Sur les plans expansionnistes du Japon
1er mai 1940. Mon cher Chris
Savez-vous ce que c'est que le « Mémoire Tanaka »? J'attire votre attention sur ce document très discuté et de la plus grande importance. Il me semble qu'il a été publié aux EtatsUnis pour la première fois, vers la fin de 1923 ou dans le courant de l'année 1924, certainement guère plus tard. Dans quel journal? Jimagine que ce fut dans un journal d'impor-
Le vice-amiral Toussig lil mention devant la commission du Sénat en avril 1922, mais le New York Times rappela NEN lecteurs que le • prétendu » mémoire Tanaka était, selon les Japonais, un faux.
Je voudrais maintenent faire la preuve dans la grande pressé que ce
IV° INTER document, dont je connais fort bien les origines, est on ne peut plus authentique. Mais pour aider ma mémoire et mes archives personnelles, jai besoin d'une enquête sur le sort qui fut fait à ce document dans la presse américaine: sa date de parution et dans quel organe il fut publié; la réaction que sa publication provoqua dans la presse et dans l'opinion publique; les discussions au sujet de son authenticité, ete... J'aurais également besoin du texte anglais luimême.
Pouvez-vous sacrifier un peu de votre temps pour une telle recherche qui serait, , à mon avis, de la plus grande utilité pour vous, car elle vous lamiliariserait avec les relations americano-japonaises, et vous préparerait aux grands événements qui surviendront dans le Pacifique? Si vous êtes d'accord, le meilleur moyen serait d'employer un secrétaire pour dactylographier le document et les citations. Je serais très heureux de payer les frais que cela entraînera.
Avec mes meilleurs saluts, votre
A propos d'un allié « socialiste » de Chamberlain
(La lettre ci-dessous est une réponse à une lettre de Miss Suzanne La Foliette, demandant un article pour | American Mercury, sous le titre « la paix à venir ». Miss La Follette proposait que l'article de Trotsky pa raisse aux côtés d'un article du travailliste anglais H.-N. Brailsford, intitulé: « L'Europe. peut-elle se fédérer? », et où il se montrait partisan de quelque chose du genre de la Société des Nations, mais avec un « pouvoir réel »).
14 mai 1940. Ma chère Miss La Follette.
Je serais prêt à remuer ciel et terre pour faire suite à votre demande, mais cela est impossible. Je suis em train d'écrire un long document pour la Quatrième Internationale sur la question de la guerre, et je dois le terminer dans le courant de la semaine prochaine.
Mais je dois aussi vous avouer être horriflé à l'idée de voir mon article publié à côté de celui de M. Brailsford. Lorsque je publie un article dans Life ou dans Liberty, c'est comme lorsque je prends le tramway: je ne cherche pas à connaître quels sont
NATIONALE 9 les autres voyageurs, car personne ne peut me confondre avec eux. Une revue de « tendance » est quelque chose de tout à fait différent. M. Brailsford se considère comme un écrivain de gauche, une espèce de socialiste et catera. Mais, à mes yeux, ce n'est pas autre chose qu'une ombre réactionnaire petite-bourgeoise du conservateur M. Chamberlain. Politiquement, je préfère avoir à faire avec Chamberlain plutôt qu'avec Brailsford. L'idée même que je puisse avoir quelque chose de commun avec M. Brailsford est pour moi mille fois moins supportable que de publier occasionnellement, quelque chose dans la presse de Hearst.
Japprécie trop votre personnalité, ma chère amie, pour ne pas vous dire Pentière vérité. « Hier stehe ich und ich kann nicht anders ».
Avec mes meilleurs vœux et salutations. Cordialement votre
Le Manifeste de la IVe Internationale
(Trotsky avait presque terminé le manifeste de la Quatrième Internationale sur « La guerre impérialiste et la révolution prolétarienne » lorsque se produisit l'attentat à la mitraillette contre sa maison, le 24 mai. Le Manifeste fut adopté par la Conférence de l'Internationale et fut édité en brochure. « Le camarade Hank » arrivait pour diriger la réorganisation de la défense de la maison).
