Documents de la IVe Internationale

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La revue › numéro de mai-juin

République populaire ou République soviétique en Grèce

Quatrième Internationale, numéro de mai-juin · mai-juin 1947 · p. 27-38 · 7 888 mots

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Nous donnona ci-dessous le texte de la conférence faite par le camarade STINA8, le 3 novembre 1946, à Athènes, devant un auditoire mixte de membres da parti communiste grec (stalinien) et du parti communiste internationaliste (section grecque de la IV• Internationale), ainsi que la réponse de lorateur stalinien APOSTOLOU.

Cette conférence était ta seconde de la série des trois conférences communes, qui avaient été décidées par un accord entre les deux organisations, et elle porta sur le problème : « République populaire ou république socialiste soviétique en Grèce ? »

Elle se termina par un vote où le parti stalinien recueillit 453 voix, contre 289 au parti communiste internationaliste et 32 bulletins blancs.

Discours de A. Stinas, rapporteur du Parti Communiste Intermationaliste

(Section grecque de Camarades,

Je voudrais tout d'abord attirer votre attention sur l'importance exceptionnelle du sujet que nous allons traiter. Si les conditions objectives pour une république populaire existent réellement en Grèce, si le développement des forces productives est possible sans le renversement révolutionnaire du régime capitaliste, si l'acheminement pacifique et graduel vers le socialisme est possible, alors, incontestablement, le parti qui se donne comme tâche stratégique immédiate la révolution socialiste en Grèce est condamné à bavarder et à végéter en marge de l'histoire. Mais, dans ce cas, il est absolument évident que tous les principes tactiques et stratégiques que Marx et Lénine nous ont enseignés, et qu'eux-mêmes ont appliqués tout au long de leur vie, que toutes les appréciations de Lénine et de Luxembourg sur notre époque, que tout ce sur quoi le bolchevisme a édifié son programme doit être révisé. La Révolution d'Octobre elle-même reste ainsi un phénomène historique inexplicable et sans contre-partie théorique. Ce qui sera donc jugé pendant cette discussion et eur quoi vous vous prononcerez, vous la IVe Internationale) aussi, par votre vote, n'est pas telle ou telle de nos divergences avec le part communiste grec, mais le fondement scientifique même du marxisme révolutionnaire dans son ensemble.

Camarades,

Je ne m'adresserai ni à vos sentiments ni à vos nerfs et n'essaierai pas de provoquer des applaudissements ni de susciter des enthousiasmes. Je m'adresserai uniquement à votre pensée, à votre jugement, à votre raison. Dt je veux croire que vous aussi vous aiderez, par les questions que vous poserez, à ce que soient élucidés les grands problèmes de notre classe. De l'attitude de l'avant-garde prolétarienne envers ces problèmes dépend le sort et l'avenir de notre mouvement pour de nombreuses, peut-être pour de très nombreuses années. Et, tout d'abord, il est indispensable de préciser la nature de nos divergences programmatiques actuelles avec le parti communiste grec. Ceux qui ont suivi l'histoire de notre mouvement ouvrier savent que, jusqu'en 1934, le parti communiste grec se donnait comme ta- che stratégique immédiate la révolution socialiste en Grèce. C'est sous ce drapeau de la lutte pour l'émancipation socialiste que ce parti a fait son apparition dans l'histoire en novembre 1918. Ils ne sont peut-être pas nombreux, dans cette salle, ceux qui ont vécu consciemment les événements d'alors. C'était l'époque où notre planète était ébranlée par les séismes révolutionnaires, où les masses, dans les rues, fraternisaient par-dessus les frontières et les patries, écrivaient elles-mêmes les elles-mêmes pages les plus épiques de l'histoire mondiale, où les mots d'ordre socialistes émouvaient, remuaient, réveillaient et unissalent en une armée mondiale tous les déshérités et tous les malheureux de toutes les races et de toutes les couleurs, dans le monde entier.

A cette époque-là, même Sideris et Georgiadis et Dimitrados et Petsopoulos parlaient la langue de la classe ouvrière en révolte. La première tentartive de déformation du programme révolutionnaire du parti eut lieu à la fin de 1921 et au début de 1922. c'est-à-dire lorsque le flux révolutionnaire eut fait place au reflux et que les masses commencèrent à reculer, à se disperser et à abandonner leur drapeau. Cela seul montre l'origine de classe de ces conceptions. Contre elles, le parti tout entier -sous le contrôle direct de l'Internationale Communiste, la tête de laquelle se trouvaient alors Lénine et Trotsky - mena une âpre lutte. Dans cette lutte, des centaines de cadres furent forgés et des générations entières d'ouvriers révolutionnaires furent éduquées.

Seize ans s'étaient écoulés depuis la fondation du parti quand, en janvier 1934, le VI° Plenum découvrait tout à fait inopinément que la révolution à venir en Grèce serait une révolution bourgeoise démocratique et que le régime politique que cette révolution donnerait serait « la dictature démocratique des ouvriers et des paysans ».

Nous, trotskystes, répondimes en critiquant sévèrement cette révision stratégique du programme. Vous connaissez le livre de Pouliopoulos sur ce sujet qui parut à ce moment sous le titre* Révolution démocratique ou révolution socialiste en Grèce »? Il y est prouvé, avec l'appui de documents et de chiffres, que les rapports dominants dans l'économie du pays sont des rapports capitalistes et que, par conséquent, le problème historique immédiat a résoudre est la collectivisation des moyens de production, c'est-à-dire la révolution socialiste. Je reviendrai plus loin sur cette question lorsque je l'exa-

TERNATIONALE minerai du point de vue de nos divergences actuelles avec le parti communiste grec. Mais le point sur lequel nous avons le plus insisté alors, ce fut celui du régime politique que, d'après les résolutions du Plenum, cette revolution devrait donner. Nous appuyant sur le marxisme et sur l'expérience, nous avons prouvé que cette « dictature démocratique des ouvriers et des paysans » n'était qu'une construction cérébrale que l'histoire n'a jamais et ne pourra jamais engendrer.

