Documents de la IVe Internationale

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La revue › vol. 8, n° 1

Bilan pour 1949 et perspectives nouvelles

Quatrième Internationale, vol. 8, n° 1 · décembre 1949-janvier 1950 · p. 1-3 · 1 359 mots

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UEL est le bilan de l'année écoulée pour le mouvement ouvrier international ? Sur le plan économique, la période d'expansion de la production et du plein emploi a pris fin vers le milieu de 1949 un peu partout dans les pays capitalistes. On assiste depuis lors à une stagnation et même à un recul de la production, tandis que le chômage s'accroît lentement mais constamment. Il s'agit en réalité d'un début de dépression économique qui, partant des Etats-Unis, centre de gravité du monde capitaliste actuel, s'étend internationalement. La progression jusqu'à présent lente de la dépression s'explique par un ensemble de facteurs qui tiennent essentiellement à l'exercice d'une politique dirigiste par l'Etat capitaliste, en contraste avec les conditions différentes qui régnèrent sur ce plan dans les années précédant la grande crise économique de 1929-1933. L'Etat capitaliste surveille mieux la distribution du crédit, limitant les moyens de spéculation et d'utilisation du capital fictif ; il intervient par ses subventions qui soutiennent l'industrie et l'agriculture tandis que, grâce à la nouvelle course aux armements, grâce aux budgets militaires constamment gonflés, il entretient et développe un marché artificiel d'économie de guerre.

Cette politique interventionniste et dirigiste de l'Etat capitaliste joue actuellement un peu partout, à des degrés divers, un rôle relativement régulateur du processus fondamentalement anarchique de l'économie capitaliste : par conséquent, il amortit pendant un certain temps les effets de la dépression.

Aux Etats-Unis ce rôle de l'Etat est frappant. Par la politique du New Deal et du Welfare State à l'intérieur, par le plan Marshall, le « quatrième point » et le budget des armements toujours écrasant, l'Etat capitaliste agit puissamment sur la conjoncture économique et ralentit le rythme d'amplification de la dépression. Dans les pays capitalistes de l'Europe cette interven- tion étatique n'a pas eu la même ampleur, faute de moyens semblables à ceux de l'impérialisme yankee, mais elle a joué dans le même sens. Il ne faut pas par exemple oublier que les crédits Marshall ont largement contribué jusqu'à présent à camoufler la véritable situation économique de tous ces pays, qui se serait révélée s'ils avaient été abandonnés à leurs propres moyens.

Naturellement, aucune politique interventionniste et dirigiste de l'Etat ne saurait à la longue éviter l'amplification et l'approfondissement de la dépression commencée.

Sur le plan politique, nous devons distinguer entre les métropoles et le domaine colonial asiatique.

Aux Etats-Unis même, en Europe occidentale et en Amérique latine, la bourgeoisie est passée à l'offensive et a remporté des succès incontestables. L'équipe Truman du Parti Démocrate joue un jeu assez habile qui consiste à vouloir éloigner la crise économique et sociale intérieure en la rejetant sur les pays capitalistes secondaires et les pays coloniaux. Combiner une politique de New Deal à celle d'une expansion des armements dans une conjoncture de début de dépression économique, n'est possible que s'il se produit une expansion constante dans le monde. Dans cette tentative, le Parti Démocrate, activement épaulé par la puissante bureaucratie syndicale, est arrivé jusqu'à maintenant à canaliser à son profit la politisation accrue des masses américaines.

Dans les pays capitalistes de l'Europe occidentale, la bourgeoisie renforcée qui, d'autre part, se trouve soumise aux effets d'une concurrence de plus en plus aiguë au fur et à mesure que la dépression s'amplifie et que l'impérialisme américain pèse davantage sur le marché mondial, cherche à surmonter ses difficultés aux dépens des masses. Productivité et réduction du coût de revient deviennent les slogans favoris des capitalistes lancés sur le repartage d'un marché plus réduit que jamais, ce qui signifie blocage des salaires et chômage accru. L'arrogance du patronat est actuellement manifeste dans tous les pays de l'Europe occidentale, arrogance renforcée par la présence au pouvoir de gouvernements de plus en plus axés sur le centre-droite.

