Tout comme dans les années 1935-1938 qui précédèrent la deuxième guerre mondiale, l'économie capitaliste est à nouveau essentiellement orientée sur une économie d'armements, en attendant de se transformer en une véritable économie de guerre.
A l'époque, cette orientation avait comme causes spécifiquement économiques la nécessité pour tous les pays capitalistes touchés par la grande crise de 19291933 de suppléer au manque de débouchés extérieurs par l'élargissement des débouchés intérieurs et d'éviter ainsi une rechute dans la dépression et la crise.
L'économie d'armements, intéressant par son ampleur de nombreuses branches de l'activité industrielle, exigeant une main-d'œuvre abondante et offrant des possibilités accrues d'investissements de capitaux, devient, dans l'évolution du capitalisme décadent, une branche de plus en plus importante de son fonctionnement économique fondamental. La préparation économique et la fonction économique de la guerre elle-même deviennent, à l'époque impérialiste, une caractéristique essentielle du fonctionnement du régime capitaliste.
Déjà, dans sa réponse aux critiques révisionnistes de Bernstein, Rosa Luxembourg avait eu l'occasion de souligner la fonction économique du militarisme qu'elle considérait comme « le genre de placement le plus important tant pour le capital financier que pour le capital industriel > (1).
Cependant, cette fonction parasitaire qu'on pouvait discerner même avant qu'éclata la première guerre mondiale, n'a pris une ampleur littéralement colossale qu'à la suite de cette guerre et au fur et à mesure que le régime capitaliste dans son ensemble s'est trouvé plongé dans une décadence irrémédiable et accélérée.
Entre 1935 et 1938 l'économie d'armements s'est traduite par une apparence de reprise économique pour les principaux pays capitalistes, et en particulier l'Allemagne hitlérienne. Mais ses développements fatals n'ont pas tardé à se
(1) ‹ Réforme ou Révolutions, p. 39.
manifester. Dans la stricte logique d'une telle économie, il n'est pas difficile d'apercevoir qu'à partir du moment où l'économie d'armements atteint une certaine ampleur, il n'est plus possible au capitalisme ni de revenir en arrière sans faire éclater la crise ni de se contenter indéfiniment d'une telle économie. L'économie d'armements, en tant que moyen d'élargissement du marché intérieur, voit ses limites atteintes quand la demande se trouve « stérilisée » par l'augmentation des prix ou des impôts, qui accompagne en général un blocage plus ou moins strict des salaires. D'autre part, à partir d'un moment optimum, il deviendrait insensé de continuer à produire des engins pour une armée déjà suréquipée. Le passage à l'économie de guerre proprement dite, qui se réalise dans la guerre elle-même, devient alors nécessaire. Seule la guerre peut consommer la production de l'économie d'armements, recréer de nouveaux besoins de toute sorte et par conséquent de nouveaux débouchés aussi bien intérieurs qu'extérieurs. D'autre part, par la guerre, les puissances capitalistes repartagent au détriment des vaincus le marché international.
A la différence de ce qui s'est passé dans les années 1935-1939, les pays capitalistes de l'actuelle « communauté atlantique » ont renforcé leur politique d'armements à un moment où leur économie paraissait être en expansion et loin de la menace d'une crise. Mais en réalité celle-ci existait déjà à l'état latent et aucun pays capitaliste, à commencer par les U.S.A., ne se faisait d'illusion sur les possibilités réelles d'étendre cu même de maintenir l'activité économique dans un marché mondial amputé d'une grande partie de son domaine colonial et semi-colonial, à la suite des révolutions asiatiques et de la formation du glacis soviétique européen.
