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La revue › vol. 7, n° 1-2

L'impérialisme américain et la guerre

Quatrième Internationale, vol. 7, n° 1-2 · janvier-février 1949 · p. 1-5 · 2 408 mots

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Get la guerre L A victoire de Truman aux élections présidentielles fut acquise grâce au vote massif des ouvriers, effrayés par la perspective d'une victoire républicains et attirés par l'habile démagogie électorale du candidat démocrate secondé par la bureaucratie réformiste des syndicats.

Ce résultat inattendu exprime indiscutablement une première étape de radicalisation des masses laborieuses des Etats-Unis, radicalisation que la bourgeoisie a su maintenir dans le cadre du Parti Démocratique. La démagogie ouvrièriste, antiraciste, pacifiste de Truman a réussi à faire provisoirement échec aussi bien au Parti Progressiste de Wallace qu'au mouvement amorcé par les masses vers la création d'un véritable parti ouvrier. Un certain temps passera avant que les masses n'aient fait leur expérience de la nouvelle présidence de Truman, de ses promesses électorales et de sa politique de « Fair Deal » et de * prospérité dirigée ».

Mais cela n'empêche pas que, pour la première fois dans l'histoire des Etats-Unis, le prolétariat a su marquer, de son poids comme classe, les élections présidentielles et, par elles, toute la vie politique des Etats-Unis. en résultera une maturation politique du prolétariat plus vive, progressant par bonds, qui acquerra une ampleur jusqu'alors inconnue, dès que l'évolution de la situation intérieure et extérieure rendra évident le caractère fallacieux des promesses de Truman, et donnera la preuve tangible que sa politique continue à être celle des grands monopoleurs de Wall Street.

Des précisions sur cette politique ont déjà été données. Truman entend poursuivre une politique qui s'efforcera d'éviter que l'impérialisme américain ne soit pris bientôt à la gorge par une nouvelle dépression, avec toutes ses conséquences catastrophiques nationalement et internationalement. « Fair Deal » et « prospérité dirigée » annoncés dans les deux messages présidentiels sur la politique intérieure et extérieure, sont les mesures que le grand capital américain croit pouvoir opposer à la menace d'une nouvelle crise économique, dont les signes avant-coureurs l'inquiètent de plus en plus.

Des trois composantes du marché (intérieur, extérieur, économie de guerre) absorbant la production américaine qui a atteint en 1948 un nouveau record dans le boom d'après-guerre, la première et la deuxième ont montré des signes préliminaires de saturation.

Le marché intérieur, qui absorbe normalement 90 % de toute la production américaine, révéla en 1948 une série de phénomènes caractéristiques d'un état proche de la saturation : non développement de nouvelles entreprises, faillites plus nombreuses et plus importantes que dans les années passées, déclin des ventes au détail, commencé avant même la période des fêtes de Noël.

Sur le marché extérieur, malgré le plan Marshall et les dépenses accrues de l'Etat, les exportations ont fléchi considérablement, subissant le contrecoup du « relèvement » des concurrents européens, anglais et belges en particulier, et de la tendance de tous les pays du Plan Marshall à restreindre leurs importations de l'Amérique afin de diminuer leur déficit en dollars. Ainsi, le rapport annuel du Conseil des exportations américaines constate une diminution de 25% des exportations au profit des producteurs européens, tandis que le Canada augmentait de 57 % ses importations européennes et diminuait de 20 % environ celles de provenance américaine.

Truman promet de réagir contre cette tendance à la diminution des exportations en élargissant le Pian Européen de Relèvement à un Plan mondial de Relèvement, en pompant les capitaux et les marchandises excédentaires dans les territoires vierges des pays arriérés, de l'Extrême-Orient, de l'Amérique Latine, de l'Afrique Noire.

Mais l'effort principal sera porté comme par le passé, vers le secteur de l'économie de guerre, le seul qui garantisse une expansion plus ample avec des profits assurés.

