La campagne de suppression des petits kolkhozes, commencée au printemps de 1950 en Union Soviétique, est maintenant achevée. Il existait en U.R.S.S. 200.000 kolkhozes avant cette campagne, tandis qu'en Russie tsariste il y avait plus de 20 millions de fermes individuelles. Aujourd'hui il ne reste plus que 140.000 super-kolkhozes, dont 60.000 ont
, repris tels quels et 80.000 résultent de la fusion de 190.000 d'entre eux. Dans certaines Républiques soviétiques, où la dimension moyenne des kolkhozes était relativement petite, la campagne de fusion a eu des résultats plus radicaux. Ainsi, tandis que dans l'Est de la République de lUkraine le nombre des kolkhozes a été réduit de 26.401 à 14.443 (Pravda, 14 décembre 1950), dans la République de Biélorussie, 10.000 kolkhozes environ ont été réduits à 3.250 (Economist, 27 janvier 1950).
Mais si la campagne d'agrandissement des kolkhozes a été menée à bien, le gouvernement stalinien s'est vu obligé, en cours de route, de modifier sensibiement les objectifs. Au cours de toute l'année 1950, une sourde lutte se déroula au sein de l'appareil, entre les partisans d'une action radicale, de vaste proportion et à objectifs ambitieux, et les partisans d'une action plus prudente à buts immédiats plus modestes. Cette lutte fut centrée autour de l'idée des agro-villes. Les partisans de l'action radicale qui, au début, semblèrent lem« le rassemblement des petits kolkhozes porter, expliquaient sans ambage que ne représente qu'une partie » de laction entreprise Isvestia, 22 novembre tion 1950). Il s'agissait d'entamer immédiatement une action de transplantation de millions de paysans dans de nouvelles habitations regroupées pour avoir l'aspect de véritables villes. « 2.000 belles maisons le long de rues goudronnées et d'avenues gazonnées, — 2.000 maisons à deux, trois et quatre étages, avec électricité, radio, eau courante et salle de bain. Un square central avec une statue de Staline. Derrière chaque maison, un verger », - voilà en quels termes dithyrambiques la presse du parti décrivait les futurs agro-villes. Le but de cette propagande était naturellement de faire accepter plus rapidement aux paysans l'abandon de leurs vieilles demeures, et une réduction radicale de leurs parcelles de terre privée (1).
N.S. Kroustsehev, l'ancien pro-consul stalinien en Ukraine, aujourd'hui membre du Politbureau, du Secrétariat du C. C. et secretaire du Comite regional de Moscou du P.C. (b) de l'Union Sovietique, paraît avoir été à la tête de la tendance radicale. Ayant remplacé Andreiev comme responsable suprême de l'agriculture soviétique, il se prononça de façon catégorique en faveur des agro-villes. Au plénum du Comité régional de Moscou qui se réunit du 20 au 22 décembre 1950, il prononça un discours-programmatique sur cette question, qui aboutit au vote d'une résolution dans laquelle il était déclaré que la « concentration des petits villages épars représente une des conditions les plus importantes pour le développement rapide de l'économie collective ». L'éditorial de la Moskowskaja Pravda du 6 6 janvier 1951, commentant cette séance du comité régional de Moscou, précisa même que « la transformation complète du village... n'est plus une tâche pour un avenir lointain, mais la tâche la plus importante du présent. » Les colonnes de ce journal furent remplies durant tout le mois de janvier et de février de rapports d'architectes et techniciens sur l'aspect des futures agro-villes, rapports qui démontraient que, du moins sur le territoire du rayon de Moscou, l'« ac-
(1) Dans l'article
(|) Dans l'article de Khroustschev cité plus loin, il est proposé de limiter ces terres à
0,10 à 0,15 ha. par famille. Ce serait une véritable nouvelle révolution à la campagne que d'éliminer de la sorte la concession faite par le régime au milieu des années 1930 à la par le régime des paysannerie. On n'a cependant plus entendu parler de ce projet par la suite. (Note de la rédaction.)
A TRIEME IN T tion radicale » l'avait nettement remporté.