Pendant toute l'année 1949 et une partie de l'année 1950, l'économie américaine s'est maintenue à des niveaux moyens inférieurs à ceux des années précédentes, subissant des chutes fréquentes, dont elle ne se relevait chaque fois que pour s'essouffler à nouveau au bout d'un certain temps. L'économie des pays capitalistes de l'Europe occidentale (2), d'autre part, semblait avoir atteint un plafond (3) en 1949, et ceci grâce à l'aide ininterrompue de l'Amérique. Les prix mondiaux, en particulier ceux des U.S.A., étaient orientés à la baisse au milieu de 1949 et n'ont repris un cours fermement ascendant qu'à la suite de la guerre de Corée.
C'est « l'accroissement des dépenses nécessaires au renforcement de la défense » qui a « stimulé » (4) l'économie américaine dans la dernière partie de l'année 1950 et lui a prodigué l'élan qui l'a caractérisée depuis lors. L'indice de la production industrielle qui s'établissait d'après les estimations du Federal Reserve Board, à 179 à la fin de 1949, est passé à 215 à la fin de 1950, faisant un bond de 16 points environ entre juin et octobre 1950.
Il ne faut cependant pas mesurer les conséquences « stimulantes » du réarmement sur les autres pays capitalistes à partir de l'exemple américain. L'ascension actuelle de la production des U.S.A. s'explique par des raisons spécifiques qui tiennent à l'ampleur du programme de réarmement américain, à la capacité de de production et aux possibilités d'approvisionnement en matières premières de l'industrie américaine.
Dans tous les autres pays capitalistes qui gravitent de plus en plus strictement autour de cette masse capitaliste fondamentale, et qui par conséquent sont forcément entraînés dans les mouvements économiques et politiques importants de cette masse, l'économie d'armements aura des effets plutôt contraires sur la
(2) Sauf l'Angleterre et l'Allemagne occi- (3) L'industrie lourde surtout risquait de dentale qui, chacune pour des raisons spécivoir sun marché « saturé », une surproduction ces derniers temps. fiques, ont pu retarder ce moment jusqu'à se (4) Bulletin faisant deja menacante d'informations économiques
U.S.A. (10 janvier 1951).
production : elle permettra tout au plus, là où ne se produira pas un net recul, le maintien d'une activité voisine des niveaux actuels, activité plus strictement que jamais dépendante des U.S.A. (5).
Examinons cependant ce que représente exactement l'effort de réarmement actuel de la « communauté atlantique », ce que celle-ci espère de cet effort et ce qu'il peut en résulter réellement.
Les dépenses dites de « défense nationale » de l'Europe occidentale, des U.S.A. et du Canada sont restées à leur niveau de 1948-49 jusqu'au milieu de 1950, totalisant 16,5 milliards de dollars environ (6). Sur ce total, les dépenses de l'Europe occidentale se chiffraient à 5 milliards de dollars environ, soit une somme largement supérieure à l'aide globale américaine accordée au titre du Plan Marshall en 1948-49. L'Europe occidentale débarrassée du fardeau des armements et de ladite « défense nationale » était en mesure de se libérer de sa dépendance à l'égard de l'Amérique dès 1948-49.
La guerre de Corée a prevoqué un tournant brusque dans la politique et l'économie des pays capitalistes. Aux U.S.A. elle a agi comme un puissant catalyseur, qui a permis aux pires forces réactionnaires militaro-économiques de mettre en marche la machine de guerre, afin de ranimer dans l'immédiat l'économie américaine, d'autre part la conquête d'un monde menacé par l'extension des révolutions coloniales, ainsi que la reconstruction d'un marché mondial dominé par Washington.
Pressées par Wall Street, les capitales des pays de l'Europe occidentale ont bientôt suivi le même mouvement vers une économie d'armements dont l'amplification progressive est illustrée par les données suivantes :
Aux U.S.A., les dépenses dites de « défense nationale », auxquelles, de l'avis même de l'Economist (20 janvier 1951) il faut maintenant inclure les crédits Marshall, passent de 17,7 milliards de dollars en 1949-1950 à 26,8 milliards en 1950-51, et à 52 milliards en 1951-52.
Au Canada, 350 millions de dollars en 1949-50; 570 millions en 1950-51; 1.600 millions en 1951-52 et 3.400 millions en 1952-54.
