Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

La revue › numéro de juin-juillet

Nuremberg et les procès de Moscou

Quatrième Internationale, numéro de juin-juillet · juin-juillet 1946 · p. 54-59 · 3 615 mots

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Le ministère public a déposé ses conclusions au procès des « criminels de guerre » de Nuremberg. A part la mise en scène sensationnelle des atrocités nazies, deja bien connues, des camps de concentration et chambres à gaz, la procédure n'a pas révélé grand chose. Aucune nouvelle lumière n'a été faite sur les sources et causes de cet horrible retour à la barbarie par le pouvoir hitlérien

La cour, composée des plus hautes autorités judiciaires des « Nations Unies » doit soi-disant établir la vérité historique sur les fauteurs de guerre et rendre la justice à ce sujet. Mais, pour cela, non seulement les leaders fascistes vaincus de l'Allemagne mais également les dirigeants victorieux des « Nations Unies » devraient être soumis à un interrogatoire contradictoire. Non seulement, la cour ne les a pas convoqués pour apporter leur témoignage, mais elle a repoussé les requêtes de la défense, demandant que diverses personnalités américaines et britanniques soient interrogées. Les avocats de Goering, Hess et Ce cherchaient à démontrer comment les capitalistes • alliés » s'étaient compromis dans toute leur carrtère, pour adoucir leurs propres crimes, Les délégués de l'U.R.S.S étaient d'accord avec les juges britanniques et américains pour empêcher de tels témoignages. En retour les juges américains et britanniques étaient d'accord avec les représentants du gouvernement de Staline pour maintenir le silence absolu sur d'autres sujets: la prétendue impli. cation de Léon Trosky et de toute une génération de vieux bolcheviks, avec l'accusé Hess, dans les plans de guerre des Nazis contre la Russie Soviétique. C'était là l'accusation des Procès de Moscou de 1936-37, où fu rent condamnés à mort des douzaines des plus intimes collaborateurs de Lénine.

Le vrai caractère de cette procêdure de Nuremberg se révèle dans léchange de services que se rendent ces distingués juristes.

Dans cet article nous voulons nous préoccuper principalement de la question qui a rapport à l'accusation des Procès de Moscou, pour rafraichir notre mémoire sur les événements et les réactions de cette période, et pour démontrer ce que révèle le silence de Nuremberg à ce sujet.

CE QU'ETAIT L'ACCUSATION

DES PROCES DE MOSCOU

Le monde entier fut surpris et scandalisé lorsque en 1936-37 le régime stalinien accusa dans des proces sensationnels, condamna et exécuta des groupes entiers des plus intimes compagnons de Lénine accusés de collaboration avec le régime Nazi dans un complot contre Y'U.R.S.S. Parmi les condamnés du premier procès il y avait Zinoviev, secrétaire de l'Internationale Communiste et Kamenev, premier président du soviet de Moscou et responsable à divers postes gouvernementaux durant les premiers jours de la Révolution d'oclobre. Au deuxième procès, il y avait Pyatakov, membre du Politburo du lemps de Lénine et, Radek un des principaux journalistes soviétiques dans les premiers jours de la Révolution et au troisième procès: Boukharine, fameux théoricien bolchevik successeur de Zinoviev comme président du Comintern et Rakovsky président de la République Soviétique d'Ukraine, ainsi que de nombreux héros de l'insurrection et de la guerre civile. La liste des accusés coïncidait pratiquement avec celle du Comité Central du Parti Bolchevik qui mena en 1917 les ouvriers russes à leur victoire. Pour des raisons que nous discuterons plus loin, Léon Trotsky dont le nom reste à jamais lié à celui de Lénine comme les dirigeants de la plus formidable transformation sociale en Russie, n'était pas inculpé mais figurait comme principal coupable.

Les accusations officielles ne variaient guère de procès en procès. Ainsi, dans le procès de Pyatakov-

IV° INTERN Radek l'acte d'accusation est le suivant: L'enquête établit que L.-D. Trosky négociait avec l'un des dirigeants du Parti National-Socialiste allemand en vue de mener une lutte commune contre l'Union Soviétique.