Même dans un pays arriéré où la révolution, de par son processus historique immédiat, sera une révolution bour geoise démocratique, même dans un tel pays le pouvoir ne peut passer, en cas d'issue victorieuse des luttes révolutionnaires, qu'aux seules mains de la classe ouvrière. Même dans ces. pays, les paysans, parce qu'ils sont disséminés dans les campagnes, et parce qu'ils ne peuvent avoir une conscience politique homogène, sont incapables de jouer un rôle indépendant et de créer un parti politique à eux, indépendant, tant en face du prolétariat qu'en face de la bourgeoisie. Ainsi, la vague de la révolution bourgeoise démocratique, en cas de victoire, portera-t-elle obligatoirement le prolétariat au pouvoir. Après avoir pris le pouvoir, le prolétariat ne peut se limiter au rôle d'agent de la révolution bourgeoise démocratique. De par sa nature de classe, il résout problèmes de la révolution bourgeoise retardataire et passe immédiatement & l'application de son propre programme de classe : le programme socialiste. La révolution bourgeoise s'élargit pour devenir, sans aucune étape transitoire, une révolution socialiste.

C'est ce point de vue, dont la Révolution d'Octobre a prouvé brillamment le fondement scientifique, que Trotsky avait formulé peu avant 1905.

Si le parti Bolchevick n'avait pas, à la Conférence d'avril 1917, adopté le mot d'ordre de la lutte immédiate pour la dictature du prolétariat, la victoire . d'Octobre eût été impossible. La Chine et l'Espagne en sont la preuve. Là aussi, la secousse provoquée par le soulèvement révolutionnaire des masses populaires avait tout balayé. Mais le mot d'ordre de la « dictature démocratique » avait lié les mains et les pieds du prolétariat révolutionnaire. Le résultat fut la défaite et la ruine de la révolution.

Mais nos divergences avec le parti comuniste grec, sous cette forme, appartiennent aujourd'hui à l'histoire. Le parti communiste gree a, depuis longtemps, abandonné le mot d'ordre de la

« dictature démocratique des ouvriers et des paysans » et surtout ce qui était indissolublement lié à ce mot d'ordre : le soulèvement révolutionnaire des masses populaires et la solution révolutionnaire plébéienne, comme il disait, des problèmes bourgeois démocratiques.

Aujourd'hui, le mot d'ordre programmatique principal du parti stalinien grec est la « république populaire » et le moyen qu'il emploiera pour sa réalisation est la lutte parlementaire légale. Que le mot d'ordre de la « république populaire » n'ait aucun rapport avec celui de la « dictature démocratique » et que ce mot d'ordre ne soit pas déterminé par une appréciation différente du caractère de classe de la révolution, cela est prouvé, notamment, par le fait que ce mot d'ordre est lance aujourd'hui par tous les partis stal niens, sous toutes les latitudes, dans tous les payo, indépendamment de leur degré de développement économique. En Chine et en Corée, en Albanie et en Grèce, en Allemagne et en France, en 'Angleterre, en Italie et en Amérique, les partis staliniens luttent pour république populaire.

Ainsi, nos divergences programmatiques actuelles avec le parti stalinien grec sont les mêmes anciennes divergences qui opposèrent le marxisme révolutionnaire à la social-démocratie et à toutes les variétés des partis petits• bourgeois réformistes qui agissent au sein de la classe ouvrière.

Nos divergences, aujourd'hui, peuvent être simplifiées et résumées dans les questions suivantes :

Tout ce qui se passe sur notre planète depuis 1914 est-il le symptôme de lécroulement et de la décomposition du régime capitaliste, comme nous le prétendons; ou tout cela n'est-il que le résultat de la politique d'un parti ou d'un bloc de partis, c'est-à-dire du facisme et des partis de droite, comme le prétendent les socialistes et les staliniens?

Le problème que pose immédiatement l'histoire est-il celui du renversement du régime capitaliste et de l'instauration de la dictature du prolétariat, comme nous le prétendons, ou le développement de la société sur ses bases capitalistes avec un régime populaire démocratique est-il possible comme le prétendent les staliniens.

Qu'est-ce que la république populaire, et en quoi diffère-t-elle de la république bourgeoise que nous connaissons?

A ces questions, je répondrai « grosso modo » dans le temps très limité dont je dispose.

Les points de vue fondamentaux sur lesquels s'appuie le programme de la révolution prolétarienne sont les suivants.

« Le capitalisme avec la domination des trusts, des monopoles et du capital financier a épuisé sa mission historique et est entré dans le stade de son écroulement et de son agonie. Les forces productives étouffent dans les cadres étroits de la propriété privée et des états nationaux. Le problème que l'histoire pose immédiatement, d'urgence, impérativement est la collectivisation des moyens de production et l'unification de l'économie mondiale, c'està-dire l'abolition de la propriété privée et des états nationaux. Ce probième ne peut être résolu que par la classe ouvrière alliée aux paysans pauvres et par aucun autre moyen que la révolution. Tous les événements dramatiques •qui depuis 1914 ébranlent notre planète, les guerres, les crises économiques et politiques aigües, etc, sont des symptômes de l'écroulement du système capitaliste. Le fascisme est le produit naturel de cet écroulement et le seul moyen pour le capitalisme de prolonger son existences; et plus la révolu•tion prolétarienne tardera, plus les symptômes de désagrégation se multiplieront, plus la civilisation économi que et spirituelle se ruinera, et plus la société s'enfoncera dans le chaos et la barbarie du capitalisme pourrissant. Aujourd'hui, l'obstacle principal qui dresse devant la révolution socialiste est constitué par les partis traditionnels ouvriers, la social-démocratie et les partis staliniens.

Voici quels sont, dans leurs lignes générales, nos points de vue programmatiques.

En Grèce aussi le problème que l'histoire pose immédiatement est le renversement révolutionnaire du régime capitaliste et l'instauration de la dictature du prolétariat. C"est-à-dire de la république socialiste soviétique.

Personne ne peut soutenir sérieuse. ment que les rapports qui dominent l'économie du pays ne sont pas des rapports capitalistes et que la classe dominante n'est pas celle du capital financier.