28 mai 1940. Chers Camarades,
J'espère que vous avez maintenant en main le texte complet du manifeste en anglais. J'ai été très ennuyé du retard causé d'abord par un mauvais état de santé, ensuite par la longueur du document, enfin par l'attentat. Si vous êtes déjà arrivés à un accord avec le document, cumme je l'espère (peut-être avec quelques corrections), je pense qu'il est nécessaire d'entreprendre immédiatement une sérieuse action internationale sur la base du manifeste. Mes propositions générales sont les suivantes:
1° Publier le Manifeste en anglais comme numéro spécial du « Socialist Appeal » et de « Fourth International », avec un tirage accru.
2° En plus des canaux généraux de diffusion, je propose d'en envoyer des copies à toutes les publications
IV® INTERN ouvrières, aux groupes locaux des partis ouvriers, aux journaux et revues libéraux et de gauche, ete... accompagnées d'une lettre spéciale qui devrait, d'une manière tout à fait amicale, inviter ces messieurs et dames à prendre position envers le document en raison de l'importance des questions qui y sont traitées. Les lettres devraient être signées par le Secrétaire général du Parti.
3° Simultanément le document devrait être traduit en allemand, français, si possible en espagnol publié en langue étrangère, au moins sous forme de bulletin, car nous ne pouvons espérer qu'il soit publié en Europe dans la période prochaine.
4° Le document devrait être étudié et discuté sérieusement dans les rayons du Parti.
La longueur du document est déterminée par la nécessité de présenter à nouveau notre programme dans son ensemble en relation avec la guerre. Le Parti ne peut conserver ses traditions sans une répétition périodique des idées générales de notre programme.
J'espère recevoir le texte de la traduction avant sa publication car des erreurs d'ordre secondaire sont inévitables dans un texte d'une telle longueur.
Avec mon plus cordial salut
P. S. — Le camarade Hank est arrivé juste à temps. Il est inutile de dire à quel point sa présence a été utile ici cette semaine.
La démission de Burnham est une excellente confirmation de notre analyse et de nos pronostics concernant l'ex-minorité. Nous ne croyons pas que ce soit la dernière séparation avec laquelle nous aurons à faire.
Sur la conscription
9 juillet 1940. Cher Camarade Al.
Je crois que nous sommes d'accord sur tous les points à caractère princi-
ATIONALE piel tels qu'iis sont formulés dans votre lettre du 6 juillet.
Il est de la plus grande importance de comprendre que la guerre n'annule ni ne diminue l'importance de notre programme transitoire. En vérité, c'est précisément le contraire. Le programme transitoire est un pont entre la situation présente et la révolution prolétarienne. La guerre est la continuation de la politique par d'autres moyens. La caractéristique de la guerre est qu'elle accélère le développement. Cela signifie que nos d'ordre révolutionnaires transitoires deviendront de plus en plus actuels, efficaces, importants avec chaque nouveau mois de guerre. En fait nous n'avons qu'à les concrétiser et les adapter aux conditions. C'est pourquoi dans notre premier paragraphe je voudrais éliminer le mot « à modifier » car cela pourrait donner Pimpression que nous devons modifier quelque chose ayant un caractère principiel.
Nous sommes absolument partisans de l'instruction militaire obligatoire, et de la même manière pour la conscription. La conscription? Oui. Par l'état bourgeois? Non. Nous ne pouvons laisser ce travail, pas plus qu'aucun autre, aux mains de l'Etat alinerencier fer des exploiteurs. Dans notre propagande et notre agitation nous devons différencier fermement ces deux questions. C'est-à-dire, ne pas lutter contre la nécessité pour les ouvriers d'être de bons soldats et de construire une armée basée sur la discipline, la science, une forte organisation, etc., y compris la conscription, mais lutter contre l'Etat capitaliste qui se sert de Parmée au seul bénéfice de la classe exploiteuse. Dans votre para-. graphe quatre, vous dites: « A partir du moment où la conscription est décrétée, nous cessons de lutter contre elle, mais continuons notre lutte pour que l'instruction militaire soit faite sous le contrôle ouvrier, etc. › Je préférerais dire: * Une fois la conscription décrétée, sans cesser notre lutte contre l'Etat copitaliste, nous concentrons notre lutte sur l'entraînement militaire, ete. *
Nous ne pouvons nous opposer à l'instruction militaire obligatoire par l'Etat bourgeois de même manière que nous ne pouvons nous opposer à Pinstruction obligatoire par l'Etat bourgeois. L'instr militaire est à nos yeux une Elle de Teducation. Nous devons lutter contr litat bourgeois: il abuse SUF u comme sur les autres.