En Grande-Bretagne, 740 millions de livres en 1949-50; 859 millions en 1950-51; 1.300 millions en 1951-52; 1.600 millions en 1952-53 et 1.800 millions ou plus en 1953-54. (The Economist, 24 février 1951.)
En France, 350 milliards de franes en 1949-50; 420 milliards en 1950-51 et 740 milliards en 1951-52.
En Italie, 250 milliards de lires en 1949-50; 296 milliards en 1950-51 et 740 milliards en 1951-52.
En Belgique, 125 millions de dollars en 1949-50; 133 millions en 1950-51 et 250 millions en 1951-52.
(5) En accaparant aux prix forts et en stockant les matières premières, léconomie monopoleuse des U.S.A. exerce un contrôle plus rigoureux que jamais de Teconomie capitaliste mondiale. Non seulement la hausse résultante des prix étrangle l'industrie des autres pays capitalistes, en lui imposant de matières premières à leur source même. D'autre part, les U.S.A. produisent sur leur propre sol un très grand nombre de matières premieres; sur celles-ci aussi leur économie actuelle d'armements a établi un strict monopole.
Les pays européens doivent se contenter de la quantité de matières premières que les U.S.A. veulent bien leur accorder et aux prix qu'ils leur imposent. Ainsi on a fait grand cas récemment à Londres du soufre, matière première nécessaire à l'industrie anglaise et dont 90% des l'exportations dans le monde proviennent des U.S.A. En réduisant les quantités jusqu'à présent accordées à l'Angleterre, les U.S.A. sont en mesure, par cette seule matiere premiere, de provoquer la paralysie d'une grande partie de l'industrie anglaise.
(6) Bulletin of the Oxford University -Institute of Statistics (nov. 1950).
sévères restrictions, mais la cerlaines matières premières au est telle que la continuation de industrielle dépend réellemen leur volonté. Les U.S.A., dans 1950, sont devenus, pour la dans l'histoire du capitalisme, répartition de gré des U.S.A. la production souvent de le courant de remiere Tois e plus grand pays importateur, surelassant PAngleterre, Ils ont stocké d'énormes quantités de matières premières (caoutchouc, étain, zine, autres mes a anon reneede tate l'industrie Souvent, etc.), indispensaselon la tendance classique l'économie monopoleuse, ils ont acquis l'exclusivité des
Aux Pays-Bas, 223 millions de dollars en 1949-50; 259 millions en 1950-51 et 400 millions pour les années suivantes.
Par rapport au revenu national de ces pays, l'effort de réarmement suit la tendance suivante:
Pour les U.S.A., de 7% à 15 % (fin 1951) et à 17 %-20 % pour les années suivantes; pour le Canada, de 3 % en 1949-50 à 10%; pour la Grande-Bretagne, de 7,4% en 1949-50 à plus de 12% pour la fin 1951 et à plus de 17 % pour 1e annes suivantes e de 2a ace 5 le les Pays as de flac en 1919.50 les années suivantes; pour la France, de 5% à 10%; pour l'Italie, de 4% à 6,7 % en 1950-51 et à plus de 10 % pour les quatre années suivantes.
Pour faire face à un tel effort, les pays capitalistes envisagent tout d'abord une extension de la production, « une augmentation correspondante de la production » afin de « compenser les charges nouvelles » imposées par le réarmement (7).
Si cette solution s'avérait impossible, il ne resterait qu'à « divertir vers le réarmement une partie de la production destinée, soit à la consommation civile, soit à l'aceroissement du capital › (8). Ce qui siguifiera baisse du niveau de vie et réduction du programme de « travaux d'équipeinent ».