Le problème de la répartition de la terre qui est le plus essentiel des pro blèmes bourgeois, démocratiques, est résolu en Grèce et les rapports qui prédominent dans la campagne sont les rapports d'échange. bourgeois. Mais même si les problèmes d'échange bourgeois démocratiques sont encore à résoudre, leur solution ne sera qu'un simple épisode dans la marche grandiose de la révolution soclaliste. Lénine nous donne une tormule programmatique du rapport dialectique entre les deux problèmes : le bourgeois démocratique et le socialiste. « Les problèmes de la révolution bourgeoise, nous les avons résolus, en passant, comme une question connexe avec notre tâche principale, avec notre œuvre prolétarienne révolutionnaire. Nous disions et nous prouvions, dans la pratique, que les réformes bourgeoises démocratiques ne sont qu'un incident de la révolution prolétarienne, c'est-à-dire de la révolution socialiste до роля не Les Kautsky, Hilferding, Martov, Tchernov, Longuet, Turati, Mae Donald et autres héros du marxisme 2 1/2 ne peuvent comprendre cette interdépendance entre la révolution bourgeoise démocratique et la révolution prolétarienne. La première continue dans la seconde, la seconde résoud, en passant. les problèmes de la première» (la signification de la révolution d'octobre « Kommounistiki Epitheorisi » 1924, page 364).

Qu'oppose le parti stalinien grec au programme de la révolution socialiste dans notre pays? Un énorme amas de notions abstraites générales et de phrases libérales creuses! De cet amas de confusion que constitue le programme actuel multicolore du parti stalinien grec, nous pouvons distinguer deux arguments d'apparence scientifique.

D'abord la faiblesse numérique de la classe ouvrière par rapport aux autres couches de la population. Mais les marxistes savent depuis longtemps que ce qui donne à la classe ouvrière la force et la capacité de prendre la tête de toutes les couches opprimées, ce n'est pas sa supériorité numérique, mais son rôle dans la production. Je me contenterai de vous lire deux extraits, l'un de Lénine ét l'autre de Staline :

« La force du prolétariat dans n'importe quel pays capitaliste est immensément plus grande que la proportion du prolétariat par rapport à l'ensemble de la population. Et ceci parce que le prolétariat dirige le centre et les nerfs du système de l'économie capitaliste dans son ensemble. Même, dans la sphère politique le prolétariat exprime, sous la domination capitaliste, les intérêts réels de la grande majorité des travailleurs. Ainsi, le prolétariat même quand il constitue une minorité dans la population — ou quand l'avant-garde consciente et véritablement révolutionjaire du prolétariat constitue une miporité — est capable de renverser la bourgeoisie et d'attirer ensuite à ses côtés de nombreux alliés parmi la mas30

TERNATIONALE se des semi-prolétaires et des petitsbourgeois, masse qui ne se prononcera jamais d'avance pour le pouvoir du prolétariat, masse qui se convaincra après par sa seule expérience ultérieure de l'inévitabilité, de la raison, de la justesse de la dictature prolétarienne. » (Lénine, œuvres complètes, tome 16, p. 458.)

« La chaîne de l'impérlalisme doit être brisée là où elle est le plus fragile et non pas obligatoirement là où le capitalisme est le plus développé et où le prolétariat, en proportion est plus nombreux que les paysans. Voilà pourquoi les données statistiques sur la proportion du prolétariat par rapport à l'ensemble de la population d'un pays isolé gardent pour la solution du problème de la révolution prolétarienne toute l'importance exceptionnelle que leur confèrent les statisticiens de la TIe Internationale qui n'ont pas compris l'impérialisme et qui craignent la révolution comme le feu. » (Staline, « Le Léninisme théorique et pratique ».) * Si la révolution socialiste dépend de la supériorité numérique de la classe ouvrière, alors la révolution d'Octobr est un rébus insoluble. Comment làbas, quatre millions d'ouvriers purentils entraîner derrière eux cent millions de paysans et réaliser ce saut gran'diose d'un régime semi-féodal à la dictature socialiste. La proportion de la classe ouvrière dans notre pays, par rapport aux autres couches de la population est quatre fois plus grande que celle du prolétariat russe quand il fit la révolution. Voici une composition statistique de la population qui montre la proportion de la classe ouvrière par rapport aux autres couches. Ouvriers 636.532 Employés 165.773

32,74% 802.305 Paysans travaillant individuellement 610.122 Membres travailleurs des familles paysannes 562.330 Artisans 430.847

61,88% 1.603.299 Patrons employant des ouvriers et employés, 5,38%% 147.949

L'autre argument est qu'un minimum de prémisses matérielles sont nécessaires à l'édification du socialisme, Il ne peut exister d'argument plus antiscientifique et plus lamentable que celui-là.

Le socialisme ne peut évidemment être réalisé en Grèce, mais il ne peut, non plus, être réalisé isolément dans • aucun pays. Le critère national pour le socialisme est réactionnaire.

Quiconque s'est occupé sérieusement des problèmes économiques ne peut ignorer que l'économie mondiale est une réalité puissante qui domine l'économie des pays et des continents et qu'il n'est pas possible, de concevoir une économie en dehors du système mondial. Cette unité économique du monde, cette répartition mondiale des forces productives est l'œuvre la plus progressive qu'ait accompli le capitalisme, et ce qui rend possible la réalisation du socialisme et le bonheur du monde. Cela signifie aussi que le socialisme ne peut être édifié dans les cadres nationaux d'un pays isolé. Mais cela ne signifie nullement que la classe ouvrière ne peut et ne doit pas, lorsque les conditions politiques le permettent, conquérir le pouvoir politique. La classe ouvrièré doit prendre le pouvoir, mais cela ne met pas fin à sa lutte. Elle ne peut s'enfermer dans ses frontières nationales pour construire le socialisme chez elle. La classe ouvrière fait partie intégrante d'une classe mondiale et la révolution dans notre pays fait partie intégrante de la révolution mondiale. La lutte se développe sur l'arène mondiale et elle ne trouvera son achèvement total que dans la victoire définitive de la nouvelle société sur la planète tout entière. Sans une assimilation profonde de cette thèse nous ne pouvons faire un pas en avant. C'est cette conception internationaliste de la révolution socialiste qui sépare le communiste internationaliste de toutes les variétés du socialisme national et du communisme national. Je pourrais vous apporter des tonnes entières de passages de tous les écrivains marxistes sur ce sujet. Je me contenterai de vous citer quelques extraits du livre de Staline : « Le Léninisme théorique et pratique ».

