Documents de la IVe Internationale

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La revue › vol. 10, n° 1

Les communistes yougoslaves et la IVe Internationale

Quatrième Internationale, vol. 10, n° 1 · janvier 1952 · p. 3-6 · 2 126 mots

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marquant fut l'accord militaire passé avec les U.S.A. Il ne s'agit pas d'un achat matière de rapports internationaux Dans les derniers mois, le cours capitulard des dirigeants s'est fortement accentué. Le pas yougoslaves en le plus de matériel militaire, d'un contrôle de l'armée yougoslave par une mission militaire américaine. américaines en fait

Tito, sans s'embarrasser de subtilité, a déelaré qu'il ne connaissait pas de Un des officiers généraux de l'armée yougoslave réclamait même quelques bombes « troisième camp » et qu'il serait aux côtés des U.S.A. dans une guerre mondiale. atomioues nour lesquelles il disposait d'un bon placement. Les dirigeants vougo- slaves, comme des dirigeants ouvriers sont mis au service de l'impérialisme sous prétexte de défendre les conquêtes de la révolution yougoslave contre la bureaucratie de Moscou.

La politique stalinienne à l'égard de la Yougoslavie a parfaitement réussi. Les dirigeants yougoslaves, en opportunistes incorrigibles, renoncent à tout principe et se lancent dans toutes les manœuvres possibles pour tromper leurs peuples et s'attirer les bonnes grâces de l'impérialisme qui, au moment propice, Kardel et bilas at fait le jeu les Acheson, yosup et auros delegues ameriles conquêtes de la révolution A FO.N.U., cains en portant tous leurs coups contre l'U.R.S.S. Ils ont abandonné également la Corée, la Chine et toutes les nations et mouvements coloniaux opprimés qui sont à direction stalinienne. Sur ce plan ils trouvent le moyen d'être largement à la droite de la tendance Bevan dans le mouvement ouvrier anglais.

Au meeting pour la paix qui s'est tenu en octobre à Zagreb, à cette prétendue « tribune libre » d'où furent exclus les trotskystes d'abord sous texte fallacieux puis sans prétexte, les dirigeants yougoslaves ont repris le système des congrès où personne ne s'engage sérieusement. Et là, face aux représentants de mouvements coloniaux non staliniens qui n'avaient aucun goût de s'enrôler sous les bannières des impérialistes occidentaux qui les exploitent et les oppriment,

YU.R.S.S., les démocraties populaires et la Chine, qui - quels mobiles des dirigeants de ces pays — sont prêtes à les aider, les contraints de ruser, reprenant d indépendance à l'égard des Etats-Unis. Vingt-quatre neu es après le metinsi Fite rassurait les journalistes des pays capitalistes sur la façon loyale dont tiendrait les engagements pris en échange de l'aide impérialiste.

Sur le plan intérieur, la situation en Yougoslavie est extrêmement confuse. Economiquement, le plan a été largement démantelé; on a même aussi présenter un desserrement important du monopole du commerce extérieur comme une mesure de « dépérissement de l'Etat ». Il n'est plus beaucoup question des véritables mesures de démocratisation dans l'usine décidées voici dix-huit mois. Par contre, on sait que la politique internationale du P.C.Y. a été comprise dans la paysannerie comme un enecuragement à résister aux mesures de collectivisation. Les tendances individualistes bourgeoises se sont également développées dans les appareils du parti, de l'Etat et des diverses institutions. Ces faits ont inquiété les dirigeants yougoslaves qui ont prononcé certains discours alarmants, menaçant de répression quiconque encouragerait les tendances bourgeoises.

Il n'est nullement exelu que la direction yougoslave, dépourvue d'une ligne politique ferme, dominée par les événements et les pressions qu'elle subit, improvisant de jour en jour, se lance dans le domaine intérieur dans une série mesures contradictoires, des coups de barre à gauche ici, à droite là, cherchant à manœuvrer avec la population yougoslave, sans déplaire pour cela aux « amis » capitalistes

Une direction marxiste connaîtrait certainement des difficultés immenses a la direction d'un Etat comme la Yougoslavie. Mais elle chercherait avant tout un appui dans la classe ouvrière mondiale et, en premier lieu, dans les communistes de son propre pays EN LEUR DISANT LA VERITE. Que se passe-t-il dans le P.C.Y. ? On sait que, même au moment où les mesures de démocratisation dans le pays commençaient à prendre une ampleur au témoignage de nombreux visiteurs, on ne pouvait savoir elairement la voie qu'allait suivre le régime du P.C.Y. Certes, on pouvait s'y exprimer assez librement sur des problèmes comme ceux de la création littéraire et artistique; une critique du stalinisme et de ses méfaits dans plusieurs domaines s'y donnait libre cours; mais si importantes qu'aient été ces manifestations, rien ne apparaître une démocratisation concernant l'orientation politique du parti lui-même. La « ligne », communiste de l'UR.S.S., restait hors de portée du jugement du communiste moven et était décidée par un cerele étroit (Bureau Politique Comité Central). La direction du P.C.Y. qui, depuis juillet 1948, n'a pas convoqué de congrès du parti, a fait « unanimement » plusieurs tournants importants dans sa politique intérieure et internationale.

