A diplomatie « atomique » de l'impérialisme yankee, qui se poursuit depuis le printemps de 1946, a battu de nouveaux records. Le discours de Truman du 12 mars, au Congrès, et l'attitude de Marshall à la Conférence de Moscou ont mis en évidence la détermination ferme de Washington de pousser encore plus loin le recul de Moscou, commencé en novembre 1946.
Truman a prononcé son appel réclamant une intervention active en Grèce et en Turquie, au moment où l'impérialisme britannique paraissait fléchir, et au lendemain du discours de Gromyko au Conseil de sécurité, le 8 mars, qui semblait barrer définitivement la route à tout contrôle international de l'énergie atomique.
Durant le mois de février et les premiers jours de mars précédant le discours de Truman, l'Angleterre a traversé une crise grave paralysant son économie, tandis qu'elle reculait d'une série de positions impériales importantes.
Le 20 février, Attlee annonçait que les troupes britanniques quitteraient les Indes vers juin 1948 ; le 25 février, Bevin proposait de soumettre la question palestinienne aux Nations Unies ; le 28 février, Londres faisait part de son impossibilité de maintenir plus longtemps ses troupes en Grèce.
En réalité, la crise économique intérieure et le recul sur le plan impérial de l'impérialisme britannique étaient des expressions de son affaiblissement général profondément transformé par la deuxième guerre impérialiste, la « Pax britanet de son impossibilité organique de maintenir plus longtemps, dans un monde
Truman a trouvé dans la défaillance britannique un bon prétexte pour dramatiser la situation dans le Moyen-Orient, qui risquait de tomber sous Pinfluence de Moscou, et pour justifier ses propositions brutales d'intervention économique et militaire en Grèce et en Turquie. En réalité, cependant, explique Walter Lipp mann, avec une franchise cynique, toute caractéristique du nouveau genre de diplomatie qu'inaugure, au lendemain de la deuxième guerre mondiale, l'impérialisme yankee: « Nous avons choisi la Turquie et la Grèce non parce qu'elles ont spécialement besoin d'assistance, non parce qu'elles constituent des exemples éminents de démocratie et des « quatre libertés », mais parce qu'elles voie d'accès stratégique vers la mer Noire et vers le cœur de l'Union soviétique. En manifestant notre puissance sur le point où l'Union soviétique est le plus vulnérable, notre intention est de relâcher la pression qui s'exerce autour de toute la région frontière de l'Eurasie et de desserrer la mainmise soviétique sur le continent européen. En prenant des mesures assurant notre capacité d'accès à la mer Noire, non seulement nous acquerrons la certitude que les Soviets n'auront pas accès à la Méditerranée, mais que nous pourrons également négocier efficacement avec eux le retrait de leurs troupes d'Europe » (« New York Herald Tri. bune » du 6 avril 1947).
INTERNATIONAL H Q UATRIEME
Le même journaliste explique ailleurs (« New York Herald Tribune » du 5 avril 1947) que le choix de la Turquie et de la Grèce a été conditionné par cette considération stratégique : contrebalancer la supériorité militaire terrestre de l'Union soviétique par la supériorité navale et aérienne, en s'approchant le plus possible des centres vitaux de l'Union soviétique dans la mer Noire, le Caucase et l'Ukraine.
Parallèlement à cette pression d'ordre politique et militaire, Marshall, à Moscou, opposa, dès le début de la Conférence, un veto catégorique à la revendication soviétique relative à la continuation du règlement des réparations dues par l'Allemagne à. l'U. R. S. S. au moyen de prélèvements sur la production courante allemande.
Le Kremlin, comme il était déjà prévu, a confirmé de nouveau, durant la durant la la pression des difficultés grandissantes que rencontrent la reconstruction et Conférence de Moscou, sa nouvelle politique envers l'économie allemande. Sous l'accomplissement du nouveau Plan quinquennal en U. R. S. S., la pensée de la bureaucratie soviétique a parcouru un long chemin depuis l'accord de Potsdam qui préconisait la désindustrialisation poussée de l'Allemagne et sa transformation • en un pays agricole.
Devant le danger de voir bientôt se tarir la source des réparations allemandes, le Kremlin soutient actuellement la thèse d'un relèvement substantiel du niveau de l'économie allemande (10 à 12 millions de tonnes d'acier contre les 3,5 milions préconisés par Potsdam) capable d'assurer aussi bien les besoins du pays que les réparations prélevées sur la production courante, dues aux pays « alliés » et plus spécialement à l'U.R.S.S.
Américains et Anglais se sont opposés à Moscou à cette thèse sous le prétexte que l'Allemagne doit avant tout subvenir à ses propres besoins sans qu'elle se renforce en même temps démesurément et redevienne « redoutable ».
En réalité, les uns et les autres veulent maintenir d'une part leur pression économique sur l'U.R.S.S. qui traverse une période économique difficile et d'autre part le statu quo actuel de l'Allemagne, divisée en quatre zones, qui empêche la contrôle absolu. La tendance générale de la politique de l'impérialisme yankee se Etat unifié allemand pouvant éventuellement échapper à leur développe dans la direction d'un isolement progressif de l'U.R.S.S., aussi bien en Asie qu'en Europe, sous la pression combinée des moyens économiques, poli. tiques et militaires. Les-raisons de cette politique ne sont pas idéologiques, mais résident avant tout dans la nature et les besoins de l'Impérialisme yankee.
Le développement pléthorique du capitalisme monopoleur yankee détermine une tendance expansionniste sans limites qui cherche à se réaliser dans toutes les directions : ouverture de nouveaux marchés pour les marchandises, les capitaux et la production d'armements qui occupe une place de plus en plus importante dans le système économique américain.