« Comme le témoigne l'accusé Pyatakov, au cours d'un entretien que l'accusé a eu avec L.-D. Trotsky en décembre 1935, celui-ci l'informa qu'à la suite de ces entretiens il avait conclu avec ledit leader du Parti National-Socialiste un accord dans les termes suivants:

« 1º De garantir une altitude généme tatormbte visa-vise co aboerzérale favorable vis-a-vis du gouver lion nécessaire dans les plus importantes questions de caractère international;

« 2º D'accorder des concessions territoriales;

« 3º D'autoriser des industriels allemands, sous une forme de concessions (ou d'autres formes) d'exploiter des entreprises en U.R.S.S. qui sont d'une aide essentielle pour l'économie allemande;

« 4º De créer des conditions favorables en U.R.S.S. pour lactivité d'entreprises privées allemandes:

« 5º De mener en temps de guerre une activilé de diversion étendue dans l'industrie de guerre et au front. Ces activités de diversion doivent être menées d'après les instructions de Trotsky et en accord avec l'EtatMajor allemand.

« Les principes de cel accord, disait Trotsky, furent finalement élaborés et adoptés au cours d'une rénnion entre Trotsky et Hess délégué d'Hitler ». (Rapport oral du Procès Pyatakov-Radek édition anglaise, Moscou 1937.)

Comme nous le voyons, l'accusation dénonçait un complot « en vue de mener une lutte commune contre l'Union Soviélique ». Et pas seulement cela mais il fut dit que les Nazis et Trosky étaient d'accond pour collaborer « dans les plus importantes questions de caractère international », c'est-à-dire, également contre d'autres états. Les activités de « diversion » étaient soi-disant élaborées en commun entre des personnes nommées Trotsky et Hess.

Comme on le sait, l'acte d'accusation était presque exclusivement basé sur les confessions des accusés. Aucune preuve matérielle ne fut introduite pour montrer que le soi-disant « complot » fut concrètement accom-

ATIONALE 55 pli, à l'exception de l'assassinat du dirigeant de second ordre, Kirov, en 1934, pour la mort duquel des Gardes Blancs, le jeune terroriste Nikolayev et de nombreuses autres personnes avaient déjà été condamnées et exécutées au cours de procès en 1934. Ces évidences circonstancées introduites pour appuyer les confessions, s'avérèrent, dans la mesure où une vérification était possible, faciles à réluter. Seules les confessions continuaient à stupéfler le monde entler.

LA COMMISSION DEWEY

L'opinion publique des cercles 11béraux et ouvriers, n'était pas convaincue par les procès de Moscou, malgré ces confessions stupéfiantes. Trotsky lui-même en arrivant all Mexique après avoir été tenu virtuellement « incommunicado » par le gouvernement Norvégien sous la plession stalinienine durant le premier procès de 1936, commença à faire des déclarations à la presse lors du deuxième procès dans lesquelles il mit en lumière l'évidence des preuves spécifiques. Le ressentiment croissait contre la procédure de Moscou. Des requêtes de la part d'organisations telles que la II° Internatlonale et la Fédération Syndicale Internationale demandant d'être admises au procès et l'autorisation pour leurs délégués de participer à l'interrogatoire contradictoire furent rejetées sur le champ par le gouvernement de Staline. Alors un mouvement se développa dans toutes les parties du monde pour l'organisation d'une commission indépendante qui enquêterait sur les accusations portées contre Trotsky dans les procès de Moscou. Des comités formés dans différents pays autorisèrent finalement une commission devant tenir audience au Mexique. Cette commission était composée du professeur John Dewey, grand philosophe américain, comme président. et comprenait des écrivains americains connus et des journalistes, Carleton Beals, Benjamin Stolberg et Suzanne La Follette, ainsi que Otto Ruhle exilé, ancien député communiste allemand au Reischtag et biographe de Karl Marx. John Finerty, avocat de la défense dans les fameux procès de Sacco-Vanzetti, et Tom Mooney, étaient les conseillers de cette commission connue ensuite sous le nom de la commission Dewey qui siégea à Mexico du 10 au 17 avril 1937. A l'exception de Beals qui s'était rétracté sous la pression des staliniens, toute la commission participa aux audiences et publia le compte rendu

IV° INTERN complet ainsi que leur verdict (* Le Procès de Léon Trotsky », New-York 1937. « Non-coupable », New-York 1938).

