Une rapide tournée effectuée par un représentant du S.l. en Allemagne fin avril, a démontré que la situation n'est pas très encourageante. Ainsi que l'indiquaient les documents des récents C.E.E. et C.l., l'atomisation des organisations du prolétariat par le nazisme, les conséquences des destructions matérielles, et l'absence de la partie la plus combattive de la population masculine allemande prisonnière dans les camps alliés et staliniens, ont eu jusqu'à présent comme conséquence une grande apathie du •prolétariat allemand. Il faut rappeler que les destructions matérielles n'affectent pas seulement l'architecture, mais qu'elles exigent inévitablement de la part de l'ouvrier et du petit bourgeois des centres urbains de l'AIlemagne d'employer tout leur temps libre aux tâches vitales élémentaires (ravitaillement, habillement, habitation, ainsi que les différents permis et papiers d'identité, etc...). Parmi les militants de base des partis ouvriers et des syndicats règne l'impression qu'ils ne sont que des pions dans la lutte entre les deux puissances mondiales et que les luttes idéologiques et revendicatives de leurs organisations reflètent moins les besoins des ouvriers allemands que les manœuvres des impérialistes anglo-américains et de la bureaucratie du Kremlin. L'idée du retrait de toutes les troupes d'occupation (incluant et visant parfois tout spécialement l'Armée Rouge) est très répandue mais ne prend pas un caractère violent. Le degré de combattivité varie beaucoup, et en général on peut dire que ce degré est directement proportionnel au pourcentage de prolétaires dans la population locale, ainsi qu'au degré des destructions matérielles avec les souffrances que celles-ci comportent - le point culminant étant la Ruhr, où ces deux facteurs atteignent leur maximum.
Le marché est pour ainsi dire inexistant, avec un tel abime entre les prix contrôlés et les prix libres ou du marché noir qu'il ne peut y avoir aucun rapport (comme par exemple en France ou en Italie), et
RNATIONALE qu'il existe deux secteurs économiques presque totalement distincts: d'une part les attributions du ravitailiement où les prix sont officiels et la dépense presque une simple cérémonie, et, d'autre part un marché noir restreint à des prix si astronomiques qu'un ouvrier ne peut même pas y penser. Le petit commerce qui existe est en grande partie un troc direct, une voiture d'enfant contre un appareil de photo, une bicyclette contre un divan, sans qu'aucun argent ne soit utilisé. Le résultat de cette situation particulière est que la lutte des ouvriers est moins menée pour de petites augmentations de salaire que pour des rations plus grandes, un meilleur ravitaillement, etc... Un autre résultat, est l'aversion pour le travail parmi ceux (les ouvriers inclus) qui, par leurs économies, disposent de sommes relativement peu? élevées pour l'achat des rations minima pour plusieurs mois. Les autorités occupantes ont établi un système de cartes de travail sans laquelle les rations ne peuvent être obtenues, et sans laquelle toute personne, si elle est prise, est envoyée aux travaux forcés. Malgré la large utilisation de la part des Alliés, de nazis dans le gouvernement et les forces policières, une résistance ouverte ou camouflée contre les impérialismes occupants semble jusqu'à présent venir plutôt des ex-nazis que des ouvriers allemands, bien que des actions de personnes isolées d'une grande combativité se soient produites dans des régions industrielles et des ports spécialement à Hambourg.
La situation alimentaire, qui est vraiment aussi mauvaise que l'a rapporté la presse bourgeoise et qui empire rapidement, est le souci principal de tous les Allemands et naturellement surtout des ouvriers. Lorsque la situation alimentaire élait grave sans être toutefois désespérée, elle freinait la combattivité des ouvriers, mais cetle situation s'aggravant provoque des actes de désespoir comme le démontrent les récentes attaques (qui continuent toujours) des trains de vivres destinés aux troupes d'occupation. On peut s'attendre à ce que la faim devienne maintenant un très
IV° INTER calories journalières au lieu des rations actuelles à Vienne de 1.275 calories; des mesures urgentes ont déjà été prises par le centre et celles-ci doivent être soutenues par l'étranger. Pour la prochaine période, le problème autrichien le plus urgent, à part celui du ravitaillement, est celui l'unification réussie deux groupes, et les progrès de la légalisation, ou du parti en tant que tel ou alors de lorganisation d'un « front » le représentant. Ces questions ont été étudiées tant par les camarades autrichiens que par le centre, et il faut espérer qu'après une prochaine visite dans six semaines, des progrès auront été faits sur ces deux plans.
17 mai 1946. DANEMARK
Avant la guerre, il n'y avait pas de groupe trotskyste organisé au Danemark, mais seulement quelques militants isolés se plaçant sur le programme de la IV° Internationale.
Le groupe Irotskyste s'organisa en plein milieu de la guerre, dans les conditions extrêmement difficiles de l'occupation nazie. Une petite poignée de camarades centrèrent leur activité, qui commença en 1940, sur la parution de journaux illégaux intitulés successivement Klassekamp (Lulte de Classe) et Arbejderpolitiek (Politique Ouvrière).
Ils participèrent aussi à l'édition journaux plus larges, ainsi: Frihed, publié avec un groupe jeunes socialistes de gauche: Clarté, dirigé par un fort groupe d'intellectuels, et Arbejderopposition, qui groupait des socialistes de gauche, des communistes dissidents, des syndicalistes et des anarchistes.
