I " est maintenant évident que « l'abévident que « l'abces " yougoslave, loin detre repar lorganisme stalinien, le menace tout entier d'empoisonnement. La rupture entre le P. C. Yougoslave et le Kominform dirigé par le Kremlin s'avère, comme prévu, irréparable et définitive. En moins d'une annee, *logique de la lutte a obligé les deux adversaires à brûler les étapes à une vitesse surprenante et à s'opposer dans un duel à mort : le Kremlin a complété le blocus économique et diplomalique de *la Yougoslavie par l'U. R. S. S. et ses satellites ; révisant avec la facilité qui lui est propre ses définitions « théoriques » antérieures sur le caractère de classe de la Yougoslavie, il la qualifie aujourd'hui d' « Etat capitaliste fasciste » dirigé par une " clique d'espions » qu'il faut abattre coute que coute. De leur côté, les Yougoslaves, loin d'être intimidés par cette campagne monstrueuse qui dépasse en violence, perfidie, ignominie et hystérie comique tout ce que le stalinisme a entrepris dans le passé contre ses adversaires politiques, ont pris au contraire la contreoffensive sur tous les plans, et particulièrement sur le plan idéologique, démasquant avec courage « les grands maîtres de l'hypocrisie .
L'avant-garde révolutionnaire internationale n'a peut-être pas mesuré encore toute importance historique de ce conflit pour l'avenir du stalinisme et pour l'avenir du mouvement ouvrier. mouvement I: est même intéressant de constater que des courants soi-disant anti-sectaires, qui prétendent œuvrer au « rassemblement universel » des forces révolutionnaires opposées au stalinisme, ont été amenées par incompréhension théorique de celui-ci et par crainte maladive, à sous-estimer complètement la signification et les conséquences du conflit Staline-Tito et à se tenir à l'écart dans un superbe (et combien pitoyable 1) « isolement » sectaire (1).
L'affaire yougoslave s'avère d'une importance capitale sur deux plans : celui de ses conséquences en Yougoslavie même, pays qui traverse une période révolutionnaire et où la crise ouverte par le conflit avec le Kremlin pose d'une façon impérieuse, devant son avant-garde révolutionnaire, les problèmes fondamentaux du mouvement ouvrier a notre époque ; et celui de ses conséquences dans l'univers stalinien tout entier dont il aggrave la crise et - où elle facilite la cristallisation de nouvelles oppositions au Kremlin, qui se développent un peu partout dans les Partis communistes, et particulièrement dans ceux des « démocraties populaires ».
Poussés par la logique de la lutte qu'ils ont entamée contre le Kominform et le Kremlin, les communistes et les ouvriers révolutionnaires de Yougoslavie sont obligés de toucher du doigt les questions relatives à l'orientation révolutionnaire à notre époque : l'U. R. S. S et le stalinisme, la construction du socialisme, l'Internationale, et d'y donner leurs réponses. De ce seul fait, de cette termentation idéologique, une profonde différenciation est inévitable, qui cristallisera sur les positions les plus avancées du marxisme-léninisme au moins une partie importante de l'avant-garde révolutionnaire yougoslave.
D'autre part, l'exemple de la résistance au Kremlin menée jusqu'à présent victorieusement par la Yougoslavie sans rejoindre le camp impérialiste, attise, développe et cristallise les courants d'opposition qui se créent dans les Partie communistes du monde entier, et particulièrement dans les « démocraties populaires ».
(1) Mentionnons en particulier la position prise par Shachtman aux Etats-Unis et « Confrontation Internationale » en France. Dans le n° 3 de cette publication, sa rédaction, toujours « bien informée » et « impart'ale », affirme à son tour, dans une courte note consacrée à la Yougoslavie, que Tito a trahi effectivement les partisans grees et a pris, parait-il, contact avec « les nationalistes slovaques pro-nazis ». Après cette présentation, la note conclut par cette analyse « théorique » profonde du « titisme » :
Les chances de Tito sont celles d'une opposition nationaliste-collectiviste née des contradict ons internes du système bureaucratique stalinien, et favorisée particultèrement par la rivalité U. R. S..S.-U. S. 4. Si le maitre de la Yougoslavie parvient a garder le pouvoir, alors on pourrat imaginer que tente de se constituer internationalement une idéologie titiste, de contenu bureaucratique-collectiviste, et formée de nombre de ceux, minorités et hommes qui. las de la tutelle de Moscou, verraient en Tito le soutien, le fédérateur et l'homme a poigne de remplacement — tout en feignant de voir en lui le champion de la démocratie socialiste.
1. 1
L'expansion du stalinisme après la dernière guerre est allée de pair avec le développement de la crise la plus grave qu'il a connue depuis la liquidation de l'aile prolétarienne en U. R. S. S. pendant les années 1936-38. L'exploitation du mouvement ouvrier révolutionnaire dans le monde d'après-guerre exclusivement dans les intérêts de la bureaucratie soviétique s'avère une entreprise impossible qui provoque une résistance acorue, particulièrement dans les pays sur lesquels l'emprise despotique et spoliatrice du Kremlin pèse le pius. La dissidence yougoslave fut la preuve la plus éclatante que l'extension de la puissance du Kremlin est incompatible, même avec l'existence de Partis communistes qui ne sont ni complètement coupés des masses de leur pays, ni de simples officines du Guépéou. La révolte couve actuellement dans tous les pays du glacis. Pour s'y maintenir, le Kremlin aura besoin d'accentuer les mesures de répression contre les Partis communistes eux-mêmes, à travers lesquels se manifestent de façon très déformée le mécontentement et la résistance des masses. Epurations et procès du type moscovite se succèdent dans les pays du glacis et iront en s'amplifiant. Dans la conjoncture actuelle, il n'y a pas de perspective de stabilisation possible du régime terroriste du Kremlin dans le glacis. L'exemple yougoslave stimulera les résistances et aggravera l'exaspération du Kremlin qui verra partout des agents « titistes » et rendra la vie impossible à tous les membres dirigeants des Partis communistes dans cette zone. I! doit réduire tous ces partis à de simples appareils, sans aucune vie propre, directement et complètement maniés par le Guépéou.
