Documents de la IVe Internationale

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Quatrième Internationale, vol. 8, n° 1 · décembre 1949-janvier 1950 · p. 51-55 · 3 814 mots

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« Le parti communiste de Grèce dans la lutte de libération nationale»

ES articles que Tempo, membre L suppléant au B. P. du Parti communiste yougoslave, et chargé de liaisons avec le Parti communiste grec pendant la guerre, a consacrés à la politique suivie par celui-ci depuis 1940, viennent de paraître en brochure (1).

Les critiques de Tempo contre la politique opportuniste des staliniens grecs qui n'ont pas voulu mener la lutte révolutionnaire pour la prise du pouvoir en Grece, considérant que celle-ci appartenait à la zone d'influence anglo-américaine, sont en général justes et illustrées par de nombreux documents du

. C. G., dont certains de nature intérieure sont révélés pour la première fois par les Yougoslaves. Les critiques de Tempo rejoignent dans leurs grandes lignés celles des trotskystes grees et de notre mouvement international. Tempo comprend du reste que l'opportunisme « pourri » du P. C. G. n'est pas une caractéristique de ce parti seulement, mais que d'autres partis, ceux de France et d'Italie en particulier, et le parti bolcnevik russe, ont été contaminés par le meme mal, le même « opportunisme » et les mêmes « illusions social-démoorates ». Mais Tempo n'arrive pas à établir clairement l'ordre des responsabilités, car il a tendance à mettre tous les partis sur le même plan et à oublier (par incompréhension ou volontairement) que le Parti communiste grec. comme tout parti stalinien, n'appliquait en Grèce que la ligne du Kremlin, et que c'était avant tout ce dernier qui « élaborait » et imposait cette ligne.

Les pirouettes de Lachariades, les tournanis et les « erreurs » de sa ligne ne sont pas dues à son « incapacité » de « comprendre » ou de « corriger » nana mais au fait qu'il fut toujours l'instrument aveugle de la politique du Kremlin en Grèce. Entre 1940-1944, en décembre et depuis, celte politique ne visait pas à la révolution prolétarienne : la Grèce était cédée par les accords passés entre Moscou et les impérialistes à Pinfluence de ceux-ci. Et Tempo a tort

(1) Au « Livre Yougoslave », 30, rue Louis-le-Grand, à Paris.

(en contradiction d'ailleurs avec d'autres passages de ses articles) d'expliquer finalement la politique de trahison de la direction du P. C. G. par l'influence prépondérante exercée • par • les agents de l'impérialisme anglais. L' « infuence preponderante » fut celle exercée par Moscou, allié à Londres.

Une autre conception de Tempo nous paraît plutôt étrange. Tempo reproche aux staliniens grecs d'avoir négligé. après la reprise de la guerre des partisans en 1946, d'incorporer les ouvriers dans leurs armées et de les avoir laissés dans les villes « combattre les monarcho-fascistes par des grèves et des manifestations ». Un exode général des ouvriers des villes est impossible à réaliser et même a imaginer. Ce qui est à reprocher, c'est plutôt la non-coordinatior du mouvement des partisans, à base paysanne, avec la lutte ouvrière dans les villes qui, a un moment donne, devail naturellement se transformer en lutte armée et se lier sur ce plan directement à celle des partisans. Les staliniens ont laissé dans les villes les ouvriers désorganisés et désorientés, et ne s'intéressèrent qu'à la lutte des partisans. A aucun moment ils n'ont su et n'ont voulu coordonner l'action des ouvriers à cette lutte. Cette attitude tient à leur ligne générale capitularde et de direction bureaucratique du mouvement.

Il y a enfin un passage où Tempo ne peut résister a la tentation de prouver son érudition sur l'histoire de la RévoIution russe et l'évolution de l'U. R. S. S.