D'autre part, même au cas où une expansion de l'activité économique stimulée par les dépenses et la production d'armement serait possible, il est impossible d'éviter un mouvement inflationniste correspondant, débutant par la hausse des prix provoquée par la recherche et le stockage excessifs des matières premières. Ensuite, le mouvement inflationniste se poursuit sur la base du décalage qui existe, même dans le cas d'une expansion économique et d'une augmentation de la production, entre le volume d'argent plus grand aux mains de la masse des travailleurs employés par l'économie d'armements et le volume des produits de consommation, la production d'armements n'étant pas une production marchande de valeurs nouvelles. Pour limiter ce mouvement inflationniste inévitable, les pays capitalistes recourent alors fatalement aux impôts et à un blocage plus ou moins rigoureux des salaires, accompagnant leur politique des prix.
En réalité, seuls les U.S.A. et le Canada ont la possibilité de combiner leur programme d'armements à une expansion considérable de l'activité économique et de la production. Dans son discours du 23 février 1951, Ch. Wilson, le nouveau directeur américain de l'Office of Defense Mobilisation, n'a pas hésité à avancer des chiffres impressionnants qui illustrent, selon lui, les capacités « illimitées » de l'« économie dynamique » de l'Amérique. Il a fixé comme but possible à cette économie la production dans les deux à trois années à venir d'un surplus de 150 milliards de dollars pour le réarmement sans que la production civile actuelle en souffre.
Tel n'est pas cependant le cas des pays européens. Aucun d'eux ne peut espérer pouvoir faire face au fardeau du réarmement, principalement au moyen d'un élargissement considérable de la production. C'est en augmentant la productivité que ces pays envisagent de couvrir une partie des ressources nécessaires au réarmement, ce qui veut dire avant tout intensification du travail et exploitation accrue de la main-d'œuvre nationale. Ainsi l'Angleterre espère relever en 1951-52 la productivité de 4% et couvrir par ce moyen 250 millions de livres sur les 500 exigés par le réarmement pour cette même période. Mais ce chiffre modeste est un chiffre « optimiste » pour l'Economist (24 février 1951) qui s'empresse d'ajouter « qu'il est hors de question de pouvoir porter cette augmentation à 12% vers 1954 ». Selon ce même organe, plus de la moitié des dépenses envisagées pour le réarmement devra alors être couverte par la réduction du programme de travaux d'équipement (modernisation de l'industrie et construction de logis) et
(7) Etudes et Conjoncture (nov.-déc. 1950), (8) Ib. « L'économie de réarmement ». 4
1UATRIEM INTERNATIONALE plus particulièrement par « une très franche et très considérable réduction du standard de vie de la population ». Cette conclusion revient invariablement dans le raisonnement de tous les organes capitalistes européens qui se penchent sur la question du réarmement et, ce qui est encore plus important, cette conclusion est déjà passée dans les faits.
Les pays européens font face aux besoins du réarmement en réduisant fortement les dépenses civiles et leurs investissements en équipement industriel et social — qu'ils détournent vers la production d'armements (9) — et surtout en abaissant le niveau de vie déjà très réduit des masses.
C'est un programme « d'austérité prolongée et aggravée » que les ministres britanniques du Labour Party annoncent aux masses qui leur avaient fait confiance pour édifier « le socialisme en Angleterre », et cette annonce est reprise sur le même ton grave par tous les ministres et hommes responsables en France, en Belgique, en Hollande, en Italie.
C'est maintenant partout en Europe occidentale le prix de « la liberté ». De l'Angleterre à la Hollande, le mot d'ordre est à l'« austérité », ce qui signifie un régime aggravé de taxation, de blocage effectif des salaires, de restrictions alimentaires supplémentaires. Avant que l'Europe ait eu la possibilité de panser réellement ses blessures de guerre, elle se lance dans une nouvelle économie d'armements qui, si elle se poursuit, ébranlera jusqu'au tréfonds son édifice fragile encore très partiellement restauré.