L'amplification de l'économie de guerre aux Etats-Unis, dont l'Etat devient le principal client, est le trait le plus caractéristique de l'évolution de l'économie américaine, colui qui est le plus lourd de conséquences pour l'avenir de la Révolution mondiale et de l'humanité tout entière.

Il suffit d'examiner le budget présenté pour 1949 et de le comparer d'une part à celui de 1948 et d'autre part à celui de 1950, pour réaliser l'extension gigantesque de ce secteur et la véritable portée de la politique que mène Truman sous le couvert de la phraséologie néo-rooseveltienne, humanitaire, libératrice, pacifiste, du « Fair Deal » et de la « prospérité

(Millions 1948 Défense nationale 10.923 Anciens Combattants 6.597 Affaires Internationales 4.782 Intérêts de la dette 5.188 Logement, Sécurité, etc... 2.010 Autres dépenses 4.708

39.791

1949

11.745

6.799

7.218

5.325

2.397

6,696

40.180

1950

14.267

5.495

6.709

5.450

3.160

6.776

41.857 dirigée ».

de Dollars)

Les quatre premiers chapitres de chaque colonne représentent les dépenses consacrées à la liquidation des guerres passées et à la préparation de la nouvelle. Les dépenses de la « défense nationale » à elles seules s'élèveront: en 1948 à plus du quart du budget total, et en 1950, à plus du tiers. Et, tandis que pour tout le programme promis de « Faire Deal » (construction d'habitations, santé, etc.), le budget de 1949 s'élève à la somme de 600 millions de dollars environ, la production d'armements atomiques, à elle seule, absorbera 740 millions.

Ces chiffres, auxquels il faut ajouter un programme d'augmentation de la production d'acier à 110 millions de tonnes par an (contre quelque 20 millions de tonnes produites par l'U.R.S.S.) donnent toute la mesure de la politique réelle de Truman et des monopoleurs qui le contrôlent.

Effrayé par le spectre d'une dépression prochaine, l'impérialisme américain qui ne veut pas cette fois est pris à l'improviste s'engage, dès maintenant, résolument dans une politique semblable à celle qui a conduit inexorablement le régime hitlérien à la guerre. Comprendre que le fonctionnement du régime capitaliste, à l'époque impérialiste, comporte des contradictions internes que le capitalisme à ce stade ne peut résoudre que par le développement d'une économie de guerre et, en définitive, par la guerre elle-même, signifie rejeter toutes les balivernes, celles des réformistes et des centristes qui mettent sur le même pied, en ce qui concerne la préparation de la guerre, l'impérialisme et la bureaucratie soviétique et qui veulent conjurer la menace de guerre par des croisades pacifistes à la Garry Davis, et celles des staliniens qui persistent à désarmer les masses par des bavardages sur la possibilité « d'une coexistence pacifique de l'U. R. S. S. et de l'impérialisme », sur le désarmement des peuples, sur l'O.N.U.

La guerre éclatera, si la révolution socialiste mondiale ne se produit pas auparavant, parce que le régime capitaliste n'a organiquement pas d'autre issue que de déverser les forces productives pléthoriques qu'il engendre et qu'il ne peut contenir dans les cadres nationaux, sur le terrain des armements et de la guerre.

Les « théoriciens » qui mettent un signe d'égalité entre l'impérialisme capitaliste et « l'impérialisme de I'U.R.S.S. » devraient prouver que l'économie de guerre et l'expansion par la guerre sont organiquement liées, dans le cas de FU. R. S. S. aux nécessités du fonctionnement économique : ils devraient prouver l'identité du fonctionnement économique des deux systèmes.

La tendance à l'amplification de l'économie de guerre, et à la préparation de celle-ci n'est pas seulement caractéristique de l'impérialisme yankee, elle l'est aussi de toutes les autres grandes puissances capitalistes, qui prennent une assurance contre les dangers d'une dépression prochaine probable, en développant le secteur militaire de leur économie. L'Angleterre porte la partie de son budget consacré à la « défense nationale », de 692 millions de livres en 1948 à 740 en 1949 : la France, de 300 millions de livres en 1948 à 340 ; la Belgique, de 25,1 millions à 29,3; la Hollande de 69 millions à 75. Ainsi les quatre principaux signataires du Pacte militaire de Bruxelles dépenseront en armements pour la seule année 1949 environ 878 millions de livres sterling (somme largement supérieure au total de l'aide Marshall prévue pour la même année aux 19 pays européens).

