Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

La revue › vol. 10, n° 1

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Quatrième Internationale, vol. 10, n° 1 · janvier 1952 · p. 1-3 · 1 425 mots

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POUR LA BOURGEOISIE INTERNATIONALE, L'ANNEE NOUVELLE COMMENCE SOUS LE SIGNE DE L'ACCENTUATION DE SES PREPARATIFS DE GUERRE AU MILIEU DE DIFFICULTES CROISSANTES. A travers les multiples facteurs qui interviennent dans l'évolution de la situation internationale, événements et les réactions diverses et souvent contradictoires que travers les provoque l'action de ces facteurs, il est nécessaire d'en saisir les tendances et les éléments fondamentaux et déterminants.

La politique de la bourgeoisie internationale est de plus en plus* dominée par celle de la grande bourgeoisie américaine qui représente de loin son élément le plus dynamique, le plus vivant, le plus combatif. Sans l'existence de cette base qui émerge encore avec tant de puisau milieu d'un monde capitaliste en décomposition, celui-ci, assailli comme il l'est de tous côtés par les forces déchaînées de la révolution sociale mondiale, aurait d'ores et déjà définitivement perdu la partie. Le rôle déterminant exercé par les Etats-Unis dans la politique de la bourgeoisie internationale n'est pas seulement le reflet de leur domination économique sur les autres pays capitalistes, laquelle oblige ceux-ci à suivre la politique américaine à leur corps défendant. Elle est aussi le reflet de la conscience commune à toute la grande bourgeoisie internationale qu'actuellement le régime capitaliste n'est ni économiquement ni socialement viable sans l'appui des Etats-Unis, même si cet appui s'avère être très dominateur et très perturbateur dans son fonctionnement. La grande bourgeoisie connaît le jeu du système capitaliste et bon gré mal gré en accepte les regles.

En face d'un péril mortel qui provient de la montée constante, sous des formes variées, de la révolution sociale mondiale, elle est Sous acculée, par les exigences et la logique de la lutte, à réaliser la plus large concentration de ses forces autour de son composant le plus puissant et le plus dynamique, les Etats-Unis. Ce n'est qu'en partant de cette compréhension qu'on peut apprécier à leur Juste valeur les différentes tendances qui se manifestent dans l'evolution de la situation internationale.

La bourgeoisie américaine est résolument engagée dans une politique de préparation accélérée de la guerre, et toute son action sur les autres pays capitalistes s'exerce en vue de les mobiliser conformément à ses propres plans de guerre. Estimant que leffort economique qu'il fournit déjà et qu'il aura surtout à fournir en cas de guerre constitue de loin la plus forte contribution et aussi la plus dère normal que la strategie de la guerre soit dictée par lui et épouse sérieuse chance de survie du système capitaliste, Washington consiles grandes lignes tracées par son etat-major d'hommes politiques et de militaires. Il est inévitable que cette strategie soit en definitive celle qui tient sociaux des Etats-Unis au détriment des autres pays capitalistes. Toule mieux compte des désideratas geographiques, tes les tentatives des conseillers bénévoles de la bourgeoisie de l'Europe occidentale qui s'efforcent soit de lui « démontrer » la duperie de l'aide américaine et la lui indiquer les voies pour s'en dégager, soit de la persuader de la possibilité d'une « troisième voie » « européenne » ou du moins d'une « coordination » possible sur un pied d'égalité de la « communauté atlantique » avec les Etats-Unis, ne sont en réalité, dans la mesure où elles viennent de gens sincères, que de piètres rêveries d'ignorants de la réalité du système capitaliste dans sa phase actuelle et des forces qui mènent celui-ci.

Ces propos ne peuvent trouver un certain écho que parmi les éléments de la bourgeoisie européenne petite et moyenne à qui la préparation de la guerre n'apporte aucun profit, tout au contraire, et que la perspective de la guerre elle-même effraye et démoralise. Mais pour la grande bourgeoisie, qui décide encore dans tous ces pays, sa politique depuis longtemps suit fondamentalement la ligne bien claire de l'adhésion la plus large aux exigences de la stratégie américaine.