Contrairement à cette stabilisation relative et précaire, à laquelle semble avoir accédé le capitaliste dans ces pays, et à l'attitude offensive de la bourgeoisie, son domaine colonial asiatique est en pleine débandade, et les contrecoups de la défaite de l'impérialisme en Chine sont loin d'être amortis. Il faut constater cependant que nous sommes, dans ce domaine aussi, à la veille d'une contre-offensive impérialiste, dirigée par Washington. Son but premier sera de contenir la poussée anti-colonialiste des peuples asiatiques, en stabilisant le Sud-Est de l'Asie qui pivote autour du Japon et du Vietnam, en passant par qui popte tun vie lapon of du de pran at, aust bon pour mieux servir ses propres intérêts que pour accroître ses chances de succès, se passer d'une collaboration ouverte compromettante avec les impérialismes usés (Angleterre, France, Hollande) et traiter directement avec les éléments bourgeois nationaux à la Hatta (solution indonésienne).

Mais à défaut d'une telle possibilité, il n'hésitera probablement pas à épauler des partenaires discrédités, tels par exemple l'empereur fantoche Bao-Daï au Vietnam.

Le bilan de la situation internationale comporte cependant de nombreuses taches sombres pour la bourgeoisie. Tout d'abord, au fur et à mesure que la dépression menace de s'amplifier et que chaque bourgeoisie se sent relativement renforcée, la concurrence et les antagonismes entre puissances capitalistes reprennent de plus belle. La fin de l'année a vu, pour la première fois depuis la guerre, l'Angleterre rejeter le projet d'accord bilatéral entre elle et 2 les Etats-Unis sur l'application du pacte Atlantique ainsi que les conditions d'un prét que lui a soumises la Banque Internationale contrôlée par les Améri cains. D'autres pays de l'Europe occidentale, encouragés par l'exemple, hennent tête aux tentatives de Washington et de Wall Street pour les mettre en tutelle et leur disputer les marchés de leur propre pays et de leurs colonies. La concurrence et les antagonismes ne sont pas moins violents entre les pays de l'Europe occidentale eux-mêmes : entre l'Angleterre et l'Allemagne, l'Angleterre et le Fritalux (France, Italie, Benelux), entre la France et l'Allemagne, entre les pays de ce Fritalux qui ne démarre guère, entre les pays même du minuscule Benelux toujours en panne.

Ainsi, pour aborder les perspectives de la nouvelle année, il est nécessaire de partir d'une vue d'ensemble de la situation internationale et de tous ses composantes dans leur inter-action et leur inter-dépendance organiques.

L'étape qui s'ouvre sera celle de l'amplification de la dépression et des antagonismes interimpérialistes. Elle sera doublée d'une aggravation de la crise du stalinisme qui mûrit actuellement de par le monde et se manifeste dans des faits tels que le cas yougoslave, les épurations et les procès dans les « démocraties populaires », le recul électoral de plusieurs partis communistes dans le monde (autrichien, belge, norvégien, américain, australien, etc...), la désaffection grandissante dans les milieux staliniens et pro-staliniens des intellectuels, les pertes dans l'influence et les positions syndicales.

De l'évolution de ces deux facteurs dans l'année à venir et des résultats qui en découleront dépendra en définitive aussi l'échéance de la guerre. Car, dans l'immédiat, il devient de plus en plus manifeste que la bourgeoisie, à défaut d'une stabilisation beaucoup plus avancée en Europe et dans les colonies, est absolument incapable d'entreprendre une guerre ; et, d'autre part, la bureaucratie soviétique aux prises avec des difficultés grandissantes dans les pays sur lesquels elle a étendu son influence au lendemain de la guerre n'arrive pas à digérer ses conquêtes.

Ainsi la perspective essentielle qui se dégage de la situation internationale et qui doit déterminer l'orientation de l'avant-garde révolutionnaire est la suivante :

Un délai important est accordé au mouvement révolutionnaire pour qu'il se consolide et se renforce avant que la menace de la guerre devienne imminente. L'étape qui s'ouvre est celle de l'amplification de la dépression économique du capitalisme et de l'aggravation de la crise du stalinisme. Ces deux facteurs réactiveront inévitablement et les luttes ouvrières et les forces de caractère fasciste et réactionnaire au service du capitalisme.

La tâche fondamentale de l'avant-garde révolutionnaire est d'utiliser le délai que les circonstances lui accordent pour faire évoluer la lutte en faveur de l'issue révolutionnaire. Son attention particulière doit être concentrée pour empêcher que la crise du stalinisme ne profite à la réaction et pour qu'au contraire, elle se polarise autour de l'avant-garde, afin de construire à temps de puissantes organisations révolutionnaires capables d'écarter définitivement la menace d'une nouvelle guerre et de garantir e développement socialiste pacifique de toute l'humanité.

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