Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

La revue › numéro de mars

Le crédit américain à la Grande-Bretagne

Quatrième Internationale, numéro de mars · mars 1946 · p. 27-28 · 1 157 mots

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(Extrait de la Revue « Fourth International », Février 1946)

Le 6 décembre 1945, après trois mois de marchandages, de récriminations, de menaces et de contre-menaces, les représentants de Wall-Street accordèrent à la Grande-Bretagne un crédit de 4,4 milliards de dollars à 2 % remboursable en cinquante ans. Ce prêt n'est pas versé en une fois, mais peut étre réparti en cing années et utilisé pour des buts très précis. Des accords commerciaux sont liés à ce crédit. Les deux Parlements ont accepté ce prêt et voté ces accords. Le Congrès ne s'est pas encore prononcé.

Ce crédit et les stipulations qui y sont attachées a provoqué une tempête de protestations à Londres. Les diplomates anglais ont commencé des négociations confidentielles, espérant non seulement l'abrogation des obligations du prêt et bail, mais également une concession ou même un don allant jusqu'à 6 milliards de dollars. Ils ont été profondément déçus. Au lieu de cela, ils ont dû accepter un prêt, dont presque un cinquieme (à peu près trois-quarts de milliard) sert a la balance du prêt et bail.

Hugh Dalton, chancelier de l'Echiquier, s'est lamenté sur les conditions limitées de ce prêt. Un Tory du Parlement déclarait que c'est un < Munich économique ». Lord Woolton, de la Chambre Haute, se plaignait de la soumission de & nos justes droits à la puissance du dollar ». ‹ L'Economist » anglais, la publication économique la plus autorisée d'Angleterre, déclarait que c'est « une pilule amère ». La « Tribune » anglaise, organe de la ‹ gauche travailliste », appelait cela « un commerce féroce ›. Il n'est pas du tout ditticile de trouver une explication à ces protestations universelles.

D'abord, jetons un regard sur les stipulations de ce crédit. D'après les représentants de Wall Street, elles sont très généreuses. Cette « générosité » se montre dans le caleul des intérêts payables dans une période de 55 années. Ainsi, le taux se ramène à 1,62 pour cent ou un taux plus bas que celui payé par la Trésorerie des Etats-Unis pour quelques-uns de ses propres emprunts. Pourtant, ce qui est omis dans la démonstration de cette générosité impérialiste, c'est de dire qui portera les charges, Lorsque cela sera ajouté, nous en aurons une Image tout à fait différente,

D'après les stipulations du prêt, il est dit que les versements annuels pendant 50 ans se monteront à environ 140 millions de dollars, ou, comme le démontre la « Tribune > anglaise, ‹ un tribut représentant presque le double de ce qui a été exporté de ce pays en Amérique chaque année avant 1939 >.

Il n'est guère possible que les exportations britanniques vers l'Amérique se montent à une somme aussi élevée que ces paiements annuels pendant une période prolongée, D'autre part, les exportations américaines vers l'Angleterre se sont élevées à des sommes doubles et même triples. La question se pose naturellement : comment est-ce que l'Angleterre, pays actuellement débiteur, peutelle payer ces importations, sans parler du crédit américain ? La réponse, naturellement, c'est qu'elle ne peut pas et qu'elle ne payera pas. Elle s'endettera de plus en plus, devenant aussi servilement dépendante de Wall Street que le furent les débiteurs de l'Angleterre dans le passé.

La comptabilité américaine marque encore un crédit que l'Angleterre n'a pas remboursé après la première guerre mondiale, Ce crédit s'élève à peu près à la même somme que le crédit actuel. Même lorsque l'Angleterre était encore un pays créditeur, elle s'est montrée incapable de porter une charge qui lui porter maintenant ? Wall Street le sait est imposée aujourd'hui. Peut-elle la bien. Ce crédit fut imposé, précisément, pour transformer l'Angleterre en débiteur insolvable. Comme par hasard, les accords du crédit stipulent des conditions précisément pour ce cas. Qui est plus à la merci d'un créditeur qu'un débiteur insolvable ?

•Les aecords sont encore plus onéreux

Les stipulations du crédit sont rigides, mais les accords liés à celui-ci sont encore plus onéreux. Contre les dollars yankee, l'Angleterre a été forcée de renoncer formellement à sa position finanà la Grande

(Extrait de la Revue « Fourth In

TV: ANTERNATLONALE cière dominante vieille d'un siècle. Elle a dû signer les accords de Bretton Woods, De ce fait, la livre sterling est dorénavant dépendante du dollar " de Wall Street. A

Dans un an, le « bloc sterling » doit être dissous, dénouant ainsi sans réparation possible les liens de l'Empire britannique,

Ces deux coups parallèles font s'effondrer le . rêve britannique de, consti tuer Bloc Occidental comme contrepoids à la prépondérance du colosse transatlantique.

Une brèche également profonde est faite dans l'Empire britannique par une autre stipulation qui force l'Angleterre à abandonner" son a systeme préférentiel * de commerce. Dans une année, elle doit abroger toutes les restrictions » des importations américaines vers la Métropole, les dominions, les colonies, les pays sous mandats, etç.. de plus imposé à l'Angleterre de dege. Pour avoir une garantie double, il est ler, de diminuer, qu de rembourser ses immenses dettes vis-à-vis de ses propres colonies et des pays de l'Amérique latine. Examinées superficiellement, ces mesures peuvent apparaitre comme étant un allégement pour l'Angleterre; en réalité, c'est plutôt des mesures qui aggravent encore sa situation. Plus elle réusstra à abaisser ou à rembourser ses dettes sterling, plus il sera difficile à l'Angleterre d'entrer dans des accords commerciaux à long terme avéc ses créditeurs trompés, plus il sera facile pour Wall Street de la chasser des marches traditionnels, spécialement l'Egypte, les Indes et l'Amérique latine.

Après la première guerre mondiale, la France s'est trouvée dans une situation vis-à-vis de l'Angleterre que Léon Trotsky caractérisait comme celle du « dernier dominion de l'Angleterre. Aujourd'hui, l'Angleterre se trouve dans une position similaire vis-à-vis des BtatsUnis.

Loin d'améliorer les relations entre les deux « démocraties », ce crédit et les accords ne peuvent qu'aggraver les relations. Ceci est reconnu officiellement par la presse capitaliste aussi bien en Amérique qu'en Grande-Bretagne.

« La réaction hostile de la GrandeBretagne contre les Anglo-Américains n'est pas une humeur passagère du moment. Elle deviendra probablement moins bruyante... Mais ce nouvel obstacle entre les relations de la Grande-Bretagne et des E.-U. ne disparaîtra pas uniquement parce qu'on en parlera moins dans les journaux ef au Parlement. » (New York Times, 15, décembre 1945),

D'autre part, il y a déjà eu des menaces de répudiation de ces accords. Un journal londonien disait

« Tout montre que la Grande-Bretagne est forcée de répudier des conditions que la politique commerciale des E.-D. empêche de remplir »

Il est incontestable que les impérialistes anglais, avec leurs habitudes et leurs traditions anciennes de domination mondiale, ne se soumettront pas docilement à Wall Street. Mais à l'heure actuelle, ils sont sans défense et ne peuvent faire rien d'autre que des retraites successives sous la pression de leur puissant rival américain. Tous les leviers sont actuellement dans les mains de Wall Street : la prépondérance dans la sphère financière, industriélle, diplomatique et industrielle.

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