Documents de la IVe Internationale

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La revue › numéro d’août-septembre

L'énergie atomique

Henry · Quatrième Internationale, numéro d’août-septembre · août-septembre 1946 · p. 27-37 · 8 000 mots

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par Henry

Avec les bombardements qui, au mois d'août 1945, ont détruit les grandes villes japonaises d'Hiroshima et de Naga_saki, ainsi que la plus grande partie de leur population, « l'énergie atomique », dont il n'était question avant la guerre qu'à propos de la structure de la matière ou de l'économie de l'énergie des étoiles fixes, est devenue un facteur des rapports sociaux. Son importance actuelle, en tant qu'arme militaire et son importance potentielle, en tant que force productive industrielle, bien qu'elles ne puissent être aujourd'hui évaluées avec précision que très difficilement, sont sans le moindre doute formidables. Toutefois pour pouvoir estimer justement la portée de l'apparition de cette puissance nouvelle dans le domaine des forces naturelles dominées par l'homme et son action révolutionnaire sur l'évolution des rapports sociaux, on doit savoir en tout cas de quoi il s'agit. Les lignes qui suivent n'ont pas la prétention de constituer une discussion achevée sur la portée politique et sociale de cet élément nouveau des rapports sociaux : elles veulent seulement soumettre aux camarades certains points de vue, qui sont indispensables pour en évaluer correctement l'importance. • En ce qui concerne les faits, notre exposé ne se base pas, cela va de soi, ni sur les nouvelles publiées dans la presse mondiale, ni sur les explications qui y sont données par toutes les compétences possibles et par tous les ignorants. Comme d'habitude, ces nouvelles se contredisent également. D'une part, l'angoisse et la terreur devant l'arme que tient dans ses mains l'impérialisme le plus puissant, y sont encore plus attisées ; d'autre part, on publie des blagues apaisantes et les « grands » hommes d'Etat assurent que la menace de la nouvelle arme suffit pour garantir à jamais la paix mondiale. Les rapports optimistes les plus absurdes sur l' « ère atomique », déjà commencée (ainsi, par exemple, des demandes de brevets seraient faites pour des automobiles utilisant des « batteries d'uranium », etc.) alternent avec des récriminations violentes sur la science devenue destructive, comme si la science et non l'impérialisme qui use et abuse d'elle, était responsable des tendances destructives de la société capitaliste qui se décompose, C'est ainsi que la presse vé nale remplit sa tâche de créer la plus grande confusion possible, de maintenir ses lecteurs dans l'ignorance, de. les détourner des problemes reels, d'affaiblir leur volonte, de réduire a zéro leur jugement. Notre exposé s'appuie sur les connaissances qui jusqu'en 1940 étaient bien connues des savants et, de là, plus spécialement sur le rapport officiel du gouvernement américain : « Atomic. Energy, a general account of the development of methods of using atomic energy for military purposes under the auspices of the U.S. Government 19401945 », composé par H. D. Smyth, professeur à l'Université de Princeton. Ce rapport, qui explique les processus physiques en termes généraux et esquisse révolution historique de la question, passe naturellement beaucoup de choses sous silence ; mais une évaluation critique doit nécessairement conclure que, meme dans des questions de détail, très peu d'indications fausses ont été données pour induire en erreur les imitateurs.

La bombe atomique occupe très intensément l'imagination de beaucoup d'hommes. Il est devenu évident, même pour les consciences les plus arriérées, que les fondements mêmes de Pordre social capitaliste — la disposition privée des forces productives et l'Etat national capitaliste — sont entrés en conflit décisif avec les conditions de l'existence même de la société humaine. Il n'y a pas, jusqu'à présent, même un capitaliste le plus enraciné dans ses conceptions pour oser demander l'abandon de l'exploitation de l'énergie atomique à l'initiative privée capitaliste. La nécessité impérieuse d'une fédération mondiale est devenue évidente, quand bien même les réformistes et les staliniens s'exercent devant le prolétariat à prêcher des solutions « nationales » avec plus ou moins d'enthousiasme patriotique, Les maitres de la terre capitalistes font très clairement figure d'apprentis

IV INTER Sorciers, incapables de maîtriser les forces qu'ils ont évoquées. On a rarement eu une occasion aussi bonne, même dans les pays anglo-saxons, de montrer clairement aux plus larges masses qu'une fédération mondiale socialiste prolétarienne — la seule fédération internationale possible — est absolument nécessaire, pour empêcher que l'humanité sombre dans la barbarie et dans une ruine totale. Utilisons donc cette occasion!

A la fin du rapport du professeur Smyth mentionné plus haut (1), on peut lire : < Nous nous trouvons disposant d'un explosif qui est loin d'etre comple tement perfectionné... Voici une arme nouvelle pour l'humanité, une arme d'une force destructive inimaginable. Son développement pose plusieurs questions qui doivent être résolues dans un avenir proche... Il ne s'agit pas là de questions techniques, mais de questions politiques et sociales, et les solutions qui leur seront données pourront affecter l'humanité tout entière pour plusieurs générations. » Seule, la IV• Internationale peut donner les réponses à ces questions politiques et sociales.

I Qu'est-ce que la bombe atomique ?

On doit avoir nettement en vue que la bombe atomique n'est pas un truc diabolique raffiné, ou simplement un perfectionnement très efficace d'une méthode employée déjà auparavant. Il s'agit, tout au contraire, de la première application d'une nouvelle force naturelle, application qui est encore très « imparfaite » au point de vue technique, et se trouve tout à fait au premier stade ; cette force naturelle, dont l'existence ne nous est connue que depuis quelques dizaines d'années, est l'énergie du noyau de l'atome, ou énergie nucléaire, que l'on désigne maintenant plus brièvement et incorrectement sous le nom d'énergie atomique. L'énergie de liaison du noyau de l'atome est plusieurs millions de fois plus grande que l'énergie de liaison des combinaisons chimiques que Ton utilise dans les méthodes qui fournissent l'énergie habituelle, comme par exemple la combustion du charbon. C'es précisément parce que l'énergie de liaison de l'atome est incomparablement • plus grande que celle qui joue dans les combinaisons chimiques, que les éléments chimiques sont extraordinairement stables, et qu'ils ont pu être considérés comme tout à fait immuables et inaltérables jusqu'il y a 50 ans. Toutes les transformations auxquelles nous