Nous devons evidemment lutter contre la guerre non seulement • jus-
IV* INTER qu'au dernier moment » mais au cours de la guerre elle-même lorsqu'elle commence. Nous devons cependant donner à notre lutte contre la guerre sa pleine signification révolutionnaire. nous opposant au pacifisme et le dénonçant sans pitie. L'idée très simple et l'idée principale de notre lutte contre la guerre est: nous sommes contre la guerre, mais nous aurons la guerre si nous sommes incapables de renverser les capitalistes. Je ne vois pas pourquoi nous renoncerions au mot d'ordre d'un referendum populaire sur la guerre. C'est un très bon mot d'ordre pour démasquer la futilité de leur démocratie dans une question aussi vitale que la guerre.
Je ne crois pas que la revendication des milices ouvrières soit éliminée par la revendication d'une instruction militaire générale. L'approche de la guerre et la guerre ellemême, avec le développement des réactions chauvines, provoqueront inévitablement des pogromes contre les syndicats, les organisations et les journaux révolutionnaires. Nous ne pouvons renoncer à nous défendre nous-mêmes. L'instruction militaire générale peut seulement nous faciliter la création de milices ouvrières.
* Propriété gouvernementale... de . toutes les industries de guerre » devrait être remplacé par « propriété nationale » ou « propriété d'Etat ».
Telles sont les remarques que je peux faire au sujet de votre lettre.
Fraternellement
La mauvaise fortune d'un intellectuel 29 juillet 1940. Cher Al,
Merci pour votre lettre du 4 juillet qui contenait la lettre du camarade X. Mon retard à répondre vient de ce que l'enquête judiciaire a pris tout mon temps.
Ce que vous m'écrivez au sujet de J. confirme l'appréhension que j'avais qu'il soit complètement perdu pour le mouvement ouvrier. Il n'a jamais connu les organisations ouvrières de l'intérieur, Il partage cette malchance avec beaucoup d'autres, seulement chez lui elle s'exprime d'une manière plus aiguë. Ses raisonnements au sujet des méthodes d'organisation des ouvriers, etc... sont purement spéculatifs et n'ont ni base ni contenu.
Au cours de ces derniers mois nous avons eu la visite de nos amis de Minneapolis. Quelle différence! Ces gens sont actifs, optimistes. sûrs d'eux et profondément révolutionnaires.
D'un autre côté nous avons eu la visite d'un groupe de sept minoritaires. Ils ont toutes les caractéristiques des menchevicks russes au commencement de l'histoire du Parti: trois d'entre eux, qu'au premier coup d'œil nous avions jugés plus stables, plus fermes, plus sérieux, sont en train de quitter le soi-disant Workers'Party. Un nouveau mensonge du Guépéou
2 août 1940. Mon cher ami Charles,
Il semble que les staliniens fassent une nouvelle tentative désespérée pour transformer David Siqueiros en mon agent.
David Serrano membre du Burea o thane ‹cu Parti Communise Mexı cain) emprisonné à la suite de l'attentat du 24 mai, fit une déposition selon laquelle Diego Rivera et moi aurions donné de l'argent à David Siqueiros pour son journal.
Cette nouvelle machination vient sûrement du Guépéou par l'intermédiaire du défenseur de David Serrano, un certain Pavon Flores, un misérable capable des pires vilenies. Is veulent à nouveau présenter ma rupture avec Diego Rivera comme factice.
En raison du fait que vous avez joué un rôle très important durant la période qui précéda et suivit la rupture, il serait bon que vous m'euvoyiez une déclaration sur cette question. Il n'est pas nécessaire d'exposer en détail les divers incidents; une ou deux pages seraient suffisantes. vue du fait que les agents du Guépéou répètent que je suis intervenu dans la campagne électorale présidentielle, il est nécessaire de ne pas oublier que l'un des points les plus importants de mon désaccord avec Diego Rivera fut son intervention aventuriste dans la campagne présidentielle.
Je serais très heureux d'avoir votre déclaration aussi vite que possible.