Aucun des membres de la commission ne partageait les idées de Trotsky. Tous étaient des adversaires politiques avoués. Mais ils étaient sérieusement intéressés à donner à Trotsky l'audience qui lui était refusé à Moscou.

Dans un Interrogatoire contradictoire approfondi, Trotsky développa son cas devant la commission Dewey. LES REFUTATIONS DE TROTSKY

La seule action concrète, soulignait Trotsky, autour de laquelle le procès se déroula, était l'assassinat de Kirov en 1934. Il prouva à la commission que depuis il n'y avait pas eu moins de sept procès différents sur ce cas (* Le Procès de Léon Trotsky », page 484)

« Chacun contredit l'autre fondamentalement et dans les détails. A chaque procès, des personnes différentes organisent l'assassinat de Kirov, par des moyens différents et avec les buts politiques différents. La seule comparaison des documents soviétiques offlciels est une preuve suffisante qu'au moins six de ces sept procès ne peuvent Mre que des échafaudages mensongers. »

Il prouva ensuite que la succession de ces procès servait d'entrainement tant pour l'accusation que pour les accusés pour développer la technique des « confessions ». Leurs sources prenaient loin dans l'histoire de la montée du stalinisme, dans les capitulations répétées des accusés de la direction du Parti en Russie. A chaque déclaration de capitulation s'ajoutait une demande de condamnation de Trotsky qui restait intransigeant dans la lutte contre la bureaucratie. De capitulation en capitulation ces condamnations devenaient plus extravagantes, et au moment des procès elles prirent des proportions fantastiques. Ainsi le « secret » des « confessions › fut historiquement démontré.

La commission soumit Trotsky a un interrogatoire contradictoire el fouilla ses archives avre un effort conscieacienx pour vérifier la preuve circonstanciée appuyant les « confessions » dans le procès de Moscou. Ainsi, par exemple. Pyatakov certiflait avoir volé de Berlin à Oslo en décembre 1935 pour rencontrer Trotsky. La commission découvrit la preuve irréfutable que de septembre

ATIONALE 1935 à mai 1936 aucun avion n'était arrivé au terrain d'aviation mentionné par Pyatakov. L'accusé Hotsman certiflait à Moscou qu'il avait rencontré Léon Sedov, fils de Trotsky, en novembre 1932, à l'hôtel Bristol à Copenhague. La commission découvrit comme preuve irréfutable qu'aucun Hôtel Bristol n'existait à Copenhague et que Sedov se trouvait à Berlin à cette date. L'accusé Romm certifiait à Moscou avoir rencontré Trotsky en juillet 1933 au Bois Boulogne à Paris. La commission trouva la preuve irréfutable Trotsky ne se trouvait pas aux alentours de Paris à ce moment. Et ainsi de suite pour toutes les preuves circonstancées vérifiables des procès de Moscou. Trotsky prouva encore que, de tous les rapports disponibles, il ressort que les accusés des proces n'étaient pas des amis politiques, mais des adversaires politiques qui avaient depuis longtemps et de façon répétée rompu avec lui et contre lesquels il avait mené lutte assidue. avatent capitulé devant le stalinisme, alors que lui restait inébranlablement oppose au stalinisme. Leurs confessions, tout en étant monstrueusement mensongères, même au point de vue de leurs propres positions politiques, étaient le résultat de leurs capitulations répétées qui avaient pour raison de servir le stalinisme sans réserve.