Cette tendance expansionniste revêt d'autre part, dans sa réalisation, les formes les plus diverses, où la fonction économique prépondérante se cache ou se combine avec l'action politique et militaire. En Chine, l'écoulement des marchandises américaines et le placement des capitaux se combinent avec l'aide financière et militaire au gouvernement de Tchang-Kaï-Chek qui a permis de mettre sur pied l'armée qui mène actuellement campagne contre le Yenan. Même situation en Iran, en Grèce et en Turquie, où la pénétration économique normale, sous forme de marchandises et de capitaux, va de pair avec l'assistance financière et militaire des gouvernements réactionnaires de ces pays.
La lutte contre l'U.R.S.S. et le « communisme » couvre en réalité l'expansion impérialiste de Washington, sur une échelle jamais égalée dans le passé par aucun impérialisme et au détriment de tous les autres pays capitalistes, en commençant par lAngleterre, qui, en acceptant l'aide américaine, se voient obligés d'aliéner en même temps une partie de leur indépendance économique et d'hypothéguer leur avenir. Si maintenant, sur le plan des relations internationales, l'expansion impérialiste des Etats-Unis prend l'aspect d'un antagonisme U.R.S.S.- Etats-Unis, ceci est dû principalement au fait que l'U.R.S.S., par elle-même et par le contrôle qu'elle exerce sur une partie du monde, tant en Asie qu'en Europe, bloque un secteur important du marché mondial convoité par les Etats-Unis.
Pendant un certain temps, la bureaucratie soviétique semblait croire qu'avec quelques concessions dans le Pacifique et en Extrême-Orient, elle pourrait endiguer momentanément l'expansionnisme américain et arriver avec lui à un compro2 miş en Europe, qui lui permettrait de gagner du temps et de faire face à la situation intérieure de l'U.R.S.S. Calcul chimérique! L'impérialisme yankee entend être présent aussi bien en Asie qu'en Europe et il ne se montre aucunement disposé à accorder un répit à la bureaucratie soviétique au moment où cette dernière se trouve aux prises avec des difficultés croissantes en U.R.S.S. même et dans le glacis. Au contraire, Washington renforce actuellement sa pression précisément parce qu'elle veut profiter des difficultés intérieures de l'U.R.S.S. et de sa zone d'influence pour accélérer le fléchissement de la résistance du Kremlin.
Les forces réactionnaires du monde entier se regroupent et se mobilisent sous l'instigation de l'impérialisme yankee, du Japon à la Turquie et de la Grèce à la Finlande. L'une après l'autre, les bourgeoisies décrépites des pays capitalistes, ruinés ou affaiblis par la guerre, en quête d'un emprunt de blé ou de charbon américain, entrent dans le sillage de Washington et occupent leurs places de pions sur l'échiquier de son jeu international. Les quelques pays de l'Europe occidentale où les partis staliniens gardent encore une force capable de contre. carrer une orientation antisoviétique ferme de leur bourgeoisie, parmi lesquels en premier lieu la France et l'Italie, sont actuellement le théâtre d'une forte pression de la part de l'impérialisme yankee pour les arracher à une apparence de neutralité et les attirer dans son orbite. Face à cette situation, la politique stalinienne se développe dans une direction qui mène. comme dans le passé, droit , la démoralisation complète des masses et à la défaite
Tandis qu'en U.R.S.S. •même le régime stalinien est en proie à des difficultés économiques et sociales grandissantes, qui préparent inévitablement les explosions révolutionnaires de demain contre le corsetage bureaucratique et policier dans lequel le stalinisme a enfermé la vie soviétique, les partis staliniens des pays capitalistes, désorientés, rongés par l'opportunisme le plus vulgaire, poursuivent une politique au jour le jour et sans perspective. Des millions d'hommes, durant et au lendemain de la guerre, ont rejoint ces partis dans l'espoir de les voir mener le combat pour la révolution socialiste. En réponse, les partis staliniens ont appele les masses à acclamer les noms de Churchill, de Roosevelt, de Truman, de de Gaulle, de Papaandreou et d'autres « antifascistes » et « démocrates » contre lesquels, après leur « trahison » (?), les mêmes partis jettent maintenant leurs anathèmes tardifs et impuissants.
Les partis staliniens ont accordé leur appui et ont participé aux gouvernements bourgeois qui, au lendemain de la guerre et actuellement, s'efforcent, grâce aux sacrifices du prolétariat, de replâtrer le régime capitaliste et de restaurer sa puissance minée. Enfoncés jusqu'au cou dans le marais de la collaboration de classes, les partis staliniens s'avérent le meilleur frein des luttes révolutionnaires des masses et le principal organisateur de leur démoralisation et de leurs défaites.
La tâche des sections de la IVe Internationale n'est pas de composer avec le stalinisme, mais de le dénoncer clairement à la classe ouvrière comme le principal obstacle dans la marche de l'humanité vers le socialisme. S'il est vrai que la réaction, animée par l'impérialisme américain, se regroupe, se mobilise, et veut reprendre partout l'offensive, s'il est vrai que l'isolement de l'U.R.S.S. se poursuit à une cadence accélérée, il n'en est pas moins vrai que la défense de la révolution mondiale dans laquelle s'inscrit comme une partie subordonnée la défense des derniers restes des conquêtes d'Octobre, en U.R.S.S., et la lutte efficace contre la réaction mondiale qui relève de nouveau la tête, est impossible sans la victoire ouvrière sur le stalinisme. La IV° Internationale affrontera les événements décisifs qui approchent avec son propre drapeau du communisme révolutionnaire plus nettement distinct que jamais de celui du stalinisme, gangrène du mouvement ouvrier.