Documents de la IVe Internationale

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La revue › numéro de mai-juin

Manifeste de la IVe Internationale aux ouvriers du monde pour le 1er Mai 1947, journée de lutte mondiale pour le pain, la paix et la liberté

Quatrième Internationale, numéro de mai-juin · mai-juin 1947 · p. 6-9 · 2 541 mots

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E 1e Mai, journée de solidarité ouvrière internationale, a été dès son L origine une journée de lutte pour des objectifs de classe. La tradition fer Mai a survécu aux bourreaux fascistes, qui ont voulu l'usurper. Elle survivra aux dirigeants traîtres réförmistes et staliniens qui veulent imposer au prolétariat « la paix sociale » de soumission aux maîtres capitalistes. Le fer Mai 1947 trouve les travailleurs et opprimés du monde entier en lutte, une fois de plus, pour rejeter le joug de leurs exploiteurs. Après tant d'années rue en réclamant le pain qu'on lui refuse. En Italie et au Japon, des manifestations de dictature et de famine, le prolétariat allemand est à nouveau sorti dans la de masse se suivent sans interruption pour combattre les fléaux de la cherté de la vie et du chômage. En Grèce et en Espagne, de courageux combattants ouvriers ont pris les armes pour se défendre contre des régimes de dictature abjecte. En Chine et aux Indes, de puissantes vagues de luttes grévistes se lient aux mouvements révolutionnaires d'émancipation nationale et sociale. Dans plusieurs pays coloniaux, la lutte anti-impérialiste a pris la forme de la révolte ouverte contre un régime de sang et de boue. Même aux Etats-Unis, dont les impérialistes veulent dominer le monde entier, des centaines de milliers de travailleurs montrent, par leurs actions de classe, que la tradition du fer 'Mai reste vivante dans le pays où elle est née il y a cinquante-huit ans.

Mais ce même 1ºr Mai 1947 trouve aussi l'humanité angoissée toujours à la recherche de la paix, deux années après la fin formelle de la guerre.

Les alliés impérialistes et l'U. R. S. S. ont écrasé ensemble l'Allemagne nazie. Mais, au lendemain de leur « victoire » commune, les profonds antagonismes qui les entredéchirent et les opposent éclatent au grand jour. POUSSES PAR LEUR DEVELOPPEMENT CAPITALISTE PLETHORIQUE, LES ETATS-UNIS ONT COMMENCE UNE COURSE EFFRENEE D'EXPANSION IMPERIALISTE DANS LE MONDE ENTIER.

Doté d'un appareil productif qui a doublé sa puissance déjà énorme d'avant guerre, regorgeant de richesses et, armé de l'apocalyptique bombe atomique, l'impérialisme yankee s'élance vers la domination mondiale pour ajourner la prochaine catastrophe économique, plus dévastatrice encore que celle, de 1929 dont le souvenir le hante.

L'expansion impérialiste américaine se réalise sous des formes nouvelles et complexes. Les capitaux, les produits industriels et agricoles des Etats-Unis restent l'arsenal dans lequel continuent à puiser les pays capitalistes affamés,

You affaiblis par la guerre impérialiste. Du Japon à la Turquie, de la Grèce à l'Angleterre, le soutien américain sous forme de prêts, de livraisons, de machines, de charbon ou de blé, devient une question de vie ou de mort pour la bourgeoisie de ces Etats.

L'écart entre la faiblesse de ceux-ci et la puissance yankee est devenue énorme. A côté de cette puissance, la superbe Albion de jadis, la seule autre puissance capitaliste d'importance mondiale, fait figure de parent pauvre qui a connu une euphorie toute passagère, grâce surtout aux marges que lui a accor dées le prêt américain et à l'absence momentanée d'une concurrence effective sur les marchés mondiaux de la part des Etats-Unis. Washington est devenu la nouvelle Mecque de pèlerinage des ministres capitalistes qui viennent implorer une aide urgente pour éviter un désastre immédiat ou prochain de leur économie ébranlée.

Poussés inexorablement dans la voie de l'ingérence brutale dans le monde entier, les Etats-Unis ont ainsi franchi par bonds les étapes, qui ne correspondent plus au dynamisme de leur développement. A la doctrine de Monroë, à l'isolationnisme panaméricain, à la pénétration « pacifique » des marchés mondiaux, à l'« amitié des Quatre Grands » et à l'esprit des « Nations Unies » succède maintenant la « diplomatie atomique » inaugurée par Byrnes et formulée le plus clairement dans le discours du président Truman du 12 mars 1947 devant le Congrès américain.

