Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

La revue › vol. 7, numéro de l’été

La crise s'accentue en Belgique

Quatrième Internationale, vol. 7, numéro de l’été · été 1949 · p. 5-7 · 1 469 mots

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Depuis 1944, la Belgique a précódé les autres pays do 1 'Europe occidontale sur la voie de leur développement économiquo et politique . Le reconstruction J a démarré plus tôt qu'ailleurs. La reprise économique y a connu un rythme plus rapide et atteint un niveau plus élevé. L'inflation galopante y a étó jugulée plus tôt; les staliniens y ont commoncé plus tôt leur tournant à gauche. Enfin, au moment où la reprise n'ovnit pas encore atteint son plafond en Grande-Bretagne, en Franco, en Hollande eto., la crise commencait à se manifester en Belgique. Aujourd' hui, alors que la mévente se limite aux secteurs de l'industrie légèro pour le reste de l'Europe occidentalo, ollo vient déjà de frapper l'industria lourde en Belgique.

Pourtant, la situation économique parait encore prospèro par comperaison avec celle de plusieurs pays plus importants. Le franc belge ost sujourd'hui une monnaie forte se placent immédiatement derrière le dollar, De tous les pays bénéficiaires du Plan Marshall, la Belgique seule connait depuis quatre mois un excédant d'exportations sur les importations. Les prévisions de l'OECE pour 1950 placont la Belgiquo en tête de tous les pays du continent quant à la valeur totale de ses ex -portations, lui faisant occuper ainsi la quatrièmo place dans le monde, immédiatement après les USA, la Grande-Brotagne et le Canada, et avant La Fronoe, l'Italie, l'Allomagne, les Indes eto.. Cette prospérité 1ntornationale s'exprimo en des chiffres do profits astronomiques pour la plupart des entreprises de la grande bourgeoisio, dans un étalage de luxe peu connu dans le passé. Le nombre d'automobiles circulant dans ce petit pays de huit millions d'habitants a augmenté de 500.000 depuis lo fin de la guerro, reflètant un enrichissement de toute une série de couches de la bourgeoisie moyenne à côté des grands magnata de l'industrie et des finances.

Il suffit cependant d'opposer à cos donnéesd'autres plus fon- 5 - damentales pour disoerner les signes inquiétants marquant la fin prochaine du "mirnole bolgo". la production de l'industrie légère, en promier lieu dos toxtilos, avait connu une expansion considérable au lendemein de la guerro en raison de l'avance de la roconstruction belge sur celle des autros pays, Au fur et à mesure que les concurrents traditionnels romet -toient au point leur appareil de production, la Belgique non seulement perdait ses marchés extérieurs mais encore voyait son marché intérieur inondé de produits étrangers (notamment pour la confection, la bennotterie, los souliers, etc.). Dans ce socteur, la production des industries de construction et de l'industrie lourde restait en hausse, marquant l'orientation de la politique commeroiale belge qui favorisait systématiquement ce soctour (par oxemple les accords de Bonolux, les accoras avec ]'Amérique latino, otc.). Puis, les stocks de charbon commencaient à s'amonceler, atteignant plus d'un million de tonnes dès le mois d'août. A cela s'ajoutait la diminution radicale des demandes pour les aciéries et les entroprisos métallurgigues. Los conséquences n'ont pas tardé à se manifester. Alors que 10g 250.000 chômeurs que la Belgique connatt dopuis de longs mois provenaient surtout do l'industrie légère, le chômage partiel vient de s'introduire dans tous les charbonnages de Belgique ot on passe à l'extinction des premiers hauts-fourneaux. Ainsi mineurs et métallos, les deux principales couches du prolétariat belgo, sont frappés par le début do la criso dont plus parsonne n'ose nier les effets.

Effets bienfaisants, dit la bourgooisie. Sur les traces do l'Economist, Tornand Baudhuin, spécialiste économique No l,oxplique dans la LiIre Balgique les bionfaits du chômage. Elimination des entreprises faibles, augmentation do la concurrence, stabilisation d'un chômage pormettant de "régularisor le marché du travail", - c'est dans cos termes oyniques que la grande bourgeoisie caractérise la situation aotuelle. Les remèdes, pour olle, pont clairs : pousser & l'extrême la rationalisation; ajouter chômours structurels les chômeurs technologiques; acoroître le temps do traveil; diminuer les salairos; diminuer les prix de revient. A la place du ori do guorro : "PRODUCTION!", c'est le ori de guerre "PRODUCTIVITE" qui est lancé. Dans une période d'instabilité sociale, quand le capitalisme chanceInit, la politique de production ne pouvait être impusée à la classe ouvrière qu'avec l'aide des dirigeants ouvriers traitres. C'est pourquoi les Spaak, Ios Von Aoker, Les Lalmand et Terive lancèrent le "Produire d'abord" plus fortoment même que los patzons. Aujourd'hui, remis en solle, enrichi et renforcé par quatre années de profits oxceptionnels, espérant utiliser le chômago comme pression pormanente sur une classo ouvrière désorientée, le patronat no considère plus la collaboration gouvernementale des chefs réformistos comme tellement indispensahle et se prépare à engoger la bataille de le productivité sous sa propro bannière. C'est pourquoi le PSC, grand parti do la bourgeoisie, a mené la campagne électorale sous le mot d'ordre : majoritá absoluo. C'est pourquoi 11 a essuyé d'utiliser sa viotoire électorale pour obtenir son premier but politique : la rentrée en Belgique de son nommo providentiel, Léopola III.

