Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

La revue › vol. 6, n° 3-4-5

Le Deuxième Congrès Mondial de la IVe Internationale

Quatrième Internationale, vol. 6, n° 3-4-5 · mars-mai 1948 · p. 1-4 · 1 470 mots

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Paris. Deux ans après la Conférence Internationale d'avril 1946, les délégués de 22 organisations de la IV° Internationale, venus de tous les continents se sont réunis pour discuter des problèmes du mouvement ouvrier révolutionnaire et pour élaborer en commun la ligne de la IV• Internationale dans l'avenir immédiat. Il y avait là, pour la première fois depuis la naissance du mouvement trotskyste international, les représentants d'un véritable mouvement mondial, construit et développé dans une lutte acharnée et constante contre des forces adverses et les courants les plus puissants, sur la base d'une communauté d'idées politiques fondamentales, d'un programme commun.

Ce programme est celui qui actualise la pensée du marxisme révolutionnaire à notre époque. Les délégués au Deuxième Congrès Mondial de la IV• Internationale n'ont pas manqué de saluer le fait qu'ils se réunissaient au centième anniversaire du MANIFESTE COMMUNISTE, première déclaration programmatique du marxisme révolutionnaire et du mouvement ouvrier mondial qu'il inspira.

Le bilan de cent années de luttes du prolétariat mondial et des peuples coloniaux pour s'émanciper du joug de l'exploitation et de l'oppression capitaliste, et pour faire passer l'humanité tout entière du stade de sa préhistoire barbare à celui de la civilisation socialiste, apparait à certains, à l'heure actuelle, plutôt pauvre et douteux. L'agonie du capitalisme se prolonge, broyant l'humanité entre les crises économiques, les guerres, les régimes dictatoriaux et fascistes, expressions de la décomposition totalitaire dévastatrice de la société contemporaine. La situation est encore plus assombrie par la dégénérescence monstrueuse de l'U. R. S. S. sous le règne de la bureaucratie soviétique, qui a défiguré le socialisme et doublé la barbarie capitaliste d'un phénomène qui, quoique différent dans ses origines historiques et dans son essence sociale, n'en reste pas moins symétrique.

Trois ans à peine après la fin de la deuxième guerre impérialiste qui a ravagé la planète et a poussé au paroxysme toutes les contradictions du régime capitaliste, l'humanité se trouve à nouveau devant une chaîne de calamités inhérentes à la nature de ce régime aussi longtemps qu'il subsistera : perpectives d'une nouvelle crise économique mondiale, menaces dictatoriales et fascistes, troisième guerre mondiale atomique.

Les délégués au Deuxième Congrès Mondial de la IVe Internationale ont eu très âprement conscience de ces dangers. Ils ont constaté qu'ayant bénéficié du fait que le mouvement ouvrier, trahi par les réformistes et par les staliniens, durant la guerre et au lendemain de celle-ci, n'a pas encore pu renverser le régime du capitalisme ni celui de la bureaucratie soviétique, la bourgeoisie mondiale, avec à sa tête l'impérialisme américain, se livre actuellement à une offensive économique et politique générale contre le niveau de vie et contre les libertés du prolétariat et des peuples coloniaux. Pour cette raison, ils ont cru nécessaire de lancer un vibrant appel à tous les exploités les invitant à souder leur front de classe contre l'offensive du capital.

Ceci constitue la tâche principale immédiate. Mais la classe ouvrière en réalité ne peut remporter aucun succès véritable en restant sur la défensive et en ne poussant pas la lutte jusqu'à ses conséquences ultimes, la prise du pouvoir et le renversement du capitalisme.

Les contradictions internes de celui-ci, les nécessités économiques de son fonctionnement le poussent inexorablement vers l'instauration de nouvelles dictatures bonapartistes et fascistes à travers le monde et vers une nouvelle guerre atomique. La menace réactionnaire se précise en France et en Italie, aux Etats-Unis, dans les pays de l'Amérique Latine et jusqu'aux indes qui viennent à peine d'obtenir un gouvernement « national » de la bourgeoisie indigène.

Les préparatifs de guerre acquièrent aux Etats-Unis et ailleurs une importance de plus en plus grande, le capitalisme s'efforçant d'ajourner la crise économique menaçante et de survivre avant tout par le développement de son économie de guerre.

C'est pour cette raison que l'appel du Congrès Mondial incorpore la nécessité immédiate du Front unique des opprimés dans la perspective plus générale de la préparation de la solution révolutionnaire afin d'éviter à nouveau le fascisme et la guerre.

