Ce numéro était sous presse quand sont survenus les événements de Corée. Nous ne pouvons publier que le texte ci-après dans ce numéro.
I. — Les événements qui ont lieu en Corée sont (comme ce fut le cas pour la Grèce), une nouvelle combinaison de guerre civile, provoquée par des causes réelles et profondes d'ordre intérieur, et de la « guerre froide » qui persiste entre IU. R. S. S. et les U. S. A.
Malgré le rôle réactionnaire que joue la bureaucratie soviétique, sur le terrain révolutionnaire international, il est nécessaire d'analyser dans chaque cas la situation d'un point de vue de classe et d'adopter, indépendamment des aspects formels, une attitude de classe conséquente.
II. — Aussi critiquable que soit la manière dont fut présentée devant l'opinion prolétarienne mondiale l'action des forces au service du gouvernement de la Corée du Nord contre la dictature militaro-policière pourrie de Syngman Rhee, cette action une fois déclenchée a pris un sens de classe précis : il s'agissait d'abattre par les forces révolutionnaire du pays, mobilisées sous la direction du Parti communiste coréen, le régime féodo-capitaliste de Seoul instauré par les impérialistes américains et qui maintenait par la terreur la division arbitraire du pays.
Ce régime corrompu, en plusieurs points semblable à celui établi par TchangKai-Chek dans les mois qui ont procédé sa chute, était profondément déteste éclat aux récentes élections (malgré leur caractère truqué), ainsi que par le mouvement des partisans qui s'amplifiait dans le Sud.
L'étendue du désastre militaire qu'il a connu dès le début des hostilités est une preuve supplémentaire du degré auquel était parvenue sa corruption. La guerre civile était inscrite dans la réalité coréenne, et le renversement du ré. gime de Syngman Rhee était une nécessité pour l'unification, l'indépendance et la reconstruction du pays.
Ii. — est possible que, soit le Kremlin, soit Pékin, soit les deux d'un commun accord, aient exercé une pression sur le gouvernement de la Corée du Nord pour précipiter les événements et engager une action militaire d'envergure.
Il s agissait pour eux de riposter à la pression sur Asie qu'exerça à nouveau dernièrement l'impérialisme américain, par les mesures de répression prises au Japon, aux Philippines, et l'aide promise au Vietnam et d'enrayer ainsi, dès ses débuts, l'offensive à laquelle se préparait l'impérialisme dans ce domaine.
Comptant sur l'effet de surprise et la facilité de vaincre la faible résistance du régime corrompu de Syngman Rhee, Moscou ou Pékin ou les deux ensemble, ont misé probablement sur une non-intervention de l'impérialisme américain, se trouvant gagné de vitesse.
IV. — Ce calcul s'est avéré faux, Washington étant cette fois décidé à maintenir sa politique récente de renforcement, « de situations de fait » et de nonabandon de toute région appartenant à sa zone d'influence. D'autre part, profitant de cette occasion qui lui a donné la possibilité de se présenter comme 10 résistant « à l'agression communiste », Washington a précipité son offensive en Asie, en étendant son intervention armée de la Corée, aux Philippines, à Formose et au Vietnam, et réalisant, sous sa direction, autour de cette offensive, le front unique de toutes les autres puissances impérialistes.
V. — Les précautions prises jusqu'ici de part et d'autre par les deux blocs, soviétique et américain, qui mènent la guerre froide, pour circonscrire le conflit en Corée et livrer une nouvelle épreuve de force locale, sont significatives de l'impossibilité dans laquelle se trouvent à l'heure actuelle les uns et les autres de s'engager dans une guerre générale.
En Corée comme en Grèce, l'impérialisme américain, en s'engageant militairement, veut démontrer à Moscou qu'il tient à conserver le statu quo qu'un compromis n'est possible que sur la base du partage des zones d'influence déjà établies, qui en Extrême-Orient épouse la ligne indiquée par le récent discours de Truman.
VI. - Cependant, malgré la localisation de la nouvelle épreuve de force livrée entre les deux blocs, et malgré les possibilités de compromis qui restent ouvertes, il serait tactiquement erroné de minimiser dans notre propagande auprès des masses les dangers de cette situation et de ne pas les appeler à la plus énergique vigilance. Notre mouvement a le devoir de dénoncer le caractère impérialiste de l'intervention américaine en Asie et de mener campagne aussi bien aux Etats-Unis que dans les autres pays impérialistes et capitalistes, pour le retrait de leurs troupes de Corée, et contre toute intervention dans les autres pays asiatiques : La Corée aux Coréens; Formose à la Chine; le VietNam aux Vietnamiens ! Notre mouvement dénoncera à cette occasion le rôle joué par l'O. N. U., dominée par l'impérialisme américain et servant de couverture légale à tous les actes de banditisme des impérialistes, et il dissipera toute illusion quant à la possibilité de « défense de la paix » par cette organisation.
VII. — Notre mouvement dénoncera d'autre part la campagne de paix du Kremlin et des partis staliniens pour la signature de l'appel de Stockholm, qui Fication d& surements comme clu de Code ot de fatiude désarme les masses dans la lutte effective contre la guerre, et qui les désoriente correcte qu'il faut adopter à leur égard. L'amoncellement de papier, de signatures, s'avère incapable d'arrêter la marche de l'impérialisme vers la guerre dont tant de foyers déjà s'allument dans les pays coloniaux, tandis que cette campagne propage parmi les masses un climat de pacifisme petit-bourgeois, en contradiction avec des événements comme ceux de la Corée, où la guerre civile, nécessaire et justifiée, doit être menée et doit aboutir avec l'aide du prolétariat international à la défaite totale des réactionnaires coréens et des impérialistes à leur rescousse.
1er juillet 1950.