Enfin, Trotsky présenta à la commission le rapport complet de son activité théorique et pratique depuis plus de quarante années, contenant un matériel volumineux, pour démontrer non seulement sa lutte assidue contre la réaction en général et le fascisme en particulier, mais également contre le terrorisme, principale accusation à Moscou. En ce qui concernait son attitude vis-à-vis de TU.R.S.S. en temps de guerre, prouva que non seulement fi avail all et demeurait fermement pour la défense inconditionnelle de l'Union Soviétique contre l'impérialisme malgre son régime bureaucratique degenere — mais qu'il avait rompu politiquement avec des centaines d'anciens camarades qui avaient abandonné cette position, et qu'il avait mené une lutle idéologique à l'échelle internationale contre ceux-ct.

LE VERDICT

DE LA COMMISSION

La commission publia son verdict, basé sur les audiences menées à fond à Mexico.

« Nous avons trouve que Trotsky n'a jamais donné d'instructions aux

IV INTERN accusés ou témoins des procès de Moscou pour entrer en accord avec des pouvoirs étrangers contre l'Union Soviétique. Au contraire, il a toujours défendu sans compromis la défense de l'U.R.S.S. N a toujours été ouvertement un adversaire idéologique du fascisme représenté par les puissances étrangères avec lesquelles il est accusé d'avoir conspiré.

‹ D'après toutes les évidences, nous trouvons que Trotsky n'a jamais recommandé, comploté ou tenté la restauration du capitalisme en U.R. S.S. Au contraire, il a toujours été l'adversaire sans compromis de la restauration du capitalisme en Union Soviétique et de son existence partout ailleurs.»

La commisison conclut que ‹ Les procès de Moscou sont des échafaudages mensongers » et que Trotsky est « non coupable ».

Tout lappareil de propagande de l'Etat soviétique et des partis staliniens sur le plan international était mobilisé contre l'œuvre de la Commission Dewey. Des tentatives innombrables furent faites pour la discréditer. Toute une série de journalistes el de juristes payés furent mobilisés pour prêter un aspect « impartial » à la campagne de discrédit. Mais les « preuves » concrètes des Procès de Moscou demeurèrent réfutées. Seules les « confessions » fantastiques pouvaient être citées, mais on n'y croyait plus. L'historien américain bien connu Charles Beard cita l'exemple classique des procès de Inquisition et déclara: « Après une longue étude des problèmes historiques, je sais que des confessions, même si elles sont faites volontairement, ne sont pas des preuves positives ». Et partout on doutait que les confessions de Moscou eussent été volontairement faites. Toute la procêdure des Procès de Moscou demeurait discréditée dans l'opinion publique internationale. Seules des nouvelles preuves, seuls de nouveaux faits concrels vérifiables pouvalent Jul taire changer d'avis.

POURQUOI LES STALINIENS

ONT GARDE LE SILENCE A NUREMBERG

Le Procès dest « Criminels de Guerre » de Nuremberg donnait aux staliniens la possibilité d'introdutre de nouvelles preuves, d'appuyer les « confessions » de témoignages substantiels, objectifs et vérifiables. Ils avaient une chance unique de mon-

ATIONALE 57 tret que la Commission Dewey avait émis un faux verdict, et que les preuves de cette commission pouvalent être réfutées. L'U.R.S.S. venait de vaincre, avec les puissances alliées, l'Allemagne nazie, et d'occuper son lerritoire. Faisant partie des vainqueurs, le régime de Staline avait pleinement accès aux dossiers et rapports du III" Reich, du Parti national socialiste et des affaires secrètes de la Gestapo. Hess, directement impliqué nommément aux Proces de Moscou, se trouvait sur le banc des accusés à Nuremberg.