Les manuels staliniens édités par les superfaussaires de Moscou et qu'il a étudiés lui permettent une sortie ironique contre « les dirigeants du P. C. G. » qui — en confiant les postes de commandemenl dans les unités de l'armée « principalement aux officiers de l'ancienne armée » - auraient oublié « les leçons de l'expérience acquise par Lénine au cours de sa lutte contre Trotsky et contre ses spécialistes militaires ". « A A moins, ajoute Tempo persifleur, qu'ils n'aient cherché à utiliser, au contraire, l'expérience de Trotsky afin de désagréger l'armée de libération nationale ». Un jour prochain peut-être, Tempo reste un militant révolutionnaire

N sincère et honnête comme nous le souhaitons, il éprouvera quelque honte de son ignorance en cette matière et de ses ironies déplacées.

Le rôle dirigeant de Trotsky, qui a créé l'Armée Rouge « du néant » selon l'expression de Radek et l'a dirigée pendant les années de la guerre civile. n'a été jamais mis en question pendant les douze premieres annees de la Revolution, pour la simple raison qu'a cette époque existaient encore des milliens d'hommes qui savaient ce qui s'était réellement passé.

Même dans le numéro anniversaire de l'Armée Rouge de la Pravda pour 1931, on ne pretendait pas encore que Staline (au lieu de Trotsky) avait élé Torganisateur principal de l'Armée rouge, mais seulement l'organisateur de la cavalerie rouge.

Huit ans plus tôt, le 3 février 1922. la même Pravda avait un autre avis même sur ce point. Elle écrivait : « Prolétaires à cheval ! » Ce mot d'ordre du camarade Trotsky pour la formation d'unités montées fut accueilli avec enthousiasme, et dès le 19 octobre l'armée de Boudienny assénait de rudes coups aux forces de Mamontov, sous Voroneje. »

Quanl à la question des « spécialistes » il s'agit de racontars qui abondent dans les manuels staliniens écrits en général depuis 1933, comme ceux sur la trahison pendan! la guerre civile de "généraux nommés par Trotsky ", ete.. «tCh est vrai que Trotsky a combattu

Il est vrai que Trotsky a combattu une assez large opposition dans le P. C. russe pendant la guerre civile, pour iransformer les détachements armés dispersés des guérillas en une armée centralisée, ayant une charpente de spécialistes miliaires, c'est-à-dire de vrais connaisseurs de l'art militaire moderne. Dans la realisation de cette tache, la majorité du parti et du C. C. ont toujours donné en définitive leur appui à la direction militaire assumée par Trotsky.

Au 8º Congrès du P. C. russe qui siégea à Moscou du 18 au 23 mars 1919, celte question des spécialistes militaires et l'ensemble de la politique militaire suivie par Trotsky, furent débattus à fond. La thèse de Trotsky, approuvée préalablement par le C. C., ful défendue à ce Congrès par Sokolnikov-

Les « spécialistes militaires » de l'ancien régime entrèrent nombreux dans: l'Armée rouge et au cours de la guerre. • civile il y eut des défections parmi eux, ma.s dans une proportion extrêmement faible. Leur utilisation surveillée (un commissaire, habituellement un ouvrier bolchevik ayant l'expérience de. la guerre mondiale, était attaché à chaque commandant) permit la défense de la Révolution par une armée centralisée qui combatfait des ennemis puissants sur un front circulaire d'environ 8.000 kms, ainsi que la création de nouveaux cadres militaires prolétariens instruits et capables. Sans cette phase de transition il eut été impossible d'accomplir à la fois ces deux tâches vitales de la révolution.

Les conceptions militaires de Trotsky, soutenues à cette époque pr Lénine, le C. G. et le Parti (sinon il ne serait pas reste commissaire du peuple a la guerre et à la tête de la direction militaire) ne furent jamais mécaniques ou bureaucratiques. Plus que n'importe quel autre, Trotsky comprenait l'intéret des guérillas et la façon de les utiliser aussi bien pendant l'insurrection que dans le passage (après la prise du pouvoir) à la formation d'une armée régulière et centralisée.