« Autrefois, on analysait habituellement les conditions de la révolution prolétarienne du point de vue de la situation économique de tel ou tel pays isolé. Cette méthode est aujourd'hui insuffisante. Maintenant on doit partir de l'état économique de l'ensemble ou de la majorité des pays, du point ou en est la situation économique mondiale. En effet, les pays isolés et les économies nationales ne sont pas des unités économiques indépendantes, mais des maillons d'une chaîne unique qui g'appelle économie internationale et l'ancien capitalisme « civilisateur » est devenu l'impérialisme : c'est-à-dire un sys-

TERNATIONALE tème international d'asservissement économique et d'oppression colonialiste de la majorité de la population de la terre par quelques pays « avancés ».

« Autrefois on avait l'habitude de parler de l'existence ou de l'absence des conditions objectives de la révolution prolétarienne dans les pays isolés ou plus exactement dans tel ou tel pays avancé. Cette façon d'examiner les choses est aujourd'hui insuffisante. Nous devons compter sur l'existence de conditions objectives de la révolution dans l'ensemble de l'économie impérialiste mondiale qui constitue un ensemble unique. L'existence dans ce système de quelques pays insuffisamment évolués du point de vue industriel, ne peut constituer un obstacle insurmontable pour la révolution à partir du moment où le système dans son esemble est múr pour la révolution. »

Comme vous voyez ces passages sont très simples, très clairs et très caractéristiques. Et leur auteur est... Staline.

Cette conception internationaliste de la révolution prolétarienne et du socialisme est la clé de voute de la théorie marxiste. Demain il paraîtra incroyable que, dans une situation où la tendance invincible des forces productives à se libérer des cadres nationaux et à s'unifier sur l'échelle mondiale secoue de spasmes la. société et l'ébranle tout entière, un parti se soit trouvé pour prétendre qu'il était capable de remettre l'état national sur ses pieds et de créer une économie autarchique isolée et sur des bases capitalistes.

Tout ce que Zachariades, secrétaire du parti stalinien gree, a dit au congrès de ce parti sur le développement de l'économie, sur la création d'une industrie lourde, et tout ce qu'on a écrit dans « Antaios » (Revue du parti stalinien grec) entrera dans l'his toire comme les extravagances les plus étonnantes.

Le temps qui m'est accordé approche de sa fin. Aussi je me contenterai de traiter de deux questions d'ordre général : le contenu de classe de la « république populaire » et l'acheminement pacifique et graduel vers le socialisme.

Les staliniens nous disent que leur république populaire sera différente de la république de Scheideman, đe Bauer et de Blum. Mais en quoi différera-t-elle? Les leaders et les maîtres du communisme ont toujours souligné qu'il ne peut y avoir d'autre régime que le régime bourgeois sous n'importe quelle forme politique, ou le régime de

Q UATRIEME- IN la dictature du prolétariat. Toutes les républiques « pures » populaires, ete... ne sont que des échafaudages qui cacamouflent le contenu bourgeois réactionnaire du régime.

Nous citerons quelques passages caractéristiques de Marx et de Lénine :

« Entre la société capitaliste et la société communiste il y a la période de transformation révolutionnaire de la première à la seconde. A cette période correspond une phase politique tran sitoire dont l'Etat ne peut être autre que la dictature révolutionnaire du prolétariat. (Marx : « Critique du programme/ de Gotha ».)

«Contrairement à la république bourgeoise qui cache le caractère de classe de l'Etat, le pouvoir soviétique reconnait ouvertement que tout Etat aura inévitablement un caractère de classe, tant que n'aura pas disparu la division de la société en classes et avec elle tout pouvoir étatique. » (Programme du Parti Communiste Russe.)

« La théorie de la « démocratie pure » est celle de l'aristocratie ouvrière apprivoisée et soutenue à l'aide des pillages impérialistes. Elle fut fabriquée pour camoufler les plaies capitalistes, masquer l'impérialisme et l'armer d'une force morale dans sa lutte contre les masses opprimées. » (Lénine : « La Révolution prolétarienne et le renégat Kautsky ».)

Etant donné que le contenu essentiel, c'est-à-dire le contenu de classe de la « république populaire » est bourgeois, ce mot d'ordre n'est qu'une des nombreuses étiquettes de la démocratie bourgeoisie : c'est-à-dire, en dernière analyse, de la dictature de la classe bourgeoise.

La mission historique de ce mot d'ordre, indépendamment de toute intention subjective est de contenir et de paralyser les masses quand celles-ci ont la force d'écraser et de pulvériser le régime bourgeois. La mission de ce mot d'ordre nous l'avons vu s'accomplir en France, en Italie, en Grèce. Avec le mot d'ordre de la république populaire, les masses furent paralysées, désarmées, et l'Etat bourgeois restauré.

Le grand argument des staliniens sur la possibilité de l'existence d'un régime transitoire intermédiaire entre la démocratie bourgeoise et la république socialiste (c'est-à-dire la dictaturé du prolétariat) possibilité qu'excluent, comme nous l'avons vu, Marx, Lénine, etc... c'est que, dans certains pays du SudEst européen (Yougoslavie, Bulgarie, etc...) existe déjà ce régime intermédiaire de la « république populaire » 82

TERNATIONALE qui n'est ni bourgeois ni socialiste et qui d'après eux, fût instauré « pacifiquement » et ouvre pacifiquement la voie vers la transformation en une république socialiste.

Voyons donc de quoi il s'agit.