Pourquoi le procureur soviétique Rudenko ne s'est-il pas servi de cette abondance de preuves historiques pour justifier les accusations des Procès de Moscou? Pourquoi n'a-t-il pas fait appel d'abord à Hess et ensuite aux autres leaders nazis pour témoigner à ce sujet? Le monde entier était prêt à les écouter et à se laisser convaincre. En réalité, Rudenko et ses associés furent à plusieurs reprises rappelés à cette possibilité lorsque l'accusation avait la parole par le Parti trotskyste britannique, hollandais, par des personnalités renommnées dans le monde intellectuel telles que l'écrivain pro-soviétique H. G. Wells, le romancier anti-nazi Arthur Koestler, le pédagogue travailliste le professeur C.E.M. Joad.

Pourquoi les staliniens ont-ils gardé le silence à Nuremberg?

Il y a longtemps que Trotsky a expliqué pourquoi, avant d'être assassiné par la G.P.U., lors de l'enquête faite au Mexique. Il démontrait que bien que les accusations les plus formelles aient été lancées contre lui, les staliniens se sont toujours abstenus de faire la moindre action légale que Trotsky persistait à demander.

Soulignant qu'il ne se considérait nullement comme étant sur la « défensive » devant l'opinion publique, il déclarait: « Les autorités de Moscou m'ont pas accusé dans un seul procès. Et ceci n'est naturellement pas par hasard. Pour m'accuser, ils auraient dû me convoquer en justice ou demander mon extradition. Dans ce but ils auraient dû annoncer la date du procès et publier l'accusatton moins quelques semaines avant d'ouvrir la session judiciaire. Mais Moscon ne pouvait même pas aller jusque la.. Ils n'auraient pu demander mon extradition qu'en posant la question devant la justice française, norvégienne ou mexicaine, aux yeux de la presse mondiale. Mais ceci aurait éte

IV İNTERNATIONALE une faillile cruelle pour le Kremlin. C'est précisément pour celle raison que les deux procès n'étaient pas une accusation contre moi et mon fils, mais seulement une diffamation dans un proces légai sans notification, sans convocation, derrière mon dos. »

Nous pouvons ajouter que, pour cette raison, les staliniens sont demeurés aussi silencieux qu'une tombe à Nuremberg. Ils n'oseraient pas confronter un examen mondial avec leurs accusations dans une audience publique. Par cela, ils se sont encore une fois révélés comme de bas diflamateurs, comme les plus monstrueux falsificateurs de l'histoire de notre temps. Le verdict de la Commission Dewey n'ayant précisément pas été réfuté est confirmé plus que jamais.

LE ROLE DES JUGES ALLIES

Au moment des Procès de Moscou, la bourgeoisie mondiale et sa presse, les capitalistes et leurs agents n'étaient pas du tout mécontents d'exprimer leur répulsion contre les falsifications staliniennes. En réalité, ils exploitaient cette possibilité pour leurs propres buts reactionnaires. On ne peut pas croire à ces confessions, disaientils, et les procès sont des échafaudages mensongers. Mais ils ne blâmaient que la source du mal: le manque de moralité à la base du bolchevisme. Et est-ce que tous les participants des procès ne se sont pas déclarés ouvertement être des bolcheviks? Vraiment, voyez-vous, la moralité ne peut se trouver que dans le camp de la bourgeoisie. Là, tout se fait publiquement et la recherche de la vérité va par-dessus tout. Quant à la question des staliniens et des trotskystes, qu'ils disparaissent tous les deux.

Mais ces défenseurs de la moralité et de la vérité ont révélé leur propre double étendard, depuis comme avant. Et précisément en ce qui concerne leur attitude vis-à-vis des procés de Moscou.

Durant toule la période du pacte Hitler-Staline, la presse capitaliste et ses répondants étaient tout contents de démontrer que le régime stalinien lui-même est coupable de bien ges accusations portées contre Trotsky. Cette musique était chantée dans plusieurs variations. Ensuite vint l'attaque d'Hitler contre l'Union Soviélique et la possibilité de ce fait d'une alliance contre l'U.R.S.S. et les « démocraties » occidentales. Non seulement Staline devint soudainement le meilleur démocrate, mais les Procès de Moscou servaient à démontrer comment celui-ci s'y connaît pour procéder avec la « Cinquieme Colonne » fasciste. A ce moment le Département d'Etat à New-York cessa la publication posthume de la biographie de Staline par Trotsky, allant même jusqu'à saisir tous les exemplaires distribués par les éditeurs. Non seulement cela, mais le gouvernement du moraliste Roosevelt parraina un film d'Hollywood, « Mission à Moscou », gloritiant toutes les falsifications des Procès.