De même, donnez-moi quelques renseignements sur la situation en général et dans le parti.
En toute amitié, je suis
Sincèrement votre
Lettres à des amis généreux aoûl 1940. Cher Monsieur,
Mes vieux amis, durant leur visite ici et plus tard dans leurs lettres, m'ont fait part de votre indéfectible amitié. Ce fait est cent fois plus précieux maintenant, alors que la vague chauvine créée par la guerre contamine même d'honnêtes amis libéraux et les éloignent de nous — qui sommes d'incorrigibles révolutionnaires.
Grâce aux efforts des amis NordAméricains, notre pacifique maison de banlieue se transforme maintenant, semaine par semaine, en forteresse — et en même temps en prison. Non pas à la manière moderne, il est vrai, mais plutôt comme une prison de l'époque médiévale. Mes jeunes amis, qui ont la tâche difficile et dangereuse d'être des gardes du corps, espèrent que, grâce à la reconstruction en cours, les assaillants ne pourront s'échapper une seconde fois aussi facilement que lors de la première atta-
Ma femme Natalia et moi-même, vous envoyons nos meilleures salutations, et espérons — au cas où vos occupations permettraient ou nécessiteraient que vous veniez au Mexique - avoir le plaisir de vous rencontrer et de vous montrer notre « forteresse ».
Avec nos remerciements et salutations cordiales. Sincèrement votre aoûl 1940. Cher M. Kay,
La seule chose que je connaisse à votre sujet. par mes amis Jim Cannon et Farrel! Dobbs, est que vous êtes un ami très sûr et généreux. Il n'y a pas tellement d'amis de ce genre en ces temps de furie guerrière, de tendances nationalistes et d'anticommunisme.
Nous vivons ici, ma famille el mes jeunes amis, sous la menace permanente d'un nouvel assaut « blitzkrieg » de la part des staliniens et, comme dans le cas de l'Angleterre, l'aide matérielle . vient des Etats-Unis.
Durant ces deux derniers mois, la maison a subi des transformations qui en ont fait une sorte de « forteresse »: dans quelques semaines, nous serons tout à fait protégés contre de nouveaux assauts « blitzkrieg ».
Soyez assuré de mes remerciements les plus amicaux et de mes meilleurs vœux.
Sincèrement votre
A propos d'un philistin 9 août 1940. Cher ami,
Je ne sais si vous avez vu l'article de Dwight Macdonald dans le numéro d'avril de sa Partisan Review.
Ce personnage était un disciple du snob intellectuel Burnham. Après désertion de Burnham, Dwight Macdonald resta le seul représentant de la « Science » dans le parti de Schachlman.
Sur la question du fascisme, Macdonald nous sert une pauvre compilation de plagiats tirés de notre arsenal théorique qu'il présente comme ses propres decouvertes et auxquelles Présente comme nos propres ides. il oppose quelques banalités qu'il Le tout sans la moindre perspective, sans relation et sans la plus élémentaire honnêteté intellectuelle.
Cependant, cela n'est pas le pire. L'orphelin de Burnham proclame: « Nous devons examiner, d'un œil froid et sceptique, les bases les plus fondamentales du marxisme » (page 266). Et que fait le pauvre « Workers Party » durant cette période d'examen? Que doit faire le prolétariat? Ils doivent, bien entendu, artendre les résultats de l'étude de Dwight Macdonald. Le résultat sera probablement la désertion de Macdonald lui-même vers le camp de Burnham.
Les quatre dernières lignes de l'article ne peuvent être autre chose que la préparation à la désertion personne le. « C'est seulement si nous affrontons les terribles années agitées qui viennent à la fois avec scepticisme et foi — scepticisme envers toutes les théories, gouvernements et systèmes sociaux; foi dans la lutte révolutionnaire des masses - c'est alors seulement que nous pourrons nous justifier en tant qu'intelleetuels. »
L'activité révolutionnaire basée sur un scepticisme théorique est la plus dangereuse des contradictions. < La foi dans la lutte révolutionnaire des masses » est impossible sans la compréhension théorique des lois de cette lutte révolutionnaire. La foi révolutionnaire n'est possible que si l'on acquiert l'assurance que cette foi est raisonnable et justifiée: qu'elle correspond à ses buts. Une telle assurence peut seulement être créée par un examen théorique approfondi de ia lutte des classes. • Le scepticisme envers toutes les théories > n'est rien d'autre que la préparation à la désertion personnelle.