NATIONALE avions affaire jusqu'ici en dehors des laboratoires de physique, dans la nalure ou dans la technique humaine élaient beaucoup trop pauvres en énergie pour pouvoir altérer d'une façon quelconque le noyau de l'atome et transmuter de cette façon les éléments chimiques ; elles n'aboutissaient qu'à un changement d'association des éléments. Par exemple, la combustion du charbon est l'union chimique du carbone et de l'oxygène en bioxyde de carbone ; l'explosion de la dynamite (nitroglycérine) est la décomposition très rapide, accompagnée d'une violente libération d'énergie, d'une combinaison chimique complexe de carbone, d'oxygène, d'hydrogène et d'azote, et qui produit de nouvelles combinaisons plus simples de ces éléments. Mais la transmutation de ces mêmes éléments, par exemple du carbone en azote, du soufre en phosphore, du mercure en or et, de cette façon, la libération de lénergie formidable dissimulée dans le noyau de l'atome n'a été effectuée jusqu'ici dans les laboratoires de physique qu'à une échelle très petite, pour ainsi dire atome par atome.

Pour effectuer à grande échelle et à une température pratiquement réalisable des réactions atomiques nucléaires, c'est-à-dire • des transmutations d'éléments, il fallait une réaction de chaine, un processus qui se propage à la façon d'une avalanche de neige. Une particule, bombardant un noyau atomique devait provoquer une transformation à la suite de laquelle plusieurs parlicules semblables s'échapperaient noyau, qui pourraient alors effectuer la même transformation à d'autres atomes. C'était ainsi seulement qu'il était possible d' « allumer » une plus grande quantité de matière. Le premier procédé de cette sorte a été découvert au commencement de la première année de la guerre (1939), par le chimiste allemand Hahn et ses collaborateurs et a été vite connu sous le nom de « réaction de chaîne ». Il s'agit de l'explosion du noyau de l'atome de l'uranium (à vrai dire de cet atome d'uranium, dont la masse est 235 fois plus grande que celle de l'atome le plus léger, celui de l'hydrogène), par les constituants les plus simples du noyau, les neutrons (2). Par l'introduction d'un neutron dans le noyau de l'uranium, s'en échappent en dehors des gros morceaux, deux ou trois

(1) Le rapport de Smyth a été récemment publié sous forme de livre. Princeton University Press 1945. Reproduction intégrale ou partielle autorisée et permise.

(2) Les deux constituants avec lesquels sont construits tous les noyaux des atomes sont les neutrons (sans charge électrique) et les novaux d'hydrogène. nommés protons, qui sont chargés d'électricité positive

IV° INTER neutrons, dont chacun peut, s'il est freiné par une substance appropriée, provoquer la désintégration d'un nouveau noyau d'uranium. Par une disposition appropriée d'uranium métallique et d'une substance freinant les neutrons

(parce que les neutrons les plus lents sont les plus efficaces), le nombre des neutrons libérés et, par suite l'énergie libérée par seconde croit à la façon d'une avalanche. Par interposition d'une substance qui absorbe les neutrons, par exemple de baguettes d'alliage acierbore, on peut arrêter la multiplication des neutrons et régler de cette façon, la puissance d'une telle machine à uranium

(chain renting pole, qui est composee par des baguettes d'uranium disposées dans un bloc de graphite). Sans un tel réglage, la machine d'uranium s'échaufferait progressivement et volerait en éclats.

La première machine d'uranium contrôlée a été mise en action à Chicago, le 2 décembre 1942, avec un plein succès. Au commencement, elle avait une puissance modeste de 200 watts. Mais deux ans après, avaient été construites, sur le même principe, au fleuve Columbia, près de Pasco, dans l'Etat de Washington, les gigantesques usines d'énergie atomique Hanford, qui travaillent avec une puissance de 600.000 kw au minimum. Le but de ces usines est de produire, à partir de l'uranium, le plutonium, explosif nécessaire pour la bombet atomiale l'uranium naturel, qui be alomique réaction de chaine dirigée, s'est démontré inutilisable pour les réactions de chaine explosives. D'autres usines, également gigantesques, s'occupent d'isoler 1' « uranium 235 », espèce d'uranium de masse atomique 235 utilisable comme explosif qui ne se produit que rarement dans l'uranium naturel et qui, en outre, est très difficilement séparable des atomes d'uranium habituel 140 fois plus fréquent.

Dans les usines Hanford d'énergie atomique, on réalise la libération de l'énergie de liaison des noyaux atomiques d'une manière techniquement dirigée et à une échelle très grande. Il était beaucoup plus facile de conquérir l'énergie atomique sous une forme techniquement utilisable, que de la libérer en explosion de forme détonante. Ce n'est que le 16 juillet 1945 que fut résolue la question de la réalisation en général d'une réaction du noyau atomique sous une forme explosive. En ce jour, dans le désert du Nouveau Mexique, devant un petit groupe d'experts scientifiques et d'organisateurs militalres, on fit l'essai de la première bombe atomique. Quelques semaines plus tard, deux bombes semblables plus petites,

NATIONALE 29 dont la puissance destructive est égale à celle de plusieurs milliers de tonnes de l'explosif habituel, le TNT (Trinitrotoluol) effaçaient Hiroshima et Nagasaki et tuaient plusieurs centaines de milliers d'hommes, Sur ce, la Russie entra immédiatement en guerre en Extrê me-Orient et le Japon capitula.

Comme nous l'avons expliqué, la réaction qui se produit pendant l'explosion de la bombe atomique est foncièrement différente de la réaction qui se produit pendant l'explosion de la dynamite. Sa violence est d'un tout autre ordre de grandeur. Alors que pendant l'histoire séculaire de l'évolution des matières explosives, depuis la poudre noire jusqu'à la dynamite, la chaleur de combustion (c'est-à-dire la quantité d'énergie transformée pour chaque kilog) n'avait fait que tripler el la vitesse de détonation se multiplier environ par trente, la chaleur de combustion pendant la transformation de l'uranium 235 ou du plutonium est plusieurs millions de fois supérieure à celle de la dynamite.