Malgré les difficultés qui ont surgi dans tous les pays de l'Europe occidentale sur le plan economique et social ainsı que sur le plan de leurs relations avec les pays coloniaux et semi-coloniaux de l'Atrique et du Moyen-Orient, les milieux dirigeants de la bourgeoisie européenne n'ont pas tenté de se dégager de l'Alliance atlantique ni de contrecarrer les plans fondamentaux de sa direction amérícaine: La « communauté atlantique » a évolué et évolue, selon sa logique propre, comme une coalition de puissances impérialistes concrètes qui a pour but de livrer la bataille décisive contre les forces de la révolution sociale au XX siècle. Il était, dès le début, dans la logique de cette alliance, que toutes les idées et plans économiques et politiques qui sont apparus à des moments donnés comme étant destinés à aider et reorganiser | Europe, en particulier le plan Marshall, le plan schuman, l'unification de l'Europe, aient été progressivement subordonnés aux l'aide américaine et de lui indiquer les voies pour s'en degager, soit de exigences militaires et soient devenus des moyens et des slogans pour une mobilisation militaire unifiée de l'Europe occidentale sous la direction des Etats-Unis. D'autre part, il était inévitable qu'au sein de cette coalition impérialiste les différentes puissances se classent dans l'ordre de leur poids effectif, et qu'une lutte s'engage entre elles non sur le principe et les buts de l'alliance atlantique mais sur leur classement, dans la hiérarchie du commandement et des charges, chacun des auxiliaires des Etats('nis désirant qu'il s'opère le plus favorablement pour lui-même.

Et il en a été effectivement ainsi. Le Plan Marshall s'est transformé et liquidé en définitive dans l'aide militaire accordée par les Etats-Unis comme stimulant et complément au propre effort militaire accru exigé de chaque pays de l'Europe orientale. Le Plan Schuman consacre l'alliance des magnats des industries lourdes française et allemande, alliance rendue possible grâce aux perspectives ouvertes par la conjoncture des armements qui transforme le combinat de l'Est métallurgique de la France et de la région de la Ruhr en l'arsenal de guerre de la « communauté atlantique ». Quant à « l'unification » de l'Europe, elle est en train de se réaliser sous forme d'un directoire des plans de guerre et des forces militaires coalisées des pays de l'Europe occidentale, sous le contrôle plus ou moins diseret mais ferme du State Department et du Pentagone.

Dans la répartition des postes de commandement et des charges de la « communauté atlantique » et de « l'Europe unifiée », la lutte est vive entre Anglais, Français et Allemands, mais son résultat n'en est pas moins ineluctable: les Anglais — dans la mesure où Ils apportent la contribution de leur Commonwealth avec ses bases aéronavales précieuses, y compris celles des îles britanniques au voisinage immédiat du continent européen - conserveront la place de premier lieutenant de Washington sur le plan mondial, tandis que les Allemands, en reconstituant leur armée sous une forme ou une autre, décrocheront bientôt celle de premier lieutenant des Etats-Unis sur le plan de l'Europe occidentale. Ce processus déjà profondément entamé est inexorable et se développera jusqu'à ses conséquences extrêmes: la militarisation complète de l'Europe occidentale et la guerre.

Tel est en réalité le sens des pas accomplis — malgré les difficultés qui ont surgi — dans les différentes conférences qui se sont succédé depuis un certain temps entre les complices de la conspiration atlantique, et que la prochaine réunion de Lisbonne, en février, consacrera et complètera.

Pour que cette marche des événements désormais inéluctable puisse être renversée, il n'y a en réalité qu'un seul moyen : L'ABOLISSEMENT DU REGIME CAPITALISTE A L'ECHELLE MONDIALE. Cependant la lutte que mènent les masses contre les préparatifs de guerre de la bourgeoisie et contre leurs conséquences sur le niveau de vie et les libertés démocratiqus n'est pas vaine. Associée à la magnifique lutte des peuples coloniaux et semi-coloniaux de l'ExtrêmeOrient, du Moyen-Orient et de l'Afrique qui atteint des niveaux de plus en plus éleves, elle affaiblit les positions économiques et sociales de la bourgeoisie et de l'imperialisme, retrecit leurs bases, bouleverse leurs plans, désoriente et démoralise l'ennemi. Et ainsi, au cas où celui-ci, acculé à l'impasse, se verra obligé de livrer bataille, il le fera, grâce aux luttes actuelles, dans les pires conditions pour lui, ce qui facilitera et précipitera sa défaite totale et définitive.

Best incontestable que la grande bourgeoisie internationale, avec la bourgeoisie américaine à sa tête ‚accentue sa marche vers guerre et dévoile plus clairement ses buts au fur et à mesure qu'augmente son potentiel militaire, en déclarant que son effort vise « NON PAS SEULEMENT A CONTENIR LES RUSSES MAIS A LES REPOUSSER LA D'OU ILS VIENNENT (New-York Times), il n'en est pas moins vrai que les chances de la révolution se précisent et s'amplifient dans le monde.

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