Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

La revue › vol. 7, n° 8-11

Développement et perspectives du stalinisme chinois

Hsieh-Yue · Quatrième Internationale, vol. 7, n° 8-11 · octobre-novembre 1949 · p. 26-32 · 4 400 mots

Texte lu par machine sur le scan (relu en 2026 colonne par colonne) : il peut contenir des fautes de lecture. Pour citer, reportez-vous au scan de la page.

Nous reproduisons ici le résumé d'un article publié par le n° 1 de la revue « Quatrième internationale » de Hong Kong, organe du Parti Communiste Révolutionnaire, section chinoise de la IV° internationale. Son auteur est un des principaux dirigeants du trotskysme chinois et un des pionniers du mouvement communiste en ExtrêmeOrient. Bien que rédigé il y a six mois, cet article apporte sur le développement de la Chine dite communiste des révélations qui restaient inconnues en Occident.

Es victoires militaires staliniennes L en Chine ont amené certaines gens à penser que les pays arriérés constituent un sol fertile pour le développement du stalinisme. Cette façon de penser est empirique. Il est vrai que les pays coloniaux contiennent une majorité d'éléments petits-bourgeois et paysans, mais ce Tait ne suffit nullement à assurer des succès staliniens. La petite-bourgeoisie n'est pas isolée de la société. Malgré sa majorité numérique dans certains roye elle ne petl pas o- elle ne peut que du déclin capitaliste. Elle doit choisir sa place dans la lutte du prolétariat contre la bourgeoisie, aux côtés de l'un ou de l'autre. Le stalinisme chinois ne peut pas marcher à la victoire en s'appuyant seulement sur la pelite-bourgeoisie, incapable de résister à la pression capitaliste. Ceci est d'autant plus vrai quand il s'agit de situations dans lesquelles le prolétariat est écrasé et le

REFORME

La cause mondiale des succès militaires staliniens, c'est la réforme agraire d'octobre 1947. Pendant la guerre sino-japonaise, les staliniens abandonnèrent la réforme agraire et se bornèrent à une réduction du revenu des propriétaires fonciers. Après la guerre, le P. C. fut batlu par le Kuomintang dans la lutte pour le contrôle des régions libérées. Les dirigeants staliniens eux-mêmes ad26 mouvement paysan isolé. Ainsi l'insur rechigs, en anne ste, la pe dince surrection paysanne de la province te par le blocus capitaliste.

Le stalinisme a pu obtenir de grandes victoires en Chine parce qu'a côté de la prostration du prolétariat se produit une crise d'eltondrement du capitalisme. La guerre de 1937-45 a ébranlé les bases matérielles du pouvoir capitaliste. Les masses les plus larges, même celles qui normalement soutiennent la bourgeoisie, se retournaient contre celui-ci. Ainsi fut ouverte une bréche que le stalinisme essaie de combler, Mais les mêmes conditions historiques qui favorisent la croissance du stalinisme lui créent aussi des difficultés dès que ses armées s'approchent des grandes villes. Il s'agit aiors pour lui de s'allier, soit au prolétariat, soit aux capitalistes. Les faits prouvent que le stalinisme a choisi de s'allier à la bourgeoisie plutôt qu'au prolétariat. AGRAIRE mettent que les paysans n'étaient pas satisfaits de leur politique réformiste et exigeaient la terre. Dès le C. C. du 4 mai 1946, le P. C. décida de faire un tournant vers la réforme agraire, afin d'obtenir le soutien de la paysannerie dans sa guerre contre Tchang-Kai-Chek.

