Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

La revue › numéro de juillet-août

Les livres

M. Corvin et H. et P. F. · Quatrième Internationale, numéro de juillet-août · juillet-août 1947 · p. 52-55 · 2 672 mots

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de David ROUSSET

Le premier ouvrage de David Rousset, L Uniers concentrationnaire souleva dans les milieux révolutionnaires bien •des espoirs mais aussi certaines appré*. hensions. Les Jours de notre mort viennent décevoir les premiers et justifier les seconds.

La différence entre les deux livres ne vient pas seulement de ce que le second traite sous une forme romancée •ce que le premier avait abordé sous l'angle de l'étude, Il y a surtout un recul très net dans l'interprétation révolution.

naire, cependant encore confuse, que

L'Univers concentrationnaire donnait de l'expérience des camps de concentration.

Il est visible que le souci de l'auteur a été de taire un ouvrage assez audacieux et original pour qu'il puisse se dif férencier de tout ce qui a été écrit à ce sujet, mais également assez éclectique pour toucher un grand public. Il faut reconnaître que ce but fut pleinement atteint. Toutes les idéologies peuvent se sentir à la fois heurtées et flattées par cette apparente objectivité -saut la pensée révolutionnaire qui est délibérément oubliée.

Nous laisserons de côté l'aspect littévraire où cependant par un emploi désordonné de la « simultanéité » et de la : peinture violente, se traduit le désir d' c épater » plus que celui de trouver un langage nouveau. Mais Rousset a très bien compris que ce qui ferait le o succès de son livre serait de mettre en évidence le côté politique et social de son sujet. Seulement, voulant le faire sans prendre position, il ne pouvait en sortir atteun enseignement et par cela même il permet qu'en soient tirées des conclusions fausses

Ce qui Trappe d'abord c'est la place primordiale qui est donnée à l'examen de la vie de l'aristocratie dirigeante des camps. Plus particulièrement encore aux combinaisons qui se passent entre les différents groupes d'intérêts et fractions politiques dans les sommets dirigeants. L'importance qu'il donne à ce côté du problème concentrationnaire, et l'aspect schématique qu'il prend sous sa plume, sont typiques d'un esprit bureauF 52 cratique porté à considérer l'intrigue comme la base essentielle de la strategie politique. Comme Rousset n'a pas encore oublié sa formation marxiste, il a pris garde de placer, en arrière-plan de son action, les réalités politiques de la période. Mais cela est fait avec tant de prudente discrétion que les leçons politiques qui auraient dû en découler sont complètement étouffées. La signification révolutionnaire du rôle des politiques allemands, de l'attitude de certains civils allemands, le rôle réactionnaire des « résistants purs » et surtout la responsabilité écrasante de la politique stalinienne et de certains responsables du P.C.F., tout cela est escamoté, detorme, rendu sans signitication dane un méli-mélo de narrations brillantes mais creuses. Et cela amêne à donner, en conclusion de cette si riche et si terrible expérience, un lieu commun humanitaire de ce genre :

« Nos systèmes du monde ne se ressemblaient guère, mais plus profondément, plus lointainement se maintenait notre affirmation en la grandeur créatrice de la vie, de sa puissance, - la foi absolue en son triomphe, nous n'avons jamais cru au désastre final de l'humanité. C'est qu'elle est collectivement lexpression la plus haute, la plus fonte de la gente witale dans l'histoire du monde. »

Mais la désaffection de Rousset vis-àvis de la pensée révolutionnaire s'exprime aussi dans ce livre d'une manière encore plus directe et plus affligeante. Cet ouvrage fut en effet composé pour une large pant sur la base des expériences de plusieurs militants trotskystes déportés. Rousset utilise largement les témoignages qu'ils lui ont apportés sans jamais mentionner leur appartenance politique. Qu'il ait été déporté avee trois autres militants du P.C.I. pour avoir été impliqué (accidentellement et par erreur pour ce qui le concerne) dans une affaire de propagande au sein de l'armée allemande ; que ce soit un militant trotskyste qui ait fait évader des communistes russes: que Marcel fie, mort a Dora, ait été

QUATRIE ME dirigeant du P.C.I. : cela Rousset oublie de le préciser. Et cela ne constitue pas seulement une trahison vis-a-vis de ses ex-camarades politiques, c'est également un faux politique dont il est le premier à comprendre toute l'importance. Car, en effet, sans cette omission il aurait dû donner une autre signification aux intrigues politiques entre les différentes fractions dirigeantes. Il aurait de dire que dans les camps, comme dans tout le mouvement ouvrier mon= dial, existe une idéologie et une organisation révolutionnaire apportant des perspectives et des solutions que ni les * résistants », ni les staliniens d'aucune tendance ne peuvent apporter.