Sur le plan économique il faut surtout retenir les mesures prises, particulièrement depuis la rupture avec le Kominform et le Kremlin, pour accélérer la préparation du passage à la collectivisation de l'économie agricole.
Théoriquement le Parti communiste yougoslave semble avoir une vue partioulièrement claire et toute « classique » en ce qui concerne la voie à suivre pour réaliser ce passage : partir des limitations qui existent déjà relativement à la propriété et à l'exploitation de la terre (1) pour favoriser un large mou-
(1) Les Yougoslaves affirment que leur pays a été beaucoup plus loin que tous les autres pays de « Démocratie populaire » dans l'application de la réforme agraire. La loi sur la réforme agraire applique le principe « la terre appartient à celui qui l'utilise ». Les propriétaires qui ne cultivalent pas eux-mêmes leurs terres ont été expropriés totalement et sans indemnité. Les propriétés des banques et des entreprises ont été expropriées également. L'Eglise et les institutions religieuses ont eu leurs pro12
Mais la crise du stalinisme ne se limite pas à la zone du glacis. Les échos de ce qui s'y passe et les contre-coups de l'affaire yougoslave retentissent bien loin. Ils se propagent dans l'ensemble de l'univers stalinien, se mêlent aux causes de crise du mouvement stalinien propres à chaque pays et contribuent à porter de plus en plus a un point culminant la crise générale du stalinisme qui murit actuellement de par le monde.
•Il n'est peut-être pas exagéré de penser que, si l'affaire yougoslave évolue favorablement, si le régime de Tito ne se compromet pas avec limpérialisme mais développe au contraire une ligne révolutionnaire plus conséquente, il sera possible d'assister dans les années à venir à la débacle du stalinisme sur une très grande échelle. L'avant-garde révolutionnaire doit donc être consciente des potentialités immenses de l'affaire yougoslave et faire pour sa part l'impossible afin qu'elle évolue favorablement.
Il ne s'agit pas d'attendre que le Parti communiste yougoslave arrive par ses propres forces à se maintenir sur une plate-forme juste et que la Yousus ave contine ellente spettre goslavie continue à elle seule à se battre lisme et contre le Kremlin. L'avenir du P. C. yougoslave et de la Yougoslavie dépend pour beaucoup, dépend avant tout de l'aide active que le mouvement ouvrier international donnera maintenant à ce nouveati foyer révolutionnaire dans le monde.
Dans cet article nous signalerons les principales acquisitions progressives récentes de la Yougoslavie et du P. C. Y. sur le terrain économique, politique et avant tout idéologique. vement coopératif qui se développe en fonction du rythme général de l'industrialisation du pays.
La collectivisation de l'économie agricole doit dépendre, d'une part de la priétés limitées à 10 hectares. Quant aux autres propriétés, le maximum établi par la loi va de 20 à 30 hectares, selon les républiques fédérées. Les excédents de terre cultivable supérieurs à 3 ou 5 hectares, dont les propriétaires ne sont pas cultivateurs, sont tombés également sous le coup de la loi. « La différence la plus importante, aflirment les dirigeants yougoslaves, entre In Yougoslavie et les autres pays de démocrate populaire consiste en ce que la réforme agraire en Yougoslavie a revêtu le caractère d'une mesure socialiste. Plus de la moitié des terres dévolues au Fonds agraire est passée dans le secteur de l'Etat et a été attribuée aux coopératives paysannes de travail. Ainsi fut créé dans l'agriculture un secteur socaliste puissant,
Ice que n'a fait aucun autre pays de démocratie populaire: » (Bulletin d'information yougoslave, 15 septembre 1949.)
LA COLLECTIVISATION DE L'AGRICULTURE
LA COLLECTIVISATION DE L'AGRICULTURE
QUATRIEME possibilité que industrie et l'Etat ont de tournir a la campagne les produits industriels et les produits nécessaires à son industrialisation à bas prix et, d'autre part, de la conviction que les masses paysannes peuvent avoir des avantages de l'économie collective mé•canisée. Pour y arriver, il faut commencer par propulser un mouvement ecopératil simple et ensuite le développer à des formes supérieures en foncton des progrès de l'industrie et de •eux de la conscience des masses paysannes.
Le mouvement coopératif simple est celui des coopératives de travail de type inférieur, dans lesquelles « les paysans fonl apport de leurs petites propriétés pour constituer de grandes exploitations collectives, où ils travaillent la terre en commun, utilisent des moyens de production communs, appliquent les lhodes de planification et se conforment à l'agrotechnique ». (Bulletin d'information yougoslave (en France), Juillet 1949.)
Au 1er janvier 1949 il y avait en Yougoslavie 1.318 de ces coopératives ; à la fin de mars 1949, on en avait enregistre plus de 2.800 nouvelles, comprenant plus de 110.000 familles et disposant d'environ 510.000 hectares. En septembre 1949 ces coopératives
LA REFORME DE LA LOI SUR
Sur la structure de l'Etat il faut signaler la réforme des Comités populaires dans la loi soumise par E. Kardelj à la 7º session ordinaire de l'Assemblée Nationale Yougoslave en juin 1949.
La nouvelle loi « modifie et en fait amende considérablement la loi existante » de mai 1946. Nous n'avons malheureusement pas encore le texte complet de cette nouvelle loi. Mais, du long discours de Kardelj qui présenta cette loi, il se dégage clairement qu'elle tient compte des critiques formulées au 5° Congrès du Parti communiste yougoglave par les dirigeants yougoslaves, à savoir que leur " organisation sovietique » devait devenir à la fois plus démocratique et plus centralisée, afin d'accroître la participation des masses à la gestion de l'Etat, et de rendre en même temps celle-ci plus efficace.