Les effets de cette réforme agraire dans les régions initialement tenues par les staliniens sont cependant li-

U A TRIE ME IN mités. Les propriétaires reçurent leur part dans la distribution des terres, et celte part fut souvent meilleure que celle qui revenait aux paysans. Les paysans riches gardèrent toute leur proprieté. Meme celte réforme Limitée se heurta à la résistance des propriétaires fonciers qui avaient pénétré dans les rangs du P. C. chinois. La Lettre Ouverte aux Membres du Parti de janvier 1948, publiée par le Comité Central des régions ShansiShangtung-Honan déclare : « Une section des membres de notre parti, composée de propriélaires fonciers et de gros paysans, protégeant la propriété de leurs familles et relations, est visée par les présentes directives du parti ». Et le stalinien Nieh-Yung-Jin, dans son ouvrage Rénovation de nos rangs, admet que « ces elements (proprietaires lon ciers et paysans riches occupent pour la plupart des positions dans notre parti, » Il déclare même que « considérée à la lumière de la réforme agraire, notre politique parait refléter les vues de propriétaires et de paysans riches. »

Ces documents décrivent par ailleurs, de façon fort concrèté, l'attilude de ces propriétaires membres du P principe adversaires de la réforme agraire mais, quand elle se produisit, ils s'efforcèrent de tirer de celle-ci le maximum d'avantages. Ils se conduisirent « invariablement de façon très égoïste », utilisant même la force armée pour s'emparer des meilleures parcelles, du maximum de bétail, d'outils, de maisons, de vêtements, etc... Ces éléments étaient déja devenus « un groupe s'opposant au peuple », s'opposant aux paysans pauvres et sans terre. Et le document deja cité du C. C. continue : « Les paysans pauvres et sans terre... sont aujourd'hui dans une situation plus mauvaise que jamais, car ils n'ont pas assez de terre à cultiver, pas assez de maisons à habiler, ni suffisamment de vêtements pour se couvrir. Même dans les comités de village ils n'ont pas le droit de parler, pour ne pas dire de prendre une place dirigeante dans leurs travaux... Jadis exploités par les propriétaires fonciers, les paysans pauvres et sans terre le sont aujourd'hui par mauvais membres du parti ».

Sous la pression de cette crise intérieure dans ses propres rangs et du tournant à gauche de la politique extérieure du Kremlin, le P. C. fit alors un nouveau tournant par la publica-

TERNATIONALE tion du « Programme de réforme agraire » du 10 octobre 1947. Cette fois-ci il fit appel aux masses pour achever la rélorme agraire. Mais le caractère limité de cette « orientation vers les masses » n'apparaît pas seulement dans le fait que la réforme agraire conserve la liberté de vente et d'achat des terres confisquées aux propriétaires fonciers -favorisant ainsi une nouvelle concentration des terres entre les mains des paysans riches - et qu'elle permet expressément le libre transfert de capitaux vers des entreprises commerciales ou industrielles. Il apparaît encore dans le fait que la réforme elle-même allait être rapidement arrêtée dans son ensemble.

La bureaucratie se trouva en effet effrayée par les vagues montantes de la lutte des masses. « Les masses combattent automatiquement les mauvais éléments parmi les membres du parti. Dans certains régions, des membres du parti furent arrêtés et battus par la masse », se plaint LuiShaw-Chi dans Les leçons de la réforme agraire au Pingshang. Dans un autre document important, le C. C. de la région Shansi-Hopei-Shangtung-Honan résume ainsi les conflits survenus entre les paysans et la ligne politique du P. C. : 1) Pour obtenir plus de terres, les paysans donnent de fausses indications sur l'étendue des terres des propriétaires fonciers. 2) Ils n'admettent pas que les propriétaires obtiennent après le partage plus de terres qu'eux-mêmes. 3) Ils veulent confisquer les usines et les entreprises des propriétaires el des paysans riches. Ils veulent confisquer les nouvelles propriétés des paysans riches. Ceci montre clairement le conflit entre les tendances révolutionnaires des masses qui veulent exproprier complètement les classes possédantes et la tendance bureaucratique et conservatrice P. C. qui, en pratique, protège les positions de ces classes. La bureaucratie accuse invariablement les masses d'être « trop à gauche » ou « d'aventurisme de gauche », afin de limiter leurs mouvements qui menacent à la fois sa propre ligne et ses alliés bourgeois. Élle se trouva bientôt obligée d'arrêter les actions de masse. Le 24 août 1948, la New Chi-

Agency (Agence de Presse de la Chine Nouvelle) fit lire à la radio un article du West Honan Daily News qui annonça officiellement : il faut arrêter la réforme agraire et se contenter de réduire la rente foncière,

OUATRIEME les impôts et les intérêts des usuriers.