Coude à coude avec ce dernier groupe, les trotskystes danois jouèrent un rôle dirigeant dans les grèves générales de Copenhague contre les autorités allemandes d'occupation en 1944 et 1945. Ils développèrent aussi un travail antimilitariste et internationaliste indépendant dans la Werhmacht, pour lequel deux camarades dirigeants furent arrêtés et condamnés à mort, mais échappèrent de justesse à l'exécution dans de désarroi qui précéda la capitulation allemande.
Après la « libération », le groupe se réorganisa, participa à la publication d'un journal normal légal, Arbejderpolitiek, regroupant autour de cet organe des militants du groupe d'intellectuels Clarte, de la jeunesse socialiste et des dirigeants de l'opposi-
NATIONALE 63 tion syndicale, cette dernière ayant développé fortement son influence contre les bureaucrates réformistes et éventuellement staliniens. Arbejderpolitiek tire maintenant à 25.000 exemplaires et a une forte résonnance, non seulement au Danemark, mais aussi en Suède.
L'opposition syndicale, dans laquelle nos camarades, qui ont parmi eux des responsables locaux , syndicaux, est très active, publie son propre hebdomadaire Arbejderopposition, qui tire régulièrement à 20.000 exemplaires. Elle joua un rôle essentiel dans la grève générale de Copenhague du mois de mai qui, comme ailleurs, résultait des luttes ouvrières contre la vie chère.
Pendant la guerre, les trotskystes danois furent completement coupes de l'Internationale. Ils ne réussirent à prendre contact avec les trotskystes norvégiens qu'après la guerre, derniers ayant d'ailleurs eu un développement semblable. Ils ne purent établir des relations régulières avec l'Internationale elle-même que très récemment. Les événements de 193940 furent discutés d'une manière approfondie par les camarades, et ils se rallièrent totalement aux positions de Trotsky et de la IV° Internationale sur cetle question. Les questions soulevées depuis, et dont on ne reçoit les écrits que peu à peu, font maintenant le sujet d'une vivante discussion intérieure. ETATS-UNIS LA VAGUE GREVISTE DES ETATS-
UNIS ATTEINT DE NOUVEAUX
SOMMETS.
New-York, 4 juin 1946. — La vague de grève qui n'a cessé de grandir depuis la fin de la guerre en août dernier, atteint de nouveaux sommets.
Le premier sommet de janvier dernier, où un million d'ouvriers de la métallurgie et de l'automobile entrérent en lutte, fut suivi des grèves de avec 400.000 mineurs et 250.000 cheminots. Toutes ces grèves, menées principalement pour l'augmentation des salaires, mais s'étendant aussi à des revendications sociales plus profondes, ont été conclues par une incontestable victoire ouvrière en ce qui concerne les salaires, et même si des questions plus fondamentales comme le contrôle syndical des prix, les assurances sociales, etc., ont été posées sans être résolues pour l'instant, l'affermissement de la conscience de classe du prolétariat américain est un succès encore plus grand, résistants
Ayant à faire face dès le début à la conduite arrogante du grand patronat, les ouvriers ont vu le gouvernement, la presse et la radio s'unir aux capitalistes dans une campagne réactionnaire d'intimidation croissante et de plus en plus menaçante.
Cependant, au moment même ou des mesures législatives étaient prises pour mettre la grève hors la loi et pour renvoyer les ouvriers des usines requises par le gouvernement dans l'armée, la vague de grève se précipite vers de nouveaux sommels. - En ce moment même, 75.000 nouveaux mineurs sont en grève dans les mines d'anthracite de Pensylvanie. Les employés municipaux de Rochester ont menacé les autorités locales d'une grève générale si leur syndicat n'était pas immédiatement reconnu. Et l'événement de plus important de tous, malgré que de Président Truman ait menacé de mobiliser l'armée, la marine, les gardes-côtes et la War Shipping Administration pour faire fonctionner la marine marchande, sept syndicats maritimes, représentant 200.000 marins, ouvriers docks, magasiniers d'entrepôts et marins de remorqueurs, ont annoncé leur ferme intention de passer outre et de s'en tenir à la grève fixée pour le 15 juin. Déjà, des militants de base de ces syndicats demandent qu'on avance la date de la grève, tant les ouvriers sont méfiants lorsqu'ils ont à faire aux maudites combines de Wall Street et Washington.
Les ouvriers de l'automobile et les métallos réclamaient une augmentaton de 30 cents de l'heure. Ils obtinrent une augmentation d'environ 18 cents et des concessions sur toute une série de conditions de travail. Les cheminots demandaient une augmentation comparable et obtinrent la même chose, alors que les discussions sur les conditions de travail furent laissées pour règlement lorsqu'un nouveau contrat sera négocié l'an prochain. Les mineurs reçurent de même une proportion d'augmentation semblable, ce qui, avec les heures supplémentaires, fait passer leur paye hebdomadaire de 63 dollars 50 à 74 dollars 60. De plus, ils ont obtenu 5 % sur la vente de chaque tonne de charbon extraite pour constituer un fonds d'entr'aide sociale. Les mineurs demandaient que ce fonds, prévu pour aider les accidentés du travail, ce qui est fréquent dans ce métier, et les familles des victimes, soit géré par le syndicat. L'accord se fit sur le contrôle paritaire syndicat-gouvernement. Les mineurs de Pensylvanie ac-
ATIONALE tuellement en grève ont des revendications du même ordre, et il semble que le règlement se fera d'une manière semblable, étant donné que leur grève est à 100 % complète.