Les communistes yougoslaves sont-ils insensibles, acceptent_ils cette capitulation des dirigeants de leur parti en politique internationale ?

Les conditions pour qu'une opposition marxiste se manifeste et s'organise dans le P.C.Y. ne sont guère favorables. Ce parti n'a pas connu depuis longtemps, notamment depuis sa « réorganisation » de 1987, la moindre discussion de ten-

- et avant cette date, les discussions de ce genre étaient depuis longtemps faussées par le jeu de Moscou. En outre, ce parti s'est profondément renouvelé, il a perdu nombre de ses cadres dirigeants dans la guerre civile, et a connu un afflux de jeunes combattants révolutionnaires, au dévouement indiseutable, mais aux connaissances théoriques et politiques limitées. D'autre part ce parti vit dans un pays à prédominance paysanne, et ceci ne peut manquer de peser fortement dans la balance. il y existe une forte tendance à ne voir les problèmes que sous un aspect étroitement yougoslave.

Certaines déclarations faites par les hauts dirigeants du P.C.Y. au cours derniers mois (nous n'avons pas changé. nous continuons à construire le socialisme..) indiquaient cependant que ces dirigeants avaient à se défendre contre certaines pensées qui existaient dans leur parti. Mais la manifestation la plus éclatante que leur politique opportuniste rencontre une opposition de 4 caractère révolutionnaire et que l'appui donné sans réserve par les trotskystes a la Yougoslavie lors de sa rupture avec le Kremlin et de ses premiers pas pour une politique prolétarienne a laissé des marques dans la conscience des communistes yougoslaves a été donnée par la publication dans « Borba » (14 novembre): d'un article de deux colonnes sur le 3: Congrès Mondial de la IV• Internationale, qui y est dénoncé comme un congrès « prokominformiste ».

L'article commence par déclarer que nous sommes des gens isolés, que ce

Congrès n'a pas de signitication pour le mouvement ouvrier. Mais ce mouvement isole et sans importance — qui sut cependant stimuler il y a trois ans l'avant-

- nécessite une place importante dans « Borba ». L'article signé Toscha Popovski garde de l'opinion mondiale ouvrière et progressiste en faveur de la Yougoslavie nous reproche, dans le problème de la guerre qui se prépare, destinée à servir la « politique agressive de P'U.R.S.S. » et de pré- d'avoir une attitude les enforts efforts de toujours pour rassembler tous les amis de la paix, et se souvenir de senter le stalinisme comme un « agneau innocent ». de IO.N.U., ne pas croire qu'il suffit de vouloir unifier pour la paix pour y parvenir, mais avoir tiré la leçon de tous les Ne pas croire tous les désirs et tous l'enseignement fondamentale de la Tonaamental du guerre - e'est, pour les dirigeants yougoslaves désireux de - que le capitalisme est la cause ceux qui ont étudié les décisions de notre Congrès ont pu ne pas heurter leurs rouveaux « amis » capitalistes, être « fatalistes ». Tous mener la lutte contre ses préparatifs et contre le régime capitaliste, précomsons nullement aux masses d'attendre la constater que nous ne fatalité, mais de seul moyen de s'opposer aux plans capitalistes de guerre. Le seul fatalisme en comme le matière de guerre, c'est celui des dirigeants yougosiaves qui, ayant perdu toute coniance dans les masses du monde entier, se sont livrés pieds et poings liés et veulent livrer leur pays aux impérialistes. Ceux-ci ne cherchent pas à arrêter une politique « agressive » de la bureaucratie de Moscou et à défendre la Yougomarchandises américaines. Nous n'avons pas attendu les Yougoslaves pour dénonslavie contre elle mais a ouvrir les pays non capitalistes aux capitaux et aux cer le stalinisme; nous avons dénoncé non une prétendue politique agressive envers le capitalisme, mais une politique visant à établir un celui-ci aux dépens des mouvements révolutionnaires des masses. Il est curieux compromis avec de noter que les exemples fournis par « Borba » du caractère agressif de politique du Kremlin comportent le pacte germano-soviétique et la aivision de la Pologne (qui sont des accords avee un impérialisme contre d'autres), les rapports imposés aux pays du glacis et que le Kremlin voulait imposer à la Vougoslavie (qui témoignent indiscutablemenl de la malfaisance de la bureaucratie du Kremlin envers les petits pays), de la guerre de Corée (où un communiste trouverait plutôt à redire de l'insuffisance de l'aide apportée aux communistes coréens et chincis) mais qu'ils ometient singulièrement des exemples jadis apportés par le P.C.V. lui-même témoignant que le Kremlin ne poursuit pas une politique agressive contre le capital mais une politique de compromis avec celui-ci. Pourquoi « Borba » ne dit-elle rien du refus d'aide du Kremlin à la révolution yougoslave pendant la deuxième guerre mondiale ? Et pourquoi surtout ne dit-elle plus rien de la guerre civile grecque et de l'attitude du Kremlin dans celle-ci ? Il est vrai que le gouvernement yougoslave est maintenant beaucoup plus prêt, à s'entendre contre I'U.R.S.S. avec la réaction greeque.