Ainsi, la réforme agraire qui débuta le 4 mai 1946 dans les régions anciennement occupées par les staliniens, fut arretée en aout 1948 dans les régions nouvellement occupées.

Un document officiel du P. C. chinois du 22 février indique que dans les régions « anciennement et semianciennement libérées », la réforme réalisée d'après des normes différentes a abouti à constituer trois zones distinctes :

La première est celle dans laquelle seule une petite section de propriétaires et de paysans riches a acquis de plus grandes et de meilleures propriétés. Dans celte zone les paysans riches et moyens constitueraient de 50 à 80 % de la population villageoise et posséderaient en moyenne des terres d'une superficie double de celles qui sont entre les mains des paysans pauvres. La distribution des terres a été terminée dans cette zone, dit le C. C. du P. C. chinois.

Le seconde zone est celle dans laquelle les paysans riches et les anciens propriétaires ont conservé relativement plus de terres que dans la zone précédemment décrite. La plupart d'entre eux, dit le C. C. du P. C. conservent de plus grandes et de meilleures proprietes que les paysans pauvres, et la même chose s'applique à la plupart des membres du parli. Les paysans pauvres et sans terre constituent de 50 à 70 % de la population du village et « pour la plupart d'entre eux, la vie n'a pas beaucoup changé ». La distribution des terres s'y est réalisée mais de façon incomplète.

La brèche principale dans la réforme agraire est constituée par la politique dite « de protection de l'industrie et du commerce ». Elle permet le libre transfert des capitaux des paysans riches vers des entreprises industrielles et commerciales, même dans les petites villes et villages des régions libérées. Les usines et les mines qui furent jadis nationalisées dans les régions initialement occupées sont graduellement transférées à des capitalistes privés. Lui-Ning-I indique cela clairement dans son ouvrage : La Politique Industrielle dans les régions libérées où il écrit : « Le gouvernement dé28

Enfin, une troisième zone n'a point encore connu de distribution des terres, et les propriétaires fonciers et paysans riches y conservent la plus grande partie des terres, tandis que les paysans pauvres n'ont rien obtenu. Ceci, toujours selon les indications officielles du C. C. du P. C.' chinois.

Il apparaît de toute évidence que

« l'égoïsme » des propriétaires et des paysans riches, qu'ils soient membres du P. C. ou non, s'est donné de eé libre cours dans cetie réforme et que la plupart des éléments dont des terres ont été confisquées sont déjà en train de redevenir riches. Quant aux « paysans moyens » de la première zone dont parle le C. C., ils renferment beaucoup d'éléments

-exploiteurs, en fait des propriétaires fonciers.

Les soi-disant « régions anciennement et semi-anciennement libérées » constituent l'ensemble des territoires situés au nord du Hoang-Ho (Fleuve Jaune). La réforme agraire y a été et continue d y être appliquée de façon différenciée. Au sud du Fleuve Jaune, la réforme n'a pas été introduite. Nous rencontrons là à nouveau la politique typiquement stalinienne. Afin de pouvoir résister à la pression de la bourgeoisie, les staliniens sont forcés de s'appuyer sur les masses. Mais quand les soulèvements des masses risquent de provoquer des bouleversements sociaux, la bureaucratie stalinienne s'efforce de canaliser les actions de celles-ci, prend peur, fait un saut à droite, entame des pourparlers avec la bourgeoisie et ordonne un arrêt au mouvement populaire. sire renforcer les différents secteurs de l'industrie lourde et légère. Il faut pour cela mobiliser tout le peuple, y compris les grands capitalistes dans les régions libérées, en utilisant toute leur force et leur pleine coopération ».