Cette diplomatie « atomique » et la « doctrine de Truman » qui la couvre sont la proclamation cynique des buts de domination mondiale de l'impéria6 lisme américain et de sa croisade ouverte contre I'U. R. S. S. et le communisme.

Elles ont su créer, au cours des derniers mois, une véritable atmosphère de guerre et orchestrer/une gigantesque campagne antisoviétique et anticommuniste dans le monde entier.

L'impérialisme yankee est aujourd'hui le centre de mobilisation et de regroupement des pires pires forces de la réaction mondiale. Sous le couvert mensonger de la défense de la « démocratie » menacée par le nouveau « totalitarisme» russe, Washington s'ailie au Japon avec Hirohito et avec la caste des féodaux capitalistes, contre les assauts des masses japonaises; arme en Chine Tchang Kai Chek, qui lance ses troupes contre le Yenan ; consolide la dictature en Iran et en Turquie; appuie en Grèce la monarchie réactionnaire de Tsaldaris-

Maximos; intrigue avec ses complices au Vatican en Italie; encourage de Gaulle en France.

Aux Etats-Unis mêmes, les mesures réactionnaires contre les libertés syndicales et politiques s'accentuent: adoption d'une législation antiouvrière par la nouvelle majorité républicaine du Congrès; projets d'interdiction du parti communiste; campagne anticommuniste effrénée dans la presse, à la radio et par les hommes politiques et les leaders syndicalistes à la solde de Washington et des trusts américains.

Toute cette politique vise, à l'étape actuelle, à ouvrir à l'impérialisme yankee les marchés que bloquent, en Europe et en Asie, l'occupation et le contrôle soviétique, ainsi que le marché représenté par lU. R. S. S. elle-même.

Dominée par la bureaucratie soviétique, l'U. R. S. S. semble de plus en plus incapable de riposter sérieusement à cette pression conjuguée des moyens économiques, politiques et militaires utilisés par l'impérialisme yankee.

Une pareille riposte n'aurait été possible qu'à travers la mobilisation révolutionnaire des masses. Mais celle-ci est paralysée, sabotée et trahie systématiquement par la politique des partis communistes, dictée par le Kremlin qui, en tant qu'expression du régime bureaucratique en U. R. S. S., a également freiné de plus en plus les possibilités de développement économique du pays.

La bureaucratie soviétique est actuellement aux prises avec des difficultés économiques et sociales grandissantes en U. R. S. S. et dans les pays qu'elle contrôle en Europe et en Asie.

Malgré le pillage et les réparations prélevées sur la production des. pays occupés, l'économie de l'U. R. S. S. ravagée par la guerre ne se relève que lentement, de facon totalement disproportionnée par rapport à la puissance économique énorme du capitalisme américain.

Les méthodes bureaucratiques et policières par lesquelles règne la caste privilégiée des administrateurs de l'économie planifiée et de l'Etat russe, caste sur laquelle s'appuient les maîtres du Kremlin, ont tué l'enthousiasme des masses soviétiques, abaissant la productivité du travail, désorganisant l'économie et raspillant le revenu national.

L'Union soviétique était entrée dans la deuxième guerre mondiale dans un état de crise •latente, qui se manifestait surtout par la baisse de la producbureaucratique ont de désorganisation, qui ne peuvent être éliminés définitivement que par initiative et le contrôle des masses dans toutes les sphères de la vie sociale.

La vérité, c'est que, sous le régime actuel de la bureaucratie soviétique, PU. R. S. S. s'achemine vers une crise économique et sociale inévitable, que l'impérialisme s'efforce d'exploiter pour en finir en même temps avec tout ce qui reste encore des conquêtes de la Révolution d'octobre 1917: la collectivisation de la propriété, la planification de l'économie et le monopole étatique du commerce extérieur.

D'autre part, la croyance que le stalinisme entretient dans les masses ouvrières des pays capitalistes d'un acheminement lent mais sûr vers le socialisme, par d'autres voies que celles de la révolution prolétarienne, dans les pays occupés ou contrôlés par l'U. R. S. S., n'est qu'un mythe mensonger.