Mais manifestement, de cela, Rousset

6 MANAGERIAL L ES bourgeois d'Europe font du bruit au sujet de ce livre qui eut aussi son moment de succès aux Etats-Unis, en 1941, L/auteur, J. Burnham, tait la scission dans le Socialist Workers Party en affirmant que le so cialisme était un ‹ idéal moral », il rompit avec le Workers Party en déclarant qu'il n'était plus marxiste, si tant est qu'il l'avait jamais été. Il se disait alors pour un « troisième camp › dans la guerre, celui des masses, et traitait avec un mépris professoral les bolcheviks-léninistes qui, fidèles au marxisme, se refusaient à avoir une politique * souple >, « expérimentale ». Depuis lors. Burnham a poursuivi l'évolution de son idéal moral, de sa souplesse et de ses expériences. Il vient de faire paraître en Amérique La lutte pour le monde. Dans ce livre, il développe la thèse suivante: nous sommes dans l'ère atomique, une guerre pourralt entraîner l'annihilation totale de la vie humaine. Pour l'instant, les Etats-Unis sont seuls à posséder l'arme atomique. Le danger d'une gue.re annihilatrice ne pourrait exister que si l'U.R.S.S. avait le temps de mettre cette arme au point. Or l'U.R.S.S., pour ce professeur, c'est Staline, de communisme, ete. Pour éviter une telle calamité, les EtatsUnis doivent seuls dominer le monde. Burnham reproche à Wall Street sa politique d'oscillations au lieu de se livrer à une guerre préventive, avec bombes atomiques sur le Caucase, Moscou et une douzaine de centres industriels soviétiques. Une guerre qui serait, bien entendu, courte. Ainsi done, ayant rompu avec le parti prolétarien, en 1939, sous la pression de l'opinion ne voulait pas parler. Il faut bien nous" en rendre compte en abordant la carrière littéraire il rompt définitivementavec un idéal politique dont déjà pendant la guerre il s'éloignait progressivement.

Mais le ton de l'ouvrage tout entier nous fait craindre que cette rupture soit moins causée par des divergences politiques réelles que par un désir à priori de parvenir rapidement sur le terrain littéraire à une notoriété que la politique révolutionnaire était trop lente, à son gré, a lui apporter.

En fermant Les Jours de notre mort on évoque malgré tout la carrière des Malraux et des Koestler.

M. CORVIN. REVOLUTION " de J. BURNHAM petite bourgeoise démocratique contre l'alliance des totalitaires (pacte HitlerStaline), le partisan du « troisième camp » hypothétique échoue dans le camp de l'impérialisme américain, a qui il donne des leçons comme il voulait en donner jadis à la classe ouvrière. Le plus clair de l'histoire, c'est sur tout que « l'idéal moral » de Burnham est d'écrire, dans le domaine d'une so ciologie pseudo-savante, le best seller pour Babbitt troublé par les événements que nous traversons.

The managerial revolution fut conçu au lendemain du pacteHitler-Staline. Dans ce livre, Burnham tene de démontrer que la société n'évolue pas vers le socialisme, que le prolétariat ne s'avère pas du tout capable de remplir la mission historique dont parle Marx, que différents exemples (stalinisme en U.R.S.S., fascisme en Italie, nazisme en Allemagne, New Deal aux Etats-Unis) montreraient que l'évolution de la société va dans le sens d'une nouvelle societé exploiteuse dans laquelle les moyens de production seraient possédés en collectivité par une elasse de. directeurs, de techniciens, etc.