Le 4 mars 1951, un brusque tournant se produisit. Plusieurs journaux de Moscou, notamment la Pravda, la Socialisticheskoje Semledelije (agriculture socialiste) et la Moskowskaja Pravda, publiérent ce jour-là le texte d'un rapport que Kroustschev avait fait le 18 janvier à une conférence relative à la concentration des kolkhozes. Tout en se prononçant contre le maintien de maisons d'une famille au sein des nouveaux superkolkhozes, Khroustschev y reconnaissait qu'il serait préférable d'abandonner le terme d'agro-ville parce que ce terme risquait de réveiller des espoirs exagérés au sein de la paysannerie. « Le terme ville, écrit-il, est trop ambitieux. Une ville doit pouvoir correspondre à tout point de vue aux exigences élevées de la culture urbaine. »
Plus caractéristique encore que le contenu de cet article est le fait qu'au lendemain même de sa parution, le 5 mars 1951, il parut un rectificatif dans les mêmes journaux, déclarant : « Par inattention de la rédaction lors de l'impression de la Pravda d'hier, il a été omis la note de la rédaction à l'article du camarade N.S. Khroustschev « Sur la construction et l'installation des kolkhozes » disant que cet article du camarade N.S. Khroustschev n'a été imprimé que comme contribution à la discussion, Nous réparons cette omission par la présente ».
Pour tous ceux qui connaissent les conditions sévissant en U.R.S.S., il est évident qu'il ne s'agissait nullement d'une « omission » de la rédaction de la
Pravda, d'autant plus que la même
« omission » avait été commise par ha-sard par les trois quotidiens. La note de la Prarda confirmait seulement qu'u-
ERNATIONALE fisante. La preuve en est que, depuis le début de mars, ni la Moskowskaja Pravda ni les éditoriaux de la Prouda ne mentionnent plus du tout la transplantation ou le démenagement force de paysans, thèmes auxquels ils avaient attribué jusqu'à la veille la plus grande attention.
La raison de la retraite de Khroustschev et de la victoire momentanée de la tendance « modérée » en matière d'agrandissement des kolkhozes se comprend facilement, si l'on se penche sur un article que Beneditkov, ministre de l'agriculture de l'U.R.S.S. et membre du C.C., publia au même moment (3 et 4 mars 1951) dans le journal Sozialistitcheskoje Semledeljie. Cet article, intitulé « Toutes les réserves au service l'un nouvel essor de l'agriculture socialiste », analyse les faiblesses dans l'accomplissement des tâches pour l'agriculture dans le quatrième plan quinquennal et indique les tâches futures de l'agriculture soviétique. Cet article mentionne pas d'un seul mot la transplantation des paysans kolkhoziens ou la réorganisation pratique des installations kolkhoziennes. Benediktov apparait donc comme le porte-parole de la tendance • modérée » qui craint surtout un nouvel affaiblissement du cheptel soviétique (2) à la suite d'une transplantation forcée de paysans. L'envergure de la défaite subie par Khroustschev est indiquée par le fait que le 20 mars 1951, un journal communiste, le Communiste d'Erivan, publie un article d'Arutinov, secrétaire du P.C. d'Arménie, dans lequel celui-ci ne craint point de condamner * les dirigeants haut-places du parti » qui s'étaient occupés de « plans de transplantation fantastiques ». C'était de toute évidence une allusion à
Khroustschev (3), Ajoutons enfin que les nombreux mots d'ordre du P.C. (b) de ne sourde lutte avait opp dances du Politbureau, et née par le désaveu public du secrétariat du parti.
›sé deux tens'était termid'un membre
L'article de
IU.R.S.S. du 1* mai 1951 ne mentionnent pas un mot sur les agro-villes ou la transplantation de population.
Khroustschev était désavoué non parce qu'il abandonnait le terme d'« agroville », mais parce que son auteur n'avait pas encore opéré une retraite sut-
Il ne s'agit, évidemment, pas d'un recul de principe. Mais il est clair qua l'étape actuelle, les agro-villes, surtout telles qu'elles avaient été décrites dans
12) D'après le communiqué officiel sur l'achèvement du Quatrième Plan Quinquennal dans l'agricuiture, publié en janvier 1950 les plans pour le cheptel n'ont été réalisés qu'a 90 % pour les chevaux : 87,6 % pour les bêtes à cornes: 81, 3% pour les chèvres et moutons et conséquent l'évolution du tique, causé en premier lieu par la collectivisation forcée stalinienne et dont les effets catasstrophiques n'ont pas encore été surmontés à nos jours :
1916 1929 1932 1950 1950 (réalisé ) (plan) Chevaux 35.1 34,0 19,6 13 15,3 Bêtes à cornes 58,9 68, L 40,7 57,2 65,3 i Chèvres et moutons 115,2 147.2 50 2 99,0 121,5 Porcs 20,3 20,9 12,1 24.1 31,0 Le communiqué sur l'ensemble du plan quinquennal, publié le 16 avril 1951, voile cet état de fait en ne donnant pas de références quant à l'état actuel des différentes catégories, citant seulement les chiffres d'auqmentation du cheptel kolkhosien..