« Par son caractère profondément démocratique et par son elaboration organisationnelle concrete, a-t-il déclaré à eette occasion, cette loi (nouvelle) constitue une arme extrêmement puissante pour développement de la structure socialiste de notre Etat, et, par ce fait, cette loi est en même temps même temps une contribution importante à la théorie e: a la pratique du développement soolafiste. Il était dans nos intentions, en pleine harmonie avec le principe de l'autorité et du centralisme démocratique, de donner la plus grande expression possible aux aspirations démocratiques profondes des masses relatives à Tauto-gouvernement, la participation à
E RNATIONAL E s'élevaient à plus de 5.000, avec 250.000 familles et plus de 1.400.000 hectares.
(Bulletin d'Inf. Youg. nº 43, 10 octobre 1949.)
Mais un pas plus important a ete lait par la creation de coopératives agricoles de travail d'un type supérieur, " purement socialiste », création décidée au
Congrès des paysans coopérateurs de juin 1949. Dans ces coopératives, « non seulement . les moyens de production mais aussi toutes les terres deviennent propriété commune et la rémunération des adhérents est basée uniquement sur le travail fourni ». (Bull. Youg, Juillet 1949.) Pour « refouler les éléments capitalistes (koulaks) » qui renaissent dans les campagnes, plusieurs lois existent déjà et un dernier décret du gouvernement fédéral stipule que « les paysans riches sont tenus de vendre à l'Etat, à des prix fixés, une plus grande partie de leurs excédents de blé qu'ils n'avaient eu à le faire jusqu'a présent, de 80 à 95 %. D'autre part, seuls les paysans travailleurs, les coopératives agricoles de travail et les exploitations agricoles des coopératives du type général pourront désormais vendre leur production à des prix liés alors que les riches exploitations agricoles seront exclues du bénéfice de cette mesure. » (Bull. Youg., juillet 1949.) LES COMITES POPULAIRES la gestion de l'Etat, qui fut toujours la caractéristique de tout gouvernement véritablement populaire dans le monde et qui doit être en effet la caractéristique du prolétariat révolutionnaire et la démocratie socialiste, » (Bull. d'Int. de l'Ambassade Youg. de Londres, 7 juin 1949.)
Dans la suite de son discours, Kardelj se livre à une discussion serrée de la conception de « la démocratie populaire », étape distincte du capitalisme et de la dictature du prolétariat, conception défendue par les « théoriciens » des démocrates populaires avant leur tournant de décembre 1948 et que les dirigeants yougoslaves n'ont jamais partagée.
Insistant sur les différences qui existent encore entre le système de pouvoir en Yougoslavie et celui qui caractérise les autres « démocraties populaires ». Kardelj les résume comme suit :
Il existe encore dans ces pays des restes de l'ancien Etat bourgeois se manifestant dans la survivance du parlementarisme, de la division des pouvoirs, de l'absence d'organes locaux de pouvoir populaire (ceux qui fonctionnent à leur place dépendent directement du Ministère de l'Intérieur). Là où ils existent, ces organes de pouvoir populaire (Conseils) sont désignés d'en haut. Par exemple, en Bulgarie, jusqu'en avril 1948, l'autorité locale a été exercée par des maires et des fonctionnaires, chefs locaux et départementaux, tous appoinles par le Ministère de l'Intérieur.
INT
Q UAT RIE ME I N Roumanie, jusqu'au début de cette année, les municipaltés, les districts et les départements ont • été administrés par des fonctionnaires appointés par le Ministère de l'Intérieur. La loi sur les Conseils populaires ne date en Roumanie que de janvier 1949. En Hongrie « l'ancien système bourgeois de la division de l'autorité est encore en pleine force ». En Pologne aussi il n'existe pas encore (juin 1949) de Conseils élus. Les Conseils populaires ont été créés après la libération, avec la participation de représentants délégués par « tous les parus et organ sations democratiques ». Kardelj explique l'existence de ces vestiges de « l'ancien régime bourgeois » dans les autres démocraties populaires. par le fait qu'à l'encontre de la Yougosiavie qui a connu un mouvement révolutionnaire de masses « sous la direction du P. C. Y. », « il n'y a pas eu une large participation des masses à la lutte pour le pouvoir » dans les autres démocraties populaires et pour celte raison l'ancien appareil d'Etat n'a pas pu L'elargissement du pouvoir des Coêtre démoli totalement. mités populaires accordé par la nouvelle lo de juin 1949 est expliqué par les dirigeants yougoslaves comme une conséquence de l'élargissement des conquêtes « socialistes » du pays. Déjà, dans son
PAR RAPPORT
Les progrès idéologiques les plus marquants du P. C. Y. datent des derniers mois de cette année, à la suite de la place prise par le Kremlin dans la campagne contre la Yougoslavie, et dont le pcint culminant a élé atteint au procès de Budapest.
Les dirigeants yougoslaves avaient tout au début présenté leur affaire comme un conflil entre leur parti et les autres partis du Kominform (ils ont même dit et écrit : entre leur parti et certains dirigeants de ces partis), mais ils s'étaient gardés d'accuser directement le Parti communiste russe et Staline en particulier, comme étant les véritables responsables. Le 27 décembre 1948, Tito, parlant à l'Assemblée Fédérale sur le budget, met en cause « les diverses personnalités dirigeantes des pays de démocratie populaire » (1), mais il ajoute qu' « au pays des Soviets personne n'a formule de griefs centre nous à ce sujet » (commerce de la Yougoslavie avec les pays capitalistes). Mocha Pijade, le 20 janvier 1949, au 2º Congrès du P. C. de Serbie, affirmait que leur attiuude durant les sept mois de cette campagne lancée contre nous par ceux sur l'amitié et le soutien desquels nous étions en droit de compter, prouve que nous avons, au risque de mettre
(1) J. B. Tito, Les vrais motifs des calomnies dirigées contre la Yougoslavie. 14
TERNATIONALE discours au 5º Congrès du Parti, Tito avait parlé qu'il était nécessaire « qu'à la première occasion » le texte de la Constitution elle-même votée en janvier 1946, soit « partiellement modifié, principalement (dans sa partie) concernant l'organisation sociale et économique » de la Yougoslavie, afin de mieux expri+ mer le développement qui, depuis cette -date, était « allé déjà si loin » dans la structure sociale et économique du pays.