Cette tendance de l'économie capitaliste d'après-guerre, est, naturellement peu propice à la restauration d'un équilibre et d'un fonctionnement nor-

Pour les Etats-Unis, elle comporte le danger d'une inflation accrue déréglant constamment le cours normal de leur économie, et des implications ayant de plus en plus un caractère militaire dans leurs plans de « relèvement économique » des pays de l'Europe et du monde. Ceux-ci, d'autre part, en grevant leur économie anémiée et déficitaire de charges militaires écrasantes, éloignent encore plus le jour où elle pourra se développer et accentuent leur dépendance envers l'économie américaine.

Cette constatation a été déjà faite par les intéressés eux-mêmes : dans le rapport préparé par l'organisation de la coopération économique européenne des 19 nations du Plan Marshall, ils ont reconnu, après un an d'expérience de ce Plan, une série de points qui éclairent leur situation et ses perspectives, à savoir :

a) la crise dont souffre l'économie capitaliste de l'Europe, n'est pas un phénomène temporaire causé par un déséquilibre provisoire dû à la guerre, mais un phénomène durable qui a ses racines dans les changements structurels de l'économie mondiale depuis déjà un demi-siècle :

b) la restauration de l'économie capitaliste européenne, envisagée initialement pour 1952, ne sera pas atteinte (même dans le plus favorable des cas) : il y aura à nouveau un déficit en dollars (3 milliards environ) et l'aide améri caine par conséquent devrait être prolongée :

c) l'effort de redressement ne peut réussir même sur ce plan partiel, si la coopération économique entre les bénéficiaires de l'aide américaine ne devient pas effective, et si la coupure entre l'Ouest et l'Est de l'Europe se maintient.

Yes Conclusions du rapport suggèrent quelques remarques, Il est éviden ue le déficit en dollars prévu dans la balance des comptes de l'Europe cap taliste pour la fin de 1952 serait beaucoup moindre et même totalement éliminé, si sur cos nations ne pesait pas le poids écrasant des budgets militaires et des préparatifs d'une nouvelle guerre. D'autre part, la coopération économique nécessaire à la réussite même partielle du plan de redressement de l'Europe capitaliste est constamment minée par les contradictions internes du système, par les rivalités entre les bénéficiaires de l'aide américaine, par le fait que le relèvement économique de chaque pays capitaliste comporte en même temps une recrudescence de la concurrence pour les marchés disponibles. On a vu apparaître ces contradictions lors des discussions qui eurent lieu, au Conseil de l'organisation de la Coopération Economique Européenne, entre les représentants anglais, français, ceux du Benelux, et les Américains de la bizone, au sujet de la coordination des plans nationaux élaborés par chacun de ces pays, et dans les discussions qui se poursuivent au sujet de « l'Union Européenne ».

Le redressement véritable de l'économie européenne, prise comme un tout, et son développement harmonieux présupposent une planification économique tenant compte des ressources humaines, naturelles et techniques, indépendemment des intérêts liés à la structure nationale et capitaliste actuelle. Par conséquent en ce qui concerne la paix et les plans de redressement économique, d'unification de l'Europe, etc... IL FAUT ELABORER UNE POLITIQUE QUI PARTE DE LA REALITE DU REGIME CAPITALISTE, REALITE QUI ORGANIQUEMENT S'OPPOSE A DE TELLES ENTREPRISES.

