La politique des Partis Communistes a été, depuis la mort de Lénine subordonnée aux intérêts de la bureaucratie soviétique. Le but assigné à l'ex-troisième Internationale et à ses partis était non pas de renverser la bourgeoisie en engageant les masses dans la voie de la prise du pouvoir, mais d'exercer sur elle une pression afin soit de neutraliser ses agissements antisoviétiques, soit de la gagner dans les combinaisons diplomatiques du Kremlin.
Jusqu'au lendemain de la prise du pouvoir par Hitler, les Partis Communistes employaient pour arriver à ce but surtout la pression révolutionnaire des masses. Mais à partir de cette date, devant la montée générale de la réaction en Europe et dans le monde, et la perspective menaçante de la deuxième guerre mondiale, la bureaucratie soviétique a effectué un revirement brusque dans sa politique extérieure et a assigné comme tâche aux Partis Communistes de se rapprocher des Partis Socialistes et de la bourgeoisie libérale des pays « démocratiques » en vue d'entraver la, création d'un bloc antisoviétique dans ces pays avec l'Allemagne hitlérienne, et s'il était possible de les dresser contre cette dernière.
C'était Vouverture de la période des « Fronts Populaires » par laquelle les Partis Communistes ont inauguré leur politique systématique de collaboration de classe. Cette politique qui se développe en s'accentuant jusqu'à nos jours reflète part la dégénérescence avancée de la bureaucratie soviétique et, d'autre part, l'aggravation de ses rapports avec le monde capitaliste
En effet, la bureaucratie soviétique dégénérée et définitivement sortie de son axe prolétarien, réagit à la pression, et même aux attaques ouvertes de l'entourage de l'U.R.S.S., non pas en faisant appel à l'action révolutionnaire des capitaliste masses, mais au moyen des compositions des Partis Communistes avec les fractions de la bourgeoisie qu'elle estime pouvoir neutraliser ou gagner dans ses combinaisons diplomatiques. De 1934 à la veille de la deuxième guerre mondiale, les Partis Communistes, tout en se maintenant sur la base générale de collaboration des classes, qui caractérise la politique des « Fronts Populaires », ne participaient pas encore à Texercice du pouvoir de la bourgeoisie, cette dernière se sentant assez forte pour se passer de cette aide. Le pacte Hitler-Staline a momentanément rejeté les Partis Communistes dans l'opposition envers la bourgeoisie « démocratique ». Mais dès que les hostilités soutenir sans conditions l'effort ont commencé contre T'U.R.S.S., substituer à toute trace de politique de classe une politique patriote et chauvine de guerre de la bourgeoisie « alliée » et de les Partis Communistes ont reçu l'ordre de capable de garantir la « victoire ».
C'est durant la guerre que les Partis Communistes, rapprochés plus que jamais de leur bourgeoisie nationale dans le but commun d'arriver à la défaite militaire de l'Allemagne hitlérienne, ont revendiqué et obtenu leur particpation à l'exercice du pouvoir gouvernemental. Une nouvelle étape dans la voie de la dégénérescence réformiste du stalinisme a été ainsi franchie. Murope, la bureaucratie soviétique avait gagné la partie contre la bourgeoisie Lorsque les hostilités ont pris fin en allemande, mais rien n'était encore réglé avec le reste de la bourgeoisie mondiale, en premier lieu avec la bourgeoisie américaine et anglaise.
U.R.S.S., économiquement affaiblie durant la guerre, a profité de la pénétration de l'Armée Rouge en Europe et en Asie pour s'assurer d'une zone d'aide matérielle et de protection stratégique.
Mais par ce fait même, ses rapports réels avec l'impérialisme yankee et britannique cessérent de se camoufler derrière la façade des nations « alliées » et entrèrent dans une phase de tension ouverte.
Les hostilités des puissances « démocratiques » associées à l'U.R.S.S, contre l'Axe « fasciste » ont laissé la place à une période de méfiance non camouflée, à des frictions multiformes, entre l'U.R.S.S, et ses principaux confrères d'armes d'hier, les Etats-Unis et l'Angleterre,
La « Paix » qui succède à la guerre impérialiste s'annonce deja comme une période d'épreuve de force entre les « Trois Grands » qui s'acheminera en l'absence d'un fort mouvement révolutionnaire imposant la solution socialiste, plus rapidement que dans le passé vers un nouveau dénouement par les armes.
La bureaucratie soviétique est consciente de cette situation et, d'autre part, elle est aux prises avec un ensemble de conditions qui lui imposent une conduite déterminée. La pénétration économique et politique de /'U.R.S.S. tant en Europe qu'en Asie n'est pas seulement le résultat de l'exploitation par la bureaucratie soviétique, avide de pouvoir, de privilèges, de revenus, de la conjoncture favorable l'affaiblissement intérieur de l'U.R.S.S., de la faillite démontrée par la guerre de la politique économique et militaire suivie par la bureaucratie soviétique et théorisée sous le nom du « Socialisme dans un seul pays ».