« En plusieurs matières, a conclu Kardelj dans son discours de présentation de la nouvelle loi, la vie elle-même •a dépassé la première loi sur les Comités adoptée dans les conditions où la construction socialiste de la Yougoslavie était encore à son stade infantile. »
« Le secteur socialiste, à cette époque embrassait seulement la grande et moyenne industrie, le commerce de gros, les banques, etc., tandis que le secteur de l'économie locale restait entre les mains des capi'alistes... Maintenant cependant, le secteur socialiste prédomine dans l'économie locale comme dans le commerce et commence à assumer une grande place dans l'agriculture aussi. Les Comités populaires sont devenus les leaders directs dans l'ensemble du travail de la construction économique, oulturelle et sociale.» AU STALINISME notre juste cause en danger, fait tout ce qui est en notre pouvoir pour que l'autorité du Parti bolchevik (russe) sorte de ce conflit avec le moins de dommages possible » (2). Pijade considérait que cette autorité était « un capital international » et que sa conservation n'était pas une responsabilité simplement « nationale mais internationale ».
« C'est pourquoi, ajoutait-ll, on ne devrait pas laisser la radio de Budapest répéter continuellement que la Résolution du Bureau d'Information a été prise sur l'initiative de Staline et qu'elle est le reflet de sa sagesse. En Yougoslavie une telle propagande ne peut avoir qu'un effet contraire, car personne ici n'est capable de trouver quelque sagesse dans cette Résolution et moins encore la sagesse stalinienne. Nous ne pouvons leur recommander qu'une chose : sauvegarder mieux cette autorité car elle nous est a tous precieuse et nécessaire, » Jusqu'en juillet 1949 on trouvera rarement dans la presse yougoslave des attaques directes contre les dirigeants de l'U. R. S. S.
A la suite de l'abandon par le Kremlin, à la Conférence des Quatre à Paris (juillet 1949) des revendications yougoslaves sur la Carinthie slovène, le gouvernement yougoslave adressa le août une note de protestation a
(2) M. Pijade, Les questions litigieuses.
LA DIFFERENCIATION IDEOLOGIQUE
LA DIFFERENCIATION IDEOLOGIQUE
QUATRIE MENE I N Moscou. A partir de ce jour, le Kremlin se mit à la pointe de la campagne contre la Yougoslavie, lui adressant note sur note et complétant peu à peu son blocus économique et diplomatique.
Dans un article du 25 août, Borba
TERNATIONALE puter aux Yougoslaves les échecs de l'armée démocratique grecque ». (Rad, 31 août). Mais pourquoi ces « échecs » et pourquoi les imputer aux Yougoslaves ? Dans deux articles de Borba (& et 12 septembre 1949), deux dirigeants yougoslaves, le général Lyoubo Voutchkovitch et le suppléant au Bureau Politique, Tempo, approfondissent cette question et arrivent à des conclusions d'une importance capitale dans la rupture idéologique avec le Kremlin. Voutchkovitch juge la guerre civile grecque à titre de spécialiste militaire et condamne l'attitude défensive adoptée par les partisans grecs depuis le limogeage de Markos qui était contre la capitulation et la detensive, contre une compromission avec les imperialistes. Le nouveau commandement de Zachariadès, au contraire, avait pour but principal, d' « attendre que, par la voie diplomatique, par la voie d'un arrangement entre lU. R. S. S., les U.S. A. et la Grande-Bretagne, soit « résolue » la question grecque. De cette perspective complètement fausse découle clalrement la tactique (militaire) fausse de défensive ».
En conclusion d'un article plein de remarques profondes et justes sur la guerre des partisans et de sharon le t sa tactique propre, Voutchkovitch écrit :
« Zachariadès et ses camarades tiennent actuellement plus à calomnier la Yougoslavie en disant que les monarchofascistes se sont soi-disant servis du territoire yougoslave pour attaquer l'armée démocratique, eto., qu'à mener l'armée de libération du peuple grec sur une vole juste et qu'à l'amener à la victoire finale. Le but de Zachariades est clair : liquider la lutte de la libération populaire de Grèce et en rejeter la responsabilité sur la Yougoslavie. Les dirigeants de l'U. R. S. S patronent également cette besogne honteuse. Depuis longtemps, par l'intermédiaire de leurs représentants et de leur agence de presse officielle, ils se sont déclarés prêts à mener des pourparlers sur la liquidation de la lutte en Grèce. »
L'article de Tempo reprend le même sujet, mais beaucoup plus protondement. Pour lui, la défaite grecque est l'aboutissement d'une ligne de trahison qui date de la guerre mondiale et dont la responsabilité incombe au Kremlin. Il a d'autre part un intérêt beaucoup plus général parce que son « analyse critique » contribuera « dans une grande mesure à éclaireir les causes de la defaite de nombreux partis communistes. »
« Dans de nombreux pays, écrit Tempo, les Partis communistes ont également connu de pareilles défaites (en France, en Italie, etc)... . A notre connaissance aucune direction n'a essayé de donner une analyse critique de la défaite et des échecs qu'ont subis de nombreux partis communistes dans le monde. Seul le Parti bolchevik (russe) a essayé d'expliquer les « échecs » des Partis commun'stes de France et d'Italie par l'absence et l'éloignement de donna l'explication s neuvelle attitude gouvernement de l'U.
jusqu'à présent divers pegande des pays du de cette uivante
Kremlin : « Le
R. S. S. a laissé appareils de pro-
Bureau d'Information propager la Résolution (de juin 1948) et se livrer à l'agitation en veur de celle-ci. Lorsqu'il s'est rendu compte que _la campagne ainsi menée n'a pas donné les résultats escomptés, mais au contraire s'est retournée contre ses inspirateurs, le gouvernement soviétique a décidé de prendre directement et publiquement lui-même le rôle principal dans la lutte contre la petite Yougoslavie dont la seule « culpabilité » est de ne pas avoir cédé aux tentatives de commandement et de tutelle, parce qu'elle s'est élevée pour la défense de l'égalité entre Etats, peuples et mouvements démocratiques » (1).
