bureaucratie, une manifestation de sa manière d'être. Par cette auto-épuration, le sommet bonapartiste de la bureaucratie atteint, séparément ou à la fois dans le même cas, trois buts: il élimine une série d'éléments qu'il soupçonne être susceptibles de pouvoir cristalliser une opposition quelconque (tant soit peu visible dans le présent) a sa politique ; il rejette sur eux, traités en « boucs émissaires », ses propres responsabilités dans une situation donnée et s'efforce ainsi de se revaloriser aux yeux des masses ; il maintient par des exemples terrifiants, préventifs, la discipline de fer nécessaire dans ses propres rangs, et réduit ainsi les chances d'opposants potentiels à sa politique dans d'autres pays.

Cette action, la bureaucratie la exercée tout d'abord en U.R.S.S. même. Depuis l'apparition des « démocraties populaires » et l'installation au pouvoir d'un certain nombre de partis communistes, un autre facteur d'auto-épuration s'est manifesté : les antagonismes entre elans différents au sein d'une même direction bureaucratique de ces partis communistes et de l'appareil administratit qu'ils contrôlent. Cest une reproduction en miniature du même phénomène propre à la bureaucratie soviétique. La lutte dans certains cas n'est pas commencée directement par le Kremiin mais par un clan de la bureaueratie nationale contre un autre. Le Kremlin intervient plus tard, se ralliant au elan qui s'impose comme le plus apte à garantir dans l'avenir ses intérêts, Il se poat que, dans le cas de Prague, la lutte contre Slansky, principal homme du Kremlin jusqu'a la date de sa disgrâce en Tchécoslovaquie, fut initiée par le clan Goitwald. Celui-ei a mis le Kremlin en quelque sorte devant le fait accompli. D'autant plus que Gottwald, devenu maître de tout l'appareil national, se montre disposé à offrir au Kremiln à ce prix les mêmes services que Slansky.

Comme en France, la lutte contre Marty et Tillon fut initiée selon toute vraisemblance non pas directement par le Kremlin, mais par le clan Thorez, auquel se rallia ensuite le Kremlin. Heureusement pour Marty et Tillon, F'affaire a un autre cadre que celui d'une « démocratie populaire » ; sinon elle risquerait fort de se terminer devant le gibet.

Le Kremlin doit admetire que les bureaucraties nationales à sa dévotion et créées à son image règlent leur vie intérieure selon les mêmes lois que la buresucratie soviétique en U.E.S.S.

Slansky et ses compagnons ont péri dans cette lutte intra-bureaucratique.

Leur cas a servi d'autre part une série de buts particuliers au moment actuel au Kremlin aussi bien qu'au elan Gottwald en Tchécoslovaquie.

Le Kremlin a utilisé le procès pour dénoncer entre autre cette fois Ba sionisme, et pour servir les intérêts de sa politique dans les pays musulmans au

Moyen-Orient et en Afrique du Nord. Le clan Gottwald a utilisé le procès pour rejeter sur l'administration Slansky tout « ce qui ne va pas » en Tehécoslovaquie et valoriser sa propre administration.

Demain ce sera peut-être le 'tour de la Pologne de connaitre son « grand procès » avec Gomulka comme principal accusé, et de la Reumanie avec le procès d'Anna Pauker,

Mais la série noire ne sera pas ainsi close. L'auto-épuration, répétons-le, est un processus permanent de la bureaucratie. dévere périodiquement ses propres enfants. Elle

Comme un neuveau Krones elle ne s'arrêtera qu'avee son écroulement inévitable au cours des prochains développements de la Révolution socialiste mondiale.

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