Que Tempo médite un peu le texte suivant de Trotsky extrat de sa conférence faite en juillet 1924 à la Société des Sciences Militaires de Moscou, où il traita des « Problèmes de la guerre evile » :

« Un camarade a contesté la remarque que J'avals faite au sujet de l'évolution de l'organisatlon militaire du parti en période de préparation révolutionnaire, pendan; l'insurrection et après la prise du pouvolr Selon ce camarade, l'existence de détachements de partisans ne devrait pas être tolérée, seules des formations militaires régulfères seraient nécessaires. Les détachements de partisans, nous a-t-il dit, sont des organisations chao iques... En écoutant ces propos, J'etais bien près de déstspérer. En effet, à quoi rime cette détestable arrogance doctrinale ? Si les détachements de partisans sont des organisations chaotiques, il taut alors reconnaitre que, de ce point de vue purement formel, révolution est sussi un chaos. Or, dans la première période de la révolution, on est bel et bien obligé de s'appuyer exolusivement sur des détachements de oe genre. On nous objecte que ces détachements doivent être constitués sur le même type. Si l'on veut dire par là que, dans la guerre des partisans, on doit négliger aucun des éléments d'ordre et de méthode accessibles à ce genre de guerre, nous sommes tout à fait d'accord. Mais si vous rêvez d'une organisation militaire hiérarchisée, centralisée et constituée avant que l'insurrection alt eu lieu, c'est là une utopie qui, au cas où l'on voudrait lui donner corps dans la vie, risquerait d'être fatale. Si, à l'aide d'une organisation milifafre clandestine, j'ai à m'emparer d'unie ville (but partiel de l'ensemble d'un plan pour le prise du pouvoir dans le

(Trotsky s'étant rendu oriental). Le rapport de camouflant des tendances contre la formation d'une sur le front l'opposition.

pro-guérillas armée réguilère el centralisée, impossible sans spécialistes militaires, fut presente par Smirnov. Sur la question des spécialistes milltaires, celui-ci déclara qu' « il n'y avait pas de désaccord entre nous sur le caractère essentiel de notre politique militare.

A l'unenimité moins une abstention, le 8° Congrès décida de poursuivre le recrutement des spécialistes militaires. tout en soulignant fortement la nécessité de préparer de nouveaux étatsmajors qui seraient absolument dévoués au régime soviélique. 52

Q UATRIEME IN pays), je répartis ma tâche en objectifs part. culiers (occupation des édifices gouvernementaux, des gares, de la poste, du télégraphe, des imprimeries) et je confie l'exécution de chacune de ces missions aux chefs de petits détachements initiés d'avance aux buts qui leur sont assignés. Chaque détachement ne doit compter que sur lui-même ¡ il doit posséder sa propre intendance, sinon il se pourrait qu'après s'être emparé de l'hôtel des postes, par exemple, il manque totalement de vivres. Toute tentative de ceptraliser et de hiérarchiser ces détachements mènera't inéluctablement à la bureaucratisation, qui, eni temps de guerre, est doublement redoutable 1° parce qu'elle ferait croire faussement aux chefs de détachements que quelqu'un doit forcément les commander, alors qu'il faut au contraire leur inculquer l'assurance qu'ils disposent de la plus large liberté de mouvement et de la plus grande initiative : 2º parce que la bureaucratisation, liée au système hiérarchique, enlèverait aux détachements leurs meilleurs éléments pour les besoins de toutes sortes d'états-majors. Dès le premier moment de l'insurrection, ces éta's-majors resteralent SUSpendus entre c'el et terre, tandis que les détachements, dans l'attente d'ordres supérieurs, se verralent voués à l'inaction et à des pertes de temps qui rendralent cer'ain l'échec de l'insurrection. Telles sont les raisons pour lesquelles le dédain des militaires professionnels pour les organ'sations « chaot/ques » de partisans doit être condamné comme un préjugé antiréaliste, antiscientifique et antimarxiste.

D'autres ( D EUX écrivains, pourvus d'éloquents titres de lutte, viennent d'élever la voix. Jean Cassou (1) a vu de ses propres yeux en Yougoslavie « un peuple qui sait ce qu'il a fait naître et qui, capable d'avoir accompli ses destinées, pré tend en rester maitre ». Edith Thomas (2) constate que « l'affaire Rajk, telle qu'elle nous est livrée, est impensable ».