Les conditions exceptionnelles de la guerre et de l'occupation dans ces pays (nous entendons la Yougoslavie, la Pologue, la Tchécoslovaquie et autres pays occupés ét non de la Bulgarie et de la Roumanie) avaient mobilisé les masses populaires opprimées en une ré. sistance armée contre la répression monstrueuse de l'impérialisme fasciste et avec des mots d'ordre anti-impérialistes et démocratiques sous la direction politique et militaire des anciens partis communistes, définitivement passés au social-patriotisme et au réformisme sous sa forme la plus grossière. L'approche victorieuse de l'armée rouge renforça l'élan des masses dans le sens de la solution révolutionnaire prolétarienne. Ainsi sous la pression et par l'action des masses et dans les conditions de la guerre civile des réformes sociales à caractère progressif furent réalisées dans ces pays : expropriation des propriétaires fonciers et répartition de la terre aux paysans, expropriation des entreprises étrangères, abolition de la monarchie, quelques nationalisations depart ementes dans l'industrie. Ce départ, dans d'autres conditions de développement de linitiative révolutionnaire des masses et sans compression bureaucratique, pourrait être caractérisé comme le prologue de la révolution socialiste victo rieuse dans ces pays. C'est vers ce but que, dans leur intérêt de classe, tendaient les masses qui avaient commencé à créer de la base, leurs propres organismes populaires de contrôle (comités). Mais le rôle de la bureaucratie soviétique et des partis staliniens fut de freiner, de compresser, de façon réactionnaire ces tendances révolutionnaires-socialistes des masses. En éteignant l'initiative révolutionnaire des masses, en les compressant bureaucratiquement, en frappant avec rage leur avant-garde révolutionnaire internationaliste en créant immédiatement de nouvelles castes privilégiées, la bureaucratie stalinienne a saboté et paralysé la vague révolutionnaire des masses. Au point de vue politique elle a porté au pouvoir des gouvernements de coalition des partis ouvriers réformistes avec des partis bourgeois « antifascistes » (en Bulgarie, le premier ministre est le chef fasciste bien connu de la « Zveno » : Georgieft).

La tâche du prolétariat révolutionnaire est, tout en défendant et en déve

VATRIEMEIN loppant les positions conquises par les masses (rétormes agraires, nationalisations, etc...) de lutter pour le développement libre et sans entraves du mouvement ouvrier, pour le renversement révolutionnaire du gouvernement de coalition des partis ouvriers et bourgeois (comme cela fut fait en Russie en novembre 1917) et pour l'application du programme socialiste avec l'instauration d'un gouvernement ouvrier et paysan véritablement révolutionnaire. appuyé sur les comités des ouvriers. des paysans et des seldats dans le cadre des Etats-Unis socialistes d'Europe,

Les gouvernements de coalition qui sanctionnent bureaucratiquement le sabotage stalinien des prémices d'une révolution socialiste ne peuvent constituer, ni dans le passé ni aujourd'hui, un régime intermédiaire de « république populaire » de marche pacifique vers le socialisme. Ils sont simplement destinés à tomber, dans un bref délai, sous les coups qui leur sont portés par leur gauche (la révolution socialiste des masses comme en Russie) ou sous des coups portés par leur droite (la contre-révolution bourgeoise comme en Espagne). D'autre part, le fait indiscutable que les réformes progressives dans les pays du Sud-Est européen ont été faites sous la pression et par l'action des masses, et par l'oceupation de ces pays par l'Armée Rouge, démontre que l'évolution pacifique dont parlent les staliniens n'est qu'un conte d'enfant.

Lorsque Bernstein attaque la conception de la tâche de renversement social qui incombe au mouvement ouvrier, il tente de donner une justification théorique à sa thèse et soutient que l'évolution du capitalisme rend de plus en plus improbable son écroulement général, d'une part, parce que le système capitaliste fait preuve d'une capacité d'adaptation de plus en plus grande et d'autre part, parce que la production se différencie constamment. Les staliniens n'ont jamais essayé de donner une justification théorique sérieuse quelconque de la politique de l'acheminement pacifique et graduel vers le socialisme.

Ce qui empêche la transformation pacifique d'un régime social en un autre : c'est le simple fait que les privilégiés ne peuvent abdiquer leurs privilèges au bénéfice de l'intérêt général de la société. Ceci ne s'est jamais produit et ne se produira jamais, Quand l'ancien régime a terminé son rôle il doit être renversé par la force de la classe qui monte historiquement. Et cela parce que les exploiteurs n'abandonneront ja-

TERNATIONALE mais le pouvoir de leur plein gré. Voilà pourquoi la lutte violente pour leur renversement est inévitable. Voilà pourquoi nous devons constamment préparer et éduquer la classe ouvrière en vue de cette tâche.

Le rôle principal du parti révolution•naire est d'aider, par sa politique et ses mots d'ordre, l'effort des ouvriers pour une politique indépendante, d'approfondir le caractère de classe de cette politique, de dissiper les illusions réformistes et pacifistes, de préparer la conquête révolutionnaire du pouvolr par les masses, de les encourager, de leur inspirer et de leur donner confiance en leur force, de développer leur initiative et leur esprit combattif. A travers toutes les luttes économiques et politiques quotidiennes nous devons constamment soumettre au contrôle de l'expérience des masses, la nécessité de la conquête révolutionnaire du pouvoir.

Ce devoir a une valeur générale dans toutes les conditions. La politique de l'évolution pacifique • et démocratique, puisqu'il est impossible de convaincre les exploiteurs d'abdiquer, n'a d'autre résultat pratique que de cultiver les illusions démocratiques chez les ouvriers, de châtrer leur combattivité, de détruire leur esprit révolutionnaire.

Les prestidigitateurs qui promettent la réconciliation des classes n'ont jamais manqué dans l'histoire. Mais qui aurait pu, il y a encore quelques années, imaginer une évolution comme celle que nous vivons aujourd'hui? Après les terribles événements qui se sont déroulés dans le monde entier et dans notre pays, quand les revendications les plus modérées des ouvriers rencontrent les mitrailleuses de l'Etat et les revolvers des « Khi » (organisation monarchiste paramilitaire) quand l'orgie de la terreur accable le pays, quand, enfin, tout contribue à faire comprendre aux ouvriers les plus paisibles qu'ils ne peuvent s'assurer leur pain que une lutte âpre et cruelle, le parti stalinien gree vient pour prêcher la róconcilition et l'apaisement, enseigner que l'évolution démocratique normale est possible et promet qu'il pourra réasent, la plus grande transformation solui, pacifiquement et graduelle. ment, la plus grande transformation sociale, la transformation de la société capitaliste en société socialiste,

Camarades,

Chaque événement qui se déroule aujourd'hui sur notre planète est en luimême une preuve de la décomposition du capitalisme et de la nécessité du sn-

VATRIEME IN cialisme. Il n'y a pas d'autre moyen de sauvetage. Il n'y a pas d'autre genre et d'autre type de régime intermédiaire ou mixte.

Nous devons poser le problème ouvertement dans toute sa gravité et dans toute son importance devant les masses et surtout devant la classe ouvrière dont le sort est lié avec le sort de la société et de la civilisation.

