Une nouvelle montée du mouvement ouvrier de l'Europe occidentale s'esquisse depuis quelques mois. Elle est le contre-coup de la lutte des peuples coloniaux en Asie contre l'impérialisme, et de la nouvelle conjoncture de l'économie capitaliste transformée en économie d'armements et de préparation à la guerre.
Multiples sont les manifestations de cette montée. En Angleterre, après une vague de luttes revendicatives, le plus souvent dirigées par des comites s'opposant à la bureaucratie syndicale, la crise a gagné le L.P. même, provoquant la sensationnelle démission de Bevan et sa déclaration d'opposition à l'ampleur du programme d'armement entrepris par l'Angleterre et à sa dépendance accrue à l'égard de l'impérialisme américain.
En France, la vague de grèves du printemps de cette année où fut réalisée une vaste unité d'action et se manifesta un haut degré de combattivité, a été suivie d'élections de délégués d'entreprise qui ont consacré une importante victoire de la C.G.T. (stalinienne) sur toutes les autres centrales réformistes.
Le résultat des élections parlementaires françaises du 17 juin, par contre n'est pas aussi clair et significatif, car il manque les éléments d'une comparaison avec un niveau quelconque de l'influence des partis ouvriers dans les années comprises entre 1946 et 1951. Les voix du Parti Communiste retrouvent le niveau de 1945 mais sont inférieures de 500.000 environ par rapport à 1946. Les pertes des voix socialistes par rapport à cette dernière date sont, d'autre part, encore beaucoup plus considérables. Faut-il admettre un déclin continu et rectiligne entre 1946 et 1951 ou, au contraire, ce qui nous paraît plus probable, ce déclin s'arrête-t-il quelque part aux environs de 1950, pour laisser ensuite la place à une nouvelle reprise de l'influence du P.C.F. dans les milieux ouvriers en particulier ? Plusieurs indices militent en effet en faveur de cette dernière hypothèse ; l'évolution de la situation inter= nationale depuis la guerre de Corée et le cours gauchiste du P.C. accentué depuis surtout cette date allant dans ce même sens.
En Italie, pays dont l'évolution politique reste, dans certaines limites, voisine de celle de la France, le résultat des élections municipales fait apparaitre beaucoup plus clairement cette reprise de l'influence du P.C. italien et de son allié le P.S.I. (Nenni) sur les masses ouvrières et paysannes pauvres.
En Allemagne, les élections partielles ont montré toujours une solide influence de la social-démocratie, bien que le rythme de sa progression se trouve ralenti et par endroits stoppé en raison du cours droitier de sa politique. D'autre part, plusieurs luttes, et particulièrement celles pour la cogestion des entreprises, témoignent de l'éveil naissant de l'activité du prolétariat allemand.
En Autriche, les élections présidentielles ont consacré une importante victoire du candidat socialiste, résultat d'un magnifique front unique réalisé à la dernière minute par les ouvriers de base du P.C. et du P.S
Mais c'est surtout en Empagne que la nouvelle montée du prolétariat européen a donné, dans la conjoncture actuelle, toute son ampleur. D'un bout à l'autre du pays, des manifestations puissantes ont tenu en échec tout vélleité à la reprennion du régime franquiste, qui a dû les subir et faire semblant de méconnaitre leur importance capitale pour le sort de ce régime dans un avenir proche. Cette lame de fond a surgi comme expression du degré de radicalisation et de combattivité de la nouvelle génération ouvrière en Espagne qui n'a pas subi dans sa chair la défaite de la Révolution de 1936-1938 et qui part pleine de réserves fraîches au combat.
Naturellement, le manque d'une direction révolutionnaire organisée dans des événements qui ont dépassé, surpris et désorienté toutes les vieilles directions du prolétariat espagnol, constitue un sérieux handicap pour que la lutte commencée soit poursuivie à un rythme plus rapide, et surtout pour qu'elle puisse atteindre des phases supérieures, que seule une politique claire peut ouvrir aux masses. Il n'en reste pas moins que les événements d'Espagne ont eu un très grand retentissement sur tout le prolétariat occidental, stimulant son énergie révolutionnnaire. Réciproquement, des succès éventuels en Europe lors de prochaines luttes, et particulièrement dans un des quatre pays-clés (Angleterre, France, Allemagne, Italie) accéléreront à coup sûr l'évolution en Espagne et la porteront à un point culminant.