Les syndicats maritimes demandent une augmentation horaire variant entre 22 el 37 cents, et la semaine de 40 à 44 heures au lieu des 48 à 56 heures actuelles. L'appel des syndicats maritimes américains à la solidarité mondiale des travailleurs des ports par l'entremise de la Fédération Mondiale des Syndicats a été entendu favorablement par cet organisme.
Un côté intéressant de cette vague gréviste est le développement de la révolte des syndiqués de la base contre les puissants appareils bureaucratiques, révolte qui n'en est cependant qu'à son premier stade. Ainsi, dans le récent congrès du Syndicat de l'Automobile, l'ancien président R.J. Thomais fut remplacé par Walter Reuther, le dirigeant des grévistes de la General Motor qui mit en avant les mots d'ordre: « Contrôle syndical sur les prix » et « Ouvrez les livres de compau contrôle public »; durant la grève de janvier. Malgré que Reuther fasse lui-même partie de cette bureaucratie syndicale, le fait qu'il ait été soutenu contre Thomas est un signe de la conscience de classe croissante des ouvriers qui, à cette étape, se développe encore à l'intérieur du vieil appareil syndical.
En mai, une révolte semblable eut lieu au congrès du Syndicat des Métaux, lorsque le président Philip Murray, qui dirige aussi le C.I.O., tenta de faire passer une proposition qui consistait à empêcher toute représentation directe des syndiqués de base dans les assemblées nationales. Sa proposition fut repoussée à une écrasante majorité. Dans le cas des cheminots et des mineurs, de très nombreux militants de base montrèrent leur défiance envers la bureaucratie en refusant d'entériner les « trêves » acceptées par leurs dirigeants au cours des récentes grèves jusqu'à ce cours des récentes grèves, et continuant la grève en masse qu'ils soient convaincus que des gains substantiels avaient été arrachés.
De l'autre côté de la barricade, l'impérialisme américain semble en complet désarroi devant la crise sociale déclenchée par la combativité de la classe ouvrière. Alors qu'au début ils ne voulaient entendre parler d'aucune concession, les capitalistes ont dû céder à chaque fois. Ils ne cessérent d'en appeler à l'action gouvernementale. Lorsque le président Tru-
Iv° INTER man intervint et attribua au gouvernement des formes bonapartistes de pouvoir - comme ce fut le cas avec la réquisition des mines et la conclusion des accords directement entre le gouvernement et les représentants ouvriers - ou lorsqu'il demanda une loi selon laquelle les profits dans les industries administrées par le gouvernement par la loi de réquisition militaire soient versés au Trésor -comme ce fut le cas dans le récent projet antigréviste présenté au congrès — les magnats furent déçus. En dépit de toutes les menaces, et en dépit du développement continuel de la vague de grève, le gouvernement ne put réussir à faire passer toutes ses mesures réactionnaires de législation anti-ouvrière, qui furent amendées et arrondies aux angles avant le vote final.
Cependant le gouvernement s'est montré sous son vrai visage et les ouvriers sont prévenus. Les projets de mesures réactionnaires posent le prolétariat américain devant la nécessité de passer de la lutte revendicative à la lutte politique. La bureaucratie syndicale fait tout ce qu'elle peut Le Procès de Nuremberg
ALBERT GOLDMAN DEM
NATIONALE 65 pour éviter la rupture de la classe ouvrière avec les partis républicain et démocrate. Mais, à la fin, elle résiste aussi à l'éclatement de l'action gréviste. La situation objective pose maintenant le problème d'une lutte politique indépendante de la classe ouvrière aussi impérieusement qu'elle posait le problème de la grève il v a un an. Le Socialist Workers Party (les trotkystes américains) a été durant toute la guerre à l'avant-garde pour demander la rupture de la trêve entre les classes et pour appeler à passer à l'action pour de réajustement des saJaires au coût de la vie. Aujourd'hui, il est à l'avant-garde de l'agitation en faveur d'un parti ouvrier indépendant basé sur les syndicats. Ces mots d'ordre transitoires au sein de son programme socialiste révolutionnaire intégral ont gagné au S.W.P. de nombreux militants syndicalistes et parmi eux des dirigeants. Dans les années passées ces militants ont été partout à la pointe de la lutte gréviste. Dans la période qui vient ils mèneront les masses ouvrières américaines à forger leur grand parti de classe à travers la rupture avec les politiciens capitalistes. 1 et les Procès de Moscou ANDE QU'ON INTERROGE
LES ACCUSES NAZIS
Chicago, 15 mai. — Albert Goldman, avocat de Léon Trotsky et de sa venve, Natalia Trotsky, a envoyé aujourd'hui à Sir Geoffrey Laurence, Président du tribunal militaire international de Nuremberg, la lettre suivante, demandant l'autorisation d'interroger les accusés nazis, spécialement Hess, pour établir la vérité au sujet des infâmes procès truqués de Moscou. Cidessous la lettre dans son entier:
* Votre Honneur, < Vous avez certainement reçu maintenant deux lettres vous demandant de poser aux accusés nazis, spécialement Hess, certaines questions déterminées pour mettre au clair si oui ou non l'un des accusés a jamais passé quelque accord avec feu Léon Trotsky qui fut assassiné en août 1940 par l'un des assassins stipendiés de Staline.
« L'une des lettres est signée par des citoyens américains réputés, parmi lesquels Norman Thomas, James T. Farrel, Mathew Woll, et Dorothy Thompson. L'autre lettre est signée par des citoyens anglais renommés, parmi lesquels H.-G. Wells.