Pour mettre pleinement en lumière l'importance de cette chose, nous sommes obligés de faire entrer dans la comparaison des relations cosmiques. La production d'énergie thermique à une très grande échelle par la libération de l'énergie du noyau atomique au moyen d'une chaine de réaction, comme il s'en produit aux usines Hanford, est un evénement, qui non seulement n'a été jamais jusqu'ici dirigé par la main d'homme, mais qui aussi, selon toute vraisemblance, ne s'est jamais produit sur notre globe terrestre avant le 2 décembre 1942, pendant les 2 milliards d'années écoulées depuis la naissance de notre planète. C'est un phénomène dont nous savions seulement qu'il s'accomplit à l'intérieur du soleil et des étoiles fixes, à une température de 20 millions de degrés environ, un phénomène qui fournit des quantités formidables d'énergie qui rayonnent continuellement de ces corps célestes dans l'espace. La matière explosive de la bombe atomique n'est pas une combinaison chimique compliquée et extrêmement instable, mais un élément nouveau, qui a été nommé très justement plutonium. Ce « 94° élément », dont les usines Hanford pourraient actuellement produire quelques kilogrammes par semaine, n'avait jusqu'alors jamais été trouvé sur terre et même n'existe pas, ni sur la terre, ni vraisemblablement, dans tout le système solaire. Il est produit dans les usines Hanford à partir de l'uranium, en passant par le 93° élément, le neptunium, très instable, qui lui aussi ne se trouve pas « dans la nature », au moyen d'une double transmutation d'éléments.

Une sphère de plutonium ou d'ura-

IV° INTERN nium 235 explose avec une puissance inimaginable, aussitôt qu'elle dépasse une certaine grandeur critique. Si elle n'atteint pas cette grandeur, elle est complètement sans danger La bombe atomique est constituée essentiellement de plusieurs morceaux combinés avec un mécanisme qui, lorsque l'explosion doit avoir lieu, réunit très vite ces morceaux en un morceau unique dépassant cette grandeur critique, Le plus grand exploit de la science organisée dans l'histoire

C'est ainsi que Truman, le 6 août 1945, designa la découverte de la bombe atomique. Il aurait pu s'exprimer plus exactement de la façon suivante : Le plus grand accomplissement particulier (1) d'une coopération scientifique et industrielle organisée et planifiée à une échelle pratiquement internationale (Etats-Unis, Angleterre, Canada, Fran ce, ete.) et en exeluant largement le profit matériel immédiat (2). En fait, sous l'aiguillon de la guerre -- en Allemagne aussi on travaillait à une bombe atomique - un travail scientifique et industriel étonnant a été accompli au cours de quelques années. Des centaines des plus éminents savants venant pratiquement de tous les pays, des milliers d'ingénieurs, de physiciens, de chimistes, de mathématiciens, de techniciens, des centaines de milliers d'ouvriers ont travaillé ensemble selon un plan unique sous une direction unique et d'une façon Jusqu que cela ne s'était jamais produit telle que cela ne s'était jamais produit, alors dans aucun pays capitaliste. L'audace de l'entreprise était aussi sans précédent. Des fabriques gigantesques tout à fait nouvelles furent projetées et construites dans un délai d'un an, avant même que le principe de leur production n'ait pu être pleinement éprouvé. Des villes entières avec leurs églises et leurs prisons ont été tirées du sol pour loger les ouvriers, en moins d'un mois. C'est au niveau technique extraordinairement élevé des Etats-Unis, tant en ce qui concerne les méthodes de production, que l'abondance de forees ouvrières hautement qualifiées, qu'on doit attribuer le fait que les travaux sur la bombe atomique ont coûté « seulement » deux milliards de dollars.

Cette réussite étonnante démontre aux consciences arriérées quelque chose que le président Truman n'avait évidemment pas l'intention d'exprimer.

1º Elle démontre la fécondité à peu près illimitée des méthodes planifiées

ATIONALE d'organisation du travail et de la production dans un pays techniquement très évolué au moyen d'une représentation plastique des possibilités énormes, fabuleuses, d'une coopération universelle planifiée pour la satisfaction de besoins concrets, précisément le contraire des méthodes habituelles de l'économie capitaliste fondée sur le profit.

20 Elle est une condamnation éloquente du mode de production capitaliste et de l'ordre social capitaliste, qui n'ont organisé une telle coopération que pour la guerre, pour le meurtre en masse et qui ne peuvent pas mettre sur pied un travail semblable dans un but qui servirait l'humanité.

Une fédération socialiste de l'Europe, liée à une Union Soviétique débarrassée du stalinisme, pourrait, en ulllisant de telles méthodes de production, aborder la reconstruction et surmonter le chaos économique dans un délai très court.

III

L'énergie atomique comme force productive industrielle

L'importance actuelle de l'énergie atomique en tant qu'arme militaire est, sans' aucun doute, dans une perspectice courte, beaucoup plus grande que son importance économique, pour le moment surtout potentielle, en tant que force productive industrielle. Mais le jour viendra où l'application de l'énergie atomique conduira à une révolution de la production industrielle d'énergie, qui est la véritable industrie-clef. Du point de vue purement technique, ceci pourrait arriver dans un délai de dix à vingt années. La libération de l'énergie nucléalre a lieu des maintenant sur une très grande échelle industrielle aux usines Hanford, où d'ailleurs pour le moment, les centaines de milliers de kilowatts

(1) Accomplissement particulier: L'édification industrielle de l'Union Sovétique dans son ensemble est. il va de soi un accomplissement beaucoup plus considérable.

(2) Il est clair qu'autrement le projet n'aurait jamals pu etre réalisé dans un temps même approximativement aussi court. Il est superflu de dire que l'accent porte sur le mot immedial: meme si la Dupont, le trust chimique gigantesque des U.S.AL, devait se contenter, selon le rapport de Smyth, d'un profit d'un dollar et de la garantie pour le risque — admettons qu'il soit ainsi! - 1 en est ainsi parce que la guerre, en détrulsant la I.G. Farben, le trust concurrent le plus puissant, était à tous les points de vue, tant pour Dupont que pour les autres capitalistes monopolisés des Etats-Unis, l'affaire la plus profitable, d'énergie thermique qui y sont produits ne servent qu'a chauffer le fleuve Columbia.