Il n'est pas vrai que les couches petites bourgeoises soient terrifiées par le programme révolutionnaire de la classe ouvrière. Au contraire, la classe ouvrière ne peut les conquérir que si elle acquiert son indépendance et que si elle revendique le pouvoir par le combat. Ce qui retient aujourd'hui les masses dans la passivité : c'est la politique de collaboration de classe.

Les mots d'ordre de la révolution socialiste, à côté des mots d'ordre de la lutte pour les revendications immé -diates, remettront la classe ouvrière eur ses pieds.

La prise du pouvoir par les masses lest le résultat de leur prise de conscience et de leurs expériences politiques. Elles ne peuvent pas être conquises à cela par la propagande seulement. Il n'est pas vrai que nous nous contentions de faire de la propagande pour nos principes généraux. Nous participons à toutes les luttes des masses, lorsque dans ces luttes s'exprime leur opposition au capitalisme. Notre parti prêche la nécessité de la lutte immédiate pour les revendications immidiates des masses. Aujourd'hui, avant tout et de toute notre force nous prêIchons la nécessité de l'unité de tous les

RNATIONAL opprimés, indépendamment de leurs divergences politiques, contre le tront unique qu'essayent de constituer nos ennemis de classe. Mais dans cette lutte quotidienne, nous propageons le programme de la révolution socialiste et nous nous efforçons de conquérir les ouvriers à ce programme. De l'orgie terroriste de l'Etat, de la suppression des libertés politiques les plus élémentaires, les masses doivent tirer la conclusion que seule la prise de pouvoir leur permettra effectivement de s'assurer leur vie et leur liberté. En menant la lutte quotidienne pour les revendications économiques des masses, nous devons les aider à se convaincre par leur propre expérience qu'une véritable amélioration de leur situation n'est pas possible sans le renversement du pouvoir des exploiteurs. En luttant pour le contrôle ouvrier sur la production, nous devons aider les ouvriers à comprendre qu'un véritable contrôle n'est possible que s'ils prennent eux-mêmes le pouvoir en main. Nous devons constamment, dans la lutte quotidienne, mettre en avant comme une tâche inflexible et terme, la prise du pouvoir, et preparer la classe ouvrière pour l'accomplissement de sa grande mission historique. Et avant tout, par-dessus tout, nous devons proclamer partout, que dans le régime de la dictature du prolétariat, il n'y a qu'un seul et unique souverain : les masses prolétariennes armées ; que la dictature du prolétariat sera un véritable Etat ouvrier dans sa forme et dans son essence, dans sa structure intérieure et dans ses éléments extérieurs, un Etat sans tuteurs, sans messies, sans Césars et sans maréchaux.

Discours de L. Apostolou, du Parti Communiste Grec (Stalinien)

L'orateur commence son discours en posant deux problèmes dont la solution permettra de répondre au sujet de la discussion. Le premier problème peut être posé de la manière suivante : qu'est-ce qui détermine le caractère d'une révolution ? Selon le socialisme scientifique, ce caractère ne peut se déterminer que sur la base d'une étu. de concrète de la situation et de ses tendances, tandis que le socialisme utopique donne des solutions à partir de désirs subjectifs. Par conséquent, nous ne pouvons parler de révolution socialiste en Grèce, que s'il existe les conditions du passage au socialisme, que si les problèmes posés par l'évolution du pays ont un caractère socialiste.

Le deuxième problème se formule de la façon suivante : quelles sont les tâches que pose une révolution socialiste et quelles sont celles que pose une révolution bourgeoise démocratique. La révolution bourgeoise démocratique pose les tâches suivantes : l'indépendance nationale ; l'expropriation de la grande propriété foncière jusqu'à la nationalisation de la terre ; le développement industriel, et surtout le développement de l'industrie lourde.

U A T R I M E La révolution socialiste, par contre, pose les tâches suivantes : l'expropriation et la nationalisation non seulement de la grande propriété foncière, mais de toute propriété capitaliste des moyens de production ; l'organisation socialiste de toute la production, grande, moyenne ou petite. L'organisation socialiste de la distribution ; l'abolition de la division de la société en classes.

L'examen de la situation en Grèce nous prouve que la tâche stratégique qui se pose devant nous c'est la révolution bourgeoise démocratique, et non pas la révolution socialiste, comme le disent les trotskystes.

En effet, le pays, avant, comme après l'occupation, est complètement asservi au capital anglais. Ceci est prouvé par les faits suivants : a) la dette publique en devises étrangères est d'une fois et demie supérieure au revenu national annuel, et son service engloutit le tiers du budget annuel :/0) les finances publiques sont sous le contrôle direct du capital étranger par le moyen du Contrôle économique international ; c) une série de richesses et d'entreprises sont directement entre les mains des capitalistes étrangers (électricité, téléphones, irrigation, mines, etc.); d) le commerce extérieur est subordonné aux intérêts étrangers. Aujourd'hui la domination anglaise est complète.

A la réalisation de cette première tâche de l'indépendance nationale, tâche bourgeoise démocratique, sont intéressées non seulement la classe ouvrière, mais toutes les couches pauvres et moyennes du pays, et même la partie la plus radicale de la bourgeoisie ; par conséquent, le prolétariat, en se posant cette tâche, se lie avec toutes les cou. ches travailleuses de la nation et isole la réaction qui s'appuie sur les étrangers.

En second lieu, il y a en Grèce des vestiges féodaux très prononcés : a) la distribution de la terre n'a pas été achevée, comme le prouve le fait que 0,6 % des propriétaires terriens possèdent 20 % des terres, tandis que les autres 99,4 % n'en possèdent que 80 %; b) parmi la population agricole, il y a 758.000 propriétaires, et 200.000paysans sans terre ; c) les relations d'échange étaient dominées par les vestiges féodaux et le capital financier a un caractère usurier; d) le progrès technique dans l'agriculture était insignifiant. Cette situation a été aggravée par l'occupation. Par conséquent, les problèmes dont la solution intéresse no-

RNATIONALE tre paysannerie sont des problèmes bourgeois démocratiques.

Sur le plan industriel, le pays ne souffre pas d'un surdéveloppement mais d'un manque de développement. Le pro.

bleme fondamental pour le pays est la création d'une industrie lourde, tâche , qui reste encore dans les cadres de la révolution bourgeoise démocratique.