(3) D'après le leader menchevik émigré généralement bien informé, Boris Nikolaevski, la suppression subite de l'organe central de l'AGRITPROP Kultura i Jizni survenue après les critiqueside la Pravda sur l'opéra kolkhosien « De tout cœur », serait en rapport avec ce tournant de l'apparejl contre Khroustschev.
Q UATRIEME IN T citation ci-dessus, représentent point de vue matériel une utopie pour l'Union Soviétique. Le pays ne dispose pas encore des moyens matériels necessaires pour rassembler des centaines de milliers de villages quelques dizaines de milliers de villes. Même les villes soviétiques d'aujourd'hui ne disposent pas encore des installations urbaines les plus élémentaires. Des cités, comme lancienne capitale de l'Ukraine, Kharkov, Kiev et même Moscou comptent encore de nombreuses rues non pavées. Dans de nombreux quartiers de ces villes, le tout-à-l'égout, l'eau et l'éclairage des rues sont insuffisants. On ne peut même pas mentionner les conditions qui règnent dans les villes de province. Celles-ci ne possèdent en général ni touta-l'égout, ni éclairage des rues. Comment pourrait-on, dans ces conditions, * urbaniser » le village soviétique ?
La concentration des kolkhozes et les tentatives de transplantation de paysans ont été effectuées de façon bureaucratique, ordonnées d'en haut et avec emploi de la force contre les ouvriers kolkhoziens. La répartition des domiciles n'a pas été effectuée par décisions des communautés de village mais par les autorités administratives, en dehors de tout contrôle, c'est dire qu'elle a été accompagnée de nombreux abus. Cela devait provoquer le mécontentement et la résistance, comme autrefois les mesures de collectivisation forcée.
On peut donc supposer qu'avant de recommencer une campagne de transplantation de paysans, la bureaucratie soviétique amorcera d'abord une période d'expériences sur une petite échelle, de rassemblement de nouvelles expériences, etc. Mais à la longue, la concentration des villages aura effectivement lieu.
Comment les staliniens conçoivent-ils les « agro-villes » de l'avenir. Il est intéressant a ce sujet de se pencher plus attentivement sur l'article mentionné cidessous de Khroustschev
« En premier heu, il taut construire les bâtiments administratifs, les immeubles a destination industrielle, les étables, les hangars pour machines, les silos de blé et de fruits. En même temps il faut commencer à construire les bâtiments culturels et d'habitation. Il faut rapprocher le mode de vie de l'ouvrier kolkhozien de celui de population urbaine. Au lieu de petits villages, de grandes communes kolkhoziennes avec des écoles, des clubs, des installations de bains, des maison de culture agricole, des jardins d'enfants et autres établissements culturels... Il faut dans ce but rassembler les cadres des meilleurs architectes, afin d'exécuter des beaux plans de nouvelles communes kolkhoziennes, des bâtiments communaux... Il faut élaborer des projets-types, des plans de quartiers, de places, d'avenues, de projets-types de bâtiments communaux, où il s'agit de combiner la simplicité et le caractère bon marché des 48
ERNATIONALE travaux de construction avec le confort. En dressant ces plans, il faut veiller à établir une disposition adéquate des installations agricoles et des maisons de culture, les clubs, les maisons de culture agricole, les écoles, les hôpitaux, la maison communale, les magasins de vente, les pares, le terrain de sports, les cinémas, les installations de bains, etc.
faut bien disposer ces maisons afin d'embellir les communes par leur aspect extérieur... Dans de nouvelles communes kolkhoziennes, il faut introduire par étapes les canalisations d'eau, l'électricité et l'éclairage rues... Il faut donner une attention particulière à la construction des maisons pour ouvriers kolkhoziens.
Les villages ne sont plus ce qu'ils étaient il y a 20 ans. Aujourd'hui beaucoup d'intellectuels, des instituteurs, des agronomes diplômés, des médecins, des mécaniciens des M.T.S.
(stations de tracteurs étatiques), des conducteurs de tracteurs, des brigadiers (chefs de brigades de travail dans les kolkhozes) y habitent. Dans ces villages il y a aujourd'hui beaucoup de jeunes, qui ont passé 7 ou ans à lécole... Un ouvrier kolkhozien ne se contentera pas d'une seule pièce d'habitation. Il faut réfléchir comment lui accorder 2, ,3 et 4 pièces.