La vérité, c'est que, malgré les conditions entièrement favorables à l'abolition du système capitaliste et à la prise du pouvoir par le prolétariat, qui existaient dans tous ces pays au lendemain de la guerre, ni en Pologne, ni en Tchécoslovaquie, ni en Roumanie, ni en Bulgarie, ni en Yougoslavie, la classe capitaliste n'a été réellement expropriée et nulle part le pouvoir étatique n'est passé aux mains des ouvriers et des paysans.

pays, beaucoup d'actionnaires capitalistes des entreprises « nationalisées » ont touché des indemnisations qu'ils font fructifier dans d'au- Dans tous ces tres entreprises privées, tandis que les politiciens véreux et les généraux réac-

Tataresco et les Georghieff coudoient dans les fauteuils minis. tériels les «authentiques » représentants des partis « communistes». tionnaires,

Dans tous les autres pays capitalistes, les partis communites sur lesquels se concentra, durant et au lendemain de cette guerre, l'espoir immense de millions d'ouvriers et de paysans, qui voudraient s'arracher enfin au chaos sanglant du capitalisme, n'ont obéi qu'aux exigences de la politique internationale de la bureaucratie soviétique en quête d'alliances et de compromis avec la bourgeoisie.

Au lendemain de la guerre, dans la plupart des pays de l'Europe et des colonies, le pouvoir de la bourgeoisie et de l'impérialisme n'était que fictif. Mais les partis communistes ont choisi la voie des fauteuils ministériels plutôt que la voie révolutionnaire à la tête des masses, à l'assaut contre les citadelles ruinées du capitalisme. Grâce à leur sens du « devoir national », qui, en toute circonstance, a passé devant l'élémentaire devoir de classe, ils ont poussé le prolétariat dans la voie du replâtrage du capitalisme, de la réconstitution de l'appareil d'Etat bourgeois, de l'accroissement de la production capitaliste, aussi bien en France qu'en Italie, en Belgique et ailleurs. capitalistes, est due principalement aux sacrifices que les chefs staliniens ont La reprise économique qui s'est manifestée, ici et là, dans certains pays fait accepter par la classe ouvrière. Freinée par l'appareil syndical entre les mains des réformistes et des staliniens, celle-ci n'a su résister que dans des combats sporadiques à cette pression continue de la bourgeoisie, qui a été ainsi encouragée à accentuer partout son offensive économique.

Mais, tandis que les capitalistes accumulent des profits substantiels, nulle part le prolétariat n'a profité du « relèvement national ». Au contraire, son niveau de vie a partout baissé sous la pression de la hausse des prix, de l'avilissement de la monnaie, du blocage des salaires et des restrictions alimentaires.

Et tandis que la réaction bourgeoise reprend peu à peu confiance en elle. même et projette de revenir de nouveau aux régimes « forts » d'avant guerre, les partis communistes, plus désorientés que jamais, à la suite de la longue série de déceptions et de «trahisons» que leur ont. fournie successivement tous leurs alliés « démocrates » et « antifascistes », de Churchill à de Gaulle, se au jour le jour, sans programme et sans perspectives. livrent à une politique

Coincé entre la pression grandissante de l'impérialisme américain et la politique réactionnaire et démoralisante du stalinisme, produit de la dégénérescence bureaucratique avancée de l'U. R. S. S., le monde d'aujourd'hui se decompose dans une longue agonie, dans des convulsions et des crises qui conduiraient inévitablement à la troisième guerre apocalyptique de l'ère atomique. Il faut rouvrir devant tous les travailleurs les perspectives de la révolution socialiste, qui reste plus que jamais la seule issue de l'humanité enlisée dans les marécages de la décadence capitaliste et de la dégénérescence de l'U. R. S. S.

Il faut que le prolétariat reprenne entre ses mains son propre sort, qu'il se libère de la tutelle néfaste des agents de l'impérialisme et de la bureaucratie soviétique, et que l'émancipation des travailleurs devienne effectivement « l'œuvre des travailleurs eux-mêmes ».

Il faut que le mouvement ouvrier arrive à vaincre, par sa propre force et par ses propres méthodes, la gangrène du stalinisme, fossoyeur de la Révolution d'Octobre et de la révolution socialiste mondiale, avant que l'impérialisme n'arrive à déclencher sa guerre, qui précipiterait inévitabiement l'humanité dans la barbarie.

Le prolétariat et les masses exploitées du monde entier restent une source inépuisable d'énergie révolutionnaire.

Par des combats de classe incessants durant la phase finale et au lendemain de cette guerre, aussi bien en Europe qu'en Amérique et aux colonies, la preuve est faite a nouveau de la volonté farouche des masses de s'arracher de l'enfer capilaliste, contre les Cassandre, les pessimistes et les sceptiques petits-bour geois de toute sorte qui accusent le prolétariat d'avoir perdu son dynamisme révolutionnaire et qui doutent de sa mission historique de conduire l'humanité au socialisme.

La cause des échecs, la désorientation des combats, l'absence de perspectives incombent exclusivement aux directions traditionnelles du mouvement ouvrier, aux reformistes et aux staliniens qui, par leur politique opportuniste et par leur couardise petite-bourgeoise devant le capital, freinent, paralysent et 8 conduisent définitivement à la défaite chaque grand sursaut révolutionnaire des masses.