Aucun des deux n'a fait part de ces réflexions aux journaux vertueux selon lesquels s'émanciper de Moscou est pour les peuples un devoir qui n'a d'égal que celui de plier devant Washington, qui ne Jugent les brutalités policières détestables qu'à l'Est de l'Europe et les comédies judiciaires révoltantes qu'au loin de Madagascar.

(1) « La révolution et la vérité », Esprit, n° de décembre 1949.

(2) « Critique et autocritique ». Combat. 16 et 17 décembre 1949.

" De même, apres la prise du pouvoir dans les principaux centres du pays, les détachements de part/sans peuvent jouer en rase campagne un rôle extrêmement efficace. Il suffit de rappeler l'appui que les détachements de partisans apportérent à l'armée rouge et à la Révolution, en opérant à l'arrière des troupes allemandes en Ukraine et à l'arrière des troupes de Koltchak en Sibérie. Néanmoins, il reste définitivement acquis comme règle que le pouvor révolutionnalre se met aussitôt à l'œuvre pour incorporer les meilleurs détachements de partisans et leurs éléments les plus sûrs dans le système d'une organisation militaire reguliere. Autrement, ces détachements de partisans deviendraient indubitablement des facteurs de désordre susceptibles de dégénérer en bandes armées au service des éléments petits-bourgeois anarchisants insurgés contre l'Etat prolétarien. Nous en avons pas mal d'exemple. Il est vrai que, parmi les partisans rebelles à l'organisation millare régulière, il y eut auss! des héros. On a cité les noms de Siverss et de Kikvidse. Je pourrais en nommer beaucoup d'autres. Siverss et Kikvidsé combattirent et moururent en héros. Et aujourd'hui, dans la lumière de leurs immenses mérites, au regard de la Révolution, pâlissent au point de disoaraître tels ou tels co'és négatifs de leur aotion de partisans. Mais à ce moment, il était indispensable de combattre tout ce qu'il y avait en eux de négatif. A ce brix seulement, nous pouvions arriver à organiser l'armée rouge et à la mettre à même de remporter des victoires déclsives. » M. P. Jue nous

Ils ont choisi d'autres tribunes, car leurs conclusions sont de celles dont seule la cause révolutionnaire peut tirer profit.

Par la bouche de Laurent Casanova (3), les dirigeants du parti communiste français brouillent donc, une fois de plus, les cartes en feignant de demander à ces écrivains absurdement : Est-ce donc sous la contrainte du Kominform et de Moscou que les peuples et vous-mêmes avez lutté pa se le sacusat i qudes aiont to at pour la paix, au neu de répondre ¿ mulée : C'est Moscou, c'est le Kominform qui font à tous les communistes du monde une obligation disciplinaire de salir la Yougoslavie et ses chefs, d'accabler d'injures les opposants victimes de procès truqués et, plus généralement, d'accepter comme un article de foi la justesse d'une ligne politique imposée d'en haut sans discussion. Insinuer que Jean

(3) L'Humanité, 17 et 19 décembre 1949

N Cassou et Edith Thomas glissent sur la pente au bas de laquelle se trouvent les Mauriac et les Rousset (ce qui, soit dit entre parenthèses, est courtois en comparaison des attaques qui les attendent s'ils perséverent dans leurs « erreurs ») convient certes mieux à ces dirigeants que de s'expliquer sur des problèmes dont désormais tous les travailleurs sentent le poids.

Ces problèmes, les écrivains dont il s'agit les ont au contraire abordés de front, et les réponses qu'ils y font montrent que les temps sont venus où le stalinisme reçoit de certains intellectuels des leçons, révolutionnaires que, depuis des années, il n'a ni su ni voulu donner à d'autres.

