Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

La revue › numéro de juin-juillet

Les revendications transitoires

Quatrième Internationale, numéro de juin-juillet · juin-juillet 1946 · p. 1-3 · 1 227 mots

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Les conséquences de la guerre ont rendu le programme transitoire élaboré par la Conférence de fondation de la IV* Internationale en 1938 vraiment d'une actualité brûlante.

Cela tient au fait que la guerre, loin d'avoir donné une solution quelconque aux contradictions fondamentales du capitalisme, loin d'avoir amélioré les conditions de vie des masses, a au contraire contribué plus que n'importe quel autre événement de notre siècle a rendre la réalité du régime capitaliste plus odieuse et plus insupportable que jamais. D'autre part, malgré la maturité extrême des conditions objectives de la Révolution qui approche du commencement d'un pourrissement, la conscience politique du prolétariat n'est pas encore à la hauteur de ceite situation objective.

Les masses ouvrières sont paralysées dans leur action révolutionnaire par la conflance aveugle qu'elles nourrissent encore envers les Partis traditionnels et en particulier envers les Partis staliniens qui sont définitivement passés du côté de l'ordre bourgeois. Dans ces conditions il est mécessaire que la mobilisation des masses se fasse sur la base d'un système des revendications qui tienne compte à la foís des conditions objectives et de la conscience actuelle des masses, et qui conduise invariablement à un seul et même but: la conquête révolutionnaire du pouvoir par le prolétariat.

Par conséquent, ce système de revendications a un caractère transitoire, c'est-à-dire un caractère de liaison organique entre les revendications minima des masses et le programme de la Révolution socialiste.

Cette liaison organique entre le programme minimum et le programme maximum, étali par le programme transitoire, est rendue possible à notre époque parce que la dislocation du capitalisme pourrissant est telle que toute revendication sériense du prolétariat, économique ou politiqué, et même toute revendication progressive de la petite bourgeoisie conduisent « inévitablement au delà des limites de la propriété dapitaliste et de l'Etat bourgeois. » C'est en cela que consiste le caractère anti-capitaliste et révolutionnaire de de notre programme transitoire qui le différencie fondamentalement de la conception du programme minimum, qui se limitait à des réformes dans le cadre de la société bourgeoise de la social-démocratie classique, et aujourd'hui des néoréformistes staliniens.

L'origine de cette conception d'un système de revendications transitoires doit être recherchée dans l'expérience bolchevique entre février et octobre 1917. Gest Lenine qui a mis en avant durant cette période pour le compte du Parti Bolchevik une série de mots d'ordre transitoires ayant pour but de mobiliser les masses pour la conquête du pouvoir, en partant des conditions objectives en Russie et de la conscience des masses qui gardaient encore leur confiance aux Partis « socialistes ».

A peu près tous les mots d'ordre que nous retrouvons dans notre programme transitoire de 1938, Contrôle ouvrier, Comités d'usines, nationalisations sans indemnités ni rachats, gouvernement ouvrier (en tant que for-

IV° INTERNATIONALE mule de politique actuelle), ete... ont été employés pour la première fois en 1917 par Lénine qui a su leur donner une interprétation vraiment anticapitaliste et révolutionnaire.

Cette interprétation reste encore aujourd'hui le meilleur modèle de tactique révolutionnaire et dont l'étude ne laisse d'être d'une inappréciable valeur pour tous les cadres de notre Internationale.

L'Internationale Communiste a repris l'emploi des mots d'ordre transitoires dans le même sens léniniste. La « Thèse sur la tactique » du III° Congrès de PI.C. est déjà un avant-projet de notre programme transitoire de 1938.