Pour contribuer au développement industriel et commercial, le P. C. chinois a proclamé une politique d'impôt qui doit stimuler Pinitiative privée, au lieu de la politique d'impôt du Kuomintang qui écrasa l'entrepreneur. Mais cela ne permet nullement d'achever le miracle d'une constitution rapide d'une industrie lourde dans d'immenses régions agri-

POLITIQUE INDUSTRIELLE ET COMMERCIALE

POLITIQUE INDUSTRIELLE ET COMMERCIALE

QUATRIEME coles arriérées. Les entreprises commerciales et industrielles dans cette zone sont pour la plupart artisanales. Il existe à peine quelques elements d'outillage lourd. La composition organique du capital dans l'industrie est donc très basse. Or, la propagande du P . C. chinois indique que tâche principale dans le domaine de l'industrie et du commerce, c'est «de développer les forces productives, de réduire le coût de production », (ouvrage de Lui-Ning-I précité). Plus la composition organique est basse, et plus la part du capital variable, c'est-à-dire des salaires, dans la détermination du coût de production est grande. La politique industrielle et commerciale du P. C. chinois aboutit par conséquent en premier lieu à la réduction des salaires réels, a la prolongation de la journée de travail et à la surexploitation de la force de travail, par la méthode cruelle bien connue du travail aux pieces.

Le P. C. chinois a introduit ces méthodes d'exploitation dans toutes les régions libérées, Voici les faits réels concernant la « politique des salaires » tant vantée. Les documents du P. C. chinois parlent ouvertement de « salaires trop élevés », la journée de travail a été prolongée qu'à 10 et même 12 heures par jour. Ouant au système du travall aux pie-

TRANSFERT

Après avoir examiné les données économiques, passons maintenant à la situation politique. Avant la rétorme agraire dans les régions initialement occupées, le pouvoir avait déjà glissé entre les mains des paysans riches et des propriétaires, sans que les paysans pauvres ou sans terre aient eu leur mot à dire dans le parti ou disposent d'une organisation propre. Après avoir introduit la réforme agraire, le P. C. chinois commença à former des comités de paysans pauvres afin de mobiliser le soutien des masses pour sa politique. Ces comités unifiérent les pauvres à la campagne et accélérèrent la réalisation de la réforme agraire. Des comités de paysans pauvres résulta le Congrès des délégations paysannes. Au moment de leur constitution, les comités de paysans pauvres remplissaient déjà de véritables fonctions de soviets paysans : c'est eux qui confisquèrent les terres des propriétaices, il a non seulement été introduit, les staliniens l'ont encore justifié en théorie. Ils expliquent que « dans le système du paiement aux pièces, les ouvriers obtiennent des salaires plus élevés s'ils augmentent la production, ils augmenteront donc la production pour obtenir des salaires plus élevés : cette conception de rétribution de la main-d'œuvre est très raisonnable et progressive (Chang Per-La, La portique de la main-d œuvre et des impôts en vue du developpement industriel »)

Quand l'armée du P. C. chinois est entrée dans les grandes villes, elle a protégé toutes les entreprises privées, qu'elles soient chinoises étrangères. Seul l'ancien « capital bureaucratique » bremesses controles directeme ens enle gouvernement du Kuomintang, furent touchées ; et même s'il y avait des capitalistes privés ayant des actions dans ces « entreprises bureaucratiques », leurs parts furent laissées intactes. Ainsi, la politique stallnienne dans les villes prolonge la politique stalinienne à la campagne. Et de même que les staliniens, face à la pression de la bourgeoisie nationale, sacrifient les intérêts des ouvriers et des paysans pauvres, de même ils prendront des mesures du même ordre face à une pression de l'impérialisme. DU POUVOIR res fonciers et partagèrent les impôts et autres services imposes aux familles du village.