En parlant de révolution socialiste en

Grèce, nous ne faisons qu'employer une phraséologie gauchiste, pour couvrir le véritable problème, et, en définitive, pour enterrer définitivement la cause du socialisme dans notre pays.

Ensuite, l'orateur s'est exprimé de la manière suivante sur la question du caractère parlementaire ou soviétique du pouvoir populaire :

« D'abord, pour nous, staliniens, une chose est claire : la forme soviétique du pouvoir des travailleurs est la meilleure forme que nous a offert la pratique du mouvement ouvrier pour le passage du capitalisme au socialisme. Cette forme a subi un test brillant sur un sixième du globe, parce qu'elle a garanti la participation la plus active des travailleurs à l'exercice du pouvoir et parce qu'elle a aidé plus qu'aucune autre le passage du capitalisme au socialisme. Mais, pour nous staliniens, la. question ne se réduit pas à voir ce qui est le mieux en principe. Pour nous staliniens, qui tâchons toujours d'etre dans la vie réelle, et non pas des phraséologues fossilisés, le mieux, chaque fois et dans chaque cas concret, c'est ce qui propulse plus loin la lutte de la classe ouvrière, ce qui nous permet d'ôter à la réaction ses bastions l'un après l'autre, et, de ce point de vue, si la forme soviétique du pouvoir est en principe la meilleure, elle n'est cependant pas encore acceptée par de larges couches de travailleurs, qui veulent pourtant combattre et qui combattent effectivement pour une démocratie exprimant le pouvoir du peuple. La forme soviétique n'est pas la forme qui mettra en mouvement le large courant populaire démocratique créé par la lutte contre la dictature fasciste, et la tâche primordiale de tout révolutionnaire vé ritable, c'est de trouver chaque fois la › manière la plus appropriée d'élargir le mouvement des masses. Ainsi, si la forme parlementaire de la démocratie pro. pulse aujourd'hui, comme elle le fait, la lutte des travailleurs vers le socialisme, si cette forme du pouvoir nous lie aux masses et nous permet d'aller de l'avant avec les masses - car sans les masses on reste un révolutionnaire

INT faiseur de phrases, c'est-à-dire on cessa d'être un révolutionnaire =, ce serait un crime de la rejeter.

En second lieu, si dans le passé nous avons lutté contre la forme parlementaire du pouvoir, nous l'avons fait parce qu'elle était liée avec le grand capital et ouvrait la voie au lascisme.

Par contre, la démocratie parlementaire populaire en tant que véritable démocratie de la majorité travailleuse de la nation écrase et anéantit les forces de la réaction fasciste et ouvre la voie la démneratie socialiste populaire.

Troisièmement, la démocratie parlementaire populaire, a loppose de la démocratie parlementaire du type anPlais, par exemple, ou du type gree d'après décembre 1944, garantit aux travailleurs la participation la plus active au pouvoir. Dans ses cadres se développe l'auto-administration et les conseils d'auto-administration (en russe, les conseils s'appellent soviets). Ces conseils ou comités d'auto-administration dans les villages, dans les villes, dans les usines iouent un rôle extraordinai. rement important dans la direction de la vie politique et économique de la nonvelle démocratie, Par conséquent, si nous voulons marcher vers le socialisme non en paroles, mais dans les actes. la seule voie qui puisse nous y conduire, c'est la démosratie populaire de forme parlemenfaire, qui aura comme tâche d'achever la transformation bourgeoise démocratique, et dans la mesure où elle achèvera retre transformation, ouvrira la voie vers la démocratie socialiste!

Qu'est-ce que cette démocratie populair ? Quelle sera sa tâche? Permettez. moi de vous lire les points principaux de la Charte constitutionnelle de la démocratie populaire, telle qu'elle a été accentée par les partis de T'E.A.M. :

• La démocratie populaire est le pouvoir qui incarne l'alliance des ouvriers, des paysans, des artisans, des intellectuels. des bourgeois petits et moyens. La démocratie populaire est une forme de démocratie dans laquelle loppression nolitione des exploiteurs est abolie et oil le pouvoir se trouve entre les mains du peuple.

» Son armée sortira du peuple et sera liée au peuple, avec des cadres démocrationes, éduqués moralement et techninuement, les nouveaux services de - sécurité ne rappelleront en rien la gendarmerie et la sécurité spéciale, car ils seront débarrassés des trans, des tortionnaires et des bourreaux du peuple.

La démocratie populaire, c'est-à-dire 36

TERNATIONALE la construction populaire de l'Etat. sera appuyée sur la véritable auto-administration et sur la justice populaire.

Dans la démocratie populaire seront nationalisées : les banques, les sociétés d'assurances, les grands transports, certaines industries de base d'importance nationale primordiale (industrie de guerre, grands chantiers de constructions navales, grande industrie chimique, grandes industries électriques. etc.). Le contrôle de l'Etat populaire avec la participation des ouvriers, sera instauré dans toutes les autres entre. prises.

Dans la démocratie populaire, toute l'activité économique sera orientée non seulement vers la reconstruction de l'économie et des transports, mais aussi vers le déveioppement planifié de nos fnrces productives.

Le paysan sera le véritable maître de son champ et de ses produits.

L/ouvrier ou l'employé gree travalllera. huit. sept ou six heures, selon les conditions particulières de son travail. La semaine de quarante heures sera instaurée, I! profitera d'un salaire ou d'un traitement qui lui permettra de R'organiser librement et de lutter pour ses intérêts.

Dans le programme de la démocratie populaire sont aussi reconnues une série de mesures qui protègent les artisans, les commerçants et les intelieotuels.

La démocratie populaire reconnait aux femmes les mêmes droits politiques et sociaux qu'aux hommes; elle reconnaît le droit de vote à tous, hommes et femmes, à partir de l'âge de 18 ans, etc.

Voilà le programme, voilà l'Etat de la démocratie populaire.

Son fondement sera l'unité populaire, ra reconciliation du peuple. C'est pour quoi. en luttant pour la reconciliation populaire, pour l'unité populaire — rejetée seulement par la réction fasciste et par les trotskystes — nous luttons pour la démocratie populaire.