Cependant, même en août 1949, les commentaires de la presse yougoslave sur le « gouvernement soviétique » et les dirigeants du Kremlin restent nuancés et prudents. Borba (25 août) parle des « idées erronées » du « gouvernement soviétique » sur « la souveraineté des autres Etats plus petits » et dit que celui-ci considère qu'il lui est permis de parler dans « un langage de menaces, un langage de tuteur et de donneur d'ordres ». Des organes moins officieux emploient un langage plus vert. Ainsi la Politika (23 août) écrit : « Ces deux notes (des 11 et 18 août) confirment formellement à nouveau l'hostilité du gouvernement soviétique à l'égard de l'édification socialiste de notre pays, ainsi que l'entrave consciente apportée à la transformation socialiste. » (1) Le même journal blâme " les plus vulgaires méthodes fascistes de persuasion — méthodes de mensonge » des « héros » du Bureau d'Infermation dirigés par Moscou. Le journal Rad, organe du C. C. de la Fédération des Syndicats de Yougoslavie, écrit de son côté (23 août) : " Le gouvernement soviétique voudrait que dans le monde socialiste les rapports de commandement règnent à la place des rapports d'égalité et d'amitié. Il vend la Carinthie slovène, il abandonne et trahit l'héroïque lutte du peuple grec. » (1) L'étape suivante, dans laquelle s'aceentue la différenciation idéologique d'avec le Kremlin, a été franchie à l'occasion de l'affaire grecque. Le Kremlin et le Kominform ayant cousé les Yougoslaves d'avoir fermé la frontière gréco-yougoslave, comploté avec les monarcho-fascistes d'Athènes et tiré dans le dos de l'armée démocratique, les Yougoslaves ont répondu que ces accusations servaient en réalité à « im-
(1) Souligné par nous
I N l'Armée rouge. Il est évident que cet_e analyse non marxiste et non léniniste de la défaite des Partis communistes de
TERNATIONALE manifestations opportunistes : « Les raoines de ces manifestations résident dans les conceptions de la direction du Parti Bolchevik, à savoir que toutes les questions du mouvement révolutionnaire international doivent être résolues exclusivement du point de vue des intérêts de l'Union soviétique (plus exactement du point de vue de l'entente de celle-ci aveo les impérialistes, du point de vue de savoir jusqu'où peut ou ne peut pas s'étendre le contrôle de l'Union soviétique) et non pas du point de vue du mouvement ouvrier international dans son ensemble et dans chaque pays en particulier. » (Souligné par nous.)
Il ne manque à celte conclusion, une des plus osées et des plus claires que les dirigeants yougoslaves aient données ces derniers temps sur le sens de la politique du Kremlin (3), que de préciser que les intérêts de • l'Union sovlétique sont en réalité les intérê,s propres de la bureaucratie soviétique.
La confusion sur ce point essentiel empêche naturellement les dirigeants yougoslaves d'approfondir la critique du phénomène stalinien et d'en dégager toutes les conclusions nécessaire l'élaboration d'un programme de valeur vraiment internationale.
L'étape suivante dans la clarification idéologique a été franchie à propos du procès Rajk. Les anciens volonta res yougoslaves des brigades internationales d'Espagne, parmi lesquels se trouve un grand nombre des principaux dirigeants actuels, ont été mis directement en cause au procès de Budapest comme « espions et agents de limpérialisme ». Ils ouvrent un feu violent contre « les dirigeants de l'U. R. S. S. » qui ont monté le procès Rajk pour « appuyer la campagne infâme menée contre la Yougoslavie ». Réunis en Conférence extraordinaire le 14 septembre à Belgrade, ils
(3) A. Bebler, ministre-adjoint des Affaires Etrangères, dans un article « Le principe de souveraineté et la classe ouvrière » publié dans le N° 5 de la revue théorique du C. C. du Parti Communiste de Yougoslavie, le Commun'ste, reprend les mêmes idées et accuse l'U. R. S. S de pratiquer une politique de partage de « zones d'influence » et des avantages réciproques avee l'impérial'sme au détriment du mouvement révolutionnaire international. Ayant fourni plusieurs preuves à l'appui de cette thèse (entre autres la trahison du Kremlin envers la Grèce), Bebler conclut ainsi : « En u mot, le partage des « sphères d'influence » dans les Balkans et l'établissement par avance de certaines frontières sans considération des désirs des populations sont des faits historiques faits prouvent que TU. R. S. S. se sert, questions importantes térieure, de méthodes présent servies dans grandes puissances et irréfutables. Et ces le gouvernement de dans la solution des pour sa politique exdont se sont jusqu'a l'histoire toutes les non pas de méthodes d'une nature nouvelle, de méthodes soclalistes
»
France et d'Italie adoptée, car elle ne
- de la défaite sons intérieures des deu ne peut pas être cherche pas les raidans les faiblesses x partis, mais dans les facteurs extérieurs. Cette analyse est non seulement non marxiste mais elle est directement contre-révolutionnaire. Elle endort les forces révolutionnaires intérieures de chaque pays et les oriente à attendre leur libération de l'extérieur, des forces armées de l'Union Soviétique. » (Souligné par nous) (1).
Dans la suite de son article, Tempo admet que l'opportunisme dont le Parti communiste grec (2) a fait preuve pendent toute la guerre et immédiatement après, lors du soulèvement de décembre 1944, « n'est pas quelque manifestation spécifiquement grecque » mais doit être imputé à la ligne générale du Kremlin au cours de la deuxième guerre mondiale. « C'est la direction du Parti bolchevik (russe) qui a en effet « conseillé » (en 1944) à la direction du Parti Communiste yougoslave de dissoudre les organisations du parti dans l'armée, d'abolir les commissaires polingues, d'enleevr les étoiles rouges des ealois ».