Sous le couvert d'une série d'institutions, d'idées et de mouvements, qui ont surgi au lendemain de la liquidation de la dernière guerre, l'O. N. U., le « Parlement » et le « gouvernement » Européen et Mondial, les Etats-Unis d'Europe, les mouvements pour la Paix (à la Garry Davis par exemple) et pour 4 une Europe Unie, les Congrès pour la Paix, une double opération se poursuit : le grand capital y trouve des moyens de masquer sa véritable politique et attire l'attention des masses sur autre chose ; on perpétue chez celles-ci la confusion en ce qui concerne les forces réelles qui mènent le monde d'aujourd'hui, on gaspille leur énergie révolutionnaire à tout autre chose qu'à l'attaque directe de la racine du mal.

Que les capitalistes et la presse, les politiciens, les journalistes, les écrivains, les prêtres à leur solde agissent ainsi, rien d'étonnant. Bien entendu, dans le cas des mouvements pour la paix comme dans celui des mouvements pour une Europe unie ou un « gouvernement mondial », il y a dans les masses qu'ils entrainent un réel désir progressif que les révolutionnaires ne peuvent ignorer. Ce qui est beaucoup plus grave, c'est la confusion entretenue dans les masses travailleuses par les réformistes, les centristes et les staliniens, et la politique opportuniste qu'ils pratiquent au sein du mouvement ouvrier.

L'échéance de la guerre est-elle donc pour demain ? Certainement pas.

Le monde capitaliste, avec l'impérialisme américain à sa tête, avance vers cette issue, s'y prépare, mais il lui reste un long chemin avant qu'il puisse la franchir. Des alliances militaires se nouent et s'élargissent [pacte des Cing, pacte Atlantique), l'Europe occidentale s'organise, la course aux armements s'intensifie, les bases stratégiques s'aménagent et se multiplient de par le monde, la préparation idéologique se renforce, MAIS LE RAPPORT DES FOR CES SUR LE TERRAIN SOCIAL reste défavorable à l'entreprise.

Nulle part l'impérialisme n'est encore parvenu à briser la résistance des masses, à les démoraliser, à établir des régimes tant soit peu stables. Aux EtatsUnis même, les monopoleurs doivent tenir compte de l'état d'esprit des masses qui se manifesta avec un tel éclat lors des élections présidentielles. Le véritable front de la paix, celui qui fait effectivement échec à la guerre, c'est celui de la lutte actuelle du prolétariat métropolitain et des masses coloniales, en France, en Italie, en Allemagne, en Grèce, en Chine, au Japon, au Vietnam, en Indonésie.

Harcelé de partout par de nouveaux sursauts des masses opprimées, l'impérialisme est obligé de reconsidérer ses plans de guerre, il perd confiance, il voit s'accentuer dans son sein les contradictions, les hésitations, les désaccords.

Aurons-nous la Paix, aurons-nous la guerre ? SEULE LA LUTTE DECIDERA EN DEFINITIVE : mais une lutte qui doit être coordonnée et menée à l'échelle internationale pour des objectifs de classe clairs, capables d'ouvrir véritablement la voie vers la Révolution Socialiste Mondiale, est le seul moyen d'éviter en définitive la guerre. LUTTER POUR LA PAIX, CONTRE LA GUERRE, SIGNIFIE LUTTER CONTRE LE CAPITALISME ET L'IMPERIALISME DANS LA VIE QUOTIDIENNE, EN ECLAIRANT LES LUTTES PARTIELLES ENGAGEES CHAQUE JOUR ET DANS CHAQUE PAYS, A PARTIR DES REVENDICATION LES PLUS MINIMES DES MASSES, SOUS UN ANGLE UNIQUE, CE. LUI DE LA REVOLUTION SOCIALISTE MONDIALE.

Cette tâche ne peut être accomplie ni par les réformistes liés à la bourgeoisie ni par les staliniens liés à la bureaucratie soviétique, ni par les centristes oscillants indécis et confus, entre les deux camps.

CE ROLE INCOMBE A LA NOUVELLE DIRECTION REVOLUTIONNAIRE QUE LA IV° INTERNATIONALE S'EFFORCE DE FAIRE SURGIR ET DE GROSSIR A TRAVERS LES LUTTES QUOTIDIENNES DES MASSES.

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