Schachtman reste muet; en tant que « Secrétaire Général » il est trop occupé pour défendre les « bases les plus fondamentales du marxisme » contre les phiistins et snobs petits bourgeois...
Fraternellement votre
Comment nous défendre
(A la suite d'un raid du « Dies Comitee » dans quelques appartements d'étudiants à Austin, Texas, un grand nombre de publications trotskystes fut saisi. La presse du Texas consacre des éditoriaux et des titres en première page à ce sujet et au sujet d'histoires sensationnelles tentant de lier Trotsky à cette affaire. La lettre ci-dessous suggère la ligne à prendre pour la défense).
12 août 1940. Cher ami,
Cette histoire du Texas est très importante. L'attitude que prendront ceux qui sont impliqués dans l'affaire peut devenir décisive du point de vue de la légalité. Evidemment, nous ne pouvons imiter les staliniens qui clament leur foi absolue dans la démocratie bourgeoise. Cependant, nous ne désirons pas fournir un prétexte quelconque aux persécutions.
Dans ce cas, comme dans tout autre, nous devons dire la vérité telle qu'elle est: à savoir que la méthode la meileure, la plus économique et la plus favorable pour les masses serait que la transformation de cette société puisse se faire par des moyens démocratiques. La démocratie est aussi nécessaire pour Porganisation et l'éducation des masses. C'est pourquoi nous sommes toujours prêts à défendre les droits démocratiques du peuple par nos propres moyens. Cependant, nous savons, sur la base d'une expérience historique considérable, que les soixante familles ne permettront jamais la réalisation démocratique des principes socialistes. A un moment donné, les soixante familles renverseront inévitablement, ou tenteront de renverser, les institutions démocratiques pour les remplacer par une dictature réactionnaire. C'est ce qui se produisit en Italie, en Alemagne et en France — sans parler de pays moins importants. Nous disons à l'avance que nous sommes prêts à repousser une telle tentative les armes à la main, et à écraser la dictature fasciste par une dictature prolétarienne.
Cette position correspond à la réalité historique et est juridiquement inattaquable.
Fraternellement
Comment défendre réellement la démocratie
(Le thème de cette lettre est le même que celui de l'article que Trotsky travaillait quand il fut assassiné.)
Chers amis,
Nous devons, à mon avis, fortifier et approfondir notre campagne contre les tendances pacifistes, les préjugés et les mensonges. Les libéraux et les démocrates disent: « Nous devons aider les démocraties par tous moyens, sauf par une intervention militaire directe en Europe ». Pourquoi cette limitation stupide et hypocrite? S'il faut défendre la démocratie, nous devons la défendre aussi sur le sol de l'Europe. Bien plus. c'est le meilleur moyen de défendre la démocratie en Amérique. Aider l'Angleterre, écraser Hitler par tous les moyens, y compris l'intervention militaire, serait la meilleure façon de défendre la « démocratie américaine ». La limitation purement géographique n'a pas de sens, ni du point de vue politique, ni du point de vue militaire.
Ce que nous, travailleurs, nous trouvons digne de défendre, nous sommes prêts à le défendre par des moyens militaires, en Europe aussi bien qu'aux U.S.A. C'est la seule possibilité que nous ayons d'assurer la défense des libertés civiques et des autres biens de l'Amérique.