La direction du Parti Bolchevik russe « proposait ces mesures afin de pas fournir d'arguments à la réaction internationale bourgeoise et de pas soi-disant (souligne par nous) affaiblir ainsi les forces de la coalition anti-hitlérienne... La direction du Parti bolchevik n'ai-elle pas même conseillé à la direction du Parti communiste yougoslave de ne pas résoudre la question du pouvoir d'une façon révolutionnaire, mais s'entendre avec la réaction contre-révo-lutionnaire traîtresse qui se groupait autour de Draja Mikhaïlovitch, de reconnaître « provisoirement » la monarchie et de résoudre la question du pouvoir par les méthodes parlementaires de lutte après la libération du pays ? »
Et voici la conclusion capitale de Tempo quant aux « racines » de ces
(1) Au lendemain de la publication de Particle de Tempo Tito, dans un discours aux mineurs (13 septembre) dénonça même « conception du rôle révolutionnaire exclusivement réservé à l'Armée rouge, ce qui en réalté signifie la démobilisation des forces révolutionnaires latentes qui existent dans chaque peuple, dans chaque classe ouvrière. Chaque classe ouvrière est capable de lutter et de conquérir un nouvel ordre social. Aved lec hoinettor social. Aved les baïonnettes, aucune idée progressive n'a jamais pu être correctement répandue et celles-ci n'ont jamais apporté une transformation sociale mais seulement l'asservissement. » (Bull, Inform. yougoslave, n° 21, 14 septembre 1949.)
(2) Voir dans ce N° de * » l'artiele La trahison stalinienne en Grèce. 16
GATRIE ME IN ont adressé à Tito un télégramme disans : L'attaque monstrueuse et entre-révolutionnaire déclenchée contre notre pays par le Bureau d'Information, qui n'est rien d'autre que l'arme aveugle des dirigeants du Parti communiste de l'U. R. S. S., a amené l'internationalisme dans la crise la plus grave et sans précédant... Les dirigeants aveugles du
Parti communiste de IU. R. S. S. ont commencé à piétiner l'un après l'autre les principes de l'internationalisme, anéantir les acquisitions morales et à cracher dans les traditions de l'internationalisme. »
Au fur et à mesure du développement du procès de Budapest, les réactions yougoslaves devinrent plus violentes. Tous les aspects de cette orchestration monstrueuse furent soumis à une critique serrée et approfondie : l'aspect juridique, les faits, les buts politiques poursuivis dans cette machination.
C'est le dirigeant yougoslave Mosha Pijade qui a tiré les conclusions les plus audacieuses et les plus intéresробов ва вого е ва порітьте, que le procès de Budapest a révélé ».
septembre,
Pijade rele pour la première fois le prooòs de Budapest à ceux de Moscou :
« Le procès de Budapest, écrit-il, rappelle les proces en Union soviétique de 1936, dont les metteurs en scène ont pu aider également l'arrangement procès de Budapest, grâce à leur riche expérience.
« Cependant, les procès de Moscou, bien qu'ils aient eu leur importance pour tous les Partis communistes, étaient une affaire intérieure de P'Union soviétique, les actes d'accusation étaient dirigés contre des citoyens soviétiques acousés de divers orimes, dont la liaison avec le fascisme allemand et nippon....
« Mais Hitler n'y a été n/ accusé ni même mentionné. Avec lui a pu être conclu plus tard aussi un pacte de nonagression avec des toasts à sa sané.
« Et maintenant, lorsque le procureur d'alors est devenu ministre des Affaires Etrangòres, ce type de procès est transplanté sur l'arène Internationale et devient un article d'exportacion. » (Souligné par nous.)
Nous ne sommes plus au temps où Pijade épargnit le prestige du Parti Bolchevik russe et des dirigeants de l'U. R. S. S., prestige qu'il considérait alors comme un " capital international ». Le mécanisme du procès lui suffit maintenant à caractériser ce prosuffit cès « avec précision, sans hésitat on, sans sucune crainte, comme une nousucune velle manifestalion de la contre-révolution dirigée par Moscou. C'est une pénétration en Europe des méthodes obscures du service de renseignemonts soviétique, un exemple frappant de l'application du « rôle dirigeant » du Parti Bolchevik et de l'Union soviétique. »
Le procès de Budapest est u' utre port révélateur d'un état de choses dans
TERNATIONALE l'univers stalinien beaucoup plus étendu el plus grave. Dans ce même article, Pijade écrit :
« Le procòs révèle de façon brutale presque cruelle, la dégradation de certains partis communistes, celui de l'Union soviétique et celui des autres pays kominformistes. Il révèle la soumission complète de tous ces partis au service de renseignements soviétiques qui les domine et qui leur dicte la ligne politique, Il révèle que la vanité égoïste, petite bourgeoise, inadmissible du point de vue marxiste, de vouloir " tenir le rôle dirigeant » du Parti bolchevik et de l'Union soviétique dans la vie internationale, représente non seulement la tendance de l'asservissement total de tous les partis communistes du monde à la volonté d'un seul parti et des pays socialistes à la volonté d'un seul pays, non seulement la transformation des pays, que cerlains dirigeants ont livrés sans réserve à la libre dispoen pays dépendants, satellites qui n'ont sition de la puissance "dirigeante plus rien de propre ni en politique intérieure ni en politique extérieure, mais aussi la transformation des directions des partis et des gouvernements de ces pays en simples préfectures de police d'un Etat étranger. Ainsi, on découvre la véritable dégénérescence d'une partie de la direction du Parti bolchevik, dégénérescence qu'il n'est plus possible de camoufler ».