Conserver et consolider les positions acquises par la pénétration de l'Armée Rouge en Europe et en Asie est le principal but actuel de la bureaucratie soviétique. Pour l'atteindre, et particulièrement celle exercée par l'impérialisme yankee et britannique. Les Partis Communistes agissent en conséquence en s'efforçant d'adapter leur politique dans chaque pays capitaliste ou colonial selon l'attitude de ce pays envers politique extérieure de l'U.R.S.S. et l'intérêt que cette dernière lui accorde dans ses manœuvres diplomatiques,
Ainsi, bien que la ligne générale de tous les Partis Communistes se maintienne dans le cadre de la collaboration des classes, on enregistre des différences notables dans l'application de cette ligne dans les différents pays. Les Partis Communistes des pays capitalistes qui s'opposent directement à l'U.R.S.S. sont en actuellement plus à gauche que les Partis Communistes des pays capitalistes que la bureaueratie soviétique espère manœuvrer et neutraliser.
Ainsi aux Etats-Unis, en Angleterre, en Grèce, pour ne prendre que les exemples les plus frappants, les Partis Communistes emploient un langage et des méthodes d'action qui contrastent avec les moyens employés ailleurs.
La reconstitution du Parti Communiste Américain et l'expulsion de Browder, son secrétaire, en tant « qu'agent de Wall Street », l'encouragement des luttes revendicatives Communiste anglais contre le gouvernement travailliste et le langage nouveau que du prolétariat américain, les attaques. dirigées par tiennent les leaders staliniens anglais sur sa politique « impérialiste », la lutte soutenue que mène le Parti Communiste grec pour entraver la stabilisation de tout gouvernement exclusivement pro-anglais en Grèce, en s'appuyant sur la mobilisation et l'action directe des masses, sont autant de faits qu'on rencontre difficilement.
dans d'autres pays considérés comme moins hostiles ou dangereux, à l'étape actuelle, vis-à-vis de l'U.R.S.S.
Dans ces derniers pays, le jeu de la politique stalinienne consiste à l'heure actuelle à les empêcher de s'incorporer dans l'orbite américain et anglais, à les neutraliser, au moyen d'une participation aussi massive que possible des Partis
Communistes au gouvernement.
L'exemple le plus typique de cette politique nous est donné par la France et l'Italie, deux pays en Europe que la bureaucratie soviétique n'a pas encore perdu l'espoir de neutraliser. Pour arriver à inspirer confiance à la bourgeoisie de ces pays, et à lui démontrer l'utilité et les avantages d'une collaboration gouvernementale avec eux, les Partis Communistes ont été dans ces deux pays les principaux promoteurs et réalisateurs d'une politique « nationale » ayant pour but de restaurer et de renforcer le prestige et l'autorité de l'Etat bourgeois et de relever l'économie capitaliste délabrée par l'effort soutenu du prolétariat national appelé à abandonner
« momentanément » toute lutte revendicative et à se consacrer à l'accroissement de la production. Thorez n'a pas hésité à condamner publiquement (discours d'Ivry) tous les organismes populaires créés durant l'occupation et les jours de la « libération »,
IV• INTERNATIONALE embryons d'un régime de dualité de pouvoir, et d'affirmer l'autorité unique de l'Etat bourgeois, de sa police, de sa justice, de son armée.
Togliatti a mené en Italie une politique parallèle.
Thorez et Togliatti étaient, d'autre part, les premiers à réclamer dans leurs pays respectifs la trève sociale, à mettre l'accent sur la nécessité de l'accroissement de la production, et a exiger des ouvriers des sacrifices pour atteindre ce but, sans aucune récompense immédiate. Le zèle excessif dont les leaders staliniens font preuve en défendant leur mot d'ordre de « produire » ne peut s'expliquer autrement que par leur souci de démontrer à la bourgeoisie ruinée de l'Europe qu'il y a effectivement pour elle une autre issue que l'assujettissement à l'Amérique et à l'Angleterre : la reconstitution du capital détruit durant la guerre, par l'accroissement de la plus-value de la main-d'œuvre nationale.
Les Partis Communistes s'engagent à freiner et même à stopper complètement les luttes revendicatives, à pousser les ouvriers à travailler dans des conditions très inférieures à celles d'avant guerre, à assurer la paix sociale. La bourgeoisie, de son côté, doit en échange éviter d'entrer dans les combinaisons antisoviétiques montées par l'impérialisme yankee et britannique et à conserver une attitude neutre, sinon amicale, envers l'U.R.S.S. et les efforts qu'elle fait pour consolider son « glacis ». Cette politique des Partis Communistes a rendu déjà des services inestimables à la bourgeoisie et lui a permis de reconstituer l'appareil coercitif de son Etat qui était quasi inexistant au lendemain de la « libération ».