Sous quelle direction cette solution peut-elle aboutir ? La bureaucratie soviétique, qui se développa, au sein de la société établie par la Révolution d'Octobre, comme une caste privilégiée incontrôlable, absolutiste, ne songe qu'à assurer et qu'à augmenter ses privilèges aux dépens des masses en U. R. S. S. même et dans tous les pays qu'elle contrôle. Ayant établi à cette fin en U. R. S. S. un régime politique bureaucratique et autoritaire, inconnu jusqu'alors dans l'histoire, elle défigure nécessairement le socialisme à l'extérieur, par des procédés bureaucratiques, policiers, barbares, qui repoussent les masses vers la passivité ou vers la réaction.

Dans le monde, les partis staliniens, instruments fidèles au service exclusif des intérêts de la bureaucratie soviétique dans ses rapports avec l'impérialisme, après avoir déconcerté et désorienté les masses par leur politique d' « union nationale » avec les bourgeoisies « démocratiques » se montrent maintenant incapables de rassembler ces masses dans un front commun contre l'offensive du capital et de la réaction, même quand ils s'efforcent d'utiliser la mobilisation effective des masses, (comme c'est actuellement le cas après le « tournant » décidé par le Kominform de Belgrade) non pour renverser universellement le capitalisme, mais pour faire pression sur l'impérialisme en vue d'un compromis avec le Kremlin. La direction stalinienne est historiquement condamnée et ne peut préparer, dans la mesure où elle conservera son con- trôle sur les grandes masses, que de nouvelles défaites et de nouveaux déde nouveaux dé sastres. C'est pour cette raison que les délégués au Deuxième Congrès Mondial de la IVe Internationale appellent les travailleurs et les exploités du monde entier à approfondir le sens de la crise de l'humanité, qui est la crise de la direction révolutionnaire du mouvement ouvrier, et à construire la nouvelle direction sous le drapeau de la IV° Internationale. Mais le Congrès Mondial ne fut pas seulement la prise de conscience par une assemblée de militants révolutionnaires qui conservent, dans le mouvement désorienté, la flamme de la pensée marxiste révolutionnaire, de la réalité actuelle, de ses problèmes et de ses perspectives. Il fut en plus l'expression de la détermination inébranlable de notre mouvement de persévérer dans son intégration organique, de plus en plus profonde dans les masses en lutte, et de sa confiance illimitée que la décision ultime, à travers une expérience sanglante, dramatique, longue surtout quand on la mesure à l'échelle d'une vie humaine, et grandiose quand. on la voit dans le miroir de l'Histoire, appartient à ces masses qui préparent l'avenir socialiste de l'humanité. La force de la IV• Internationale est celle de l'action révolutionnaire des masses parce que, comme Marx l'avait gravé il y a cent ans dans les pages immortelles du MANIFESTE COMMUNISTE, les communistes n'ont point d'intérêts qui les séparent de l'ensemble du prolétariat et ne se distinguent que par l'intelligence claire des conditions, de la marche et des fins générales du mouvement. La IV• Internationale est le mouvement communiste conscient de nos jours. Son programme exprime les intérêts immédiats et historiques du prolétariat. Que les masses, aidées par leur expérience décisifs qui ne manqueront pas de marquer les années qui viennent commenau cours des événements cent à se libérer de l'emprise des vieilles directions et elles reconnaîtront dans le mouvement de la IVe Internationale leur propre conscience élevée au niveau de leur mission historique. Le Congrès Mondial rejeta avec mépris les lamentations, les jérémiades, les doutes des désabusés, des sceptiques, des critiques petits bourgeois de tent comme une défiguration « nécessaire » de remplacer la révolution socialiste, qui ne peut être que l'œuvre consciente des masses démocratique;ment organisées en classe dominante, par la caricature totalitaire du stalinisme. La IV• Internationale fait totalement siennes les luttes des prolétaires, des peuples coloniaux, des exploités de tous les pays qui aspirent profondément à s'arracher d'un monde en décomposition et gouverné par deux forces historiquement. réactionnaires, l'impérialisme et la bureaucratie soviétique, et à jeten les bases d'une société humaine, égalitaire et libre, rendue possible pour la première fois dans l'histoire grâce aux prodigieuses conquêfes de l'homme sur la nature. La foi de la IVe Internationale dans son avenir, c'est la foi dans l'avenir victorieux du mouvement ouvrier révolutionnaire et du socialisme. Comme le constate le Manifeste que le Deuxième Congrès de la IVe Internationale adresse aux exploités du monde entier : « Aujourd'hui le bolchevisme vit à nouveau sur les cinq continents, ses idées se répandent, ses organisations se renforcent. « Ayant survécu à la terreur de Staline et à celle d'Hitler, la IV° Inter- nationale est sûre de son avenir, car en elle vivent tout le marxisme de notre époque et toute l'indomptable volonté émancipatrice du prolétariat mondial.

« A l'échelle d'une vie humaine, ses progrès peuvent sembler lents. A l'échelle de l'Histoire, sa victoire est déjà certaine. »

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