Le coût de la vie a augmenté, depuis le début de la guerre de Corée, d'au moins 5 à 15 % dans les différents pays de la « Communauté atlantique », dans Tordre suivant : France, U.S.A., Italie, Allemagne, Angleterre, Hollande, Canada, Belgique. Dans d'autres pays qui, comme l'Espagne et la Grèce, touchent de près la « Communauté atlantique », cette augmentation dépasse déjà largement 15 % et pour certains articles de consommation elle a atteint au cours des derniers mois 30 % et même 50 %. Par contre, les salaires se trouvent partout pratiquement bloqués aux niveaux du milieu de l'année passée.
La bourgeoisie admet ouvertement qu'il y aura encore une hausse considérable des prix, mais que les salaires ne doivent pas suivre un cours correspondant si l'on veut éviter de tomber dans le soi-disant « cycle infernal » des prix et des salaires dans lequel patauge la « science » économique actuelle, et qu'invoque la politique traîtresse des dirigeants politiques et syndicaux social-démocrates et réformistes.
Cependant si les dirigeants capitalistes et leurs agents proposent facilement comme mesure salutaire le blocage des salaires pour éviter le déroulement de la spirale inflationniste, ce sont les masses qui disposent, et qui refusent d'accepter le fardeau écrasant et insensé de la/préparation d'une nouvelle guerre.
Sans réaction des masses le capitalisme américain peut rêver à loisir de produire, comme il se propose de le faire, 216.000 avions à réaction et 35.000 tanks
(9) En Angleterre en souffrent surtout le programme de construction de logis et la sécurité sociale, c'est-à-dire les principales mesures prises par le gouvernement travailliste en faveur des masses.
En France, c'est aussi le programme de construction déjà extrêmement modeste qui en souffrira ainsi que la sécurité sociale. Quant aux investissements d'équipement, réduits déjà en 1950, on prévoit pour 1951 de « nouveaux choix douloureut », c'est-adire une nouvelle réduction qui a déjà commencé.
En Belgique, il s'agit tout d'abord e de réorienter les investissements publies... par une réduction drastique du programme de travaux publics et d'habitations privées. Encore faut-il ‹lonner naissance à des investissements utiles et nouveaux destinés notamment à Parmement». (Conférence de M. Masoin, professeur a Université de Douvain, sur les « aspects économiques, financiers et monétaires de la politique d'armements >. citée par l'Echo de la Bourse de Bruxelles du 19 janvier 1951.)
En Hollande, le nouveau premier ministre, W. Dress. a annoncé dans son programme « d'austérité » une réduction de 150 millions de florins sur les dépenses civiles inscrites au budget, ainsi qu'une réduction des investissements publies et privés.
par an. Ses satellites d'Europe peuvent, de leur côté, stopper la construction de logis dans leurs pays ravagés et s'adonner au rééquipement de quelques divisions qui, soi-disant, feront front successivement sur l'Elbe, le Rhin, les Pyrénées aux « armées d'invasion » soviétiques (10).
Les réactions des masses, pouvant mettre ces plans en échec, sont inévitables et ont déjà pris une ampleur considérable un peu partout dans la « communauté » atlantique. Provoquées par l'abaissement constant de leur niveau de vie dû à la nouvelle poussée inflationniste des prix qui accompagne l'économie d'armements, et stimulées par les contre-coups des révolutions coloniales en Asie et les défaites qu'y a subies l'impérialisme, les masses prolétariennes de l'Occident sont entraînées à leur tour à nouveau dans la lutte.
Aux U.S.A. cette nouvelle conjoncture économique et politique a déjà produit la plus sérieuse rupture qu'on ait vue depuis dix-huit ans entre la bureaucratie réformiste syndicale exprimant, d'une façon certes déformée mais non moins significative, la pression de la base et l'administration démocrate. Au cas probable où une inflation amplifiée accompagnerait l'exécution du gigantesque plan d'armements américain, lévolution sociale aux U.S.A. pourrait connaître bientôt un rythme particulièrement rapide et cristalliser la conscience politique en formation du prolétariat américain dans la création d'un Labour Party opposé aux deux partis traditionnels de la bourgeoisie. Un tel développement, joint à la possibilité de grandes luttes revendicatives des masses américaines qui s'esquissent déjà, aurait ses incidences sur la capacité de la bourgeoisie américaine à réaliser son programme d'armements et à déclencher la guerre aussi facilement qu'elle le pense actuellement, en raison du contrôle qu'elle exerce sur les masses.