Si la systématisation des différents mots d'ordre est moins poussée que dans notre document de 1938, par contre on retrouve les mêmes idées maitresses, la même conception foncièrement anticapitaliste et révolutionnaire du programme:

« A la place du programme minimum des réformistes et des centristes. L'Internationale Communiste met la lutte pour les besoins concrets du prolétariat, pour un système de revendications qui dans leur ensemble démolissent la puissance de ila bourgeoisie, organisent le prolétariat et constituent les étapes de la lutte pour la dictature prolétarienne et dont chacune en particulier donne son expression à un besoin des larges masses, même si ces masses ne se placent pas encore consciemment sur le terrain de la dictature du prolétariat ».

Et ailleurs: « Les Partis communistes doivent prendre en considération non pas les capacités d'existence et de concurrence de l'industrie capitaliste, non pas la force de résistance des finances capitalistes, mais l'étendue de la misère que le prolétariat ne peut pas et ne doit pas supporter. » (Thèse sur la tactique du III° Congrès de T'I.C.).

Nous avons, dans le programme d'action des Bolcheviks-Léninistes français publié dans la Vérité en juin 1943 (et reproduit aujound'hui dans notre revue), un autre avant-projet de ce que fut ultérieurement le programme transitoire.

L'adoption de ce dernier en 1938, fut en réalité proposée et assurée par de longues discussions préalables qui ont permis de faire le bilan de l'expérience déjà accumulée par toutes les sections nationales de la IVe Internationale. Trotsky considérait ce programme comme la conquête capitale de notre mouvement, et comme le reflet du tournant résol de la IV® Internationale vers les masses.

C'est aujourd'hui en réalité ome la IV° Internationale est placée partout en face des tâches d'un mouvement des masses.

Les mots d'ordre transitoires peuvent devenir, et deviennent l'expression consciente des besoins actuels des masses.

L'échelle mobile des salaires, le contrôle ouvrier, les nationalisations, tous ces mots d'ordre ont été repris par les masses elles-mêmes dans plus d'un pays en Europe.

L'abolition du secret commercial et industriel, le contrôle de la comptabilité de la grande industrie, ont été pour la première fois réclamés avec insistance par le prolétariat américain en lutte.

La révolution des peuples coloniaux en Indochine et en Indonésie a donné spontanément naissance et sur une grande échelle aux comités et aux milices.

Et partout, au moins en Europe, la revendication adressée aux Partis traditionnels de « rompre la coalition et de prendre le pouvoir », est devenue actuelle.

Certes les directions traîtres qui gardent encore une influence décisive sur les masses cherchent à fausser le sens de certaines de ces revendications comme c'est le cas avec les « nationalisations » indemnisées et confiées au contrôle capitaliste.

Mais cela n'empêche pas que toute l'évolution politique d'après guerre suit maintenant la ligne indiquée dans le programme transitoire, c'est-à-dire que les revendications formulées dans ce programme correspondent effective

IV° INTERNATIONALE 3 ment aux besoins des masses, pénétrant avec un rythme plus ou moins lent et d'une façon plus ou moins directe leur conscience, facilitent leur mobilisation révolutionnaire.

La tâche de nos sections consiste actuellement à approfondir le sens anticapitaliste et révolutionnaire de nos revendications transitoires, et à les faire pénétrer dans le mouvement des masses non pas d'une façon rituelle, schématique et sectaire, mais en les adaptant intelligemment aux conditions concrètes de chaque pays et de chaque moment de la lutte.

Le programme transitoire est une arme de valeur inestimable pour ceux qui savent la manier dans le but de formuler, dans des conditions concrètes, un programme vivant d'action.

C'est avec cette intention que nous consacrons dans cette publication une place importante à une série d'articles se rapportant aux divers aspects des revendications transitoires, et de leur interprétation correcte afin de promouvoir non pas un mouvement centriste et opportuniste, mais de servir aux mains du Parti Révolutionnaire à la mobilisation révolutionnaire des masses pour la conquête du pouvoir.

Les articles publiés et signés expriment en général Popinion de leur auteur et leur but est de poursuivre publiquement la discussion sur certaines questions fondamentales de notre tactique déjà posées au sein de l'Internationale.

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