Un kilogramme de charbon, brûlé dans un poêle, produit une énergie de 8,5 Kilowatts-heure (kwh). Mais un kilogramme d'une substance quelconque, transformé intégralement en énergie, produirait 25 milliards de kwh ; c'est à peu près le double de la production mensuelle d'énergie electrique aux Etats-Unis, Il est vrai qu'une pareille transformation intégrale de la matière ne peut être obtenue par aucun procédé connu ; toutefois, la décomposition de L'uranium ou du plutonium transforme une millième de la matière en énergie thermique. C'est-à-dire que pour atteindre la production d'énergie électrique des Etats-Unis, il faudrait que des usines d'énergie atomique travaillant selon les principes des usines Hanford, transforment seulement 6 tonnes environ d'uranium 235, en produtsant quelques tonnes de plutonium. (Si l'on voulait produire la même énergie par la combustion du charbon, on aurait besoin de 20 millions de tonnes de charbon.)

Ces chiffres, si nous les comparons avec les chiffres en millions des quantités de houille, de pétrole, etc., produites annuellement, permettent d'apercevoir la puissante perspective qui s'ouvre avec la première application industrielle de l'énergie atomique.

Quelles sont les difficultés, de nature technique, qui s'opposent au moment présent à l'emploi industriel de l'énergie atomique ?

1. On doit vraiment considérer la question comme résolue en principe. Mais pour pouvoir employer industriellement l'énergie nucléaire libérée sous forme d'énergie thermique, on doit la transformer tout d'abord en énergie thermique. Mais, pour obtenir cela à un degré satisfaisant d'efficacité, il faut d'abord résoudre un grand nombre de problèmes techniques et métallurgiques, ce qui exigera sans doute quelques années, Par exemple, une machine d'énergie atomique doit travailler à une haute température, afin que l'énergie thermique puisse vraiment être transformée.)

2. Le seul procédé connu jusqu'à présent de libération d'énergie nucléaire, la seule chaîne de réaction connue emploie l'uranium comme substance initiale. L'uranium n'est pas un métal très fréquent, et ne se trouve jusqu'ici en quantités concentrées susceptibles d'exploitation qu'en de rares points de la terre (Canada, Congo Belge, Bohème, ete.). Les plus riches gisements d'uranium jusqu'ici connus sont contrôlés par les Etats-Unis (Congo Belge). Les concurrents des Etats-Unis exploreront certainement - s'ils ne l'ont déjà fait — les territoires qui se trouvent sous leur contrôle pour y trouver des gisements d'uranium. Vraisemblablement on trouvera encore des gisements plus grands d'uranium.

3. La substance qui, dans la machine d'uranium représente le fournisseur d'énergie proprement dit, n'est pas l'espèce d'uranium la plus fréquente (masse 238), mais l'espèce 140 fois plus rare de masse atomique 235. Ce qui fait qu'on doit employer des quantités plus grandes d'uranium, qui doivent tout d'abord être complètement purifiées de toute impureté possible. C'est pourquoi la production d'énergie par désintégration de l'uranium revient encore très cher.

L'évolution ultérieure peut suivre deux lignes. Tout d'abord l'amélioration et la simplification du procédé employé aux Blats-Unis, pour la construction der machines d'uranium,

Sans aucun doute, la production d'énergie par division de l'uranium est aujourd'hui encore plus onéreuse que la production d'énergie par l'eau, mais les méthodes les plus efficaces et les moins coûteuses restent certainement à trouver. On peut s'attendre à voir les procédés actuellement utilisés très simplifiés par la suite. D'autre part, les plus grands efforts seront faits pour trouver de nouvelles réactions en chaîne de noyaux atomiques qui se trouvent dans la nature en quantité bien plus grande que l'uranium 235. Etant donné que l'on déploiera à l'avenir infiniment plus d'efforts et de moyens pour telles recherches, il est très probable que dans un délai assez court la production de l'énergie (ou dans la société capitaliste, la fabrication de bombes) pourra être réalisée par la transformation d'éléments tout à fait courants, se trouvant en grandes quantités, tels que le fer par exemple.

De quelque façon et dans combien de temps que soient résolues ces difficultés, il est absolument probable que dans peu d'années les besoins d'énergie de l'industrie seront couverts au moyen d'un travail bien moins considérable que jusqu'à présent. La capacité de production peut ainsi — directement ou indirectement — être décuplée (1).

Si les conditions techniques d'une production rationnelle d'énergie par libé-

(1) Nous n'avons exposé ici qu'une seule application de l'énergie atomique et de la possibilité de transformer des éléments en grande quantité. Mais il y a certainement d'innombrables applications d'importance moindre, mais nullement négligeable. Par exemple, l'on peut produire des à présent les substances radto-actives les plus diverses, telles que le carhone radio-actif, le fer radio-actif, liode

IV° INTERN ration d'énergie nucléaire étaient créées avant la chute du capitalisme, ce grand progrès technique se frayerait son chemin sous la pression de la concurrence et malgré la résistance des magnats du charbon, des trusts du pétrole et de l'électricité. Quels en seraient les ré sultats ? Le chômage en masse, sur une échelle plus étendue que jusqu'a présent dans les conditions « normales » de la société capitaliste, une aggravation extrême des contradictions inhérentes à cette société, avec toutes les conséquences que cela entraîne. La décomposition du capitalisme serait accélérée. L'énergie nucléaire est tout aussi incompatible avee le système capitaliste que l'est la bombe atomique avec le système impérialiste actuel

Dans une société socialiste, l'utilisation de l'énergie nucléaire ouvre les plus vastes perspectives à la civilisation humaine, pour l'accomplissement de ses tâches culturelles et industrielles. Une société socialiste peut développer et développerait systématiquement l'utilisation de l'énergie nucléaire, aux fins de la diminution de l'effort et de la durée du travail, et pour la production d'une abondance de biens importants pour la vie. Ainsi, l'énergie atomique peut devenir, dans la société socialiste, un des eviers les plus puissants du progrès de la civilisation humaine.