* Chacune de ces deux lettres vous informait que les motifs d'accusation sur lesquels reposaient les infâmes procès de Moscou de 1936-38 accusaient Léon Trotsky et son fils Sedov d'avoir contracté un accord avec l'accusé Hess, agissant au nom du gouvernement nazi, dans le but de provoquer la guerre • avec l'Union Soviétique et de démembrer ce pays.
« L'un des principaux aceusés (ou plutôt, victime) des procès de Moscou, Piatakov, témoigna en faveur du chef d'accusation ci-dessus.
« Ce point particulier de l'accusation (ainsi que toutes les autres charges), de même que le témoignage de Piatakov furent démontrés faux et la Commission d'enquête, présidée par John Dewey, le philosophe et pédagogue bien connu, après un examen de toutes les dépositions avancées, déclara Trotsky et son fils non coupables, et déclara que l'accusation était forgée de toutes pièces.
« Les prétendus complices de la prétendue conspiration passent maintenant en jugement. Ils peuvent être interrogés. Les archives nazies sont maintenant entre les mains des gouvernements qui occupent l'Allemagne. Les personnes qui ont écrit les lettres citées ci-dessus ont demandé, dans l'intérêt de la vérité historique, que vous et tous ceux qui conduisent le procès, interrogiez les accusés et demandiez à tous ceux qui détiennent les archives nazies de produire tout document concernant les prétendus accords entre Trotsky et les nazis.
« J'était l'avocat de feu Léon Trotsky lorsqu'il comparut devant la Commission Dewey; je suis à présent l'avocat de sa veuve, Natalia Trotsky.
* Mme Trotsky et moi-même pensons que les résultats de la Commission Dewey sont concluants. Néanmoins, dans le but de convaincre ceux qui ne le sont pas encore que les procès de Moscou étaient forgés de toutes pièces, nous désirons fermement que les accusés nazis, spécialement Hess, soient interrogés, et que les gouvernements qui contrôlent l'Allemagne recherchent dans les archives nazies tout document concernant la prétendue conspiration.
« Mais nous connaissons les méthodes juridiques russes: nous savons que le N.K.D.V., plus connu sous le nom de Guépéou (police secrète russe) possède des experts dans l'art des machinations policières. Nous savons que le N.K.D.V. peut facilement fabriquer les documents qu'ils estiment nécessaires à leurs fins.
« Alors que nous demandons l'interrogatoire des accusés et l'examen de tout document produit par les juges russes, nous insistons pour avoir de droit de contre-interroger tout témoin déposant sur cette affaire, et d'examiner tout document pouvant être produit par les Russes en vue de soutenir leur fhèse. Mme Trotsky m'a autorisé à la représenter au procès et à interroger ou contre-interroger tout témoin.
« Je comprends qu'il est fort probable que les juges staliniens s'y oppo-seront violemment, ainsi qu'à l'interrogatoire proposé des accusés au sujet de leurs prétendues relations avec Trotsky.
« Une fois de plus il sera démontré que les procès de Moscou n'étaient qu'une parodie.
« Je pense cependant qu'il est de votre devoir de vous engager dans cette voie malgré les objections des Russes.
« Si vons décidez de passer à l'examen de cetle affaire, je vous prie de me le faire savoir et je partirai pour Nuremberg immédiatement. »
FRANCE RESOLUTION DU B.P. DU P.C.1.
SUR LES RESULTATS DES ELEC-
TIONS DU 2 JUIN 1946.
Les élections du 2 juin ont, d'une façon générale, confirmé que la situation française marque un piétinement depuis plusieurs mois, en depit d'un mécontentement général grandissant.
Le chiffre des voies recueillies par le P.C.F. et le P.C. s'élevait en octobre 1945 à 9.506.273 au 5 mai 1946 à 9.280.386; en juin 1946, le P.S., le P. C.F. et le P.C.I. rassemblent 9.377.987 voix.
Quant aux partis bourgeois M.R.P.. P.R.L. radicaux. etc.. ils recueillent en octobre 1945. 9.599.950 voix: le 5 mai 1946. 10.450.883 voix (v compris l'Algérie), le 2 juin 1946, 10 millions 427.343 voix.
Les voix ouvrières ne varient pratiquement pas: les voix bourgeoises s'accroissent légèrement en raison avant tout de la diminution des abstentions.
Néanmoins, il est possible de relever de ces élections des indices relatifs aux tendances qui se développent et qui mûrissent dans toute la France. A ce sujet, comme toujours, c'est dans la région parisienne que se montrent les déplacements les plus significatifs.
I. -- LES VARIATIONS DANS LE CAMP OUVRIEK Les gains du P.C.F.
Les élections furent marquees pai une violente campagne contre le P. C.F., à laquelle le P.S. prit part.
Le P.C.F. maintient ses positions globales dans le pays. Mais ce maintien global est la conséquence de deux phénomènes différents:
a). Le P.C.F. a perdu des voix dans plusieurs circonseriptions ouvrieres (cinq sur six des circonseriptions de la Seine, Seine-et-Oise: deux circonscriptions ouvrières du Nord, Lyon, Loire: deux circonscriptions Bouches-du-Rhône, notamment); b) Le P.C.F. a augmenté ses volx dans des circonscriptions paysannes caractérisées jusqu'alors comme conservatrices on réactionnaires (par exemple: Calvados, Côtes-du-Nord, Bure, Ille-et-Vilaine, Maine-et-Loire, Vendée, etc.).