Ces succès sont toujours possibles. La bourgeoisie, lancée dans l'économie d'armements et la préparation active de la guerre, ne peut faire marche arrière sans qu'éclate une grave crise économique. Malgré une détente possible en Corée, le capitalisme persistera dans ses péparatifs, car moins que jamais il n'a d'autre voie à suivre. Ce cours aura comme conséquence inévitable une aggravation de l'inflation et des heurts de classe, aussi bien sur le plan économique que politique.
Tandis que les masses se radicalisent dans cette conjoncture, bourgeoisie oriente sa politique de plus en plus à droite, s'eftorce consolider son appareil d'Etat et de tenir ses leviers bien en m
Cette évolution est visible sur le terrain parlementaire grace aux laborieuses trouvailles de truquage électoral, la représentation den • P.C. a été scandaleusement faussée et les forces de droite renforcées. 2
Ceci est particulièrement valable pour la France, par l'entrée massive de députes gaullistes et d'indépendants dans le nouveau parlement.
Les masses poussées par l'abaissement de leur niveau de vie encore plus, important qui se prépare, et provoquées par des mesures réactionnaires amplifiées de la bourgeoisie, réagiront inévitablement. Le plus grand danger en ce qui concerne le sort de ces luttes en perspective est la politique des directions traditionnelles réformistes et staliniennes. Les dirigeants socialistes ont eu encore l'occasion de démontrer, lors de la reconstitution récente à Francfort de feue la II Internationale qu'ils sont définitivement accrochés au char de l'impérialisme préparant la guerre contre I'U.R.S.S., les « démocraties populaires », la Chine, le mouvement révolutionnaire des masses coloniales et métropolitaines. La honteuse déclaration de « principes » de la nouvelle « Internationale » ne laisse aucun doute sur le degré de corruption et de décomposition idéologiques de cette direction. Valets plus que jamais fidèles de l'impérialisme décadent, ils rappelent ces serviteurs qui se font un point d'honneur de se faire enterrer avec le cadavre de leur maître.
Quant à la direction stalinienne, sa peur de la guerre qui, en rompant l'équilibre du statu quo international et en dégageant d'immenses forces incontrôlables, scellera inévitablement sa défaite finale, est telle qu'elle s'adonne à nouveau (la trève de Corée aidant) à son jeu favori de la « campagne pour la paix à travers le pacte des 5 grands ». Ceci est érigé au niveau d'une panacée universelle qui, au milieu d'un capitalisme agonisant lancé à corps perdu (faute d'autre solution) à la préparation de la guerre, donnera la paix, le pain, la liberté aux masses, et la prospérité au capitalisme.
Face à cette situation, quelles sont les tâches qui incombent à l'aile marxiste révolutionnaire du mouvement ouvrier dans ces différents pays ? Se lier au mouvement des masses là où il se manifeste le mieux, comme il se manifeste, et trouver en partant de son niveau actuel d'organisation et de compréhension politique, les moyens de l'élever par étapes jusqu'au programme de la Révolution socialiste et à pays comme l'Angleterre ou l'Autriche, le bolchevisme se fraiera son chemin dans le L.P. et le Parti Socialiste, organisations principales de la classe ouvrière, en favorisant la création d'une aile gauche qui luttera plus résolument contre la politique de guerre de la bourgeoisie.
Pa contre, dans des pays comme la France et l'Italie où la majorité de la classe ouvrière suit les organisations staliniennes, le devoir des forces marxistes révolutionnaires, est d'accorder une attention capitale au travail en direction de ces masses.
En partant de leurs préoccupations qui sont actuellement celles de la lutte contre les préparatifs de la guerre impérialiste et ses conséquences, et de leurs objectifs, à savoir la défense de l'U.R.S.S., des « démocraties populaires », de la Chine, des révolutions coloniales, du mouvement révolutionnaire international, préoccupations et buts qui nous sont communs, il faut leur montrer, dans l'action, que la voie qui permettra d'atteindre tous ces objectifs est uniquement celle de la lutte pour le pouvoir des travailleurs, pour la Révolution Socialiste Européenne et Mondiale.
C'est ainsi qu'on opposera ces masses à leur direction bureaucratique qui déçoit leurs aspirations véritables et rend illusoire toute lutte efficace contre la guerre.
C'est dans cette mesure qu'on créera les meilleures conditions pour profiter des sursauts révolutionnaires inévitables de ces masses, avant ou durant l'éclatement du nouveau conflit mondial, et hâter le moment de la création du véritable parti révolutionnaire dans ces pays.