Amalgamer PU.R.S.S. du plan quinquennal, l'Allemagne nazie et l'Amérique du New Deal n'était possible que par quelqu'un qui n'a qu'une compréhension très superficielle des phénomènes économiques et des rapports sociaux. Le New Deal de Roosevelt, le « plan » de Gæring, loin de porter atteinte au capitalisme américain vu au capitalisme allemand en faveur d'on ne sait quelle classe de a managers › étaient des systèmes de mesures destinées à organiser ces capitalismes

Q E dans des conditions spécifiques bien déterminées et pour des buts précis. Dans le livre du camarade Thomas, dont nous publions un extrait dans ce numéro, on trouvera une analyse des tendances actuelles du capitalisme qui fait table rase entre autres des conceptions à la Burnham.

Sur I'U.R.S.S, ce professeur qui, à travers tous ses travaux, semble souffrir d'un complexe vis-à-vis de la question du pouvoir politique, est obnubilé par la puissance de la bureaucratie. Il glisse sur le mode de production planitié collectif et s'étend sur le mode de répartition où la bureaucratie se taille une part monstrueuse. Il ne faut pas espérer trouver chez Burnham une explication historique de ce phénoméne. Il en est ainsi, et cela lui suffit pour bâtir sa théorie de la « managerial revolution ».

Ce nouveau révisionnisme de Marx n'a pas connu un sort meilleur ou plus durable que les précédents. Les explications fantaisistes de Burnham peuvent encore impressionner pendant une saison les techniciens, directeurs et autres petits bourgeois d'Europe, dépassés par les gigantesques événements sociaux et qui ont l'illusion qu'ils ont à diriger le monde, ce monde que le capitalisme a mené à la plus hideuse des faillites et en face d'un prolétariat qu'ils jugent du haut de leur petit bagage technique.

L'édition française du livre du nouveau champion de l'impérialisme amé-

"J'AI CHOISI

Ce livre très dense de 638 pages, expose comme son sous-titre l'indique • la vie publique et privée d'un haut fonctionnaire soviétique » qui s'est échappé de l'enfer stalinien au cours de la seconde guerre, pendant qu'il • se trouvait aux Etats-Unis, membre d'une mission soviétique.

Les livres de Krivitsky et de Barmine, déjà avant la guerre, donnèrent un aperçu de certains des rouages de l'appareil stalinien. Mais le livre de Kravchenko est un témoignage beaucoup plus important. Fils d'un ouvrier révolutionnaire plusieurs fois emprisonné par le tsarisme, il adhéra aux Jeunesses communistes, puis au parti bolchevik aussitôt que son age le lui permit, c'est-à-dire peu après la fin de la 54

RNATIONALE ricain est préfacée par le vieil agent de cet impérialisme, Léon Blum, qui, dans son style irritant, prétend défendre le socialisme contre Burnham, Il laisse de côté ce que le livre contenait sur l'Amérique du New Deal et l'Allemagne nazie. Sur l'U.R.S.S., il n'apporte, pas plus que Burnham, la moindre explication historique. Il tourne à côté du mode de production soviétique, car il ne tient pas à aborder la question de la révolution d'octobre. Comme Burnham, il s'accroche aux inégalités sociales en U.R.S.S. Il admet qu'il faut au socialisme une « élite de directeurs », il dit aussi que le socialisme n'a jamais réclamé une rémunération uniforme pour toutes les variétés et toutes les qualités de travail. Mais si les différenciations sont si grandes, c'est — selon Blum — qu'il manque en U.R.S.S. la « démocratie », pas la démocratie pro létarienne, mais cette entité au-dessus des classes que Blum défend depuis 1917 contre le bolchevisme de Lénine et de Trotsky, une • démocratle > qui fait de lui et de son parti le gérant loyal du capitalisme.

Entre Blum et Burnham, ce n'est qu'une querelle de mots. L'un, avec sa ‹ managerial revolution >, l'autre, avec son « socialisme démocratique » se retrouvent dans le même camp du capitalisme américain qui, pour se survivre, compte encore beaucoup plus sur la bombe atomique que sur leurs idéologies éphémères.

H. LA LIBERTÉ " de V. A. KRAVCHENKO guerre civile. Par son appartenance à ces organisations et par les études d'ingénieur qu'il fut amené à faire, il se trouva pris d'abord dans l'entreprise de la collectivisation à outrance, puis dans la vaste industrialisation de l'Union soviétique. Il passa ainsi dans la campagne ukrainienne, dans les villes ukrainiennes, en Sibérie, dans l'Oural... Il finira par monter dans l'appareil jusqu'au Conseil des commissaires du peuple de la République fédérative soviétique russe. Il nous introduit auprès des sommets staliniens, en même temps qu'il donne un tableau poignant des privations et des sacrifices des masses travailleuses de Russie et un aperçu du régime de travail forcé et des camps de concentration.