Le marxisme voit dans le développemots incun de T0v0 ment de la force productive du travail lution sociale. C'est pourquoi le marxisme ne saurait sous-estimer la portée de l'apparition d'une force nouvelle dans le domaine des forces naturelles connues et techniquement maîtrisées par l'homme. Après trente ans de recherches, le premier pas décisif pour l'application technique de l'énergie atomique a été fait, premier pas frayant le chemin à une évolution dont l'importance peut être incomparablement plus grande que celle de la domination de l'énergie hydraulique, de la vapeur et de l'électricité, domination qui fut atteinte au cours de l'ère capitaliste. Si la vapeur et l'électricité sont les bases techniques de l'ère capitaliste, l'énergie nucléaire qui, à l'époque du déclin du capitalisme n'est que l'instrument d'une destruction inimaginable, sera la base technique offerte à l'époque socialiste. radio-actif, ete. Ceci est d'une extrême importance en biologie et en médecine, Ainsi, radiothérapie (le traitement du cancer) pourra se faire désormais avec des substances infiniment plus efficaces et moins chères que le radium. Les applications de ce genre sont extrêmement nombreuses. tout comme celles qui ont été trouvées après la découverte des rayons x ou des tubes électroniques.

IV La bombe atomique, arme militaire

Il ne faut pas beaucoup de fantaisie pour prévoir quelle sera l'importançe de la bombe atomique comme arme mili. taire dans une guerre future des états impérialistes contre l'U.R.S.S. ou des états impérialistes entre eux, et quel sort altend les populations des grandes villes dans le prochain conflit impérialiste. Les bombes atomiques qui ont détruit Hiroshima et Nagasaki furent lancées immédiatement après le premier essai expérimental. Sans aucun doute, l'efficacité de telles bombes peut être considérablement augmentée par des perfectionnements, par exemple du mécanisme de déclenchement, ete. (1). D'autre part, l'utilisation — dans certaines limites — de quantités plus grandes de plutonium dans une bombe produira des destructions encore plus terribles. Comme toute autre question, la question de l'énergie atomique ne doit pas être traitée isolément, détachée du cadre dans lequel elle apparait. Il faut remarquer ici que d'autres domaines d'application technique des sciences naturelles nouvelles ont connu une évolution rapide, tels que la technique des ondes ultra-courtes (radar), -la technique des fusées, etc. C'est précisément la combinaison des armes les plus récentes, perfectionnées pendant cette guerre, qui est le plus à craindre. Ainsi on ne peut rejeter comme une simple fantaisie l'idée que, dans peu de temps, les bombes atomiques pourraient être transportées à de très grandes distances par des fusées du type des V 2 dirigées par radio.

La bourgeoisie a compris clairement le danger politique que représente pour sa dominalion la connaissance du caractère de l'arme atomique par les masses

Cette connaissance pourrait constituer la goutte d'eau qui fait déborder la mesure ; elle pourrait dé. clencher un puissant mouvement contre la guerre, mouvement qui atteindrait certainement aussi les pays anglosaxons. Au lieu de se vanter de l'arme invincible que, pour le moment il est seul à détenir, le gouvernement impérialiste des Etats-Unis commence plu-

(1) Comme la substance elle-même s'échauffe énormément à l'explosion et qu'une pression de peut-être plusieurs millions d'atmosphères se produit au centre de la bombe, celle-ci éclate de toute façon avant que tout le plutonium qu'elle contient entre en réaction. En recouvrant la bombe d'une grosse couche de plomb (tamper) l'éclatement peut en être quelque peu retardé à cause de l'inertie de celle-ci. Les spécialistes auront probablement calculé le pourcentage de la matière explosive utilisée qui entre en réaction, La quantité optima est certainement loin d'avoir été atteinte dans les premières bombes.

IV° INTER tôt à mettre de l'eau dans son vin, à parler de moyens de défense efficaces etc. C'est dans cette voie que s'engagent les militaristes du monde entier : on trouvera des moyens de défense contré cette arme comme contre toute autre ; l'armée et la flotte resteront maîtres de la situation, pourvu qu'elles ne perdent pas la confiance dans l'Etat et la classe dominante ! Tous ces pacificateurs de l'opinion publique ont été dénoncés par tous les savants intéressés au développement de la bombe atomique et qui n'ont pu se libérer d'un certain sentiment de responsabilité — sentiment qui, par définition, fait défaut chez les militaires, les politiciens et les journalistes — comme ignorants ou menteurs,

Le « Atomic Scientist of Chicago » qualifie catégoriquement un rapport présenté le 11 octobre par la Commission de la marine de la Chambre des Représentants, de contraire à l'opinion des experts scientifiques. Le

"groupe de Chicago prétend que les rapports disant que des mesures de protection efficaces ont été élaborées sont erronés et que des affirmations tendant à minimiser l'importance de la bombe atomique et annonçant que les forces armées seront bientôt à même de contrôler la situation feraient un mal incalculable. (Nature, le 10 novembre 1945.)

Oliphant, un des savants responsables du projet atomique britannique, a déclaré dans son discours devenu célèbre de Birmingham :

« Toute cette affaire est si gigantesque, d'une importance et d'une signification si immenses pour l'humanité tout entière, que l'on devrait dans un cas comme celui-ci, jeter pardessus bord toute la diplomatie secrète. On ne peut discuter de l'énergie atomique qu'ouvertement et devant tout le monde, car nous sommes maintenant arrivés à ce point où nous pouvons abolir la guerre une fois pour toutes, ou bien il faut nous résigner à voir un quart d'heure après la déclaration de la guerre

(une erreur de rhétorique !) toutes les villes d'un pays ou d'un autre en cendres et en ruines,.. La science ne connait pas de protection contre la bombe atomique. Nos savants ne disent rien parce qu'ils ont peur de se réveiller un matin en prison, pour divulgation de secrets. »

Le Dr Oppenheimer, directeur scientifique du laboratoire Los Alamos, où fut élaborée la bombe même, déclara en réponse à la question de la commission du Sénat : « Il n'y a pas de détense efficace contre les bombes atomiques. Je ne connais pas d'autres bombes, mais

NATIONALE 33 celles que nous fabriquons ne peuvent en aucun cas éclater avant d'avoir atteint leur destination. »

Le doyen des physiciens américains, A. H. Compton, un des chefs scientifiques les plus responsables dans le projet atomique des Etats-Unis, déclare : « La libération de la force atomique commande aux hommes de la manière la plus impérative de trouver un moyen d'éviter la prochaine guerre.. Aucune ville de plus de 100.000 habitants ne restera un centre actif après la première heure de la guerre. Au moins 10 % de la population d'une nation attaquée seront exterminés du premier coup. L'opinion des savants sur les possibilités de « défense » est à peu près la suivante : « Le fait que la bombe atomique constitue une forme si étrange de force destructive rend extrêmement difficiles et incertaines toutes les mesures de défense contre les méthodes, de lancement possibles. Il est particulièrement difficile d'élaborer des mesures de défense susceptibles d'intercepter les fusées volantes du type des V 2, catapultées sous haute pression (R. R. Wilson, dans une « déclaration ».)