La tin des hostilités contre l'Allemagne et le Japon a encore une fois entrainé un choc contre Washington et Londres d'une part, et le Kremlin d'autre part. Il tim ps, le Départ, ment dEtat a enis pas longlevé l'interdiction de la biographie de Staline par Trotsky — publiée, à ce propos, pleine d'altérations l'opinion de l'auteur faites par le traducteur, un moraliste bourgeois. Mais à Nuremberg les juges alliés sont demeurés des partenaires du régime stalinien dans la conspiration du silence concernant le rôle joué par Hess, présent au banc des accusés, dans le complot mentionné aux Procés de Moscou. Pourquoi?

N'y a-t-il pas eu d'accusation en 1936-37 que Hess complotait avec Trotsky dans le but de mener une lutte commune contre l'Union Soviétique? » Et encore plus, qu'ils étaient d'accord pour collaborer • dans les plus importantes questions de caracière international », c'est-à-dire contre d'autres Etats - probablement l'Angleterre et les Etats-Unis - également? N'est-ce pas là un sujet qui vaut la peine d'être enquêté dans un •procès de criminels de guerre, ainsi que H. G. Wells et ses amis le rappelèrent à la cour de justice, étant donné qu'ils possédent maintenant les archives des nazis et étant donnée également la présence de Hess?

‹ La possibilité d'une enquête dans le but d'établir la vérité et le témoignage historique sur l'intégrité de personnalités et de tendances sur un plan international est d'une valeur incalculable. »

Pourquoi alors ne pas se servir de cette possibilité et montrer de quelle morale vous vous servez, messieurs les chevaliers de la justice et des droits bourgeois?

Mais toute l'attitude adoptée vis-àvis des Procès de Moscou, peu avant et durant toute la guerre, explique suffisamment les raisons. La moralité bourgeoise n'est rien autre qu'une

Ivé İNTERN profonde hypocrisie. La vérité et la justice, comme tout autre chose, sont des marchandises d'échange pour les moralistes capitalistes, Pour Pinstant, la campagne indirecte anti-soviétique suffit aux buts de chantage des impérialismes anglo-américain dans la latte pour l'hégémonie mondiale. Des concessions de la part du Kremlin ne peuvent pas être mises en péril par une chose aussi indigeste qu'une enquête sur la vérité des Procès de Moscou à Nuremberg. D'autre part, les accusateurs soviétiques ne sont-ils pas très accommodants en se retenant de faire une enquête sur la complicité des capitalistes alliés dans le développement du régime nazi?

Ainsi, a la lumiere des relations elltre Nuremberg et les Procès de Moscou, il se révèle que tous les dirigeants monde d'aujourd'hui sont du même calbre; ils sont des partenaires dans le même crime de falsification de l'histoire ainsi que dans les autres crimes commis contre les masses ouvrières.

Résumant les audiences de Mexico, Trotsky posa la question comme suit:

« Ou le Bureau Politique de Lénine était composé de traitres, ou alors le Bureau Politique stalinien est composé de falsificateurs. Il n'y a pas de troisième possibilité! Mais c'est précisément parce qu'il n'y a pas de troisième possibilité que l'opinion publique progressive ne peut pas, au risque de sa propre existence, éviter de faire ce difficile et tragique choix et l'expliquer aux masses populatres.»

La Commission Dewey et son verdict représentent une action inestimable en établissant la vérité devant les masses. Aucune de ses décisions et aucun fait n'ont été réfutés. Le verdict final des masses et l'exécution de celui-ci ne peut être attendu de ces farces juridiques jouées par les dirigeants actuels du monde, mais ne peut être accompli que par le renversement révolutionnaire de ceuxci.

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