Il faut tout d'abord, disent-ils, restaurer la vérité dans les rangs de la classe ouvrière. Et il est remarquable qu'ils ne pretendent pas la restaurer par dela l histoire et la lutte, dans la brumeuse métaphysique. C'est justement parce qu'elle est pratique qu'on ne saurait en aucun cas invoquer contre la vérité les exigences de l'action. « Un Etat-Major juste et véridique, écrit avec raison Cassou, est plus sûr, plus fort, réellement. militairement plus efficace qu'un EtatMajor qui ment ». Ainsi se trouve rétablie dans sa signification véritable la dialectique matérialiste, lieu que le stalinisme, dans ses efforts pour élever, des mythes au rang de faits d'histoire, professe implicitement une singulière philosophie à laquelle conviendrait assez bien le nom d'idéalisme cynique. Et Edith Thomas : « Le capitalisme mourant, le fascisme n'ont pas d'autres armes que le mensonge politique, mais le communisme qui va dans le sens de l'histoire a l'histoire, la vérité historique pour lui. Il déclare se baser sur le marxisme qui est une méthode de recherche et d'application de la vérité dans tous les domaines. Alors, au nom de quoi ces subterfuges ?... Recourir au mythe et finalement au mensonge, c'est là le contraire du marxisme qui a pour but de délivrer l'homme de toutes ses mythologies ». Il y a là comme une réponse anticiPốe aux arguments réactionnaires marxisme, le communisme, le mouvement ouvrier ne sont nullement compromis par les mensonges staliniens. Par contre ces mensonges sont empruntés à l'arsenal de la bourgeoisie décadente, qui se condamne en les soulignant complaisamment. Pourquoi cet emprunt ? Selon nous, parce que le stalinisme lui-même est en définitive un produit de la 5 i

TERNATIONALE pression du monde capitaliste sur la révolution russe isolée. Comment s'est exercée celte pression, quelle forme politique elle a trouvée dans la bureaucratie soviétique et, par voie de conséquence, dans l'Internationale communiste tout entière; comment elle se reflète aujourd'hui encore dans les relations entre l'U. R. S. S. et les démocraties populaires, et, enfin, quelles sont ses limites, ce sont là des problèmes fondamentaux sur lesquels l'honneur du trotskysme est d'avoir apporté, depuis vingt années, des plus importants éclaircissements. Mais ce sont problèmes de théoriciens politiques, et l'on ne saurait demander autre chose à des écrivains, pour l'instant, que de les saisir au niveau de leurs conséquences. C'est ce que font Jean Cassou et Edith Thomas avec une grande persolcacite. Is ont su toucher du dolo l'un des aspects les plus nelastes du stalinisme : l'étouffement de l'initiamasses. « Les actes d'un peuple, écrit Cassou, doivent être můs avant toute chose par sa conviction profonde et raisonnée, par sa conscience... Ce peuple, on se rend digne de prendre son parti en s'efforçant de connaître ses besoins, de comprendre ses élans, de s'y associer, de partager ses convictions, d'assurer leurs fondements, de les exprimer clairement et droitement, mais non en substituant à celles-ci des slogans élaborés dans des officines de propagande, non en le mécanisant et en l'astreignant à des disciplines et à des manœuvres dont le sens est incontrôlable ».

A tous ceux qui souvent isolés. leurs morts méconnus par ceux-la même pour lesquels ils étaient tombes, payes de calomnies, ont su maintenir cette idée, l'une des plus protondes du communisme, que l'émancipation des travailleurs ne peut être l'œuvre que des travailleurs eux-mêmes, ces paroles si passionnées donneront un élan nouveau. Car elles ne témoignent pas seulement, comme le veut leur auteur, pour la géniale intuition historique du peuple français : elles prouvent aussi que leurs récentes déceptions n'ont pas éloigné mais rapproché Cassou et ses semblables de la voie qui conduit à la régénération du communisme. Gagner de manière durable les intellectuels à un parti prolétarien, les associer dans le combat à la création continue de nouvelles formes de pensée et d'action n'est jamais chose facile. Mais il est en tous cas impossible d'y parvenir en substituant les moyens de la flagornerie aux franches déclarations de principe. On peut tenir qu'un tel parti, s'il cherche à séduire les hommes pensée, a perdu ce pouvoir de les convaincre que lui donnerait pleinement le marxisme s'il ne s'en était lui-même écarté. Pour avoir pris tour à tour en France, selon ceux à qui il s'adressait, les masques de Jeanne d'Arc ou de Descartes, de Robespierre ou de Claude Bernard dont aucun