En Angleterre, la nouvelle conjoncture a provoqué au cours des derniers mois de grands mouvements revendicatifs, des grèves et différentes manifestations des dockers, des cheminots, des mineurs, des métallos, dirigées le plus souvent par des comités opposés aux directions officieiles traîtresses des syndicats; c'est une étape importante dans la formation d'une nouvelle direction révolutionnaire du prolétariat anglais, qui est actuellement le plus avancé en Europe dans une opposition profonde et consciente, à la préparation et au déclenchement d'une nouvelle guerre.
En Belgique les récentes grèves ont revêtu un caractère analogue de spontanéité, de direction par la base, de combattivité, de détermination. L'état du prolétariat belge détermine en grande partie l'opposition du Parti socialiste belge et son cours « à gauche », unique par comparaison à l'attitude des autres grands partis sociaux-démocrates de l'Europe.
Le mécontentement qui règne dans les masses hollandaises a compliqué le dénouement de la dernière crise ministérielle prolongée; et ce n'est pas le programme « d'austérité » accrue du nouveau gouvernement qui éloignera la menace d'une grande vague de luttes en perspectives aussi dans ce pays.
La sauvagerie du régime franquiste n'a pas pu empêcher le soulèvement magnifique de Barcelone dont le prolétariat, comme celui de l'Espagne tout entière, est soumis à un régime de misère extrême que l'inclusion projetée de l'Espagne dans le réarmement occidental rendra encore plus intolérable.
Voulant elle aussi apporter sa * modeste » contribution au réarmement, l'Italie est en train de faire sombrer dans le chaos inflationniste la stabilisation
(10) En réalité, les « atlantiques » sont arrivés à la conclusion que l'Europe occidentale est indéfendable et que leurs quelque 18 divisions qui stationnent en Allemagne ne serviront qu'à des combats de retardement permettant intervention de l'aviation stratégique américaine de bases installées : en Afrique du Nord et en Angleterre. C'est aussi l'essentiel du rapport d'Eisenhower au
Congrès américain. Pratique,nent, tout l'effort du réarmement de l'Europe occidentale aboutit simplement à grossir la crise sociale dans ces pays, sans apporter aucune solution vraiment sérieuse sur le terrain d'une e défense › effective.
précaire à laquelle elle semblait parvenue, et de donner aux mouvements de grève et de fermentation politique déjà en cours un nouvel élan impétueux.
La France enfin s'achemine au cœur de l'orage, poussée par le vent de l'inflation que ses dirigeants, enchaînés au char américain et aux aventures colonialistes, aident à souffler plus fort. De juin à décembre 1950, l'indice des prix de gros officiel dans ce pays a augmenté de 18% et l'indice des prix de détail de plus de 13%, et « il convient de noter que la hausse des matières premières internationales (de 26 % entre juin et décembre 1950) n'a pas encore été complètement absorbée » (11) par ces prix. La vague de grèves de mars 1951 n' a abouti qu'à donner une semi satisfaction aux travailleurs; la trêve sera bientôt à nouveau rompue par la poussée inflationniste irrésistible dans ce pays saigné par la guerre du Vietnam, les charges de son appareil d'oppression renforcée dans les colonies nord-africaines et sa contribution au réarmement « atlantique ».
L'Allemagne occidentale, déjà menacée d'asphyxie par le développement de ses forces productives qu'elle ne peut contenir dans les limites du marché intérieur, ne pourra s'acheminer elle aussi sous le régime capitaliste que vers une économie d'armements et une transformation fatale de la Ruhr en principal arsenal de guerre de toute l'Europe occidentale. Les conséquences sociales seront les mêmes que dans les autres pays capitalistes. Déjà le prolétariat allemand lève la voix et revendique tant sur le terrain économique que sur celui de la gestion de l'économie et de la politique du pays.