Mais quand Pijade s'efforce de découvrir la cause de cette dégénérescence, il ne la voit que dans « le chauvinisme panrusse et panétatique sans scrupules », dans le « chauvinisme grand-étatique » de « certains hommes de la direction du Parti communiste de l'U. R. S. S. » Il reste ainsi toujours dans le domaine des conséquences, des épiphénomènes et non de la cause ritable : la notion de la bureaucratie soviétique lui est encore étrangère.
La conclusion finale de son article mérite cependant une attention particulière parce qu'elle annonce d'autres conclusions auxquelles les dirigeants yougoslaves doivent aboutir dans leur effort pour expliquer de façon cohérente la politique de Moscou et des Partis communistes.
« Il a été prouvé, écrit-il, que l'attitude contre-révolutionnaire de ces dirigeants bolcheviks envers la Yougoslavie ne peut pas être une exception, mais une déviation partielle de la ligne générale, qu'elle ne peut aller de pair avec une attitude révolutionnaire juste si qu'elle fait partie d'une nouvelle politique, d'une nouvelle ligne idéologique, GUi constitue la déviation de la base même du marxisme-léninisme, ouvre de revisien qui s'est emparée de tous les domaines de la vie pratique et théorique. »
Le 6 octobre, Pijade, dans un nouvel article de Borba portant le titre " Les grands maitres de l'hypocrisie », situait dans le temps le point de départ de celle nouvelle ligne déviationniste et ravisionniste des dirigeants russes :
VATRIE M B I N
« Depuis le jour même où on a proclamé que le trotskysme a cessé d'être un courant dans le mouvement ouvrier et qu'il est devenu l'agence du fascisme (1) depuis ce jour-là et particulièrement après la deuxième guerre mondiale, toute pensée qui n'est pas en accord avec les pensées des dirigeants soviétiques est déclarée trotskyste sous forme d'agence fasciste. De cette façon il ne reste que l'extermination physique et le bûcher pour les sorciers, toute discussion étant exclue, » (Souligné par nous.)
Dans ce même article, il est vrai, Pijade par confusion attribue au « trotskysme », qu'il relie au « menchevisme » des « idées erronées » qui « constituent les deux piliers importants de la revision actuelle du marxisme-léninisme " marquée du sceau du trotskysme et dans l'Union soviétique revision du menchevisme ». Ce sont : « l'impossibille de la réussite d'une révolution sans l'intervention de l'armée soviéuque et limpossibilité de l'édification du socialisme où que ce soit dans le monde sans l'aide de l'Union soviétique — et ce qui se cache derrière cette « aide » est parfaitement clair aux peuples de Yougoslavie ».
« De ces données, poursuit Pijade, ne peut sortir que la politique menée aujourd'hui par les dirigeants du P. G. (b) de l'U. R. S. S. envers la Yougoslavie ; de ces données il ressort égala transformation de l'internalement tionalisme prolétarien en chauvinisme panrusse, la théorie de la priorité scienunque russe et la peur incomprenensible de « servilité envers l'étranger », la glorification de tous les tsars et de leur le de conque lan nue de conquête, la fatuité petite-bourgeoise, qui veut que les Russes soient une nation prédestinée, la plus cultivée et dirigeante dans le monde t Lenne mène une ligne issue directement de Tchernichevsky et par exemple de Marx et Engels (2). De là proviennent également non pas les méthodes barbares de lutte contre les soreiers et cette grande maitrise de l'hypocrisie qui est la qualité principale de la politique russe d'aujourd'hui à l'égard de la Yougoslavie. »
La toute dernière élape dans la différenciation d'avec le slalinisme a été inaugurée à l'occasion de la session actuelle de 1O. N. U. Tito définit ainsi l'attitude générale de la délégation yougoslave dans son discours à Stolice (Serbie), le 28 septembre 1949 : pour les propositions soviétiques dans « Aux • Nations Unies nous avons voté les questions qui étaient en principe justes, comme par exemple dans la question de la Grèce, mais nous nous sommes abstenus dans le cas où la Vougoslavie seule était en question, et où il s'agissait de rapports envers notre pays. pays Lorsqu'll était question des droits des petits peuples, de la propagande de la fomentatrice vions pas dire pour une chose a pou18
TERNATIONALE exacte qu'elle ne l'est pas en ce qui concerne l'Union soviétique, car elle fait entendre ici le bruit des armes Nous ne dirons rien, mais nous ne leur donneions pas non plus notre voix là où ils violent les principes socialistes. »
Dans une interview accordée au rédacteur en chef du « New York Times » le 3 octobre, E. Kardelj précisa « principes directeurs » de la délégation yougoslave à l'O. N. U. dans les termes suivants : « Renforcement de la paix et de la souvera neté des peuples, l'égalité en droits et les rapports
(1) Déjà le 4 octobre, Tito parlant devant 600 généraux et officiers à l'issue des manœuvres de l'armée yougoslave, se réfera dans ces termes au « trotskysme » : « Nous savons quels dommages a causés Trotsky, nous savons que son activité a été condamnée à juste titre au point de vue idéologique comme nuis ble. Mais ce qui s'est produit après lui, c'est une autre chose. Combien de communistes innocents ont péri comme trotskystes, bien qu'ils n'eussent rien de commun avec lui. » (Souligné par nous.)
(2) Dans ce domaine aussi, Pijade va bien plus loin que d'autres dirigeants yougoslaves qui désapprouvaient en termes modérés les exagérations « nationalistes » de la lutte « contre le cosmopoliteme » entreprise en U. R. S. S. Ainsi par exemple Boris Ziherl, auteur d'une brochure intitulée « Le Communisme et la Patrie », justifie pleinement cette lutte, mais croit nécessaire d'ajouter :
« La lutte contre le cosmopolitisme signifie avant tout la lutte contre les idées pourries de la bourgeoisie actuelle, contre l'influence • néfaste exerce sur certaines la conscience sociale
Cette lutte doit, par et destructr ce qu'elle cultures nationales, sur des masses laborieuses.
conséquence, avoir un caractère de classe bien défini.