Ceci confirme nettement ce qui avait commencé à être à peine perceptible en octobre 1945 et qui s'accentua au referendum du 5 mai, à savoir que les couches les plus arriérées des villes et les couches les plus pauvres des campagnes se tournent toujours plus vers le P.C.F. comme le porteur de leurs aspirations et de leurs espoirs, mais que déjà une partle nullement négligeable de la classe ouvrière se montre décue de la politique suivie par le P.C.F. et se refuse à suivre ses directives sur le plan électoral. En corrélation avec ce fait, il y a lieu de présumer que les abstentions, pour une certaine partie, ont été différentes aux scrutins du 2 juin et du 21 octobre: qu'il y a un plus grand nombre d'abstentions d'ouvriers et un moins grand nombre d'abstentions petites-bourgeolses.
Soulignons enfin que le tournant opéré, trois jours avant les élections. par le P.C. et par la C.G.T. dont il contrôle la direction, en faveur d'un déblocage des salaires, est, indépendamment de toute préoccupation électorale qui ait pu entrer en ligne de compte, une reconnaissance implicite de l'exislence, chez les travailleurs, d'une volonté de combat que les directions traîtresses désirent endiguer.
Le grand vaincu: le P.S.
Le P.S. est le plus grand vaincu des élections, en dépit du tintement des dollars américains de l'emprunt Blum. Le P.S. porte le plus directement, aux yeux des masses, la responsabilité de la politique tripartite; il s'identifle le plus êtroitement avec celle-ci et, par consequent, il est le plus directement vulnérable des trois partis, devant perdre tant sur sa droite que sur sa gauche. Le scrutin du 2 juin a montre, par la perte des voix du P.S., qu'une petite partie de celles-ci sont passées au P.C. tandis que le plus grand nombre, d'origine petite-bourgeoise, s'est reportée sur les partis bourgeois, comme le M.R.P. ou les radicaux. C'est là un avertissement que la polilique tripartite n'associe pas, mats, au contraire, tend à détacher la petite bourgeoisie des organisations se réclamant de la classe ouvrière, en la décevant dans ses espérances. En l'absence d'une intervention active de la classe ouvriere, ce phénomène s'accentuerait et s'étendrait même aux nouvelles couches petites-bourgeoises qui, par ailleurs, continuent à rejoindre le P.C.F.
Le sens des voix P.C.I.
Le scrutin du 2 juin a montré en même temps que s'il existait déjà une partie assez importante de la classe ouvrière qui se détachait du P.C.F. par mecontentement des résultats de sa politique de collaboration de classes, sans qu'elle retourne au P.S., par contre, ces mêmes travailleurs ne se tournent que dans une faible proportion vers le P.C.J.
Seule, une proportion moyenne de 1,5 % des électeurs dans les onze circonscriptions s'est comptée sur nos listes.
Ce faible pourcentage pour le parti révolutionnaire est la conséquence des illusions démocratiques et parlementaires, bien plus persistantes que l'on ne pouvait soupçonner le 21 octobre 1945. Ces illusions ont ete nourries par le parti stalinien et ont mordu d'autant plus aisément que la classe ouvrière n'a pas pu engager, depuis la libération, de grandes luttes qui lui auraient permis de dissiper ces illusions.
A ces illusions parlementaires qui jouent d'autant plus sur le plan électoral contre le parti révolutionnaire que celui-ci est encore numériquement faible — sont venus s'ajouter différents éléments importants, notamment: la calomnie contre-révoluttonnaire et provocatrice, largement déversée par les chefs social-traures staliniens; le retournement électoral du P.C.F. sur la question des salaires. Enfin, un des facteurs, et non le moindre, fut la crainte d'une division des voix ouvrières en face d'une ‹ offen-
IV® INTERN sive » de la réaction. Comme nous le verrons plus loin, le grand capital se garde bien de mener une attaque de front contre la classe ouvrière, car il a conscience de la puissance de combat du prolétariat: il sait qu'il ne peut imposer aujourd'hui son Ordre qu'avec la complicité, l'appui et la participation au gouvernement des chefs social-patriotes. De leur côté, ces derniers ont entretenu l'illusion d'une offensive décidée de la bourgeoisie, contre laquelle, d'ailleurs, ne proposèrent à la classe ouvrière d'autre arme que... le bulletin de voie.
Les 45.000 voix recueillies par nos listes dans les onze circonscriptions où nous nous sommes présentés sont à la fois la première affirmation, à l'échelle nationale, de l'existence du parti révolutionnaire et la confirmation du nombre, encore réduit, de travailleurs qui reconnaissent déjà le P.C.I. comme la direction du prolétariat.
Le renforcement général du parti s'est manifesté par de nombreuses adhésions, par le succès de sa souscription électorale et par la sympathie et l'attention soutenue des auditoires ouvriers qui suivirent ses réunions
II. — LES VARIATIONS DANS LE CAMP BOURGEOIS
La seconde caractéristique essentielle des élections du 2 juin est le renforcement du M.R.P. et un léger recul du P.R.L., sauf dans une partie de la région parisienne.
A la veille même des élections, de nombreuses listes du P.R.L. ont désistées pour celles du M.R.P.; il y avait incontestablement là des ordres du grand capital, avec la bénédiction . du haut clergé. Le désistement, tout comme les résultats du scrutin, attestent que, pour la grande bourgeolsie, il ne peut pas être question, à l'heure présente, d'une offensive menée avec l'aide des classes moyennes contre le prolétariat. Conscient des possibilités et des dangers d'un combat engagé contre la classe ouvrière, le grand capital utilise, sur le plan politique, un parti qui ne prend pas figure ouverte d'opposition constante aux organisations ouvrières, mais qui coopère avec celles-ci et ne s'oppose à elles que sur certains points seulement.