En s'orientant vers la préparation de la guerre et l'économie d'armements, la bourgeoisie occidentale a déjà bel et bien enterré pratiquement tous ses projets et idées de restaurer son équilibre économique et social et de faire face à la menace de la Révolution en démontrant la viabilité effective du système capitaliste. Le Plan Marshall, que l'on présentait à l'origine dans cet esprit et qui expire dans treize mois, va fusionner, selon W. Fosier, son administrateur, avec le programme d'aide militaire et avec l'assistance aux territoires insuffisamment développés, désormais subordonnée elle aussi aux objectifs purement militaires de l'impérialisme (12).
D'autre part, le plan Schuman, autre œuvre « de relèvement et d'unification de l'Europe dans la paix », qui vient d'être paraphé sous la pression des U.S.A., a changé aussi de caractère et sera subordonné lui aussi aux exigences militaires (13).
Enfin, on n'espère plus arriver à « l'unification » de l'Europe qu'à travers les impératifs de la préparation de la guerre, les exigences de l'économie d'armements et de l'armée unique « européenne ».
Face à l'aggravation de la crise sociale que la bourgeoisie, dans son impasse historique, provoque en Europe et dans toute la « communauté atlantique », le prolétariat devrait plus que jamais opposer la perspective de la révolution socialiste prolétarienne, des Etats-Unis Socialistes d'Europe, de la réorganisation de l'économie débarrassée des fardeaux, du gaspillage et des insanités de la gestion bourgeoise, sur la base de la nationalisation des moyens de production et de la planification, par les masses et pour les masses.
La social-démocratie, en s'accrochant toujours désespérément au capitalisme pourrissant, se révèle chaque jour, même là où les masses lui accordent un appui actif comme en Angleterre et en Belgique, organiquement incapable de donner
(11) Banque et Bourse, janvier 1951.
(12), « Si le Plan Marshall avait pour objet de rétablir léconomie des nations europlan servira d papter feconomie de es eennes ebranlées par la guerre le nouveau nations aux nécessités de la production de guerre » (Agence U.P.; 19-3-51).
(13) « On ne peut manquer de constater que le plan Schuman conçu à l'origine comme un remède au danger de la surproduction [de l'acier et du charbon] franchit sa première étape au moment où non seulement ces dangers n'existent plus la cause du rearmement mais où il n'est plus question que de pénuries. Dans une économie de réarmement, le plan ne cesse pas d'être utile, mais son objet devient autre. » (Le Figaro, 20-3-51.)
cette chance à l'Europe et au monde avant que n'éclate l'orage d'une nouvelle guerre. Quant aux directions staliniennes, soumises aux ordres de la bureaucratie soviétique, elles se contentent de « neutraliser » l'Europe occidentale soit pour faciliter l'établissement d'un compromis entre l'impérialisme et le Kremlin dans l'immédiat, soit, en cas de guerre, pour régler le sort de ces pays manu militari, par l'action principale de l'armée rouge et de leurs appareils bureaucratiques, sans risquer de se voir débordés par les masses révolutionnaires démocratiquement organisées.
C'est aux éléments conscients de l'avant-garde prolétarienne européenne de lever bien haut, dès maintenant, le drapeau de la révolution socialiste européenne, des Etats-Unis socialistes d'Europe, seule chance de faire face à la fois aux préparatifs de guerre de l'impérialisme, à l'aventure insensée et criminelle dans laquelle il conduit inexorablement à nouveau l'humanité, et aux plans de la bureaucratie sovietique qui ne pourrait envisager une progression possible au cœur de l'Europe que si elle s'assurait préalablement d'une démoralisation du prolétariat européen pour le tenir fermement sous son contrôle.