Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

La revue › vol. 8, n° 2-4

La République indienne

Quatrième Internationale, vol. 8, n° 2-4 · mars-avril 1950 · p. 6-7 · 811 mots

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FIN janvier, à New-Delhi, deux ans et demi après l'ascension des Indes à l'indépendance formelle, la république indienne a été proclamée. La Constitution élaboree pendant trois ans est entrée en vigueur à la même date. Ses chapitres se référant aux droits fondamentaux et aux principes directeurs de la polifique de l'Etat copient presque mot à mot les chapitres correspondants de la très conservatrice et réactionnaire loi établie en 1935 par le gouvernement anglais des Indes. La bourgeoisie indienne respecte la tradition dans laquelle l'a l'impérialisme britannique ; l'ennemi commun restant les masses affamées de l'immense Inde, elle trouve parfaitement logique et nécessaire d'appliquer le même régime « d'autorité ferme » qui a perpétué pendant des siècles la domination d'une poignée d'exploiteurs étrangers sur le pays.

Le renforcement du pouvoir central exécutif est accentué à l'extrême, la bourgeoisie montante des Indes sentant le besoin d'unifier le plus possible le pays, de combattre les tendances centrifuges, d'égaliser le niveau économique et culturel des différentes régions, et de faire surgir ainsi un marché unique capable d'assurer son essor. Cependant, cette unification dépend beaucoup plus du développement économique que de prescriptions constitutionnelles. D'autre part, dans un pays comme les indes, c'est en respectant les particularités profondes de chaque province, en les associant de leur propre volonté dans une FEDERATION DES PEUPLES DES INDES, qu'on arrivera à unifier réellement le pays et non par la force Mais toutes ces tâches dépassent la bourgeoisie réactionnaire indienne, alliée de l'impérialisme.

En gulse de compensation aux traits fondamentaux réactionnaires de la Constitution, on trouve dans celle-ci quelques dispositions progressives, comme l'extension du suffrage à environ 160 millions d'électeurs, et l'abolition des « intouchables ».

Depuis que les Indes ont accédé à l'indépendance formelle tout en continuant à falre partie du Commonweaith, la bourgeoisie indienne profite de faiblesse extrême de l'impérialisme britannique pour lever une à une les hypothèques que celui-ci fait peser sur sa libre détermination.

Dans le domaine intérieur, le principal obstacle à éliminer reste la division du Pakistan et des Indes, pour les réunifier dans une Union des Indes. Le partage favorisé par l'impérialisme anglais entrave énormément les progrès économiques. Tout d'abord, la dispute entre les deux Etats au sujet de la possession de la riche province stratégique du Cachemire qui commande la frontière nord, et qui permettralt au Pakistan occidental de raccourcir de quelques centaines de kilomètres ses communications avec le Pakistan oriental, risque de dégénérer en un conflit ouvert prolongé. Entre temps, le budget de chacun des deux Etats rivaux grevé de très lourdes dépenses militaires, en vue d'un règlement du conflit par les armes.

Sur le plan économique, le partage n'est pas moins désastreux. L'économie des deux pays est étroitement liée, et l'accent qui est actuellement placé l'autarcie conduit à un affaiblissement mutuel. Cette autarcie est du reste impossible. 60 à 70 0/0 du commerce du Pakistan se font avec l'inde. Le Jute Pakistan oriental va normalement aux usines de l'Inde, sinon il doit être exporte. Dans ce cas, l'immense industrie indienne du jute serait vouée à la ruine avec toutes les conséquences économiques et sociales que cela comporterait. Un tel danger existe actuellement à la suite de la non-parité des monnaies entre deux Elats et de la décision du Pakistan de ne pas dévaluer sa roupie, car usines de l'inde ont à payer 44 0/0 plus cher la matière première achetée

Sur le plan de la politique extérieure, le Parti du Congrès qui gouverne les Indes, et son chef Nehru, remplissent un rôle précis, que les impérialistes encouragent et apprécient énormément : faire barrage à l'influence de PU. R. S. S. et à la révolution anti-colonialiste, en misant sur la bourgeoisie nationale des pays coloniaux. Nehru, le politicien le plus conscient de la grande bourgeoisle indienne, est partisan de la solution indonésienne HATTA, si possible, pour pays aslatiques, c'est-à-dire d'un gouvernement en indépendant, par les représentants de la bourgeoisie nationale non. ouvertement avec les impérialistes, tandis que la solution BAO-DAI risque de laisser polariser le puissant mouvement anti-impérialiste des masses qui secoue les pays asiatiques vers les partis communistes.

Les impérialistes comptent sur Nehru et son parti pour qu'ils tiennent fermement les Indes contre la poussée des masses à l'intérieur et pour que ce pays puisse servir d'élément de stabilisation et de reconquête impérialiste de l'Asie.

Seules les masses des indes pourront tenir en échec Nehru et les plans de ses protecteurs. La lutte des ouvriers et des paysans indiens, autrefois concentrée contre l'impérialisme anglais, se livre de plus en plus implacablement contre la 6 bourgeoisie nationale. Le prestige du Parti du Congrès, bien qu'il soit encore grand, est en baisse constante depuis l'indépendance. C'est au Parti Socialiste des Indes qu'incombe dans l'immédiat la tâche de polariser toute l'opposition progressive au Parti du Congrès et de disputer à celui-ci, aussi bien dans les syndicats qu'au parlement, l'influence sur les masses.

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