INT

QUATRIEMEIN Du haut en bas de l'échelle sociale, un élément se retrouve omnipotent et tout-puissant, le Guépéou aujourd'hui désigné par les initiales N.K.V.D. Cet organisme est à l'école, il est au Conseil des commissaires du peuple, il est à l'armée, il est dans la maison d'habitation, il est à l'étranger, il est dans la famille. Le livre de Kravchenko apporte aussi une illustration très vivante des épurations qui se produisirent à plusieurs reprises et plus panticulièrement à l'époque des procès de Moscou. L'auteur déclare à plusieurs reprises que personne en U.R.S.S. ne croyait aux accusations et aux aveux des accusés. Il montre avec un relief saisissant comment des dizaines et des centaines de milliers d'innocents furent l'objet de ces épurations sur la seule base de la terreur du Guépéou, de la peur et de la délation réciproque de crimes inexistants.

Ce documentaire montre à la fois comment la Révolution d'octobre a libéré des forces gigantesques, comment des ouvriers, des ouvrières, des paysans, des paysannes ont pu accéder à l'instruction la plus élevée, aux postes les plus hauts de l'économie et de l'Etat, et comment le régime bureaucratique gaspille ces forces, les prive le plus souvent de la possibilité de s'épanouir, les détruit : il montre comment la société soviétique s'est développée malgré et contre le régime stalinien. Il montre aussi que cet énorme appareil bureaucratique est loin d'être homogène, monolithique, aveugle ; il montre au contraire que, même dans les sommets, aux postes les plus responsables, à côté des fripons, des canailles, des pleutres, des lèche bottes, il y a des milliers et des milliers d'hommes qui rongent leur frein en silence dont le cœur est plein de fiel contre le régime policier, qui se taisent pance qu'ils ne voient pas ce qu'ils peuvent faire, sauf quelques gestes ou actes furtifs de sympathie aux victimes, quand le Guépéou ne peut les voir.

Une des parties les plus intéressantes du livre est relative à la situation

TERNATIONALE en U.R.S.S. pendant la guerre. Non seulement il est fait table rase de la « prévoyance » et du « génie » staliniens. Non seulement il est donné un tableau émouvant des souffrances des masses soviétiques. Mais Kravchenko qui -c'est un mérite qu'il faut lui accorder — a toujours gardé un contact avec les masses, même lorsqu'il se trouvait au sommet de la pyramide bureaucratique, nous montre ces masses profondément attachées à la cause de la révolution prolétarienne, se sacrifiant non pour • Staline mais contre le retour du capitalisme.

Ce livre de grande valeur à titre documentaire nous montre également que chez les nombreux Kravchenko qui se ¡trouvent dans l'appareil stalinien sévit la confusion la plus complète. Il ne comprend rien de ce qui s'est passé. Son explication est des plus vulgaires : la plupart des Russes sont bons, généreux... mais il y a une clique de méchants avec Staline qui a pris le pouvoir et qui fait régner la terreur au moyen du N.K.V.D. Pourquoi cela a-t-il pu se produire ? Ce bureaucrate qui a appris le marxisme à l'école stalinienne se montre incapable de s'en servir pour procéder à une analyse du développement de la société soviétique et, tombant dans le libéralisme petit-bourgeois, il finit par voir le progrès de l'humanité dans l'impérialisme américain.

Kravchenko déclare que les masses soviétiques ont besoin, pour se libérer, d'une aide extérieure et c'est à cette fin qu'il a quitté l'U.R.S.S. Les masses soviétiques ont effectivement besoin d'une aide extérieure pour s'affranchir du joug stalinien, mais cette aide ne peut provenir de l'impérialisme américain qui serait amené à y rétablir le capitalisme avec un régime de dictature qui pourrait faire palir celui de Hitler ou de Staline. L'aide qui permettra aux travailleurs soviétiques de détruire la klictature du N.K.V.D., c'est la lutte prolétarienne internationale.

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