Les Congrès des délégations paysannes remplacèrent les comités de paysans pauvres par des comités de paysans, dans lesquels faisaient également partie les éléments cossus et exploiteurs. En fait, les documents du P. C. chinois se plaignent de ce que « certains de ces comités paysans ne comprennent même pas les paysans moyens enrichis ». Il faut savoir que le P. C. juge la nature sociale des différentes couches paysannes d'une façon qui n'est pas scientifique et considère souvent les paysans riches comme des « paysans moyens ». En outre, les membres du parti constituent toujours des éléments riches et même souvent des exploiteurs. Cela explique les plaintes continuelles de la bureaucratie concernant les paysans pauvres et sans terre « voulant toujours tout contrô-

Q u

INTERNATIONADE

A

R

I

E ler » ou « violant la propriété des paysans moyens enrichis ».

La bureaucratie insista particulierement sur le fait que, dès l'exécution de la réforme agraire, les comités de paysans pauvres devaient être dissous ; il ne devait subsister rien d'autre qu'une « commission de paysans pauvres » au sein des comités paysans. A leur tour, les comiles paysans ne furent établis que pour exercer certaines fonctions économiques; la bureaucratie fit tout son possible pour leur barrer la voie vers un pouvoir politique quelconque. Ce pouvoir devait passer du Congrès des délégations paysannes au Congrès de village des délégués du peuple qui devait créer l'autorité politique au village. Il est expressément dit que ce Congrès de village des déléqués du peuple doit « comporter la participation de toutes les classes démocratiques, y compris les ouvriers, les paysans, les artisans, les professions libres, les intellectuels, les entreprenew's et les propriétaires • fonciers éclairés » (Discours de Mao-Tse-Tung au Congrès du P. C. de la région Shansi-Shuiyun). C'est donc clairement une organisation du pouvoir basée sur la collaboration de classes qui remplace le pouvoir des paysans pauvres.

Les chefs de « l'armée de libération » ont fait preuve du même esprit conservateur et réactionnaire quand ils sont entrés dans les granles villes. Tâchant de se concilier pacifiquement des fractions de l'ancien gouvernement du Kuomintang, les bureaucrates staliniens considèrent comme modèle de transmission du pouvoir la « paix de Pékin ». Ils montrent ainsi à la bourgeoisie que ce qui leur importe, c'est seulement de gagner la collaboration de l'ancien Kuomintang bourgeois, et non pas celle de la classe ouvrière qui détruirait la structure étatique bourgeoise dans les villes. Le P. C. chinois a également maintenu dans les villes les forces de répression présentes, y compris l'odieux principe de la responsabilité collective (1). II a aboli le droit de grève et instauré l'arbitrage obligatoire. De même que le pouvoir des paysans pauvres fut défruit au profit de la collaboration de classe, de même les premiers eflorts des travailleurs pour créer une organisatien indépendante dans les

(1) Si la police ne trouve pas un " malfaiteur » elle peut arrêter comme otage un membre de sa famille. 30

" villes furent étouffés par la bureaucratie.

Dans la tradition du mouvement ouvrier, le syndicat est une organisation qui sert au prolétariat d'école de la lutte de classe. Les staliniens chinois ont changé cette formule.

Pour eux, le syndicat est devenu une

« école de production qui encourage les caractères productifs et positits » du prolétariat. Accomplir la fonction de défense des intérêts ouvriers c'est de « l'aventurisme gauchiste ».