Des millions d'hommes sont venus, par la récente guerre, au mouvement révolutionnaire,

Mais, comme par le passé, ils se heurtent à leurs propres directions bureaucratiques conservatrices, « La crise actuelle de la civilisation humaine est la crise de la direction prolétarienne », a déclaré dès sa naissance la Quatrième Internationale.

Ceci est plus vrai que jamais. Pour arrêter la nouvelle course de l'humanité à la réaction, au fascisme et à la guerre, il faut que les ouvriers avancés se groupent autour de la Quatrième Internationale et de son programme, fondé sur l'expérience internationale de la lutte émancipatrice du prolétariat et de tous les opprimés en général.

Retour à Lénine et à la politique de classe du socialisme révolutionnaire pour éviter le désastre !

Le salut de l'humanité ne peut venir que du socialisme, œuvre du mouve ment ouvrier affranchi de la tutelle des agents perfides de l'impérialisme et du stalinisme dégénéré.

OUVRIERS ET PAYSANS DE TOUS LES PAYS CAPITALISTES!

ORGANISEZ, ELARGISSEZ, GENERALISEZ VOTRE LUTTE POUR UN NIVEAU DE VIE DECENT CONTRE L'EXPLOITATION • ACCRUE DU CAPITALISME!

UNISSEZ-VOUS DANS LA LUTTE DE CLASSE SANS REPIT CONTRE LES NOUVELLES MENACES DE FASCISME ET DE GUERRE.

ROMPEZ AVEC VOS DIRECTIONS REFORMISTES ET STALINIENNES, QUI FREINENT SYSTEMATIQUEMENT VOTRE LUTTE DE CLASSE ET VOUS CONDUIRONT INEVITABLEMENT ENCORE A LA DEFAITE. UNISSEZ VOUS POUR LA LIBERTE DES PEUPLES COLONIAUX, POUR LEUR INDEPENDANCE TOTALE, CONTRE LA TYRANNIE DE LA DOMINATION IMPERIALISTE.

UNISSEZ-VOUS POUR UNE PAIX SANS ANNEXIONS LE CADRE DES TIONS, SANS ESCLAVAGE D'AUCUN PEUPLE, DANS SANS REPARA ETATS UNIS SOCIALISTES SOVIETIQUES D'EUROPE ET DU MONDE !

OUVRIERS ET PAYSANS DE L'UNION SOVIETIQUE!

IL FAUT RENVERSER LA BUREAUCRATIE BONAPARTISTE STALINIENNE ET ASSURER LA REGENERESCENCE DEMOCRATIQUE ET SOCIALISTE DE L'U.R.S.S. POUR PERMETTRE UN NOUVEAU PROGRES ECONOMIQUE ET DEFENDRE CE QUI RESTE DES CONQUETES D'OCTOBRE CONTRE LA MENACE IMPERIALISTE,

OUVRIERS ET PAYSANS DE TCHECOSLOVAQUIE, DE POLOGNE, DE ROUMANIE, DE BULGARIE, DE YOUGOSLAVIE!

LE TRIOMPHE DE LA REVOLUTION PROLETARIENNE EST IMPOSSIBLE SANS LA LUTTE CONJUGUEE CONTRE LA BOURGEOISIE, CONTRE LES RESTES DES CASTES SEMI-FEODALES ET CONTRE LA POLITIQUE DES PARTIS COMMUNISTES QUI PARTAGENT LE POUVOIR AVEC LES REPRESENTANTS DE CES CLASSES REACTIONNAIRES ET SUBORDONNENT TOUTE LEUR ACTION AUX DIRECTIVES DE LA BUREAUCRATIE SOVIETIQUE.

PEUPLES COLONIAUX!

VOTRE LUTTE EMANCIPATRICE CONTRE LE JOUG DE L'IMPERIALISME ET CONTRE TOUT REGIME D'EXPLOITATION NE PEUT ABOUTIR SI ELLE N'EST PAS MENEE SOUS LE DRAPEAU DE LA REVOLUTION PROLETARIENNE SOCIALISTE ET DE L'UNION/FRATERNELLE AVEC LE PROLETARIAT MONDIAL, POUR LE TRIOMPHE DE LA REVOLTION SOCIALISTE INTERNATIONALE.

VIVE LA REVOLUTION SOCIALISTE MONDIALE!

VIVE LES ETATS UNIS SOCIALISTES SOVIETIQUES DU MONDE!

Le Secrétariat International de la IV° Internationale (Parti Mondial de la Révolution Socialiste), PREMIER MAI 1947

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