« Le développement de l'énergie nucléaire influencera la vie des hommes beaucoup plus que toute autre arme de celte guerre. Le manque d'un contrôle international peut nécessiter que NewYork soit réduite à une ville de 50.000 habitants, Los Angeles à 75.000 habitants. Un tel déplacement serait la seule protection dans une guerre future. » (C. D. Coryell, dans un meeting à Los Angeles.)

Il est hors de doute — et toute affirmation tendant à affaiblir cette constatation peut être considérée comme un simple mensonge — qu'au moyen de cette nouvelle arme, les destructions, les hécatombes et les exterminations atteindraient des dimensions apocalyptiques lors d'une troisième guerre impérialiste mondiale, dans les cas où les deux camps disposeraient d'armes atomiques. Il est difficile de trouver des mots pour le décrire, puisque déjà l'horrible héritage de la deuxième tuerie impérialiste dépasse toute mesure humaine Un moyen de défense ayant 100 % d'efficacité contre les bombes atomiques, moyen de défense qui serait susceptible d'empêcher la destruction radicale des grandes villes au début de la guerre, apparaît tout à fait inimaginable. Une troisième guerre mondiale impérialiste dans dix ou quinze ans, risque d'amener la disparition de tout le monde civilisé actuel (Amérique du Nord et Europe) et achèverait ainsi ce que la deuxième guerre mondiale impérialiste a commencé (destruction massive des régions de

IV INTERN l'Europe centrale et de la Russie occidentale, et régression de toute la civilisation du continent européen.

L'illusion répandue surtout par les journaux libéraux et petits-bourgeois que la seule menace d'une destruction aussi radicale rendrait la guerre impossible est trop stupide pour qu'il vaille la peine de s'y arrêter. On trouvera contre la bombe atomique, comme contre toute autre arme, des mesures qui, du point de vue militaire — mais non du point de vue des populations en question - peuvent être considérées comme « moyens de défense » et qui permettront, même après une attaque de bombes atomiques, de continuer la guerre pendant six ou seize ans, si le prolétariat mondial, en liaison avec les peuples coloniaux, n'y met pas une fin par son action révolutionnaire. La défense antiaérienne active pourrait détruire une partie des avions transportant des bombes atomiques, des émetteurs perturbants pourraient écarter de leur route une certaine partie des fusées dirigées par radio. Les centres d'organisation et les installations industrielles indispensables à la continuation de la guerre pourraient être enfouis très profondément sous terre (on pourrait sans doute construire à une très grande profondeur des abris blindés en quantité suffisante pour la bourgeoisie et les généraux). La « défense » militaire la plus efficace serait la plus grande décentralisation possible. Tout ceci ne change rien aux constatations faites plus haut: la population des pays industriels, concentrée dans les grandes villes, est menacée d'une extermination qui dépasserait même les effets de la terreur nazie ou de la politique de bombardement anglo-américaine. Il ne faut pas fermer les yeux devant cet état de choses ! Les révolutionnaires doivent se mettre à la tête de tout véritable mouvement contre la guerre, avec les mots d'ordre suivants : la troisième guerre mondiale impérialiste DOIT être évitée ! Seule l'action révolutionnaire des ouvriers et petits paysans du monde entier, fraternellement unis, peut l'empêcher, en détruisant l'état capitaliste et en le remplaçant par l'état de la démocratle socialiste et prolétarienne.

Le fait de la maîtrise technique de l'énergie atomique (celle-ci n'en est actuellement, nous le répétons, qu'a ses débuts) ne crée, au fond, aucune situation nouvelle. On ne peut pas s'attendre à des miracles. Les tendances de l'époque impérialiste actuelle seront plus accusées, la désagrégation de l'ordre capitaliste sera accélérée, l'accomplissement de la tâche qui se dresse devant le prolétariat et les partis révolutionnaires devient plus urgente. La bombe

ATIONALE atomique ne créera pas la tendance de l'institution d'une domination illimitée de l'impéralisme yankee (après la destruction de l'impérialisme nazi) en première ligne par le renversement de l'Union soviétique — cet état ouvrier/ dégénéré bureaucratiquement — mais elle donne à cette tendance plus de poids. Elle montre d'une façon particulièrement brutale que l'Union soviétique est sortie de cette guerre, affaiblie et non renforcée par rapport au capitalisme mondial et que le seul moyen d'assurer son existence face à la pression de l'impérialisme mondial est, plus que jamais, la révolution prolétarienne moncale, revolution entravee surtout par la poule du stalisme.

Si le socialisme n'est peut-être pas possible sans l'électricité, il l'est certainement sans l'énergie atomique et la révolution sociale est primordiale pour l'existence du prolétariat, même sans la menace de la bombe atomique. Mais la nécessité d'une révolution sociale et d'une politique internationaliste, socialiste et révolutionnaire est devenue, non seulement plus immédiate, mais aussi plus visible. Dans la mesure où elle agrandit l'instabilité du système capitaliste et où elle accélère sa désagrégation, l'énergie atomique contribue, en tant que nouvel élément des rapports sociaux actuels, à la maturation des conditions objectives de la crise révolutionnaire sur le plan mondial. Sans doute, la bourgeoisie essaiera d'intimider le prolétariat en affirmant que l'arme atomique rend désormais la révolution militairement impossible, que la bourgeoisie a désormais en mains les moyens d'abatire toute révolte armée contre l'Etat bourgeois. Les réformistes feront écho à cette campagne d'intimidation. Mais cet argument est creux, Aucune arme militaire, quelqu'elle soit ne peu: rendre une révolution impossible, si les conditions objectives et subjectives nécessaires à celle-ci sont réalisées. Au fur et à mesure du développement de la technique des armes, la guerre des classes, la guerre révolutionnaire deviendra elle aussi plus sanglante et demandera plus de victimes, mais qui seront toujours incomparablement moins nombreuses que celles d'une guerre impérialiste dans laquelle les armes plus modernes peuvent être utilisées avec le maximum d'efficacité. Tout d'abord, il faut rappeler le fait très commun, mais décisif, que c'est le prolétariat qui produit et transporte les bombes atomiques, comme toutes les autres armes. Celui qui l'oublierait serait rappelé à la réalité par la grève des chefs d'équipe des usines de Oak-Ridge, qui produisent la subsiance pour les bombes atomiques, ainsi que par celle des soldats de la