Dans la question de l'U.R.S.S. - et maintenant de la Chine et des démocraties populaires - les dirigeants yougoslaves montrent en l'oceurrence qu'ils ont conservé la conception qu'ils défendaient quand ils étaient farouchement aux côtés de Staline : ils continuent à identifier f'U.R.S.S., produit de la Révolution l'Octobre, avec la direction du Kremlin, qui est avant tout le produit de l'isolement de PU.R.S.S. et du reflux de la révolution après 1928.

Il est vrai que cette conception est également la leur lorsqu'il s'agit de la Yougoslavie, La révolution yougoslave, c'est pour eux essentiellement leur direction. « D'après les trotskystes, écrit « Borba », notre révolution a triomphé grâce à la pression des masses. Le but de cette analyse est deffacer complètement le role qu'ont joué le P.C.Y. et le C.C. du P.C.Y. dans la victoire de cette révolution. C'est d'ailleurs exactement la même théorie que celle que les kominformistes répandent à ce sujet. » paragraphe de la résolution du Congrês sur la position adoptée par le Congrès de la IV• Internationale. Il suffit d'en citer seulerévolution yougoslave pour voir boroa » défigure considérablement la ment les premières lignes

« La révolution prolétarienne victorieuse en Yougoslavie est fondamentalement le produit de deux facteurs historiques : la montée révolutionnaire des masses laborieuses s'exprimant dans le mouvement des partisans armés, et la politique spécifique suivie par le P.C.Y. aux tournants importants du processus révolutionnaire objectif. »

La résolution explique en quoi consistait cette politique spécifique de direction du P.C.Y.; mais elle ne la présente pas comme le produit de qualités innées de cette direction, mais comme le produit sur celle-ci d'une prépondérance de la pression des masses au cours de la guerre de partisans sur celle du Kremlin. lequel elle est passée ; elle s'est infatuée de la victoire et croit qu'elle peut maia- La direction yougoslave nous montre qu'elle n'a pas compris le tenant peut-être ruser avec les U.S.A. : ils donneront des armes, on leur don-

Un autre faux de « Borba » consiste à nous accuser d'appuyer une agression de P'U.R.S.S. contre Yougoslavie, alors que le Congrès a distingué nettement deux cas : celui d'une guerre de la bureaucratie soviétique contre la Yougoslavie, serions « pour la défense de la yougoslavle contre l'action contrerévolutionnaire Kremlin » Quatrieme Internanonale » . 49) et celui d'un conflit mondial où les dirigeants yougoslaves se rangeraient du côté l'impérialisme et dans ce cas il va de soi que nous serons contre l'impérialisme et ses serviteurs - et nous sommes persuadés que notre position sera aussi celle de nombreux communistes yougoslaves.

Aussi, ce n'est pas le fait du hasard si si aujourd'hui les dirigeants yougoslaves lancent contre nous l'accusation de « kominformistes » (de même que les staliniens nous accusent simultanément de « titisme »). Les dirigeants yougoslaves savent que parmi les communistes yougoslaves heurtés par leur politique opportunisie les meilleurs recherchent une voie qui n'est pas celle du retour à la du Kremlin, mais la voie de la révolution mondiale, seul espoir de la Yougoslavie. Les dirigeants yougoslaves veulent briser cet espoir en idenstalinisme trotskysme. perdue. Les meilleurs Yougoslaves entendront l'appel de notre yougoslaves entendront l'appel de notre Congrès Mondial, ils formeront dans parti une opposition léniniste à la politique d'abandon et de capitulation de sa direction, pour remplacer celle-ci et se lier aux forees révolutionnaires du monde entier.

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