Depuis la libération et la désintégration des anciennes formations (parti radical, P.S.F., P.P.F., R.N.P., etc.), le capitalisme français n'est pas parti fasciste, instrument nécessaire encore parvenu à reconstituer
ATIONALE pour asseoir sa domination. Le M. R.P. reste une formation transitoire, qui se disloquera sous le choe des heurts de classe, soit au profit de gouvernements réactionnaires et fascistes, soit au profit de la classe ouvrière entrée en lutte contre le régime.
III. - AUX COLONIES
En Afrique du Nord, les élections dans les collèges indigènes ont été marquées:
a) Par des abstentions massives allant de la moitié aux deux tiers du collège électoral; les électeurs répondant ainsi à l'appel au boycott lancé par le Parti populaire algérien toujours maintenu dans lillégalité et dont le dirigeant, Messali Hadj, reste emprisonne.
b) Par l'échec des staliniens et l'élection, même dans ces conditions d'abstention massive, d'une majorité d' « Amis du Manifeste », c'est-àdire de nationalistes bourgeois algériens partisans d'une indépendance (quoique relative) de l'Afrique du Nord.
Le vote des collèges indigènes a donc été un soufflet à l'impérialisme français. Le bureau politique du Parti Communiste Internationaliste salue cette première manifestation des masses algériennes depuis les fusillades de mai 1945, manifestation qui ne manquera pas d'être le signal d'une reprise de la lutte des masses coloniales contre l'impérialisme français.
IV. — SUR QUELQUES MOTS D'ORDRE
COMBATTRE
En conclusion, le scrutin du 2 juin impose au parti communiste internationaliste une accentuation des campagnes qu'il a menées jusqu'à présent:
a) Pour la défense des revendications des masses travailleuses (salaires, pain). Compte tenu du « tournant > du P.C.F. et de la C.G.T., il posera les questions:
Combien d'augmentation pour un salaire vital?
Et comment l'obtenir?
Et il revendiquera, plus que jamais, l'échelle mobile; b) Pour la rupture avec le M.R.P. et autres formations bourgeoises, contre toute collaboration de classes.
Le parti dénoncera la prostitution des partis ouvriers au service de la bourgeoisie, alors que des millions de travailleurs sont toujours prêts à engager la lutte pour imposer un gouvernement du P.S., du P.C.F. et de la C.G.T.
La perte de la majorité sur le plan parlementaire n'entraine pas la possibilité, pour les masses laborieuses, d'imposer, à travers leur lutle conire le régime, un tel gouvernement.
Le bureau politique appelle tous les ouvriers conscients à rejoindre les rangs du P.C.I., en vue d'intensivriers et dans les entreprises. Il les appelle à renforcer l'arme de combat indispensable aux travailleurs pour triompher dans les luttes quiils auront inéluctablement à engager pour la satisfaction de leurs revendications: le Parli révolutionnatre.
Le 5 juin 1946.
Le B. P. ADRESSE DU SECRETARIAT IN-
TERNATIONAL AU P.C.I.
Le S.l. adresse au nom de toute l'Internationale ses salutations fraternelles aux militants du P.C.I. (section française de la IV" Internationale) qui n'ont pas ménagé leurs efforts pour donner la plus grande ampleur possible à la campagne électorale du Parti et à la propagande du programme de la IV* Internationale.
Le S.I. considère que l'effort fourni par le Parti français, l'organisation ei le développement de la campagne électorale, ainsi que les résultats de cette campagne (souscription, réunions électorales, diffusion du journal, des tracts, des circulaires, 45.000 voix sur 12 listes présentées dont 15.000 voix sur les 3 secteurs de Paris) marquent une étape dans l'histoire de notre mouvement international et le tournant de l'Internationale vers des masses.
La tâche de notre section française est maintenant d'organiser et de consolider son influence diffuse par un travail persévérant et systématique dans les syndicats, les usines, les quartiers, de développer le recrutement de nouveaux membres, d'organiser et d'élargir la diffusion de sa presse et d'intensifier le travail d'education marxiste de ses militants.
Le S.I. considère que le B.P. du P.C.l. doit se charger de rassembler dans un document (qui pourra paraitre en brochure et dont les frais seront couverts par le S.I.) toute l'expérience de cette campagne, atin que cette expérience serve à toute l'Internationale.
Le S.I. décide de faire de nouveau un appel pressant à toute l'Internationale pour qu'elle vienne encore plus efficacement en aide au P.C.I. dans sa prochaine campagne électorale.
Pour le S.l.: PILAR.
Le 8 juin 1946. GRÈCE PANTELIS POULIOPOULOS
Le mouvement révolutionnaire ouvrier grec a perdu, en la personne de Pantelis Pouliopoulos, fusillé en juin 1943 à Nezero par les impérialistes italiens qui occupaient conjointement avec les Allemands à cette époque Grèce, sa plus grande physionomie.
Le nom de Pantelis Pouliopoulos est lié au développement du mouvement communiste en Grèce qui commence aussitôt après la victoire de la Révolution russe de 1917.
Pouliopoulos a commencé sa carrière révolutionnaire dans les rangs de l'armée grecque qui combattait entre 1920-1822 contre les Turcs en Asie-Mineure.
Influencé par les idées de la Révolution russe, il dénonce le caractère impérialiste de cette guerre, prêche la fraternisation avec les soldats turcs et organise les premiers groupes communistes dans Parmée.
Il devient membre dirigeant du Jeune Parti communiste grec fondé en 1920, entre au C.C. et au Bureau politique. Après la défaite de l'armée grecque en 1922, il organise le mouvement des anciens combattants auquel il imprime une orientation révolutionnaire.