Royal Air Force. fin janvier 1946, sur différents aérodromes asiatiques. « Toutes les roues s'arrêtent quand ton bras puissant le veut ». La bombe atomique en tant qu'arme dans la guerre civile du prolétariat donne encore plus dé poids à l'importance décisive de la solidarité prolétarienne et surtout de la solidarité internationale. Les chances de succès d'une révolution isolée sont diminuées ; mais dans un mouvement ré volutionnaire international coordonné, l'arme atomique, au cas où elle serait employée, peut servir aussi bien au prolétariat qu'à la bourgeoisie. Tant que, dans une guerre civile, il n'y a pas eu une claire délimitation des territoires, tant que la bourgeoisie conserve l'espoir de rester maitresse de ses sources de profit sans les destructions les plus radicales, l'arme atomique ne pourra être utilisée par la bourgeoisie. Ce n'est qu'après une délimitation territoriale nette et lorsque la bourgeoisie désespère du succès de tous les autres moyens à sa disposition, que ce crime pourrait avoir un sens pour les classes régnantes. Mais alors, la possibilité de l'utilisation de la bombe atomique sera également donnée au prolétariat, qui s'en servira comme moyen ultime contre les centres du pouvoir de la bourgeoisie ; il se pourrait qu'à ce moment-là, ce soit déjà trop tard pour la classe dominante.

Apprécier correctement les rapports de forces non seulement nationales mais internationales, éviter toute tentative de révolution à la légère et insuffisamment préparée, coordonner étroitement internationalement toute action révolutionaire, particulièrement avec le mouvement de classe du prolétariat américain, devient pour un parti révolutionnaire qui doit attaquer la tâche de la révoluton plus que jamais une question vitale.

V Le monopole menacé de l'impérialisme des Etats-Unis

Il a fallu l'énorme potentiel scientifique et industriel des Etats-Unis pour achever avec succès, pendant ces cing années de guerre, parallèlement à l'extrême effort de tout l'appareil de production, les travaux pour la mise au point de la bombe atomique et pour sa production industrielle. L'Angleterre avait, au début de la guerre, entrepris des travaux dans cette voie, à la suite des travaux du groupe Jóliot, à Paris. Mais finalement, elle coordonna ses efforts avec ceux des équipes américaines et y transféra les groupes de recherche britanniques en 1943. (Le projet britannique de bombes atomiques se cachait sous le nom de « Tube Alloys Development »). L'appareil de production britannique était trop surchargé par l'effort de guerre pour pouvoir envisager l'exploitation industrielle du résultat des recherches. En Allemagne, on a certainement travaillé aussi au développement d'un projet de bombes atomiques. On sé rappelle les raids de l'aviation britannique qui détruisirent l'usine hydroélectrique « Norsk » en Norvège occupée, dont la production d'eau lourde devait servir au projet allemand de bombes atomiques. Les nouvelles des travaux pour la production de bombes atomiques en Allemagne tendirent à l'extrême les efforts de guerre britanniques et américains. Evidemment les non initiés ne savent pas à quel stade le projet de bombes atomiques avait été développé, au moment de la défaite ; il semble cependant que l'Allemagne était encore très éloignée d'un résultat tangible. On ne sait pas non plus si, comme avant le 6 août 1945, des travaux avaient été entrepris en ce sens en U•R.S.S. ; cependant, vu la situation dans l'Union soviétique pendant la guerre, il ne semble pas probable que les travaux y aient pu dépasser le cadre de recherches générales et fondamentales.

Le fait même que l'impérialisme allemand - malgré des efforts certaine ment considérables — n'ait pas réussi à faire servir à ses fins l'énergie atomique prouve (même si on ne savait rien d'autre) qu'il faut pour cela un effort scientifique, financier et industriel extraordinaire. Mais il est absolument hors de doute qu'une grande puissance industrielle — pour le moment l'Angleterre et I'U.R.S.S, entrent tout d'abord en ligne de compte — pourra produire également des bombes atomiques, maintenant que la possibilité de réalisation de la bombe atomique et * l'utilisation » de l'énergie atomique ont été démontrées, et que, par conséquent, l'Angleterre et l'Union soviétique devront travailler dans ce sens, étant donné que la main-d'œuvre aussi bien que les installations de production sont disponibles, et étant donné que les phénomènes fondamentaux sont à présent connus en grande partie et que beaucoup de détails transpireront forcément. Ce n'est qu'une question de temps et pour parler avec modération, de quelques années, de peu d'années. L'anéantissement du monopole de l'impérialisme des EtatsUnis est inévitable ; la seule tentative sérieuse de le maintenir consisterait à soumettre le monde entier non seulement à un contrôle économique et financier mais aussi à un contrôle politique direct. Cette pensée est exprimée dans le « New-York Herald Tribune » du 7 août

1945 : « Notre politique d'armement est guidée par la pensée que ce que font les Américains en ce moment, d'autres pourront aussi le faire plus tard, Nous devons étendre la zone d'influence de la démocratie. Nous devons employer tous les moyens de pression pour écarter la dictature et le despotisme partout où ils peuvent se trouver dans le monde-

Aussi, la supériorité matérielle devraitelle faire de l'Amérique un chef spirituel, moral (!) et politique. Car « il est toujours possible que nous récoltions un jour la tempête. »