Un témoignage si D ANS son numéro de novembre

1949, la revue Esprit, que les exégètes staliniens auront quelque mal à classer parmi les publicaCons réactionnaires, publie une très longue et très importante analyse de François Fetjö sur le procès Rajk. Fetjö a appartenu pendant de longues années au parti communiste hongrois, a lui-même participe aux épisodes de la vie du parti évoqués dans l'acte d'accusation et a connu personnellement Rajk, tant en Hongrie qu'en émigration. Depuis lors, il s'est séparé volontairement du parti sie. C'est un témoin de premier plan. , mais sans passer à la bourgeoi-

Fejto établit d'abord que l'acte d'accusation de Budapest — et donc les aveux de Rajk qui s'y conformaient - sont mensongers sur tous leurs points essentiels. Il nous apprend par exemple que ce n'est pas Raik mais une jeune fille de Nagykanizsa qui dénonça à la police, en 1932, les étudiants communistes. la pourrait presque suffire, l'accusation faisant sortir de cette dénonciation toute la carrière ultérieure de 1 « espion Rajk ». Il établit également par le témoignage de ses compagnons d'armes en Espagne que Rajk, trois fois blessé n'a pas déserté le front catalan mais l'a quitté sur l'ordre exprès de ses supérieurs.

Passons sur l'épisode du camp de

Vernet où Rajk aurait comploté avec des volontaires yougoslaves qui ont prouvé qu'à l'époque ils étaient ailleurs. C'est pourtant là, selon l'accusation, que l'espionnage américain, connaissant Rajk comme policier, l'aurait embauché. Mais l'accusation se contredit puisqu'elle prétend par ailleurs que les archives de la police hongroise ne sont tombées entre les mains des Américains qu'en 1945, en Allemagne, c'est-à-dire 6 ans plus tard. Et, comble de malchance ! Même cela est faux,

TERNATIONAL E -- loin de là — ne sied à son visage, le stalinisme ne doit donc s'en prendre qu'à lui-même de la suspicion qu'il a fini par inspirer.

D'autres que nous prononcent aujourd'hui les premiers mots de notre langage. La Quatrième Internationale ne tient pas boutique et ne commettra pas l'inconvenance de leur tendre des cartes d'adhésion. Elle ne veut leur offrir qu'un dialogue. Celui qu'ils ont eux-mêmes ouvert.

Anne BRUCKNER. ir le proces Kajk car la presse bourgeoise elle-même annonça que les archives avaient été trouvées à Prague et remises par le gouvernement tchèque au ministère hongrois de l'intérieur, que dirigeait alors Rajk. Et ainsi de suite. Après la critique serrée de Fejtö, rien ne subsiste de la matérialité des faits

Reste à situer psychologiquement et politiquement le personnage de Rajk et à montrer la signification veritable du proces. La encore, Fejtö analyse la conjoncture qui, en Hongrie comme ailleurs, a poussé inévitablement certains dirigeants des partis communistes dans la voie d'une résistance, même élémentaire, à la russification complète. Rajk était l'un de ces dirigeants. Et cela explique en grande partie son attitude au procès : « Les accusés de Budapest, écrit très justement rejto, ont succombé à la violence policière de leurs adversaires d'autant plus facilement qu'ils croyaient tous et avec vénération être des staliniens.. Aucun d'eux ne possédait à la fois ces deux vertus : la profondeur intellectuelle et le courage indomptable sans l'association desquels il ne leur était pas possible d'aller jusqu'au bout de leur propre pensée, de deviner la machination et de la dénoncer ».

C'est là une leçon essentielle, Seule une claire compréhension de la nature du stalinisme peut protéger les communistes authentiques, accusés en puissance, d'une humiliation qui contribue à désorienter l'avantgarde des travailleurs tout entière.

Déjà en U. R. S. S., les trotskystes veritables avaient dû être « liquidés » sans bruit. En forgeant des politiques hautement éducadres qués, la IVe Internationale prepare la génération de ceux qui n'avoueront pas.

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