Dans les entreprises privées, les capitalistes ont conservé un pouvoir de direction illimité. Dans les usines nationalisées —— l'ancien capital « bureaucratique » le pouvoir doit être placé entre les mains d'un comité de contrôle dont le président est le directeur de l'entreprise, et qui comprend les représentants des anciens propriétaires, les représentants du personnel de maîtrise et les représentants des travailleurs. Mais derniers n'ont que des droits consultatifs, le droit de décision restant en dernière instance au directeur. Le résultat de cette politique anti-ouvrière, c'est ce que le North East Daily News a dû récemment admetà savoir que « les membres du parti travaillant à l'entreprise manquent de compréhension en face du point de vue des masses, considèrent que le directeur doit prendre la responsabilite de toute décision importante sans demander l'opinion • du parti et du syndicat, et sont d'avis que le comité de contrôle est superflu et que les syndicats sont seulement des trouble-fête ». Et ce journal continue : « Il ne sera pas possible de maintenir plus longtemps l'attitude positive des travailleurs si nous ne les protégeons pas par des méthodes de direction démocratique. Dans les comités de contrôle il faut englober, outre le directeur, les ingénieurs et les représentants du personnel de maîtrise, une majorité d'ouvriers. Ces ouvriers doivent être élus par les syndicats ou par le Congrès de délégués ouvriers » (New China News Agency du 16 mars 49 transmettant, de Moukden, un article du North East Dallu News : « La démocratisation de la direction des entreprises est une mesure importante pour relever la production »).

Cette citation indique que les comités de contrôle dans les entreprises nationalisées ne sont même pas encore partout établis dans les vieilles régions initialement occupées par les staliniens. Là où ils existent, ce

QUATRIEME sont des organismes purement administratifs séparés de la classe ouvrière, devenus en fait des organes dietatoriaux aux ordres des directeurs.

Toute l'analyse précédente nous donne des indications importantes quant au caractère du soi-disant « pouvoir populaire » du P. C. chinois et à son développement uiterieur. Le passage des armées de la campagne aux villes industrielles a fait graduellement. passer le P. C. chinois d'un pouvoir régional instable avec une base agricole isolée, à un pouvoir aux fondations économiques citadines relativement stables. Cette transformation a été accompagnée du passage à la politique de collaboration de classe. Plus le P. C. chinois passe vers un pouvoir national, et plus il s'éloigne des ouvriers et paysans pauvres, et plus il est soumis à se pression de nd gour seo pouvoir sera « la dictature démocratique populaire dirigée par le prolétariat allié à la paysannerie ». Mais quand il explique quelles classes constituent la base de ce pouvoir, il dit franchement que le cadre• du pouvoir inclut « les ouvriers, les paysans, les artisans indépendants, - les professions libérales, les intellectuels, les capitalistes « libres » et les propriétaires fonciers « éclairés » qui se sont séparés de leur classe. » Nous,

Le développement du mouvement chinois aura de nombreux résultats importants:

1. - A ia campagne :

a) Dans les régions « anciennement et semi-anciennement libérées », alors que la rélorme agraire a été réalisée ou est en voie d'accomplissement, les nouveaux paysans riches et les propriétaires fonciers, parmi lesquels surtout les membres du parti ont gagné de nombreux privileges, constituent les éléments principaux dans les Congrès de village de délégués du peuple, alors que les comités paysans où ils ont également la première voix, sont subordonnés aux « gouvernements nontin lechelle du village.

TERNATIONALE Même quand ils sont également établis, les Congrès de délégués ouvriers ne sont que des organes consultatifs à côté des syndicats. marxistes, ne nous laisserons pas tromper par cette formule nous comprenons qu'elle n'est qu'un enjolivement du pouvoir bourgeois.

Aujourd'hui, quand les armées du P. C. chinois conquièrent les grandes villes, ce pouvoir est encore en voie de croissance et de transmission de la campagne à la ville. Les victoires du P. C. n'auraient pu être remportées sans le soutien armé de la paysannerie, produit d'un compromis entre ces armées et la bourgeoisie. Mais par l'attitude conservatrice du P. C. envers la classe ouvrière et la paysannerie pauvre et par sa peur des actions de masse, nous pouvons reconnaître que le P. C. est en marche vers la dictature militaire. Presque toutes les villes sont placées sous un contrôle militaire direct. Dans la mesure où la bureaucratie se débarrasse des organismes de masse, elle ne peut plus s'appuyer direclement que sur les armées, la police et les agents secrets. Bien sûr, ce processus est seulement en cours et loin d'être accompli. Il y a là une étape préliminaire d'un développement qu'on peut cependant déjà esquisser. Contre le pouvoir exercé par les membres locaux du parti et les paysans riches, produits de la nouvelle différenciation de classe, les eternelles victimes que sont les paysans pauvres, et sans terre, exprimeront leur mécontentement et leur indignation.