Son appareil productif a été aussi renforcé et si la production de la bourgeoisie européenne se maintient encore à des niveaux voisins de la stagnation et du marasme, la faute n'incombe pas aux travailleurs européens, mais à l'état général de l'économie capitaliste de l'Europe, et à son degré très avancé d'usure, d'appauvrissement et de décomposition. Cependant, dans quelle mesure la polítique menée actuellement par les Partis Communistes peut-elle réellement atteindre ses buts et neutraliser la bourgeoisie ?
Cette dernière a été forcée d'accepter la collaboration des Partis Communistes à l'exercice de son pouvoir par la poussée des masses et l'inconsistance de son propre appareil gouvernemental. La politique réformiste des Partis Communistes lui a été partout d'un appui vital et dans ce sens le stalinisme a rendu à la bourgeoisie, au lendemain de la deuxième guerre impérialiste, des services beaucoup plus importants que ceux rendus par la social-démocratie au lendemain de la première guerre.
Il y a cependant une différence essentielle entre la social-démocratie et le stalinisme, différence qui constitue du reste le talon d'Achille de ce dernier. La politique des Partis Communistes ne sert la bourgeoisie que pour servir en définitive la bureaucratie soviétique.
D'autre part, au fur et à mesure que les rapports de l'U.R.S.S. et du monde capitaliste s'aggravent, et que la bourgeoisie européenne consolide ses positions, abritée derrière les gouvernements actuels à majorité communiste socialiste, approche du moment où l'assistance des Partis Communistes ne sera plus ni indispensable ni désirable.
La logique réformiste et bureaucratique des Partis Communistes oublie les i te tu te sec en peu que con et a de 1. vérités essentielles sur lesquelles est fondée plus que jamais l'évolution de la situation internationale actuelle :
La liquidation de la deuxième guerre impérialiste a mis au premier plan l'antagonisme de Y'U.R.S.S. et de la bourgeoisie mondiale qui sera polarisée dans son ensemble tôt ou tard autour de l'impérialisme américain et anglais.
La guerre, d'autre part, non seulement n'a pas atténué la crise des débouchés dont souffrait l'économie capitaliste, mais l'a, au contraire, aggravée.
L'expansion actuelle de l'U.R.S.S., tant en Europe qu'en Asie, accentue le malaise.
En l'absence d'un fort mouvement révolutionnaire et du triomphe de la Révolution Socialiste mondiale, le conflit entre l'U.R.S.S. et l'impérialisme est inévitable.
Dans ce conflit, la bourgeoisie européenne prendra une part active aux côtés de l'Amérique et de l'Angleterre, espérant améliorer sa situation économique catastrophique aux dépens de l'U.R.S.S. « L'espace vital » à l'Est que la bourgeoisie allemande a recherché à travers la dernière guerre, deviendra le but de toute la bourgeoisie européenne et mondiale. Dans ces conditions, toute l'action réformiste actuelle des Partis Communistes qui tente à soi-disant neutraliser la bourgeoisie et gagner du temps pour la consolidation des positions de la bureaucratie soviétique, est vouée à un échec total et inexorable. Cette politique ne trompe pas la bourgeoisie, elle lui permet, au contraire, de se renforcer et d'agir plus vite que dans le cas où elle serait entravée dans son action par le mouvement révolutionnaire
IVMNTERNATIONALE
"des' másses. Le seul eftet positir de cette pölitiqué est, au contraire, la neutralisațion. l'affaiblissement, la démoralisation du mouvement ouvrier
Pour faire accepter pai les masses leur politique de trahison, les Partis "Communistes sont obligés de créer l'illusion, par leur présence aux gouvernements, que r'Etat capitaliste se transforme graduellement sans révolution, en & République laique de plus en plus large », que les entreprises « nationalisées » appartennent aux travailleurs, que leur sueur n'engraisse plus les capitalistes, mais la nation, que la bourgeoisie est en train partout de perdre progressivement le contrôle sur T'appareil gouvernemental et productif,
Ces illusions se dissiperont fatalement, contrastant cruellement avec une réalité sociale toute différente. Des changements profonds se préparent aussi bien dans les rapports des Partis Communistes avec la bourgeoisie que dans leurs rapports avec les masses. La bourgeoisie, renforcée et polarisée autour de l'impérialisme américain et anglais, aura de plus en plus tendance à se débarrasser de la présence des Partis Communistes dans ses gouvernements, partis qui gênent ses manœuvres diplomatiques.
D'autre part, l'usure fatale de ces partis par l'exercice du pouvoir bourgeois éloignera d'eux une grande partie des masses qui leur ont fait confiance en espérant un changement radical de la situation.
La politique des partis staliniens s'achemine vers une impasse; elle comporte tous les éléments d'une crise et il dépend de nous, Partis de la IV° Internationale, de montrer aux masses un autre drapeau et de canaliser leurs prochains mouvements vers nous, plutöt que vers l'apathie politique ou les voies réactionnaires.