En poursuivant son discours. L, Apos. tolou dit que la preuve des la justesse de la politique du P.C.G. a été donnée Dar l'adhésion des masses à la politiaue. Il accuse les trotskystes d'être les serviteurs de « gauche » de la réaction grecque et mondiale, en employant une terminologie gauchiste dont le seul effet est d'isoler le prolétariat et de lui iter ses alliés naturels. C'est pourquol l'unité d'action avec les trotskystes, demandée dar ceux-ci, est impossible

Questions posées à l'orateur du Parti Communiste Grec

Get les réponses 1ª Pourquoi en Russie. où la terre n'avait pas été partagée, où il y avait cent. cinquante nationalités opprimées et qui était le pays le plus arriéré economiquement de toute l'Europe, y a-t-il eu une révolution socialiste. et les problèmes bourgeois démocratiques insolus bles ont-ils été résolus par la dictature du prolétariat. en même temps que les problèmes socialistes ? En Allemagne et en Angleterre, y a-t-il ou non des grands propriétaires fonciers ? Y a-t-il aujourd'hui des pays, en dehors des

U.S.A., qui ne soient pas plus ou moins dépendants du capital étranger?

Réponses. - En Angleterre et en

Allemagne les rapports dominants sont les rapports capitalistes, indépendamment de l'existence de grands propriétaires fonciers. En Russie, la révolation socialiste n'a été possible qu'après la révolution bourgeoise démocratique de février. Trotsky, avec son mot d'ordre « A bas le tsar! Vive le Gouvernement. Ouvrier! » isolait le proléta. riat révolutionnaire.

2° L'évolution pacifique vers le so cialisme (à travers la démocratie populaire) est-elle possible aujourd'hui ?...

Réponse. — Le P.C.G. n'a jamais exci la possibilité d'une évolution violente vers le socialisme; mais il faut auparavant que les masses soient persuadées de la nécessité de cette vole par leur propre expérience.

3° Plus précisément, l'expérience sanglante des deux dernières années en Grèce ne prouve-t-elle pas l'inanité de toute « évolution pacifique »?

Réponse. — Nous luttons pour l'évolution pacifique, mais nous nous tenons aussi, prêts pour la lutte armée.

4° Dans le passé, le C.C. du P.C.G. 8. condamné le mot d'ordre de la « démocratie populaire » comme un mot d'ordre qui soutient la bourgeoisie radicale. N'est-ce pas là une condamnation à l'avance de la ligne actuelle du P.C.G. ?

Réponse, - La démocratie populaire était alors irréalisable, tandis qu'aujourd'hui le rapport des forces a changé et la rend possible.

qu'il y a données.

5º Pourquoi le P.C.G. accepte-t-il le

Front Unique avec les bourgeois, et même avec les évêques, et rejette-t-il le Front Unique avec les trotskystes?

Réponse. - Les évêques sont partis pour le maquis, alors que les trotskystes, sous le couvert de phrases gan.

chistes, étaient au service de Ilitler. Le

P.C.G. a réalisé le Front Unique avec tous ceux qui luttent avec le peuple, et non pas avee ceux qui, sous une phraséologie gauchiste, empêchent le développement du mouvement populaire.

En concluant, l'orateur du P.C.G.

d'explique plus longuement sur les « démocraties populaires » de la manière suivante:

« L'orateur trotskyste nous a dit, dans son discours, que le mouvement des masses n'a donné, ni ne pourra jamais donner la démocratie populaire, qui est un schéma arbitraire, que les démocrates populaires n'ont jamais marqué le moindre succès, qu'elles ouvrent la voie à la bourgeoisie, etc. . » Pour voir dans la réalité, et non pas avec des phrases, si la démocratie populaire est un tait vivant ou non, st elle correspond aux intérêts de la classe ouvriere et des autres couches travailleuses de la population, regardons ce qui se passe aux pays de la « démocratie populaire », en Pologne, en Roumanie, en Hongrie, en Tchécoslovaquie, en Bulgarie, en Yougoslavie, en Albanie.

» Dans tous ces pays, les gouvernements s'appuient sur les vastes organisations de masses, qui embrassent des millions de gens. En cas de danger, ces urganisations sonnent l'alerte et, avec toutes leurs torces, luttent contre la mepace de la réaction. L'ensemble de la période qui commence par la libération de ces pays du joug allemand est carac. térisé par l'activité tumultieuse de ce vaste mouvement démocratique des masses. L'appareil de l'Etat a été épuré dans tous les pays de la démocratie populaire des éléments antipopulaires et collaborateurs. A la place de l'ancien apparell réactionnaire, un nouvel appareil démocratique a été créé. Dans toutes les démocraties populaires, le principe que tout pouvoir vient du peuple et est exercé en faveur du peuple a été proclamé et appliqué.

• Les gouvernements de la démocratie popnlaire ont partout réalisé le dé-

Q VATRIEME IN air séculaire de la paysannerie, ils ont partagé la terre... Ils ont nationalisé toutes les entreprises qui appartenalent aux collaborateurs... Tous ces gouvernements ont pour préoccupation princi pale le relèvement du niveau de vie des masses populalres... On y a résolu la question nationale... Ces régimes sont des démocraties d'un type nouveau, qui viennent du peuple et agissent dans les Intérêts du peuple... Ce ne sont pas des démocraties soviétiques, comme les dé. mocraties des pays de I'U.R.S.S., des pays du socialisme victorieux. Mais ce ne sont pas non plus les vieilles démocraties bourgeoises, dans lesquelles, derrière la formule de la démocratie se cachait la domination politique de la grande bourgeoisie... Les trotskystes se trompent énormément, lorsqu'ils disent

TERNATIONALE qu'en France nous nous trouvons devant une démocratie bourgeoise. En France, la lutte continue, et dans cette lutte nous avons déjà énormément gagné. Nous n'avons pas encore tout gagné, mais on ne gagne que par la lutte, et la lutte est menée par le P.C.F. L'histoire montrera si la France s'achemine vers la vieille république bourgeoise, ou vers la démocratie nouvelle du type populaire.

» Je crois qu'il a été prouvé que le trotskysme, avec le mot d'ordre de la dictature du prolétariat, sert la réaction, car ce mot d'ordre est en dehors de la réalité. Par contre, le mot d'ordre de la démocratie populaire sert la classe ouvrière et tous les travailleurs, et ouvre la voie vers le socialisme.

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