Poullopoulos représente le Parti communiste grec au 5° Congrès de l'Internationale Communiste.
En 1925, il devient secrétaire générail du Parli communiste et garde ce poste jusqu'en 1927. En 1927 éclate la crise dans le Parli bolchevik russe entre la fraction stalinienne et l'opposition communiste guidée par Trotsky, crise qui ébranle toute l'Internationale Communiste, Pouliopoulos prend, en Grèce, résolument pos.. tion pour •la plateforme de l'opposition, ce qui amène son exclusion du Parti communiste grec.
Il fonde un organe: Le Spartacus, qui seul a publié en grec tous les documents fondamentaux de l'opposition de gauche, el continue sa lutte avec plusieurs centaines d'ouvriers anciens membres du Parti communiste qui restent fidèles à la ligne léniniste.
Pouliopoulos considérait être durant toute sa vie en parfait accord idéologique avec Trotsky, excepté la position prise par lopposition de gauche en 1930 de reconnaitre en Grece comme sa section officielle ce conne cente et di l'organisation archéomarxiste. Pouliopoulos considérait cette organisation comme centriste et opportuniste et il a demandé des garanties politiques supplémentaires avant que lopposition de gauche ne la reconnaisse.
Pouliopoulos a adhéré sans réserve depuis 1934 au mouvement pour la formation de la IV° Internationale el son organisation a été représentée au Congres de Fondation de la IVe Internationale en 1938, dont il a accepté toutes les décisions, y compris les modalités d'unification du mouvement trotskyste en Grèce.
En 1936, s'instaure en Grèce la dictature la plus féroce que ce pays ait connue. Le général Metaxas, agent du roi Georges II, abolit le régime parlementaire et déclenche une guerre à mort contre le mouvement révolutionnaire de la classe ouvrière grecque.
Toutes les organisations révolutionnaires passent à la clandestinité la plus stricte.
Pouliopoulos est l'animateur politique el pratique de notre mouvement. La police le recherche depuis août 1936 activement et le gouvernement publie dans tous les journaux l'annonce d'une offre importante d'argent à tous ceux qui faciliteraient son arrestation. Pouliopoulos, se deplaçant de maison en maison, ne circulant que pendant la nuit pour assister aux réunions des camarades, arrive à échapper à tous les pièges de la police jusqu'en 1939. Dénoncé à cette époque, il est arrêté et emprisonné dans la prison de l'ile d'Aigina. La guerre survient, les années passent, et
Pouliopoulos, qui voit sa santé décliner rapidement dans les geôles du capitalisme grec, ne pense qu'au réarmement idéologique de notre mouvement en face de nouveaux problèmes posés par la guerre impérialiste.
Transporté en 1940, ainsi que d'au•tres camarades, à la forteresse moyenâgeuse d'Acronauplie, il organise une grande discussion politique qui a duré plusieurs mois autour de no-
ATIONALE tre tactique vis-à-vis de la guerre impérialiste, et à laquelle ont pris part plusieurs dizaines de caramades trotskystes enfermés dans cette forteresse. Pouliopoulos a magistralement idefendu la posilion trotskyste sur la question de l'U.R.S.S., et des camarades qui ont survécu à ces terribles années, et ont eu après l'occasion de lire le livre de Trotsky: In defense of Marxism, ont été frappés par la de argumentation marxiste des deux révolutionnaires. En 1943, Pouliopoulos, déjà très malade (il prison) quitte la forteresse d'Acronauplie pour entrer dans un hôpital de la ville du Pirée. Les camarades avaient préparé son évasion mais qui, paraît-il, a échoué.
En mai 1943, les partisans grecs ont fait sauter le grand pont de Bralos, près de la ville de Lamia sur la ligne du chemin de fer Athènes-Salonique. En guise de représailles les autorités militaires italiennes et allemandes ont décidé de fusiller cent otages parmi les prisonniers politiques.
Pouliopoulos, probablement indiqué par la police grecque, a été choisi avec trois autres dirigeants trotskysles, les camarades J. Makris, J. Хуроlytos et Costas Yannakos.
Il a gardé son sang-froid, sa dignité et son courage révolutionnaire jusqu'au dernier moment, donnant par sa mort un exemple qui inspira l'action des jeunes militants révolutionnaires.
Amené devant le peloton d'exécution composé de soldats italiens, il s'adressa à eux en italien dans son langage fougueux, les appelant à ne pas commettre le crime d'assassiner des frères de classe et de servii ainsi l'impérialisme bestial.
Les soldats ont répondu à l'appel révolutionnaire de Pouliopoulos et ont refusé de tirer sur les cent otages politiques.
Une lutte s'ensuivit entre les soldats et les officiers qui les commandaient et les quelques témoins de ces scènes atroces relatent que Pouliopoulos a été finalement abattu par les officiers.
Ces faits sont connus maintenant universellement en Grèce et la mort héroïque de Pouliopoulos est vénérée par toute l'avant-garde révolutionnaire du pays.
Pouliopoulos ne fut pas seulement un grand militant révolutionnaire qui a servi le mouvement ouvrier uniquement par son activité politique.
ressemblance
Pouliopoulos, ayant une vaste culture ture générale et marxiste, parlant parfaitement plusieurs langues, entre autres T'allemand, de français, l'anglais, l'italien, a traduit en grec la plupart des œuvres fondamentales du marxisme comme Le Capital, L'AntiDüring, La Critique de l'Economie politique, ete...