« Il serait erroné et non-marxiste de qual'fier de cosmopolitisme la reconnaissance de la supériorité d'une culture étrangère dans le passé et même dans le présent (s'il s'agit de la culture d'une nation plus avancée), de son influence heureuse sur le développement des autres cultures nationales. L'Internationalisme, sur le front culturel, est justement la reconnaissance des mérites réels qu'ont certaines nat ons pour le développement de la culture humaine générale et la propagation dans sa nation des mérites et des acquisitions des autres peuples... Proclamer absolu le rôle dirigeant qu'a eu, dans une époque donnée certaine culture nationale, projeter arbitra rement ce rôle dirigeant dans le passé et dans l'avenir, cela n'a rien de commun avec l'amour véritable de sa culture nationale, ni avec l'internationalisme sur le fond culturel. Il faut dire qu'une tendance à proclamer absolue la culture soviétique, ou plus exactement la culture russe, transpire quelquefois dans les œuvres soviétiques contemporaines, dans divers articles, dans les scénarios de films, dans les critiques, etc., et qu'elle ne rencontre aucune critique. »
démocratiques entre Etats, le respect de indépendance de chaque pays et rélimination de toute ingérence d'un Etat dans les affaires intérieures des autres Etats, la stricte observation de la Charte des Nations Unies. »
Kardelj précisa « que la Yougoslavie votera en pleine indépendance, selon sa conviction, dans l'esprit des principes précédemment exposés ». Et jusqu'ici il en fut réellement ainsi, comme cela a élé prouvé par les votes de la Yougoslavie sur la question de la Grèce, de la Chine et des colonies italiennes en particulier (1). Dans ce même esprit la délégation yougoslave a remis au Secrétariat général de l'O. N. U. un projet de « Déclaration des droits et des devoirs de l'Etat » dont la discussion fut également sabotée par les U. S. A. et l'U. R. S. S.
Il nous reste encore à mentionner l'intervention du délégué yougoslave S. Vilfan à la Commission pour les questions économiques et sociales. intervenbion inspirée de la doctrine yougoslave sur les rapports économiques entre Etats et " Etats socialistes » en parliculier. Ce problème se posa déjà aux YougoSlaves au cours de leurs rapports avec l'U. R. S. S. et les autres démocraties populaires avant la rupture ; mais il'ne rut elabore « théoriquement » qu'à la suite de celle-ci. Il est particulièrement intéressant de faire connaître les travaux théoriques que les Yougoslaves ont consacrés jusqu'ici à cette question (2). ee que nous pensons faire effectivement prochainement dans un article spécial. Bornons-nous à indiquer les lignes et les conelusions générales de ces travaux.
Le jeu sponlané de la loi de la valeur, qui se réalise universellement dans le commerce entre nations, conduit — ernstatent les Yougoslaves — « aux plus grandes disproportions et à la pire exploitation des Etats faibles et arriérés par les Etats plus puissants et plus évolués » (3). L'influence exercée par les grands monopoles détermine dans le monde impérialiste « des disproportions et des inégalités encore plus choquantes ». Dans le « monde socialiste » en formation, qui, pour les Yougoslaves,
(1) Nous regrettons de ne pouvoir, faute de place, e'ter in extenso la déclaration à tout point de vue remarquable du représentant yougoslave A. Bebler au sujet des colonies italiennes, dans laquelle il défendit le prineipe de l'auto-détermination de chaque peuple.
TERNATIONALE est composé par TU. R. S. S. et les autres " démocraties populaires », il s'agit, entre autres, dans leurs rapports, « de supprimer ou tout au moins de créer les conditions permettant d'abolir l'exploitation des Etats, petits ou arrieres, par les Etats plus grands et plus évolues, en établissant entre l'U. R. S. S et les autres, des rapports économiques conformes aux principes socialistes (Popovitch).
Or IU. R. S. S., soulignent les Yougoslaves, est loin d'appliquer de tels principes et pratique au contraire des « méthodes capitalistes ». Ces méthodes consistent, selon Vilfan, en ceci : a) « le commerce continue à se faire aux prix espitalistes mondaux » qui désavantagent les pays arriéres ; b) « les pays socialistes les plus développés continuent d'insister sur la structure unilatérale et défavorable des exportalions . des pays insuffisamment développés (4) et l'avantage des monopoles capitalistes est remplacé par la position monopoliste des pays socialistes plus développés » ; c) les sociétés mixtes fondées avec la participation de l'U. R. S. S. dans les « démocraties populaires » s'avèrent une forme d'exploilation de ces pays par rU, R. S. S.
Si l'on considère l'ensemble de celte évolution idéologique du Parti communiste yougoslave, il est évident, à notre avis, que nous assistons au développement d'un courant centriste de gauche, Pour des raisons spéciales que nous avons analysées dans un article précédent consacré à l'affaire yougoslave (5), le P. C. Yougoslave avait déjà connu au cours de la guerre un développement spécifique, il représentait des cette époque un courant centriste de gauche (6) nourri par le mouvement révolutionnaire des masses. Ce caractère centriste de gauohe, loin de s'estomper, s'est au contraire trouvé particulièrement favorisé par la rupture avec le Kominform. li dépend de l'aide active du prolétariat international, répétons-le une fois de plus, que les perspectives de ce courant restent non seulement bonnes, mais deviennent excellentes pour la révolution communiste mondiale, pour la rénovation du mouvement ouvrier international.
Le 15 octobre 1949.
(4) Qui sont obligés, entre autres, d'exporter « exagérément » et d'une manière « disproportionnée » des matières premièrea et des denrées alimentaires, sans compensation correspondante.
(5) « », N° 8-9, août-septembre 1949
(6) D'origine stalinienne, origine dont il faut naturellement tenir compte.
(2) Voir particulièrement la M. Popov teh, Les rapports entre Eta's socialistes, 1949.
(31 Les Yougoslaves, en se Marx, font une analyse très conditions capitalistes et des du commerce mondial.