b) Dans les régions « nouvellement libérées », la réforme agraire a été arrêtée. Les anciens paysans riches et les propriétaires fonciers sont considérés comme les éléments principaux pour la formation du « gouvernement de coalition ». Les paysans pauvres el sans terre, n'ayant pu satisfaire leur besoins, continueront la lutte de classe comme auparavant, introduisant une

CARACTERE DU « POUVOIR POPULAIRE »

PERSPECTIVES DU STALINISME CHINOIS

CARACTERE DU « POUVOIR POPULAIRE »

PERSPECTIVES DU STALINISME CHINOIS

QUATRIE MB IN friction à l'intérieur même du mouvement stalinien.

2. - Dans les villes.

Ces différenciations et ces contradictions provoquent la formation de nombreuses tendances oppositionnelles dans le mouvement stalinien, mais celles-ci ont encore un caractère régional, isolé, individuel et le plus souvent paysan, et sont incapables de se constituer en formations politiques. Elles sont condamnées et écrasées dans l'œuf sous la désignation d' « aventurisme gauchiste et de « trotskysme ». Avec l'entrée des armées staliniennes dans les grandes villes, un nombre élevé d'ouvriers entrera dans le P. C. chinois mais la politique anti-ouvrière de la bureaucratie provoquera le mécontentement dans le prolétariat. La résistance de celui-ci accélérera la lutte de classe dans les rangs des staliniens eux-mêmes. Les éléments ouvriers éduqués dans le P. C. se réveilleront alors et constitueront des groupes politiques d'opposition. Ce sera le début de l'effondrement du stalinisme en Chine.

3. — Sur le plan national :

Le P. C. chinois marche vers le De coniabora la bae disse politique pouvoir sur la base d'une politique ra le pouvoir par le maintien de l'ancienne base sociale de la Chine et se trouvera face à face avec loutes les anciennes difficultés. Pour les résoudre, aussi bien sur le plan économique que sur le plan politique, la bureaucratie ne pourra pas

15 avril 1949. 32

TERNATIONAL K -se contenter de petites réformes partielles (comme le sacrifice du « capital bureaucratique » et d'une partie des intérêts des propriétaires fonciers). Elle ne recevra pas non plus une aide suffisante du Kremlin. La réputation du kremlın est déja faite dans l'esprit du peuple chinois: il ne fait que demander des services à la Chine sans rien lui rendre. La seule voie qui restera ouverte pour le P. C. chinois sera l'utilisation de la bourgeoisie nationale comme pont pour implorer l'aide de l'impérialisme. Tout en étant moins capable que Tito de résister à la pression impérialiste, Mao-Tse-Tun entrera encore plus vite que lui en conflit avec « l'internationalisme » (en fait: le nationalisme grand russe) de Staline.

La crise fatale vers laquelle évolue le stalinisme chinois se fera au profit de la section chinoise de la IV° Internationale. Elle créera en même temps une large et favorable base historique pour le développe-. ment des forces révolutionnaires du prolétariat et de la paysannerie, forces que seul le Parti Communiste Révolutionnaire arrivera à unifier. Sa tâche principale, c'est de lulter dès mainténant et à l'avenir, aux côtés des paysans pauvres et sans terre valle casans les villes, es de m- la campagne, aux client, la bureaucratie stalinienne. il périalisme, la bourgeoisie préparera toutes es comito sule préparera toutes les conditions pour champ de bataille que l'histoire est en train de lui préparer.

Une erreur sur cette page ?