Mais nous nous refusons catégoriquement à défendre les libertés civiques et la démocratie à la manière française; les ouvriers et les paysans donnent leur chair et leur sang tandis que les capitalistes concentrent le commandement dans Teurs mains L'expérience Pétain doit maintenant former le centre de notre propagande de guerre. Il est important naturellement d'expliquer aux ouvriers avancés que le vrai combat contre le fascisme est la révolution socialiste. Mais il est plus urgent et plus impératif d'expliquer aux millions d'ouvriers américains que la défense de
IV° INTERN leur démocratie ne peut être transmise à un maréchal Pétain américain et il y a beaucoup de candidats pour un tel rôle. L'article de Carl O'Shea, dans Socialist Appeal, du 1°r août est très bon. Nous pouvons de celte manière développer une campagne très effective contre W. Green aussi bien que contre John Lewis qui rejette platement la conscription en faveur d'une armée d'esclaves volontaires. LInstitut de l'opinion publique établit que 70 % des travailleurs sont en faveur de la conscription. C'est un fait de première importance! Les ouvriers prennent toutes les questions sérieusement. Si la patrie doit être défendue, alors la défense ne peut être abandonnée à la volonté arbitraire d'individus. Ce doit être une attitude générale. Cette conception montre combien nous avons eu raison de rejeter par avance les attitudes pacifiques ou semi-pacifiques purement négatives; nous nous plaçons sur le même terrain que 70 % des ouvriers contre Green et Lewis et, avec ces prémisses, nous commençons à développer une campagne afin d'opposer les ouvriers à ceux qui les exploitent sur le terrain militaire. Vous, ouvriers, désirez défendre et améliorer la démocratie. Nous, la IVe Internationale, désirons aller plus loin. Cependant, nous sommes prêts à défendre la démocratie, seulement à condition que ce soit une vraie défense et non une trahison à la manière de Pétain.
Sur cette voie, je suis sûr que nous ferons quelques progrès.
Fraternellement
Une lettre à C. Charles 6 août 1940. Cher ami Charles,
Nous avons bien reçu le tout. Je ferai usage de votre témoignage qu'en cas de réelle nécessité, mais dans un tel cas, il me serait d'un grand service.
La veste à l'épreuve des balles a été pieusement admirée par chacun. Nous n'avons pas encore décidé en quelle occasion nous la porterions: En tout cas, elle peut être utilisée en excursion, D'autre part, je doute que ce soit suffisamment confortable comme protection pendant le sommeil.
La sirène provoque encore plus d'admiration. Rien que d'apparence elle est déjà étonnante. Nous ne l'avons pas encore essayée parce que nous ne voulons pas provoquer quel-
ATIONALE ques « zafaranchos » (justifications d'agir) supplémentaires, car on nous a dit que cette sirène peut être entendue d'ici à Los Angeles. Personnellement, je considère cela comme une exagération.
Nous avons eu une conversation avec le camarade T. et sa sœur, tous les deux ont fait une bonne impression. Nous aurons quelques autres conversations avec eux.
J'ai consacré plus de deux mois et demi de mon temps à l'enquête (sur l'attentat du 24 mai). Demain, je présenterai au juge un long rapport au sujet des staliniens mexicains, du Guepeou et de l'aide financière aux agents de Moscou, avec des attestation de Ben Gitlow, Joseph Zack, Walter Krivitsky, et Albert Goldman. J'espère que ce rapport ne manquera pas de produire son effet. Et j'espère alors pouvoir retourner à mon livre.
Nos meilleurs remerciements pour les cadeaux exceptionnels et nos fraternels saluts.
Sur la philosophie de Dewey
16 août 1940. Cher Gerland,
Je suis tout à fait d'accord avec vous au sujet de la nécessité de faire une critique marxiste de la philosophie de Dewey et je crois que c'est justement à vous de faire ce travail.
Avec mes meilleurs souhaits et remerciements
Une autre pensée sur la conscription 17 août 1940. Cher Chris,
Merci bien pour le matériel concernant Tanaka. C'est arrivé tout à fait à temps parce que dans les deux mois passés j'ai travaillé presque exclusivement à l'enquête sur l'attentat.
J'ai beaucoup goûté votre appréciation de la position antifasciste acceptée par le Parti. Il y a deux grands avantages à cette position :
1° Elle est révolutionnaire en son essence et basée sur tout le caractère de notre époque, où toutes les questions seront tranchées non seulement par les armes de ln critique mais par la critique des armes:
2° Ele est complètement libérée de sectarisme Nous n'opposons pas
IV° INTER aux événements et aux sentiments des masses une affirmation abstraite de notre caractère sacré.