Les bâtiments d'habitation • doivent être spacieux, clairs, confortables, solides, garantis contre l'incendie et en même temps bon marché... Quelques architectes sont d'avis qu'il serait préférable de construire des maisons pour une famille dans les communes. Ils s'appuient à ce sujet sur le fait que les ouvriers kolkhoziens sont habitués à des maisons d'une famille et que cela correspond à leur psychologie. Ces camarades commettent une erreur... L'ouvrier kolkhozien d'aujourd'hui est capable de comprendre plus rapidement ce qui est progressif... Dans les nouvelles communes kolkhoziennes, on peut construire des maisons d'une famille à un étage, des maisons pour deux familles à deux étages et des maisons pour plusieurs familles à plusieurs étages... Quand le plan communal est trop grand, la construction et l'organisation deviennent trop cher... C'est pourquoi il ne faut point adjoindre des terres privées aux maisons d'habitation... Ces terres établies d'après le statut des coopératives agricoles, devraient être localisées en dehors de la commune.»
(Pravda, 4 mars 1951.)
Cette longue citation de l'article de Kroustschev confirme notre jugement par les paroles d'un dirigeant soviétique. Pour le lecteur qui ignore les conditions soviétiques, la citation de Kroustschev présente un tableau très attrayant. L'image des communes exemplaires de Robert Owen apparaît à ses yeux. Mais Owen élabore des projets pour des producteurs et les opposa aux organisateurs de la production, les capitalistes. Kroustschev narle à la fois comme organisateur de la production, et comme représentant des producteurs. Cette fusion de fonctions doit aboutir inévitablement à des abus. Dès le début de la N.E.P., Lénine avait fait séparer intentionnellement les fonctions des communistes-directeurs de celles des communistes syndicalistes. Les premiers avatent pour but de retirer le maximum
ERNATIONALE lité médiocre... pour le personnel administratif et l'aristocratie ouvrière. Le reste des ouvriers continuait à vivre des années durant dans de misérables baraques, dont quelques-unes furent entourées de fils de fer barbelés, puisqué c'étaient des « ennemis du peuple qui y habitaient dans leur qualité de forçats.
Ce n'est pas non plus un hasard quz Khroustschev justifie la nécessité de construire des habitations à plus d'une pièce par le fait qu'il y a « beaucoup piece bar le fait ou y a a beaucono d'intellectuels » qui habitent aujourd'hui les kolkhozes ! Il s'agit, bien entendu, de la couche privilégiée des bureaucrates staliniens. Kroustschev, en bon « administrateur » de la production, pense en premier lieu à ceux qui doivent pousser les ouvriers à la production. Pour ceux-la, il faut construire • des habitations à deux, trois et quatre pièces ». Le reste des ouvriers vivra dans la « commune kolkhozienne » de la même façon que vivent les ouvriers des grands centres industriels, ou peut-être plus mal, puisqu'il n'est pas sûr qu'on trouvera suffisamment de baraques et de tentes pour eux...
La résistance des ouvriers agricoles aux super-kolkhozes ou agro-villes staliniens, ou bien mieux, à la forme sous laquelle ils ont été construits, ne doit pas être considérée comme une résistance d'éléments réactionnaires au progrès de la civilisation. Il s'agit plutôt d'une résistance de producteurs sans défense en face de l'ivresse de pouvoir illimité et sauvage des organisateurs de la production.
Nous sommes d'accord avec Kroustschev : « L'ouvrier kolkhozien d'aujourd'hui est capable de comprendre plus rapidement ce qui est progressif ». Mais ce n'est pas le stalinisme qui développe cette capacité, au contraire il la freine. Car l'ouvrier voit comment ,dans le système stalinien, ce qu'il y a de neuf et de progressif est utilisé contre lui. Khroustschev admet lui-même qu'on construira dans les nouvelles communes kolkhoziennes des habitations en premier lieu pour les « meilleurs hommes ». Mais ces « meilleurs », ce ne sont pas les ouvriers kolkhoziens eux-mêmes, mais l'administration, c'est-à-dire la bureaucratie stalinienne, qui les désigne. Cela signifie que les ouvriers kolkhoziens seront obligés de construire des maisons pour leurs ennemis et continueront vivre eux-mêmes dans de sales baraquements, même après la concentration des kolkhozes.