Plusieurs ouvrages de L. Trotsky ont été traduits par lui, parmi lesquels La Révolution Trahie, éditée dernièrement par nos camarades grees.
Pouliopoulos est d'autre part l'auteur de plusieurs articles, brochures, livres traitant soit des questions générales de la théorie marxiste, soit des problèmes politiques de la réalité grecque.
Parmi ses écrits, la réponse magistrale qu'il a faite aux thèses opportunistes, front-populistes, du Parti communiste grec en 1935, qui remplaçaient la perspective de la révolution socialiste en Grèce par la perspective d'une « Démocratie populaire », occupe une place importante.
Cette étude porte le titre:« Royauté, République, Communisme » et constitue la plateforme théorique qui différencie en Grèce notre mouvement en tant que mouvement du prolétariat révolutionnaire, du parti de la « démocratie petite-bourgeoise » vers lequel le Parti communiste grec a dégénéré sous l'influence stalinienne.
Dans sa carrière révolutionnaire, Pouliopoulos a été à plusieurs reprises arrêté, condammé et emprisonné. Toute la vie de Pouliopoulos a montré l'exemple d'un grand révolutionnaire qui a mis toute son ardeur, toute son activité pratique, toutes ses capacités intellectuelles au service du mouvement émancipateur du prolétariat grec et international.
La IV° Internationale honorera au mois de juin de chaque année la glorieuse mémoire de ce grand combattant de la Révolution socialiste mondiale.
Juin 1946.
Sp.
Crise du Parti Communiste Grec
Une crise d'une grande envergure a éclaté publiquement au sein du Parti Communiste Grec.
Depuis le commencement du mois de mai, l'organe central du P.C. Grec Rizospastis se livre à une violente campagne contre une opposition formée au sein du Parti, aussi bien au sommet qu'à la base.
Des comités spéciaux de contrôle fonctionnent, examinant de cas de chaque oppositionnel et procédant à de nombreuses exclusions.
Jusqu'au 20 mai on a enregistré 40 exclusions rendues publiques! muniste Grec et dont les affaires commerciales, montées probablement avec Parmi les exclus se trouve Pesopoulos, un des fondateurs du Parti Coml'aide et sous la direction du Parti, rapportaient une très importante aide financière, à ce dernier.
Zachariadès, secrétaire du P.C. Grec a publié dans Rizospastis du 16 mai 1946 un long article ouvrant publiquement le feu contre l'opposition qui critique la politique suivie par la direction actuelle du Parti comme « opportuniste et aventurière ».
Zachariades mentionne deux capitaines de J'EL.A.S., Oresti et Zacharias, qui ont acquis par ileurs exploits durant la guerre des partisans en Grèce, une renommée épique, comme étant parmi les dirigeants de l'opposition et il ajoute: « Je mentionne ces deux capitaines parce qu'ils sont parmi les plus représentatifs dirigeants de l'E.L.A.S. ayant passé à l'opposition.
* Ces deux capitaines se sont fait un nom durant le mouvement de la libération nationale. Ce « nom » leur permet maintenant de mener avec un plus grand « prestige » leur campagne contre le Parti et contre Y'E.A.M. »
Plus loin, il prépare l'opinion du Parti pour leur exclusion prochaine. brochure contenant la critique de Topposition, qui, d'après lui, englobe Petsopoulos, de leader déjà exclu, annonce la parution imminente d'une -« l'écrasante majorité des membres du Parti ».
Aux termes d'une lettre du même leader que cite Rizospastis, « la direction actuelle du Parti mène une politique opportuniste et aventurière. Si la
IV° INTERNATIONALE masse accepte jusqu'au bout celte politique, le Parti doit changer de nom, et ceux qui restent Bolcheviks doivent refaire de nouveau le Parti Communiste. »
Les causes de cette crise qui mûrissait depuis longtemps et qui est rendue aujourd'hui publique se trouvent dans le contraste entre l'évolution de la situation en Grèce dans les deux dernières années (surtout depuis da « libération ») et la politique suivie par le Parti Communiste Grec.
Avant et durant le soulèvement de décembre 1944, le Parti Communiste Gree et l'E.A.M. contrôlaient en réalité la Grèce entière et avaient avec eux l'écrasante majorité de la population ouvrière et paysanne.
Même quand I'E.A.M. et l'E.L.A.S. ont été battus par les Anglais à Athènes (fin décembre 1944) ces deux organisations étaient encore maîtresses de tout le reste du pays.
Et cependant elles ont conclu l'accord honteux de Varkiza et ont remis toutes leurs armes aux mains des Anglais et de la réaction grecque.
Depuis la terreur blanche s'est abattue sur le pays avec une violence qui égale et même dépasse les forfaits commis par la dictature de Métaxas.
La situation s'est particulièrement aggravée depuis les élections de mars 1946 et lavènement du gouvernement pro-monarchiste de Tsaldaris.
En face de ce flot montant de la réaction, le Parti Communiste continue à défendre la politique de Varkiza, s'oppose à l'armement des ouvriers, et ne se décide pas à rompre avec sa ligne « front-populiste »; il répète ses appels (d'ailleurs sans écho) aux « forces démocratiques » (?) de la bourgeoisie.
Devant cette situation qui a conduit le Parti dans une impasse absolue, il est naturel qu'une crise intérieure ait mûri, rendue aujourd'hui publique. II dépend de notre organisation grecque de donner à ce courant oppositionnel une conscience politique claire et d'en faire profiter le mouvement révolutionnaire et non pas la réaction.