Tout en comportant une défaite sérieuse pour les partis ouvriers, on premier lieu pour les staliniens qui perdont la moitié de leurs sièges. (il sur 23 à la Chambre) et ne représentent guère plus de foroe qu'avant la guorro, le PSC n'a atteint son but qu'au Sénat, où il dispose de plus de la moitié des sièges, mais il lui manque deux siègos à la Chambre pour jouir effectivement de la majoritó absoluo. Du lendemnin des élections du 26 juin, la Bolgiquo a traversé par conséquent une oriso ministérielle qui se double d'une criso constitutionnelle, alors que la crise économique s'approfondit.

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C'est diro que la situation est grave et pleine de pórile pour les travailleurs • Face aux tentatives du PSC do ramener lo roi léopoldi III, les diriguants socialistes ont brandi la menaco: do ln grèvo générale. D'abord, sans la próparor ni préparer les massos et leurs propres militants de baso. Puis, sous la prossion des nécessités, on constituant, nationalement ot régionalement, des comités d'action, composés do représentants du PS, des syndionts, dos cooporativos ot dos mutunlités. les chefs réformistos ont clairoment feit ontondre qu'ils désirent restor entre oux dans cette "action", et ont ropoussé les propositions d'unitá d'action du 2C, vonues d'ailleurs fort tard, fort maladroitomont et fort peu & propos, après une campagne électorale au cours de Laquello los dirigeants staliniens, de la façon la plus criminolle et la plus irresponsable, détournèrent systématiquement l'attontion des travailleurs do la question royale ot s'amusèront à un insipide jou démagogiques PSB= PSC. En portant la rosponsabilité de la division dos forcos ouvrières, les réformistes risquent cependont de porter celle de la défaite. Ils le risquent ai aotion à dos souls fins "anti-lépoldistes", alors qu'il est plus urgont de autant plus qu'ils s'obstinent à limiter los objectifs do leurs comités a' Lier nux objoctifs politiques un programme audacieux de lutto contre le chômage, sur loquel se concentre toute l'attention des travailleurs d'avant-gardo.

Il sorait faux de sous-ostimer le danger de la situation. Désorientá par quatre annéos de compromissions infâmes de la part de sos partis attitrés, lo prolétariat n'a pas róagi avec l'énergio nécessairo à la menace d'uno avonturo oléricalo-diotatoriale, qui ne serait que la couverturo de l' offensivo patronale contre le standing de la classo ouvrière. Momentanément, l'initi-tive reste fermement entre les mains de la bourgeoisie qui n'a pas ancoro découvert son jou. Mais il serait également faux de se prononcer battu avant la lutto ou de semer la panique alors qu'il s'ogit do stimuler toutos los únorgios pour la bataillo. Mineurs et métallos ne sont pas prêts à recoptor sons résistanco un chômage dont ils ont connu les effets désastreux pondent los noires années 1931-35. Le brusque changement do la situation économiquo pout agir commo un coup de fouet sur les masses dont les énergies révolutionnoiros, puissammont manifostées en 1932, en 1936 et en 1944, n'ont foit que sommoillor depuis lors, In section bolgo do la IVe Internationale appolle lo PSB ot la FGIB à ouvrir les comités d'action à toutes les organisations se réclament de ln classe ouvrièro, à los largir à ln baso jusqu'a couvrir tout la pays, toutos Ibe ontreprisos, usinos, minos, ateliers et bureaux, d'un résoau d'organismes démocratiques, instruments principaux de la mobilisation des masses. Contro Lúpola III, contro le Sénat réaotionnaire, contre le capitalisme fnutour de crise, de chômage, de diotaturo et do guerro; pour la republiquo, pour la semaino de 40 heuros, pour le contrôle ouvrier sur la production, pour un gourernement ouvrier appligtant une véritablo poLitiquo socialiste appuyé par les comitós, -- tol est le programme d'action sur lequel les travailleurs belges peúvent engager la lutte ot s'assurer la victoiro. Cetto viotoire pourrait âtre de la plus grande importance pour lo prolétariat de toute l'Europe. le sort de De Gaulle dépendra dans une largo mesuro de oolui de Léopold III. Et, rotournant un vieux dicton point dénué da sogesso, on peut dire que l'orago pourrait bien secouer Paris après que los premières gouttes de pluie soient tombéos à Bruxelles.

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