Voilà pourquoi il n'est pas étonnant que l'ouvrier soviétique adopte devant les projets staliniens de modernisation du village la même attitude négative que de nombreux ouvriers adoptent aux Etats-Unis capitalistes devant les machines modernes qui mécanisent complètement le travail. Le village « moderne » stalinien chasse l'ouvrier de sa maison et l'enferme dans le baraquement « urbain », de même que la ma- de travail des ouv dans le cadre des second d'obtenir un ges pour les ouvrie riers (naturellement lois soviétiques), les maximum d'avanta-
1s (au besoin même à laide de la grève). Staline a liquidé ce principe de la séparation des pouvoirs, et a rassemblé dans chaque cas l'organisateur de la production et le soidisant défenseur des producteurs en une seule personne. Qu'en est-il résulté pour le producteur ?
On peut s'en rendre compte facilement. en comparant la citation de Khroustschev avec la réalité soviétique d'aujourd'hui. Les lecteurs connaissent peut-être le beau livre des auteurs soviétiques IIf et Pretrov: L'Amérique a un étage, le reportage du voyage de ces écrivains aux U.S.A. On ne peut soupçonner ces auteurs de vouloir glorifier le capitalisme. Au contraire, ils dénoncent par des exemples frappants de façon géniale l'âme mourante du capitalisme. Ils montrent comment dans ce monde capitaliste, seul le mouvement ouvrier rend possible un nouveau progrès. Les auteurs soviétiques ont visité les chantiers, ou doivent apparaître une nouvelle usine et de nouveaux blocs ouvriers. L'usine et les habitations ne sont pas encore construites, mais il y a déjà des rues pavées, la canalisation, l'électricité et le gaz. On n'a plus qu'à ériger les murs et les toits, et les maisons seront terminées. C'est la lutte du mouvement ouvrier qui a obtenu cela; la classe ouvrière ne se contente plus d'un niveau de vie élémentaire, et les capitalistes sont obligés de tenir compte de ses désirs dans leurs plans. En U.R.S.S., l'organisateur de la production n'a pas à tenir compte d'une lutte possible de la classe ouvrière. C'est pourquoi il dit par la bouche de Kroustschev : « En premier lieu il faut construire les bâtiments administratifs... les immeubles à destination industrielle. » Si ces bâtiments ont été construits « en premier lieu » il faut commencer « en même temps » à « construire des bâtiments culturels et d'habitation, » Mais le lecteur aura compris : « en premier lieu ».
c'est un ordre; « en même c'est une recommandation. N gnons intentionnellement cette s'exprimer typique des plans C'est la façon dont ont été tous les nouveaux centres temps ». ous souli• façon de staliniens. construits d'industrie lourde, a Magnitogorsk, à Stalinsk, à Chinbinogorsk, ete. « En premier lieu » on y construit les usines principales, et a leurs cotes habitaient des milliers d'ouvriers dans des baraquements sous des tentes, sans eau, sans canalisation, sans courant electrique, Beaucoup plus tard, 'furent construites les prétendues #'villes socialistes », c'est-à-dire quelques quartiers d'habitations de qua- chine du monde capitaliste chasse le kolkhozien de l'usine et le jette à la rue comme chômeur. Leur protestation une même cause : la protestation de l'ouvrier contre les organisateurs du travail. Mais la solution du problème devient différente. En U.R.S.S. cette protestation cessera quand le producteur arrachera aux administrateurs leur pou-
ERNATIONALE voir politique et les ramènera à l'état de simples exécutants techniques. Alors, mais alors seulement, les « capacités progressives des travailleurs kolkhoziens » mentionnées par Kroustschev se manifesteront de manière indépendante, en dehors de toute surveillance et de toute violence bureaucratiques. (9).
(4) Note de la rédaction: L'auteur n'insiste pas sur certains aspects économiques et politiques plus particuliers, qui semblaient avoir été implicites dans la concentration des kolkhoses. Ajnsi, d'après ia Pravda du 14 décembre 1950 le contrôle plus strict du parti sur la bureaucratie kolkhozienne semble avoir eté un objectif de l'action. Ce iournal souligne le fait que le nombre de présidents de kolkhozes membres ou candidats du parti ont augmenté de 65 à 83% depuis la concentration des kolkhozes. D'autre part, l'article de l'Economist mentionné ci-dessus souligne certains objectifs économiques précis de la campagne de concentration des kolkhozes : libération d'une main-d'œuvre supplémentaire pour l'industrie, rationalisation des cultures extensives, utilisation plus rationnelle de l'énorme parc de machines agricoles dont l'U.R.S.S. dispose déjà (production en 1950 : 720.000 tracteurs.), augmenfation de la production de blé, meilleure utilisation des kolkhoses pour la réalisation des plans de lutte contre la sécheresse, pour le reboisement, etc.