Le malheureux « Labor Action du 12 août écrit : * Dans son combat contre la conscription nous sommes 100 % avec Lewis. » Nous ne sommes avec lui pas même à 1 %, parce que Lewis essaye de défendre la patrie capitaliste avec des moyens complètement démodés. La grande majorité des ouvriers comprend ou sent que ces moyens (armement professionnel volontaire) sont démodés du point de vue militaire et extrêmement dangereux du point de vue social. C'est pourquoi les travailleurs sont pour la conscription. C'est une façon confuse et contradictoire d'adhérer à l'armement du prolétariat. Nous ne rejetons pas platement ce grand changement historique, comme le font les sectaires de toute sorte Nous disons: « La conscription? Oui. Mais faite par nous-mêmes. C'est un excellent point de départ.
Avec mes meilleures amitiés, je suis,
Votre VIEUx.
Bienvenue dans
« notre petite garnison »
(R. était sur le point de partir au Mexique pour aider à l'entraînement des gardes.)
18 août 1940. Cher camarade R.,
Au cours de ces deux dernières années il y a eu plus d'une discussion à propos de votre venue ici. L'avant-dernière fois nous VOUS attendions lorsque votre fillle et son mari nous rendirent visite. La dernière fois ce fut lorsque Jim Cannon, Farrell Dobbs et Joë Hansen vinrent ici pour faire face à la situation après l'attentat.
Maintenant nous apprenons que cette question est discutée une nouvelle lois. Evidemment, la question est completement dans vos mains et vous savez mieux que nous si votre voyage serait nuisible au Parti et au travail syndical. Je peux simplement exprimer le veu, de notre local et très « provincial » point de vue, que votre visite, si souvent annoncée devienne une réalité. Je suis sûr que votre visite, même pour deux semaines, sera tout à fait profitable à notre petite garnison sans compter le plaisir que nous aurions à vous voir.
Vous trouveriez évidemment une chambre et un couvert dans notre maison.
Avec nos meilleures amitiés de camarades.
Ses trois dernières lettres écrites le jour de son assassinat 20 août 1940. Mon cher Hank,
Je vous en prie, ne pensez pas que Je vous en prie, ne pensez pas que nous vous avons , parce que nous ne vous avons pas encore envoyé les photographies. Chaque chose va lentement ici, comme vous le savez vous-même, d'après votre propre expérience dans le reconstruction de la maison.
D'après la lettre de Joë vous savez probablement que nous avons fait quelques progrès durant ces dernières semaines, mais nous sommes encore loin de compte.
Comment va votre pied et votre santé en général. Je souhaite que l'air du pays soit plus favorable à votre état général. Et comment vont votre femme et votre fille?
J'ai reçu un beau cadeau de Grâce - un dictionnaire de slang (1). Il y seulement une difficulté — c'est que pendant les repas je dois en permanence avoir ce livre entre les mains pour pouvoir suivre la conversation. Cependant j'essayerai de l'étudier entre les repas pour confronter au mieux la partie « académique » de la maisonnée. Dans la partie que j'ai déjà étudiée et qui est consacrée au slang des étudiants, j'espérais trouver quelques abréviations des diverses sciences, théories philosophiques, etc,. mais au lieu de cela, j'ai tout simplement trouvé environ vingt-cing expressions consacrées à la définition d'une belle fille. Rien du tout en ce qui concerne la dialectique ou le matérialisme. Je vois que la « science » officielle est légèrement unilatérale.
Le « Northwest Organiser » devient plus précis — plus agressif — plus politique. Nous lavons fort apprécié.
Avec les meilleures et les plus amica ss salutations de famille à famille, cales salutations de famille à famille,
Fraternellement votre,
(Ces deux dernières lettres. Trotsky les écrivit à deux prisonniers de la guerre des classes, qui devaient être relâchés quelques jours plus tard
(1) Argot américain.
après avoir fait un séiour en prison en raison de leur activité dans une grève.)
20 août 1940. Cher camarade Edward, Jake Cooper m'a dit que vous seriez relâché de votre asile provisoire le 23 août. Il est toujours plus agréable de quitter un tel lieu que d'y entrer. Meilleures amitiés et meilleurs vœux. Fraternellement votre,
20 août 1940. Cher camarade Max, J'ai appris par mon ami Jake Cooper que vous deviez être relâché le 23 août. D'après ma propre expérience, sais qu'un tel jour est des plus agréable. Mes meilleurs vœux et spéciaiement — j'espère, que vous n'aurez pas à visiter un tel endroit de sitôt... Fraternellement votre,