VI

Barbarie de la guerre atomique

You socialisme

La deuxième guerre mondiale impérialiste a renforcé considérablement la supériorité de l'impérialisme yankee sur ses concurrents capitalistes et sur sa position vis-à-vis de l'U.R.S.S. La bombe atomique semble être le couronnement final et la garantie de cette position prépondérante des Etats-Unis. Il est facile de comprendre que le contraire est vrai. Car en créant une arme d'une capacité de destruction fantastique qui renforcera sa puissance, l'impérialisme américain a créé en même temps un moyen de destruction qui constituera, à la longue, la menace la plus sérieuse pour sa position dans le système capitaliste, Dans sa déclaration devant la commission du Sénat, le professeur Oppenheimer dit très justement : « En réalité, la force atomique a affaibli la position militaire des Etats-Unis. Si elle a pu renforcer notre pouvoir pendant un moment, cela ne sera pas durable. Ceraines personnes ne semblent admettre cela que très difficllement... » Et R. R. Wilson, président des Savants de Los Alamos, déclare : « Notre pays, avec ses centres extrêmement concentrés, sera partienlièrement vulnérable à cecte arme. » A l'argument que les Etats-Unis auront toujours une grande avance sur tous leurs voisins, R.R. Wilson répond : < Une proposition a été faite pour que notre pays essaie de maintenir sa position actuelle, de façon à produire constamment des bombes plus grandes et en plus grand nombre que d'autres pays. Le fait d'avoir simplement plus de bombes qu'un autre pays n'est pas du tout décisit, si un autre pays possède suffisamment de bombes pour détruire nos villes et nos dépôts d'armes. L'avantage sera certainement à l'agresseur et ainsi notre supériorité peut être perdue dans les premières minutes d'une agression par surprise. Un

NATIONALE monde dans lequel de nombreux pays possèdent des armes nucléaires et où seule la peur de représailles les empêche de s'en servir, sera un monde de peur, de méfiance et enfin d'inévitables explosions, »

L'impérialisme américain a consacré les efforts les plus gigantesques et deux milliards de dollars à l'élaboration par ses savants de l'instrument par lequel sa position dominante pourra être un jour anéantie par ses concurrents impérialistes ou par l'Union soviétique. Aucune puissance du monde ne peut - au moins aussi longtemps que l'impérialisme n'est pas vaincu presque totalement par le prolétariat - dans un proche avenir, avoir un potentiel industriel supérieur à celui des Etats-Unis, et ne peut construire une flotte navale et aérienne aussi puissante que la sienne.. mais un grand pays industriel peut très bien, dans un délai limité, fabriquer des bombes atomiques qui réduiront en cendres les centres de l'industrie américaine et mettront hors combat, dans une large mesure, la flotte gigantesque des Etats-Unis. Evidemment, ce pays subirait lui-même des destructions effroyables. L'impérialisme yankee sait done que son grand avantage se transformera, dans un délai plus ou moins long, en grand désavantage, sans savoir exactement à quel moment cela arrivera, ce qui ne contribue pas à diminuer sa nervosité. Ce cauchemar est exprimé, d'une façon exagérée - dans une déclaration du chancelier de l'Université de Chicago, R. M. Jutchins : « La confiance conventionnelle du passé dans une armée, une flotte et une aviation puissantes est surannée. Celles-ci n'ont plus place que dans les rêves nostalgiques de la race décadente des généraux et amiraux. La guerre future sera gagnée par les bombes atomiques que des agents ennemis auront introduites clandestinement dans le pays ou qui seront lancées par des avions à réaction et ce sera le pays qui, le premier, lancera les bombes les plus dévastatrices qui sera vainqueur, »

La bombe atomique n'est pas seulement une arme révolutionnaire dans le sens de la technique militaire, d'une révolution d'une stratégie militaire, etc. Elle a aussi un effet révolutionnaire sur la société par le fait qu'elle rend encore plus irréalisables les minimes possibilités de rétablissement temporaire d'un équilibre dans le système impérialiste. Les pourparlers d'une commis. sion importante de l'O. N. U. pour le « contrôle de l'énergie atomique » qui pourra en discuter et disserter sur les points que l'impérialisme yankee voudra bien lui communiquer, illustreront cette constatation. Même comme arme pure-

IV INTER ment militaire la possibilité d'utilisation de l'énergie atomique est inconciliable avec les conditions nécessaires à un équilibre des puissances dans le systéme impérialiste. Elle mine en particulier la position de la puissance impériaIste la plus forte, C'est en ce sens qu'il faut comprendre la guerre de paperasse entre les « déclarations » des milieux militaires des Etats-Unis, de « la race décadente des généraux et amiraux » d'une part, et celles de toutes les « Atomic Bomb Scientists Associations » sorties de terre brusquement, d'autre part.

Si les experts scientifiques préconisent comme seul moyen de salut de l'humanité une « autorité mondiale de contrôle de l'énergie atomique » et un « gouvernement mondial » et accompagnent leurs affirmations des arguments les plus convaincants, ce n'est pas à nous, les internationalistes, de faire la politique de l'autruche. Nous devons au contraire nous, attacher à ces constatations et exposer que le seul gouvernement mondial possible et la seule autorité mondiale possible et absolument indispensable pour sauver l'humanité d'une troisième guerre mondiale impérialiste, est l'autorité d'un système soviétique mondial, la Fédération des Etats prolétariens socialistes démocratiques, l'Union soviétique mondiale. Elle est le seul gouvernement mondial possible, car elle est inconciliable avec la « liberté » et la « souveraineté » des exploiteurs et parasites capitalistes, Elle est la garan-

NATIONALE 37 tie de la liberté et de la souveraineté du prolétariat et de tous les exploités du monde. Lorsque le premier ministre canadien, Mackenzie King, déclara le 17 décembre à Ottawa : « Nous devons réfléchir avec la plus grande énergie aux problèmes auxquels le monde a à faire face en raison du développement de l'énergie atomique. A la place de la souveraineté natlonale, il devrait y avoir une sorte de gouvernement mondial. L'organisation des Nations Unies ne constitue pas une solution satisfalsante (!) au problème de la paix et de la sécurité que le monde a à résoudre »; quand le journal syndical de Moscou, « Temps nouveaux » (pour mieux faire accepter a ses lecteurs le « principe de la collaboration étroite avec les grandes puissances ») commente le discours de Mackerzie King de la façon suivante : « Il n'est pas douteux que l'apparition de l'arme atomique a introduit un élément nouveau dans la situation internationale.., mais une telle union d'Etats (une union qui garantirait la paix et la sécurité) et une fédération mondiale (!) sous la direction des conservateurs britanniques et des isolationnistes amériricains du Middle West sont deux choses différentes (c'est-a-dire contraires !). » que s'ensuit-il ? Il s'ensuit pour le prolétariat et toute l'humanité non exploiteuse la nécessité d'instaurer le pouvoir ouvrier sur toute la terre.

HENRY.

Avril 1946.

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